Coucou. J'ai l'impression que j'ai perdu un peu de monde, avec ce changement de titre… On reprend avec un chapitre un peu plus long que d'habitude.

Yuma Kurotsuki : Merci pour ta review ! Effectivement, ça commence à sentir le soufre pour Théo…


Chapitre 12

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Alastair souffle comme un bœuf, et démontre la même force. Il renverse les tables, sans se soucier des corps allongés dessus. Les instruments de dissection s'écrasent sur le dallage, où ils restent à cliqueter. Lorsqu'il est calme, Alastair pourrait passer pour un gentilhomme inquiétant. Mais lorsqu'il tempête et se déchaine, comme ici dans la morgue, il a tout de l'échappé de l'asile. Son haut-de-forme lui tombe de guingois sur l'oreille. Cela devrait rajouter un aspect comique à sa colère. Mais en vrai, il n'en a l'air que plus fou.

Dans son petit costume noir bien taillé, Alastair transforme tout bonnement la morgue en champ de bataille.

On croirait que deux armées se sont affrontées dans le sous-sol, et ont laissé leurs morts à pourrir là.

Alastair attrape soudain un diablotin, qui lui bourdonnait trop près de l'oreille. C'est que les petits serviteurs, n'apprécient pas trop de voir le bureau de leur maitre, devenir un dépotoir. Un comble, quand on sait qu'eux-mêmes ne passaient jamais le balai.

Les globes du diablotin lui sortent des orbites, alors qu'Alastair l'étrangle sans pitié. Le démon se laisse tomber à genoux, sans égards pour son beau costume, et s'emploie à réduire le diablotin en pulpe. Il le broie entre son poing et le dallage.

« Alastair, pense à nos sessions de gestion de la colère… » La voix d'Enoch mêle douceur et coercition. Ses serviteurs, s'accrochent à lui comme des naufragés à une bouée. Ils tremblent de toutes leurs ailes, les yeux révulsés par le sort réservé à leur frère.

Le démon chapeauté semble s'être pris un coup dans les gencives. Il hoquette. Porte la main à son couvre-chef, comme s'il voulait le redresser. Avant de se raviser, et carrément l'enlever. Gêné, il se dandine d'un pied sur l'autre, et malaxe son chapeau. Qui finit bien vite par ressembler à une crêpé amorphe. « Pardon, Enoch, pardon… Mais penser qu'une telle infamie, se perpétue à l'instant où nous parlons ! Ici, sous ta ville… » Les derniers mots portent une accusation pas vraiment assumée.

Enoch ne relève pas. « Crois-moi, mon vieil ami, quand je te dis que cela me fait encore plus mal qu'à toi. Les mages dansent depuis trop longtemps au son de leur propre musique. Et il est temps de leur rappeler, que ce sont les diables, qui donnent le tempo. Et tirent sur les ficelles, qui les font se trémousser... »

« Oui, oui, ce soir, ce soir, nous leur ferons ravaler leur injure... ! »

« Demain, Alastair, comme je l'ai décidé. »

« Oui, demain, demain, mais bien sûr, demain… » Le bégaiement d'Alastair, se termine sur un rugissement complètement hors de propos. Il agite follement son chapeau, qui claque comme une bannière. Le geste déclenche un concert de pépiements d'inquiétude chez les diablotins.

Après une petite révérence, qui donne l'impression que quelqu'un vient de lui frapper l'arrière des genoux, Alastair gagne le seuil. Pour extérioriser un peu plus, il cogne le mur de chaque côté, descellant quelques briques. Penaud, il repasse sa tête dans l'encadrement. « Pardon, Enoch, pardon. »

Le nez dans un verre de vin, Enoch souffle avec lassitude. « Alastair, juste… sors de mon bureau ! »

Cette fois, Alastair se dématérialise, sans plus s'embêter avec la porte. Le chapeau s'attarde dans les airs, quelques secondes après son propriétaire.

Théo se fend d'un commentaire laconique. « Un fou. »

Enoch se masse le coin des yeux. « Un fou, à la fureur légitime. Les mages ont dépassé les bornes. »

Pendant toute la confrontation avec Alastair, les aventuriers sont restés sagement assis sur la causeuse. Ils sont tellement serrés, qu'un diablotin ne pourrait s'intercaler entre eux.

Grunlek approuve sagement. « Je ne pensais pas que vous vous sentiriez aussi impliqué, pour ce pauvre diable enchainé sous l'école. »

Bob tressaute sur un coussin. « Ah, ah, Grunlek ! C'est juste qu'ils sont mortifiés ! Mon père et sa clique, sont vert de honte, à l'idée que des mages aient découvert le cousin débile de leur famille ! Ils veulent juste se débarrasser des témoins, et enterrer les preuves sous un volcan. »

Pour la première fois, un éclair de colère illumine le regard d'Enoch. « Le cousin débile, comme tu l'appelles, s'appelle Virgile. Et il était autrefois un de mes plus loyaux champions. Avant que les nains de l'ancien temps, ne le capturent et le trépanent. Ils lui ont retiré un tel morceau de cervelle, que c'est un miracle que Virgile ait conservé assez de facultés pour se nourrir et déféquer. Je dois tuer mon vieux champion. Pour notre honneur à tous deux. »

Théo croise les bras avec sérieux, même s'il parait troublé. « Je suis bien d'accord. La mort donnée, peut l'être par bonté. Même si cela reste dérangeant, d'entendre un précepte de mon église, dans une bouche impie… »

« Le Mal combattait déjà pour l'honneur, quand la Lumière n'était vénérée que par des primates, qui saluaient le lever de soleil. » La voix d'Enoch flotte comme une plume, douce et légère.

Pour toute réponse, Théo se contente d'un bruit peu poli. Shin croise ses jambes, indifférent à l'aura négative de son ami. « Que risquent les mages, pour avoir contrarié les diables ? Concrètement. »

Enoch se redresse dans son fauteuil, ce qui fait grincer les ressorts. « L'annihilation. Les égouts étaient encore trop bons pour eux. Je vais enfoncer leur école dans la croûte terrestre, à grands coups de poing. »

Grunlek bondit sur ses pieds. Même ainsi, sa tête ne dépasse pas celle de Théo assis. « Je ne resterai pas sans rien faire, pendant que des élèves payent pour la curiosité malsaine de leurs ainés ! »

Pensif, Bob tapote le sol de son bâton. « Oh, on ne va pas rester assis sur nos mains, Grunlek. Je vais prévenir les mages, que leur école va bientôt leur tomber sur le coin de la figure. Mais ne soyons pas coupables de naïveté. Il serait illusoire, de penser pourvoir interférer avec le courroux des diables. Quand papa n'est pas content, cache-toi dans le placard. Un sain conseil de maman, que j'ai toujours appliqué. »

Enoch souffle lourdement par le nez. Avant de jeter aux pieds des aventuriers, deux objets peu ragoûtants. Une main dans un sachet transparent. Et un diablotin raide comme du bois. Eclaboussé de vomissures, ses lèvres sont verdâtres.

« Empoisonné. Par sa propre faute en plus, ce crétin. Malgré mes avertissements, il a croqué dans le glaçon, qui contenait la mâchoire et la main. Il a payé chèrement sa désobéissance. Le malheureux a convulsé toute la nuit. Tel que vous le voyez, il respire encore. Mais il transpire du sang. Il n'en a plus pour longtemps. Apportez le diablotin et la main, à l'herboriste de la ville. Il m'a dit vouloir prélever des échantillons sur les deux. Pour en nourrir ses rats, et noter avec minutie les étapes de leur agonie. Apparemment, procéder de la sorte pourrait nous éclairer sur la nature du poison utilisé. » Enoch n'a pas l'air de beaucoup y croire. En fait, la série de meurtres semble à présent très loin de ses pensées. Visiblement, Enoch digère mal les nouvelles, sur la triste destinée de Virgile.

Les aventuriers comprennent que l'entretien est terminé. Grunlek n'oublie pas d'emporter le sachet suintant, et le diablotin tétanisé.

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Il s'avère que l'herboriste, est un passionné de médecine animale. Les casiers à plantes, et les cages à bestioles, se disputent le peu de place dans son officine. La forte odeur des animaux en détresse, imprègne les vieux meubles. Un musc heureusement contrebalancé par les senteurs fraîches de sauge et d'arnica. Sur le coin du comptoir, un chiffon à poussière est recouvert de toiles d'araignée.

Parmi ses patients, on compte le traditionnel faucon à l'aile démise, et la tortue cabossée. Un renard a le droit de se promener dans l'officine. Il ne profite pas beaucoup de cette petite liberté. La pauvre bête tremble et vomit de la bile. Parfois, elle tombe sans raison, et couine de surprise.

« J'ai encore espoir de le sauver. » L'herboriste est un monsieur taillé comme une asperge, avec une corolle de cheveux blancs, qui évoquent un pissenlit.

« Ma voisine me soutient régulièrement, que la mandragore croît grâce au sang des pendus. Mais les pendus ne saignent pas voyez-vous. Non, ils urinent. Le jus de mandragore a un petit goût salé, sachez-le. Ne cherchez pas, cela vient de là. »

En toute discrétion, Shin glisse une feuille de tabac sous son masque. « Alors… les glaçons étaient piégés à la mandragore ? »

« Peut-être, peut-être. Mandragore, cigüe, belladone. Même l'essence de rose peut tuer. Voyez-vous, il faut cueillir la fleur, après qu'un blaireau ait éternué sur le rosier. Et qu'une taupe soit passée trois fois entre les racines. Ce n'est pas évident. Non, non, ce n'est pas évident du tout... »

L'herboriste se mouche dans un chiffon jamais lavé. Il a étalé le diablotin sur un vieux grimoire, et le contemple pensivement. « Beaucoup de morts, parmi la population animale, dernièrement. Notez qu'il est rare qu'une même maladie, touche toutes les espèces à la fois. Pas un jour ne passe, sans que l'on m'apporte le cadavre raidi d'un renard ou d'un chien, trouvé sous un fourré. Sans compter les rats, les chats et les corbeaux. Un maniaque a empoisonné des morceaux de cadavres, comme d'autres le feraient avec des boulettes de pâté. Et maintenant, il les sème aux quatre vents. Et pour quoi, éliminer quelques petits carnassiers ? A moins que notre empoisonneur en série, ne chasse un plus gros gibier… »

Le vieillard passe une râpe sur la main qu'ils lui ont ramenée. La peau en poudre tombe directement sur des croquettes. Que l'herboriste distribue ensuite aux rats qui lui servent de sujets d'expérience. Les petites bêtes adoptent rapidement un comportement inquiétant. Elles vacillent, et peinent à respirer, alors que leur museau commence à mousser.

Impassible, l'herboriste prend des notes. Il est toujours étonnant de voir un homme, se démener pour guérir un renard, et traiter avec un détachement cruel, de pauvres rats de laboratoire.

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Balthazar passe devant la chambre des propriétaires de l'auberge, qui ronflent comme des gorets. Dans leur dortoir, Shin et Grunlek discutent des dernières avancées. Aucun des deux ne s'est étonné de l'absence de Théo, toujours pas remonté de la salle commune.

Bob aime s'écouter parler. Cela ne l'empêche pas d'être très attentif au bien-être de ses compagnons. Et il pense avoir une très bonne idée, de ce qui perturbe tant Théo.

La salle commune est déserte. Seul le feu qui ronfle, apporte un peu de vie. La ville connait un redoux après cette terrible pluie, mais les nuits restent très humides.

Posée à même le sol, sur un vieux drap, se trouve l'armure carbonisée de Théo. Le paladin prévoyait de la nettoyer, avant de l'amener au forgeron, pour qu'il aplanisse les bosses.

L'état de l'armure seul, serait une preuve suffisante. Mais voir le paladin, agenouillé devant l'âtre, les bras plongés jusqu'aux coudes dans le brasier, scelle définitivement la conviction de Bob. À savoir que son père, a traficoté la nature de Théo. L'enjeu étant de savoir, si l'altération est définitive, évolutive, ou résorbable.

Lorsqu'il s'entend appeler par son prénom, Théo relève la tête avec brusquerie. Ce qui lui vaut de se cogner au manteau de la cheminée.

Bob préfère voir son ami de nouveau bougon, plutôt qu'en pénitent soumis et abattu, comme il l'était plus tôt.

Pour une fois, le mage met au placard sa voix tonitruante. Il adopte une légèreté un peu forcée. « Tu te souviens, quand Eden était patraque ? Shin pensait qu'une saloperie lui pesait sur l'estomac. Mais Grunlek, avec sa sagesse habituelle, l'a corrigé pour dire que c'est sur l'âme de sa louve, qu'une saloperie pesait ? »

« Le loup va mieux. Grunlek s'en est félicité au déjeuner. »

« Oui, Eden va mieux. Et notre paladin commence à sombrer. »

Comme à chaque fois qu'il est pris au dépourvu, Théo devient hostile. « Mage, ce sont deux heures de récurage, qui m'attendent. Si tu n'as pas de sujet plus intéressant, que ma petite santé, ou celle d'une bête qui nous suit partout… »

Balthazar ne s'en laisse pas compter. Il ne laissera pas Théo noyer le poisson. « Cela fait des mois qu'avec Grunlek, je soupçonne Eden d'être l'espion de mon père. La louve a consenti à être les yeux d'Enoch. C'était une bonne alliée, pour lui. Discrète, mais toujours présente. À portée d'oreille de nos discussion, le soir autour du feu. Mais la santé de la louve a commencé à se détériorer. Peut-être qu'Enoch a réalisé qu'à l'utiliser comme il le faisait, il allait la tuer. Et il aura tout arrêté. Ce qui de sa part, serait à la fois honorable et surprenant. Toujours est-il qu'on sait maintenant, qu'il a jeté son dévolu sur toi. Un choix étrange, j'aurais plutôt vu Shin dans ce rôle. Meilleur conducteur de magie. Mais va comprendre la logique, derrière les actions d'un diable comme Enoch… »

Théo sert les poings, à se briser les phalanges. « Tu parles, mage, mais tu ne prouves rien. »

« Mon père et son vieux pote Alastair, étaient déjà au courant de notre découverte du jour, bien avant qu'on ne passe le seuil de son bureau. De toute façon, Eden portait une marque, tatouée sur l'intérieur de la cuisse. Si Enoch a fait de toi son nouvel espion, tu dois avoir la même. Grunlek a constaté que celle d'Eden s'était volatilisée il y a quelques jours. Maintenant, Théo, je vais te donner la marche à suivre. Tu te dessapes, et on va tous les deux chercher si tu portes cette saloperie… »

S'ensuivent quelques froissements de vêtements, et grognements pudiques.

Théo se sent bien con, planté là en caleçon, au milieu de la salle déserte. Soumis à l'inspection d'un mage, qui n'est pas très rassurant, à marmonner ainsi pour lui-même. Le paladin se tient dos à la cheminée. Il sent la chaleur des flammes sur l'arrière de ses cuisses. L'ombre qu'il projette devant lui, se déforme de troublante façon. Elle lui évoque la silhouette longiligne du démon Alastair. Une comparaison dérangeante, sur laquelle le paladin refuse de s'attarder. S'il s'adresse au mage, c'est plus pour le plaisir d'entendre une voix, qu'autre chose. « Peut-être qu'à la lumière du jour… »

Balthazar le coupe aussitôt. « Non. La marque du diable réagit au feu. Comme les anneaux magiques. Si on ne la trouve pas maintenant, c'est qu'elle n'existe pas. Et que je suis un crétin, qui t'a inquiété pour rien. » Jusqu'ici, le ton du mage était d'une sécheresse rare. Mais sur la fin, il relève la tête, et adresse un grimace comique à Théo.

Depuis un moment, les doigts du paladin jouent avec la couture de son caleçon. Il sait que la perversion, sert d'humour aux diables.

Les pensées de Bob, semblent suivre le même cours. Le mage souffle un grand coup, et se détourne, pour ménager la pudeur de son ami. Le paladin prend son temps. Bien plus qu'il ne lui en faudrait normalement, pour inspecter le contenu de son caleçon.

« Je crois… que je sais où elle se trouve. » La voix de Théo, est aussi morne que celle d'un croquemort.

« Vraiment ? Rien de trop indécent ? C'est que, je me choque facilement… » Narquois, Bob se retourne, pour découvrir que Théo lui tire la langue.

Les mâchoires du paladin se bloquent, sur cette grimace puérile. Bob comprend enfin où est la marque. On la distingue à peine, dans la lumière orange et tamisée de l'âtre. Théo déglutit, et tire de nouveau la langue. Cette fois, la salive fait luire le contour du tatouage.

Et Bob est formel. Il ne s'agit pas du signe de l'espion. Rien à voir avec la représentation d'une chouette sans buste, tatouée sur Eden. C'est une salamandre à deux têtes et deux queues, qui est gravée sur la langue de Théo. L'animal monstrueux, frémit à chacune des déglutitions du paladin. Des runes infernales forment comme une auréole autour de sa tête. Mais il faudrait une loupe, et retenir la langue mobile de Théo avec une pince, pour pouvoir déchiffrer ces pattes de mouche. De toute façon, Bob sait pertinemment quelle inscription rituelle, accompagne en général le signe de la salamandre. Et il est très surpris de savoir que c'est cette marque-là, parmi tout son répertoire, que son père a choisi d'imposer à Théo.

Le mage compte bien garder pour lui le fait que les marques de Théo et Eden diffèrent. Mais c'était miser un peu trop sur l'idiotie de Théo. En fait non. Théo est bien un idiot. Mais doté d'un fort instinct. Surtout quand on lui cache des choses.

« Bob. Juste pour qu'on soit bien d'accord. Le signe de l'espion. Il n'a jamais immunisé Eden au feu, n'est-ce pas… ? »

Le regard gêné de Balthazar, tombe sur les bras de Théo, que le paladin étend entre eux. La peau ne porte aucune trace de brûlure, pas une simple rougeur. Alors que Théo les baignait dans la fournaise, il y a encore peu.

« Eh bien, je te dirai qu'à l'époque, il ne nous est pas venu à l'idée de vérifier. Mais si tu me pousses à faire une supposition… Non. Non, je pense qu'Eden n'a jamais été immunisée au feu. Il faut dire que c'est un don qui ne court pas les rues. Même moi, rempli de sang de démon jusqu'au nombril, je dois porter cette protection. » Balthazar agite les pans de sa cape ignifugée. Pendant un instant, il ressemble à une grosse chauve-souris écarlate. Mais Théo ne se laisse pas dérider.

Bob soupire, pour la énième fois de la soirée, lui semble-t'il. « Je vois quand même un point positif à ta situation. Dorénavant, tu vas pouvoir te la péter sur le champ de bataille. Je pourrai te nimber de flammes, des pieds jusqu'à la pointe de l'épée. Et au contraire du nain, tu ne grilleras pas comme une saucisse. »

Ce n'était qu'une boutade, de la part du mage. Mais Théo prend un air ulcéré. « Tu n'y crois pas toi-même. Jamais je n'exposerais ainsi mon infamie. Tu t'es mis au courant de ma situation tout seul. Mais Grunlek et Shin doivent rester dans l'ignorance. Avec un peu de chance, la journée a été suffisamment chargée, pour qu'ils oublient que j'aurais dû flamber, quand ce débile de diable m'a attrapé. »

Bob ne cache pas sa réprobation. « Théo, mon petit Théo. Le grand drame chez toi, c'est que tu sous-estimes toujours tes camarades. Grunlek et Shin, t'ont déjà pardonné des crimes autrement plus graves. Alors, une petite possession démoniaque, ils ne sont plus à ça près. Et puis, tu vas pouvoir profiter de mon expérience. Si j'ai pu dompter Philippe, tu devrais réussir à gérer mon père… »

« Je suis toujours aimé par la Lumière ! » La revendication de Théo a beau être vive, on entend une pointe de détresse. Son caleçon brille comme un phare. Sur le vieux drap, l'armure émet une lueur sale, à travers les cendres qui la maculent.

« Ton problème à l'heure actuelle, Théo, c'est que tu es également aimé par mon père... »

Les yeux du paladin lui sortent de la tête. Mais ce n'est pas à cause de la dernière phrase de Bob, qu'il n'a pas écoutée. La louve vient de se glisser par la chatière, adaptée au matou obèse du couple d'aubergistes. Le clapet a failli faire lâcher à Eden sa prise. Il s'agit d'un pied, encore bleu de gel.

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