Le remède de Shizuru

de Applegreed


C'était une chaude journée de fin d'été ; le soleil capricieux s'insinuait dans les plus minces recoins, l'atmosphère lourde rendait les gens incapables du moindre effort et les embouteillages des fins de vacances scolaires n'avançaient guère sur la rocade, créant une cacophonie monstrueuse.

Dans une semaine, les cours allaient reprendre et Shizuru finissait donc de clôturer son dossier pour sa cinquième année de fac. Après avoir fini son Master en psychologie, elle avait décidé de poursuivre ses études en commençant un Doctorat en psychologie clinique. C'était pour cela qu'elle travaillait pendant cette fin du mois d'août, au grand dam de Natsuki, sa petite-amie, qui la sollicitait toutes les minutes :

« Viens faire un tour de moto avec moi. »

« Je ne peux pas tout de suite, je dois finir mon dossier de réinscription. La date limite approche. » Répondit patiemment la jeune femme aux cheveux châtains, sans lever les yeux de ses papiers.

Elle ne devait surtout pas lever la tête car, elle le savait, Natsuki était en train de faire ses yeux de chien battu et elle n'y résisterait pas.

Comprenant qu'elle faisait la moue en vain, la motarde, incapable de tenir en place, réattaqua verbalement :

« Sinon… on peut aller à la piscine ? »

La main de Shizuru arrêta soudainement d'écrire. 'Toucher !' Natsuki n'aimait pas aller à la piscine municipale à cause du regard des gens, plutôt voyeur il faut le dire, tandis que Shizuru adorait voir sa petite amie en maillot de bain et l'air gêné qu'elle prenait sachant que pas mal de monde la dévisageait. Bon, c'était aussi du voyeurisme mais Natsuki était moins dérangée par son regard que celui d'un inconnu.

« Dès que j'ai fini, on y va. » Accepta Shizuru avec un grand sourire.

« Mais je veux pas attendre ! » S'exclama Natsuki, boudeuse et contrariée que son plan n'est pas marché.

« J'en ai plus pour longtemps. Tu peux manger un sandwich mayonnaise en attendant. » Accorda l'étudiante en psychologie.

« Yes ! »

Cri de bonheur de Natsuki face à cette délicieuse activité. Elle se rendit à la cuisine, sortit avec délicatesse son tube de mayo du frigidaire et en étala précautionneusement le contenu sur une tranche de pain frais avant de refermer le tout. Elle récupéra du bout de la langue, le surplus de mayonnaise qui dépassait du sandwich et revînt dans le salon, juste devant Shizuru. Pour le dévorer en un instant.

Sa petite amie dut réprimer un sourire amusé pour boucler plus vite ses papiers. Ce court intermède lui avait rafraîchie l'esprit, bien que toujours menacé par un mal de tête. Le bruit des voitures sur la rocade s'entendait jusqu'à leur appartement qui s'était transformé en fournaise quand la climatisation était tombée en panne ce midi et Shizuru devait finir ces papiers impérativement, le bruit combiné à la chaleur et au stress commençaient à affecter Shizuru.

Gratte gratte.

Un petit bruit timide se fraya un chemin jusqu'à ses oreilles, Shizuru haussa un sourcil puis décida d'ignorer.

Gratte gratte gratte.

Timide mais persistant.

Gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte gratte…

« Stop. »

La grande patience de Shizuru qui a vaincu les longs sermons de la sœur Yukikarie, les piques de Yuuki Nao, les jérémiades de Tate Yuichhi, l'alcoolémie de Midori, l'impatience de Haruka pendant les réunions, hors des réunions, en cours, hors de cours, sans raison… fut poussée à bout par les grattements de Natsuki.

« Arrêtes » Ordonna-t-elle.

« J'y peux rien, un moustique m'a piqué hier soir et maintenant ça me démange. » Répliqua Natsuki, sans arrêter de gratter.

Shizuru se détourna de son travail et déclara, rubis contre émeraudes :

« Arrêtes, ce n'est pas bon pour toi. »

« Ben, en attendant ça me soulage. » rétorqua la motarde. « Et je ne peux pas m'empêcher » continua-t-elle piteusement.

Shizuru prit le temps de réfléchir avant d'appliquer la première solution trouvée par son esprit fatigué. Elle se leva, alla s'asseoir à califourchon sur Natsuki et lui susurra d'une voix sensuelle :

« Moi, j'ai peut-être une solution. »

Elle posa ses lèvres sur l'oreille de Natsuki et poursuivit : « Pour ne pas que tu y penses, il faut occuper tes mains. »

Natsuki, rouge pivoine au contact de la poitrine -généreuse- de Shizuru contre la sienne, ne put retenir un gémissement quand cette dernière mordilla légèrement son oreille puis traça son chemin jusqu'à son décolleté en léchant et mordillant sur son passage. Glissant lentement ses mains sur les formes de Natsuki, elle administra caresses et baisers d'une passion enflammée. Aussi rapidement qu'elle s'était assise, Shizuru se releva et, un sourire espiègle au visage, invita Natsuki à la suivre dans la chambre d'un signe de la main. Et ce fut plus que volontiers que la jeune femme suivit sa petite amie, impatiente de poursuivre son 'traitement spéciale anti-démangeaison'.

Shizuru poussa la jeune femme dans le lit et repartit à l'assaut de son corps tandis que ses lèvres s'emparaient de ses semblables, le baiser s'approfondit vite et Natsuki commença à répondre aux caresses de Shizuru. Mais cette dernière s'empara de ces poignets et les fixa au dessus de la tête de Natsuki d'une main. Natsuki ne résista pas et se perdit dans des baisers de plus en plus torrides.

Click Click.

Shizuru mit fin au baiser, contemplant Natsuki pour finalement poser un court baiser sur les lèvres entrouvertes et choquées de sa compagne. « Désolé, je reviens dans pas longtemps » fut sa seule déclaration avant de se relever, sortir de la chambre et fermer la porte derrière elle.

Notre jeune louve mit quelques instants à revenir à la réalité.

« Shizuru ? Shiz' ? »

Les pas s'éloignèrent de la porte.

« Shizuru, allez revient. Ce n'est pas drôle. »

Seul le bruit de papier lui répondit.

« Shizuru ! Tu ne vas pas me laisser là comme ça ! Détaches-moi ! Je pensais pas à ça quand tu parlais de mains occupées ! Reviens ! Si tu veux finir tes papiers, il n'y a pas de problème, je vais jouer aux jeux vidéo et je ne me gratterais plus. »

Natsuki eut beau tendre l'oreille, l'unique son qu'elle entendait était celui du stylo écrivant sur le papier. Elle n'arrivait pas à croire que sa petite amie avait osé la menotter puis la laisser en plan.

Cinq minutes après emprisonnement

« Shizuru… S'il te plaît… J'achèterai moins de mayonnaise… Je ferai ce que tu veux... »

Les supplications de Natsuki continuaient sans effet.

Dix minutes après emprisonnement

Shizuru avait enfin fini son travail et, après avoir rangé, se faufila dans la chambre.

« Zuru… » Se faisait entendre depuis Natsuki qui lui tournait le dos.

« J'ai fini Natsuki. Maintenant je ne suis plus qu'à toi, Na-tsu-ki~ »

« Ferai… tout s'que… tu veux… » Les mots étaient étouffés dans le cousin et Shizuru peinait à les comprendre.

« Alors je vais tout d'abord détacher Natsuki… » Dit la brune joyeusement.

Elle détacha les menottes des poignets de Natsuki et s'allongea à ses côtés.

« Qu'est-ce qu'on pourrait faire ? Natsuki a une idée ? » Interrogea Shizuru.

« Mayo… » Laissa échapper Natsuki.

« Mayo ? Mayonnaise ? » Demanda-t-elle.

« Mayo-chan revient dans les bras de Tatie Natsuki~ » Éclaircit Natsuki.

Notre jeune louve aux cheveux noirs ébènes aux doux reflets bleus se retourna, entoura Shizuru de ses bras et continua sagement de dormir.

« Ara ara. Natsuki dort déjà. » Constata-t-elle. « Mou, juste quand j'ai fini les papiers le plus rapidement possible pour qu'on puisse profiter des vacances pour expérimenter certaines choses… »

Promettant de se rattraper au réveil, elle se blottit dans l'étreinte de Natsuki, la tête nichée dans son cou pour mieux profiter de son parfum et partit rejoindre son ange dans les bras de Morphée.


Omake :

« Qu'est-ce qu'on pourrait faire ? Natsuki a une idée ? » Interrogea Shizuru.

« Mayo… »

« Mayo. Mayonnaise ? Et qu'est-ce que Natsuki veut faire de la mayonnaise ? » Demanda Shizuru, avide de précision.

« On tartine Nao de Mayo et on déguste~ » Répondit Natsuki dans son sommeil, un grand sourire aux lèvres.