That's the Kind of Magic
Soudaine inspiration, j'espère que ça vous plaira :)
Musique citée : Lullaby of Birdland de Ella Fitzgerald & George Shearing
Néanmoins, je suis fan de la version de Youko Kanno (que j'adore) dans Kids on the Slope.
Les adultes en font pas tout ce qu'ils veulent. Les parents le répètent continuellement pendant notre enfance. C'est dur à comprendre pour un enfant, sa logique est simple : tu veux quelque chose alors fais le. Puis on grandit et on comprend ce que les parents voulaient dire : la réalité n'est pas simple, on en fait pas ce qu'on veut de la vie.
Si quelqu'un avait dit à la petite Shizuru de 6 ans que plus tard elle serait manageur dans le service Investissement la réponse aurait été claire. Elle aurait mis les poings sur ses hanches et dans sa robe pourpre rendrait sa meilleure imitation de son père quand on lui disait que ce n'était pas possible. Elle criait qu'elle deviendrait gérante d'une maison de poupée, tirerait la langue et partirait en cours, riant.
Une fois de plus, la réalité n'est pas si simple. D'une part, le rêve de Shizuru a changé de nombreuses fois : professeur de maternelle, Indiana Jones, comédienne, … D'une autre part, elle a pris conscience des limites et ses parents l'ont encouragée à reprendre l'entreprise familiale, FujiCorporation. Aujourd'hui, elle est devant le café/bar ''Little Secrets'' en attendant de rencontrer son interlocuteur. Au vu du bar et du dossier, la demande de financement sera sûrement rejetée mais ce client était une faveur pour une amie. Cette dernière, Yukino, appréciait beaucoup cette endroit malgré les requêtes, Shizuru n'avait jamais eu le temps d'y aller. Yukino soutenait qu'il en fallait pas se fier aux apparences extérieures, que c'était un bâtiment charmant avec une atmosphère particulière. Pour bien appuyer sa demande, elle lui avait rappelée le nombre de fois que Shizuru lui avait posée un lapin "sinon tu saurais".
Pour l'instant, son opinion n'avait pas changé. La façade était en brique rouge d'une autre époque, l'entrée était à peine visible et le quartier ne la rassurait guère plus. Heureusement, c'était en fin d'après-midi donc son dernier rendez-vous, après elle pouvait rentrer. Soupirant, ses doigts commencèrent à taper un rythme sur sa mallette noire. Elle avait hâte que la journée finisse pour enfin rentrer chez elle, s'écrouler dans le canapé avec un verre de vin. Un point positif pour son travail, l'argent qu'il lui rapportait. Et un agenda pas trop rempli à l'exception des dîners et galas obligatoires.
- Excusez-moi, vous êtes Shizuru Fujino ? Demanda une voix mielleuse, tout près d'elle.
- Oui et vous êtes Nao Yuuki, la propriétaire du bar ? Répondit-elle, en tendant sa main.
- Appelez-moi Nao. Entrez, je vous pris. L'invita la gérante, avec un sourire parfait.
Même l'accès au bar était difficile, Shizuru suivit sa cliente dans les escaliers en faisant bien attention de garder sa main sur la rambarde pour ne pas tomber. La différence de lumière était saisissante entre dehors et ici, quand elle put enfin s'adapter aux éclairages sombres, elle atteint le café/bar souterrain.
C'était... Elle n'arrivait pas à trouver le mot juste : mystérieux, envoûtant, intime, étrangement chaleureux. Les mêmes briques rouges ternies de l'extérieur étaient visibles. Le mobilier était principalement de cuirs et de bois. Le plancher sombre avait déjà vu de meilleurs jours. Les tables étaient en parti séparées par des cloisons, formant de sortes de petits salons privés. L'éclairage n'était qu'en parti allumé, l'estrade où devait se produire des groupes était plongée dans le noir. Shizuru finit par trouver le bar, discret dans un coin. Le tout ressemblait assez à un salon illégal de la prohibition où le temps s'écoulait lentement.
Il n'y avait pas foule, juste un ou deux groupes d'amis, quelques personnes seuls occupées. Nao la dirigea vers une table à mi-chemin entre le bar et la scène. Shizuru s'installa de l'autre côté tandis que Nao fit signe à un employé. Ce dernier sortit ce qui semblait être une dernière plaisanterie avant de rappliquer d'un pas pressé en rencontrant le regard de la propriétaire. La brune esquissa un sourire avant de la cacher derrière sa main, sortant le dossier. Nao en remarqua pas, trop occupée à suivre le serveur du regard.
- Vous désirez commander quelque chose ? Réussit à sortir le pauvre garçon sans regarder sa supérieure.
- Miss Fujino, vous prendrez bien quelque chose ? Sourit Nao, toujours munie de son sourire professionnel et de sa voix mielleuse.
- Vous pouvez m'appeler Shizuru, vous êtes l'amie de Yukino après tout. Je prendrais bien un thé, s'il vous plaît. Lady Grey. Répondit-elle poliment.
- Avec plaisir Shizuru, je prendrais un thé aussi, Tate.
Le garçon hocha de la tête et repartit sans demander son reste. Shizuru le regarda s'éloigner alors que la propriétaire commençait à lui parler de son affaire. Retenant un nouveau soupir, la brunette laissa ses pensées vagabondées. S'était décidé, elle allait prendre des vacances. Elle se rendit compte de son inattention quand le serveur revint avec le thé sans qu'elle ne le remarque. Clignant plusieurs fois des yeux pour se reconcentrer, Nao n'avait apparemment rien remarqué.
- Voilà, les deux Lady Grey, avec sucre, miel et lait. Annonça Tate
- Merci bien. Appuya Nao en notant que Tate ne montrait aucun signe de retrait. Oui, il y a autres choses ? Rajouta-t-elle bien qu'avec une pointe d'exaspération en le regardant se dandiner sur place.
- Euh, le groupe est arrivé, Boss. Est-ce qu'ils s'installent tout de suite ? Leur chanteur n'est pas encore arrivée ?
- Qu'ils le fassent maintenant, les clients en vont pas tarder à arriver. Commanda la rouquine.
Tate repartit et Shizuru se concentra sur les paroles de Nao. Son avis s'était un peu amélioré certes mais pas assez pour envisager un investissement. De plus le financement en question était pour réparer le bâtiment qui en avant rudement besoin. Cependant Shizuru s'inquiétait du coût de l'opération pour les réparations et s'ils pouvaient l'amortir avant de faire faillite. L'endroit avait ses habitués et faisait une bonne entrée les week-end. La question était : est-ce que cela allait suffire ?
Shizuru fut momentanément distraite par l'éclairage de la scène, elle promena son regard dans la salle tout en réfléchissant un peu plus sérieusement à cet investissement. Cet accord en lui rapportait pas grand chose à vrai dire s'il réussissait, quoique Nao lui proposait déjà de revenir pour prendre un verre gratuitement. Elle pourrait sûrement boire à l'œil ici pendant quelque temps. La pensée lui fit sourire, autant la proposition que son manque de refus.
Elle remarqua deux employés se taper dans la main. Peut-être un accord ou un pari. Elle reconnût le serveur Tate néanmoins ce fut la jeune femme en tenu classique de serveuse : chemise blanche, pantalon noir, veste noir, tablier et ces cheveux ébènes attachés. Elle avait une silhouette élancée et se tenait de manière confiante. Shizuru n e pouvait malheureusement pas voir son visage, juste son dos. Malheureusement ? La brunette se surprit elle-même, elle avait envie de voir son visage, cette personne l'intriguait. Peut-être à cause des reflets bleutés dans ses cheveux ou son rire clair qu'elle arrivait à entendre partiellement. La manager fut déçue de voir la jeune femme partir par la porte des employés sans pouvoir apercevoir son visage.
- Shizuru ? Shizuru ? Quand penses-tu ?
Mince, Nao avait finalement remarqué son absence. La concernée n'avait rien entendu mais elle pouvait deviner qu'on lui demandait son avis sur l'accord. Elle s'éclaircit la gorge, reprit une gorgée de thé avant de jeter un dernier regard vers le bar. Reposant sa tasse, elle se lança.
Ou tout du moins, aller se lancer. Sa réponse fut coupée par la musique jazzy venant de la scène. Un piano avec un fredonnement. Délicat, léger, fragile. Puis plus rien. Elle tourna son regard vers la scène alors que la contrebasse et la batterie se lançait dans la mélodie. C'était elle, la jeune femme aux cheveux ébènes sur scène. Elle n'avait pas de micro, inutile dans cette salle à moitié vide. Sa voix était légère rauque, voilée. Shizuru ne pensait plus, elle écoutait cette mélodie douce, intime. Elle se mit à imaginer ces instants volés avec la chanteuse. Un soupir de plaisir dans une chambre. Un baiser délicat prenant de plus en plus de fougue. Sa tristesse quand elle la voit repartir le matin, serrant son oreiller. Quelques mots chuchotés au creux de l'oreille, un doux baiser, son sourire.
Shizuru se laissait entraîner, son regard vert émeraude sembler l'encourager dans sa fantaisie. Un amour doux, passionné, délicat, un espoir. Dans cet instant, Shizuru imagina une vie avec cette inconnue. La douceur de sa main sur sa joue, la tendresse de ses caresses, l'ardeur de ces baisers, les larmes d'inquiétude dans les moments dures, les sourires complices. C'était un rêve qu'elle aimerait avoir.
Puis la chanson finit, Nao applaudit puis dit à la serveuse de retourner travailler. Shizuru revint sur terre. A cette table, elle devait finaliser l'accord afin de pouvoir finalement rentrer. Finaliser l'accord ? Elle avait fini par céder. Pourquoi pas après tout, ce n'est pas très important et cette chanson lui avait redonnée... des sentiments, de la chaleur, de l'espoir, du rêve.
La brunette retourna finalement son attention sur Nao, lui posant une question :
- Quel est le titre de cette chanson ?
- Euh... Lullaby of Birdland. Répondit hésitante et déconcertée la propriétaire.
Shizuru se contenta de hocher la tête, ses doigts s'étaient mis à taper le rythme sur la table. Son regard revint une nouvelle fois vers le bar. L'arrivée de la serveuse arrêta sa respiration. Si elle se rappelait bien, Nao l'avait appelée par son nom sur scène... Natsuki. Natsuki, jeune femme aux cheveux ébènes et aux yeux émeraudes qui lui faisait tourner la tête. Ara, ara... apparemment, cette dernière avait pris une plus grande emprise sur elle, sur son cœur qu'elle ne le pensait.
Ressaisis-toi Shizuru. Tu n'es plus une petite fille. La réalité est cruelle. Tu en la connais pas, si tu lui parles, elle t'enverras sûrement valsée. Mais même si elle répondait, tu lui dirais quoi. ''Pendant un instant, Natsuki a saisi mon cœur, je crains qu'elle n'ait oublié de le rendre.'' Il faut voir les choses en face. Tu ne la connais pas, si ça se trouve c'est en horrible personne que tu ne pourras pas supporter. Ou qu'elle ait déjà quelqu'un, après tout elle semble proche de l'autre serveur. Tu as une chance sur cent que cela échoue. A quoi bon...
- Un instant je vous prie Nao. S'excusa Shizuru de façon inattendue, en se levant.
D'un pas décidé, elle se dirigea vers le bar, vers cette inconnue.
Si elle ne lui parlait pas, alors il était certain que ces moments imaginés avec elle ne se réaliseront jamais. Peut-être qu'on en peut pas tout le temps faire ce qu'on veut et que les choses ne se passent pas comme on le voudrait. Il y a une chose qu'il ne faut pas oublier : rien n'arrivera si elle n'essaye pas.
Quelques mètres la séparaient du bar, c'est à ce moment que Natsuki se retourna et lui adressa un sourire joyeux, sincère auquel Shizuru ne put que répondre. La réalité pourrait être encore mieux que le rêve.
