Disclaimer : Les personnages originaux appartiennent à Pierre Bottero, et les autres appartiennent autant à moi qu'à Neitentus, un ami avec qui j'écris cette histoire

Bonne lecture :)


Chapitre 2

"En quête d'un marchombre"

La forêt résonnait des chants victorieux des Petits. Ellundril était assise dans un grand séquoia et regardait l'océan. Un bateau apparu à l'horizon ; Ludmille. Un mois avait passé. Un mois que la marchombre avait employé à traverser tout le continent, pour trouver une déception.

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Le vent hurlait autour d'elle, les feuilles fouettaient son visage. La voie semblait s'ouvrir sous les sabots de sa monture tandis qu'elle poussait les branches basses. Soudain, le bois se déchira devant elle, découvrant une plaine, une grande plaine. Al-Jeit. Ellundril avait chevauché toute la matinée depuis le port de Gumnalro, qui jouxtait le grand océan du Sud. Elle avait maintenu un rythme effréné jusqu'à la capitale pour ne pas perdre une seconde ; quand il s'agit de trouver un marchombre, il ne faut pas en perdre une seule.

Ellundril pénétra dans la cité miroitante. Elle laissa son cheval à un garçon d'écurie et, ne prenant pas le temps de s'extasier devant les monuments grandioses qui l'entouraient, s'enfonça dans une venelle. Elle entreprit un long chemin à travers la ville, grimpant agilement les tours, parcourant gracieusement les passerelles, montant discrètement sur les toits, parcourant silencieusement les ruelles sombres. Enfin, la marchombre arriva devant une petite porte en bois ouvragé. Celle-ci s'ouvrit avec un léger grincement, laissant Ellundril pénétrer dans un obscur souterrain.

La femme erra un instant dans les interminables couloirs des profondeurs d'Al-Jeit, puis, elle aperçu la lumière. Une pâle lueur dans l'immensité des ténèbres, la marchombre s'avança et fini de pousser la porte entrebâillée d'où filtrait la clarté. C'était une petite pièce confortable, meublée sommairement, un feu brûlant dans l'âtre. Quatre personnes conversaient à voix basse, installées douillettement dans des fauteuils rembourrés, dos à la nouvelle venue. Ellundril murmura :

- Bonsoir.

Les marchombres assis firent un bond, brandirent leurs poignards et se retournèrent avec vélocité. Lorsqu'ils reconnurent la fille de leur ancien maître, ils tombèrent des nues. Quatre ans qu'elle n'avait pas refait surface, et elle était là, inchangée, sauvage, harmonieuse, libre. Finalement, le plus grand des quatre,un homme d'une trentaine d'années, prit la parole :

- Je suppose que quelqu'un t'a fait faire un pas-sur-le-coté pour que nous ne t'ayons pas entendu arriver ?

- Non, je suis venue en marchant. Répondit Ellundril en souriant.

Une femme sur le coté chuchota :

- Quand je disais que nous nous ramollissions !

Après un silence où chacun se jaugeait, le grand homme, Quayle de son prénom reprit :

- Et que nous vaut cette visite inopinée ? Ça fait quatre ans que tu as disparu alors il doit bien y avoir une raison particulière ?

- En effet, fit Ellundril en ignorant superbement l'animosité qu'elle décelait dans son interlocuteur, Où est mon père ?

Jaina, la femme sur la droite, répondit plus vite que Quayle :

- Il est partit il y a peu, il nous a dit qu'il avait un dernier voyage à faire.

- Bien. Et vos élèves ?

Bouillonnant de rage, Quayle se mit soudain à hurler avec véhémence :

- Quatre ans Ellundril ! Ça fait quatre ans que tu es partie ! Nos élèves ont achevé leur formation depuis au moins deux ans, ils volent de leurs propres ailes depuis longtemps ! À ce jour, ils sont chacun dans des contrées lointaines pendant que nous...

- Très bien, je n'ai plus rien à faire ici.

Ellundril fit volte-face. Jaina posa sa main sur l'épaule de Quayle mais il ne se tut pas :

- ... pendant que tu voyages égoïstement sans te préoccuper de la guilde alors que nous sommes assaillis par les greffiers de l'Empire qui nous réclament toujours plus d'or pour notre occupation de ce souterrain !

La marchombre légendaire s'arrêta. Sa colère va être terrible, Quayle est mort songea Jaina. Ellundril se retourna encore, mais au lieu de la fureur qu'ils s'attendaient à voir, elle présenta à ses interlocuteurs une étrange sérénité. Souriant toujours, elle décrocha une des multiples bourses qui pendaient à sa ceinture et la lança à Quayle avant de claironner :

- Tu trouveras là plus que les greffiers de l'Empire ne pourront jamais te prendre !

Quayle, bouche bée, ouvrit le paquetage presque religieusement et poussa un cri de stupeur lorsque la myriade de diamants étincelants se révéla à ses yeux.

- Jaina, une dernière chose, dit Ellundril, sais-tu où est partie ton élève, Elivia ?

L'interpellée répondit avec ferveur :

- Elle est partie explorer le nord, elle a assuré qu'elle arriverait à se rendre au cœur du royaume Raïs et je n'ai pu l'en dissuader.

- Merci, et au revoir.

Un instant plus tard, Ellundril avait disparue. Les quatre marchombres se penchèrent sur les pierres précieuses et Quayle, éberlué, lâcha un mot, un seul :

- Légendaire.

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Une immense forêt bordait la côte. Ludmille, avec tout son équipage sur le pont, admirait la majesté de ces lieux. Presque aucun homme n'avait foulé cet endroit et Ellundril voulait aller plus loin encore. Un mois s'était écoulé depuis la rencontre des deux femmes. Un mois de dure navigation sur des mers hostiles qui se soldait par la découverte de cette contrée miraculeuse où la nature verdoyante était reine. Tous les matelots restaient là, à contempler la forêt, négligeant leurs tâches, inadmissible. Ludmille hurla :

- On se bouge, tas de crabes vermoulus et pouilleux !

Surpris, quasiment tous les marins sursautèrent et se mirent à galoper dans tous les sens pour rattraper un hypothétique retard. Satisfaite, Ludmille, magnant habilement la barre, reprit son inspection de la rive. Soudain, elle entendit les cris. Étranges, mélodieux et aigus, les bruits provenaient de la cime des arbres, peu à peu, la corsaire décela une mélodie, qui faisait penser à un chant de joie. Jordan, le second, se tint alors face à sa capitaine et déclara :

- L'ancre est jetée madame, le fond est trop haut pour continuer. Il nous faudra prendre les barques pour atteindre la berge.

- Parfait, j'irai à terre en première, restes superviser sur le bateau. À mon signal, tu enverras les autres.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Ludmille embarqua avec trois de ses hommes sur une des petites embarcations du navire. Tout en ramant, elle entendait le chant mystérieux, les matelots aussi, ce qui les rendaient nerveux. Lorsque enfin ils mirent pied à terre, l'un d'eux ne put s'empêcher de tirer son sabre au clair tant le chant semblait proche. La capitaine le laissa faire. Avançant prudemment sur la plage, ils entendirent très vite les pas se rapprochant. Inquiets, ils se resserrèrent inconsciemment. Une chose se rapprochait, non, plusieurs, en courant. Les marins brandirent leurs armes, quelques gouttes de sueur perlant sur leur front. Cinq ou six petits hommes, hauts comme trois pommes, sortirent des fourrés en courant, chantant dans une langue étrange, des chapeaux encore plus étranges sur la tête.

Le spectacle ainsi donné était tellement... particulier... que les marins en lâchèrent leurs épées. Rapidement, les minuscules bonshommes ralentirent et se mirent à marcher. L'un d'entre eux, avec une barbe blanche fournie, pris la tête du groupuscule et lorsqu'ils s'arrêtèrent devant Ludmille, le barbu parla avec un accent étrange et aigu :

- Ellundlil v...vous a...a... allendait, je uais ...v..vous cond...conduile à elle !

Quand il termina, il paraissait excessivement fier de sa performance et un de ses congénères lui adressa un mot dans leur langue natale qui fit sourire l'orateur. Les pirates, désemparés par les événements, restaient sans bouger, mais la capitaine eu tôt fait de se reprendre. Elle considéra que les autochtones ne représentaient pas de danger et répondit :

- Nous te suivons.

L'air interloqué du petit barbu répondit pour lui. Il ne comprenait pas un traître mot des paroles de Ludmille. Elle en déduisit qu'il avait probablement appris par cœur la phrase précédente sans la comprendre. La navigatrice se préparant à un dur combat pour se faire comprendre, un hurlement de terreur retentit.

Un septième petit homme jaillit de la forêt en criant à tue-tête des paroles incompréhensible. Derrière lui les fourrés explosèrent, un énorme crapaud pourchassait le criard. La bête dépassait toute commune mesure, des crocs acérés garnissaient sa gigantesque gueule d'où la bave coulait en longs filets. Les autochtones commencèrent à s'enfuir dans toutes les directions possibles tandis que les marins se jetaient vers leurs barques abandonnées sur la grève. Ludmille, elle, fit face au monstre, levant son épée effilée, prête à protéger ses matelots ainsi que les bonshommes de la forêt. C'est alors qu'elle aperçut l'ombre. L'ombre qui sauta de la cime d'un arbre, l'ombre qui atterrit gracieusement sur le sable, l'ombre qui courut derrière le crapaud, l'ombre qui bondit sur son dos, l'ombre qui le fit brutalement stopper sa course en le faisant déraper. Cette silhouette brandit une dague scintillante, et enfin, elle planta la lame entre les yeux de la bête qui expira instantanément. Lorsque Ellundril se redressa sur le cadavre du crapaud, le vent souleva ses longs cheveux blancs et la forêt murmura.


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