Disclaimer : Les personnages originaux appartiennent à Pierre Bottero, seulement les OC nous appartiennent (je rappelle que cette fanfiction est écrite par Neitentus et par moi [même si je suis principalement la beta])

Réponse aux reviews :

Merci Herbert pour ta review et voilà la suite. En espérant qu'elle te plaise ;)

Bonne lecture tout le monde !


Chapitre 3

"L'héroïne de l'ombre"

Les Petits s'acharnaient à rapporter toujours plus de denrées sur la plage. Ludmille et ses matelots avaient depuis longtemps chargé leur bateau de provisions au maximum mais le peuple de la Forêt-Maison ne semblait pas vouloir le comprendre. La capitaine était aux prises avec eux lorsqu'Ellundril s'était lassée de ces tentatives pour expliquer aux Petits qu'on ne pouvait pas en prendre plus. La marchombre s'était retirée discrètement et personne ne s'en était rendu compte avant qu'elle ne soit hors de portée de voix. À la cime d'un grand arbre, elle admira l'horizon. Il était loin, le monde, vaste. Peu à peu Ellundril se remettait du mal-être qui l'avait étreint un mois plutôt, mais un point restait obscur et elle se promit alors de retourner là où elle avait fait la découverte qui l'avait plongé dans l'incertitude. En attendant, elle comptait bien aller au nord pour voir ce qui s'y tramait. Elle songea alors à Elivia, la jeune marchombre talentueuse que Jaina avait commencé à entraîner cinq ans plus tôt. Ellundril aurait aimé s'accompagner de cette jeune femme impétueuse pour son voyage, mais apparemment, la petite n'avait pas attendu pour partir dans le lointain et l'inconnu. C'était aussi bien pour elle... Ellundril se demanda ce qu'elle faisait en ce moment.

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La ville n'était pas une ville. C'était un agglomérat de terriers, de trous, de souches évidées, de cabanes grossières et le tout surpeuplé par des hordes innombrables de Raïs. Elivia constata qu'elle ne pourrait pas traverser cette cité en courant sans discrétion. En effet les hommes-cochons étaient un peu trop nombreux. Si il y en avait eu une dizaine de milliers en moins, elle aurait pu passer en marchant et même en cueillant des fleurs, or, aucun dieu bienveillant ne semblait vouloir foudroyer les cohortes de monstres. Il faudrait être discrète.

Elivia se résolut donc à attendre le jour, pendant lequel les Raïs se mettaient à dormir, pour la plupart du moins. De plus, la marchombre remarqua, lorsque l'aube éclaira l'horizon, que les portes du palais-sous-le-volcan, son objectif, s'ouvraient pour, supposa-t-elle, aérer les galeries innombrables qui devaient constituer ce château. Mais évidemment, cette journée précise, les habitants de la « ville » avaient décidé d'être réticents au sommeil. Ainsi, Elivia dû encore faire ce qu'elle détestait le plus, attendre. Quand enfin, la grande majorité des hommes-cochons succomba au sommeil, le crépuscule était proche. Alors, Elivia quitta la petite anfractuosité dans laquelle elle s'était tapie et commença à avancer, silencieuse comme une ombre. Tout en marchant, comme l'aurait fait son modèle, Ellundril, elle se mit à chanter. Ce n'était pas un chant banal, de bar ou de scène, ce n'était pas les bruits gutturaux que font les Raïs comme les ivrognes. Non, c'était le chant marchombre, harmonieux, liquide, ensorcelant. Sur son passage, les monstres endormis remuaient, mais le chant les enfonçaient bien trop profondément dans leurs rêves, aucun ne se réveilla.

Tandis que de gros Raïs monstrueux refermaient les gigantesques portes du palais-sous-le-Volcan, les gardes ne virent pas l'ombre hardi qui se faufilait dans la demeure du roi Raïs et de ses conseillers Ts'lichs. Elivia s'arrêta un instant dans un coin obscur pour contempler les Titanesques battants qu'elle venait de franchir. Chacun des deux était haut d'une vingtaine de mètres, avec un Ts'lich brandissant une pierre rayonnante gravée dans la pierre grise qui les composait. Une création de l'imagination songea la jeune marchombre avant de s'enfoncer dans les profondeurs noires du palais construit dans le Kur N'Raï. Les couloirs de rocs creusés sous le volcan s'entremêlaient et s'enfonçaient infiniment et s'ouvraient sur des centaines de salles désertes, mais Elivia ne s'intéressait pas à toutes ces pièces vides, elle ne voulait voir qu'une chose. Son but était tout proche, bientôt, elle regarderait en face le roi des Raïs.

La jeune femme marchait silencieusement dans les corridors sans fin, insouciante. Elle admirait les fresques mystérieuses et incompréhensibles gravées sur les murs. Rien de ce qu'elle pouvait voir ne lui était connu, ils y avait des sortes de vaches géantes, des arbres comme des montagnes, et même un immense lézard ailé, qui semblait vouloir tout détruire. Elle ne prenait pas garde, il n'y avait personne ou presque dans cet immense dédale. La marchombre était persuadée de ne rencontrer personne. Les Ts'lichs devaient être trop occupés à conspirer pour se venger des Hommes pour se balader inopinément dans leur palais. Elle ne se rendit compte de sa bêtise que lorsqu'elle se trouva à l'angle d'un couloir face à l'un d'entre eux. Celui-ci plissa ses yeux bouffis et blanchâtres avant de grogner comme un ivrogne :

- Hors de ma route petit Raïs putride !

Elivia ne se le fit pas dire deux fois et elle se jeta sur le coté pour laisser passer le monstre, qui marmonna au passage :

- Tiens, un Raïs obéissant... ça nous change.

Lorsqu'il se fut éloigné, la marchombre repris sa marche de façon beaucoup plus prudente, en songeant qu'elle avait une chance incroyable d'être tombée sur le seul Ts'lich myope du monde.

Il lui fallut encore de longues heures de recherches infructueuses avant de trouver la salle du trône. Toutes les portes étaient semblables, et Elivia n'osait pas les ouvrir, de peur de tomber nez-à-nez avec une créature monstrueuse en train de prendre un bain ou de se brosser les dents. Pendant ce qui lui sembla au moins une éternité, elle erra prudemment dans les galeries, sans savoir vraiment à quoi devait ressembler ce qu'elle cherchait. Lorsque enfin elle se trouva devant, elle ne s'en rendit pas compte. En revanche, cachée dans une alcôve qui aurait dû contenir une statue mais se trouvait opportunément vide, elle entendit les voix. Elles étaient deux, sifflantes et rauques, et elles étaient glaçantes. L'une déclara :

- En tout cas, nous avons eu deux naissances durant ces dix dernière années, c'est beaucoup plus que ce qu'on faisait avant !

La seconde ricana avant de répartir moqueusement :

- Tu oublies le vieux Friscrashifs, il est myope comme un Raïs et de moins en moins puissant. À mon avis, son heure est venue.

Un bruit sourd interrompit la discussion, fit trembler les murs et frissonner Elivia. Quelques secondes de silence s'écoulèrent avant qu'une troisième voix stridulante ne s'élève de l'obscurité :

- Mais faites taire cette grosse boule de chair putride ! Pourquoi diable faut-il que l'on garde cette chose avec nous ?!

- Parce que la prophétie annonce que le roi Raïs nous aidera face aux trois fléaux humains.

Elivia comprit alors devant quelle salle elle était tapie, mais sa curiosité avait retenu autre chose. Trois fléaux humains... la jeune femme savait que lors de la Libération, Merwyn avait entraîné la mort de nombreux Ts'lichs, devenant ainsi leur ennemi mortel, mais elle n'avait jamais entendu parler de deux autres personnes capables de tuer un de ces monstres. Elle n'eut pas longtemps à attendre avant d'avoir des réponses. La voix qui avait mentionné ces « fléaux » reprit avec un débit plus lent :

- Il était dit que ses soldats tenteraient de nous défendre contre le magicien, que nous avons déjà affronté. Mais la prophétie annonce aussi que les Raïs seront déterminants lorsque nous combattrons le « Général de Gwendalavir » ce que nous n'avons pas encore fait.

- Il reste tout de même le troisième fléau...marmonna une des deux autres voix.

- Peuh ! La partie qui en parle est ridicule ! On croirait une prophétie humaine !

- Lorsque viendra l'Héroïne de l'ombre, rien ne pourra l'arrêter, et ceux qui la défierons périront, sans comprendre comment une femme peut être si semblable à une déesse... En effet ça fait très humain, mais je trouve ça inquiétant.

Les autres Ts'lich ricanèrent puis s'insultèrent mutuellement, mais Elivia ne les écoutait plus. Une seule personne pouvait avoir comme surnom « Héroïne de l'ombre » songea la jeune marchombre. Doucement, elle murmura, savourant presque chaque son sur sa langue :

- Ellundril.

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Enfin, la voile se cambra au-dessus du navire. Le vent soufflait délicatement, mais Ludmille installa quand même les rameurs sur leur banc de nage. Enfin, le bateau commença à s'éloigner de la rive de la Forêt-Maison, pour partir en direction du nord. La marchombre à bord avait décidé d'occuper la place de la vigie, qui ne s'en plaignait pas d'ailleurs. Ainsi, Ellundril admirait l'Océan, immense tissu de soie marine qui ondulait au grès des vents et des courants. Elle crut apercevoir une titanesque nageoire jaillir de la surface, au loin, mais ce fut si éphémère qu'elle ne put être tout à fait sure. Les oiseaux blancs fendaient l'air en chantant des mélodies propres aux mouettes qu'elles seules peuvent saisir, tandis que le soleil inondait le ciel de chaleur.

" Nature rayonnante

Harmonie resplendissante

Vie. "

Ellundril traça une fois de plus ses mots dans la brise, et il ne tardèrent pas à s'envoler pour rejoindre le ciel azuré. Elle resta immobile un instant, puis elle dansa, gestuelle marchombre.


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