Disclaimer : L'histoire "Les mondes d'Ewilan" etc... appartient à Pierre Bottero, pareil pour les personnages sauf quelques un. Cette histoire est écrite par Neitentus et je suis la beta-reader
Bonne lecture !
Chapitre 5
"Tempête et Clandestin"
Le ciel était un voile sombre et boursouflé de nuages. Tout autour du navire, le vent rugissait plus fort que n'importe quel monstre, soulevant de titanesques murs liquides avant de les abattre aussitôt. La pluie filait du ciel vers la mer, furieuse et incessante, battant le pont du bateau dans un tonnerre de coups furibonds. Ludmille, malgré l'agitation des éléments qui l'entouraient, se tenait droite, cramponnée à la barre, son visage fermé. Dégoulinante d'eau, telle une divinité marine, elle guidait son navire au travers des flots déchaînés. Les marins qui ne s'étaient pas tapis dans la cale étaient cramponnés aux mats ou aux rambardes, attachés par des cordes, et immobilisés par la violence de la tempête. Puis, il y avait Ellundril. Seule, debout sur la figure de proue, indifférente aux rafales, elle brandissait une lanterne, illuminant la surface houleuse. L'océan avait beau secouer le bateau tel un enfant furieux secoue son jouet, cela n'affectait pas la marchombre. Tant qu'elle restait immobile, les pirates se disaient que le navire ne pouvait sombrer.
Au bout d'un temps indéfini, les rafales s'essoufflèrent et un rayon de soleil perça le dôme opaque des nuages. La mer n'était pas calme pour autant, mais le plus fort de la tempête était passé. Courant sur les vagues, le Dragon des Mers repris son cap et cessa de craquer. À bord, les marins commençaient à se détacher lorsque la trappe de la cale s'ouvrit. Le plus jeune des mousses, un certain Léo, en émergea, blanc comme un linge et sous les regards surpris, il referma le battant de bois derrière lui. Ensuite, par de petits pas tremblants, il monta jusqu'à sa capitaine et se mit sur la pointe des pieds pour lui chuchoter quelques mots à l'oreille. Cela fait, le garçon s'en retourna dans la cale. Les hommes sur le pont lançaient des regards perplexes entre leur capitaine et la trappe, attendant des instructions pour réagir face à l'étrange événement. Finalement, lorsque une vague plus imposante souleva le navire, Ludmille se décida à parler :
- Ellundril ! Rejoins-moi dans ma cabine s'il te plaît. Jordan, prend la barre. Et surtout, personne ne descend dans la cale !
Une fois que la marchombre fut confortablement installée et que Ludmille eut terminé d'engloutir son troisième verre de vin, la corsaire délia sa langue :
- Depuis la mort de mon père, tous les bons pirates ont fichu le camp de ce navire ! Il ne me reste que les novices et les bras cassés !
- Va droit au but, coupa Ellundril, dis-moi ce qui se passe.
- Mon navire est remplis d'incapable ! Voilà ce qui se passe ! Au temps du captain'Aaron, ce qui a lieu dans ma cale n'aurait jamais pu se produire !
- Peu importe. Ça ne résout pas la situation que tu refuses de m'expliquer.
Le visage de la corsaire s'empourpra de colère et elle repris un quatrième verre. Un silence plana, puis soudainement, elle jeta le récipient sur le plancher, faisant tinter le cuivre contre le bois.
- La situation, la situation... La situation, c'est qu'il y a un clandestin dans mon bateau qui tient la moitié de mes hommes en otages ! Tu imagines ?! Quinze pirates vaincus par un seul fourbe ! Bientôt on va prendre le Dragon des Mers pour une pathétique gabare de commerce remplie d'un équipage de mauviettes !
La marchombre arqua un sourcil et plongea son regard dans son verre qu'elle n'avait pas touché. Une ombre de sourire se dessina sur son visage pâle, puis elle remarqua :
- Lorsque je les ai combattus, il me semble que les sous-fifres d'Ogo Brauwn étaient plus de quinze. Pourtant, nul ne peut prétendre qu'Ogo était une fillette pudique, et son navire un transporteur de patates.
- Peut-être, mais toi... c'est différent enfin ! Ça n'a rien à voir ! Tu es bien meilleure combattante que tous les généraux de Gwendalavir !
- Il y a tant et plus de guerriers plus habiles que moi dans ce monde. On ne peut jamais être le meilleur, on ne peut que le devenir. Cet... Ce clandestin, que veut-il ?
- Il ne l'a pas dit... Il demande juste que tu descendes le voir, c'est tout. Il pense peut-être que tu es la capitaine...
- Attends, qu'est-ce que le mousse t'a dit exactement ?
Surprise par la question, Ludmille se concentra un instant avant de répondre :
- Je crois... il a dit « Y a un clandestin, y nous a tous ligoté, y veut voir Ellundril, y va tuer Eido si j'y retourne pas de suite » et puis il est reparti.
- Si ton matelot a bien prononcé ces paroles alors notre intrus connaît mon nom, ce qui enlève un grand nombre de suspects...
- En quoi son identité nous importe-t-elle ?
- Si il me connaît, je le connaît, et si je le connaît, alors je peux le prévoir.
Ludmille garda le silence. Dans la théorie, l'idée était bonne, mais dans la pratique, le clandestin restait un mystère, et bien qu'elle se soit raccourcie, la liste des possibles coupables restait longue.
On frappa à la porte, trois petits coups tremblants. Quand la capitaine ouvrit la porte, elle constata que Léo le mousse était encore plus blanc qu'à sa première sortie. Un fracas de tonnerre résonna dans le ciel sombre, et le gamin parla d'une voix mal assurée :
- Il... il exige qu'Ellundril vienne immédiatement, sinon, y dit qu'y va commencer les meurtres...
Le message délivré, l'enfant se retourna et s'en fut regagner sa place d'otage, avant même que Ludmille ou la marchombre n'ai pu dire un mot. Les deux femmes s'entre-regardèrent puis la pirate interrogea :
- Que fait-on ?
- Plus le temps, on improvise.
Jordan prévint que la tempête se levait à nouveau lorsqu'il vit sa capitaine sortir de la cabine, mais elle ne lui fit en retour qu'un signe de main évasif. Ellundril se pencha sur la trappe conduisant à l'intérieur du bateau, effleura le bois, saisi la poignée, et intima à Ludmille de rester sur le pont. Soulevant le battant, elle se glissa dans l'interstice et disparut. La descente à la cale fut rapide, mais l'endroit était obscur, et il fallut un temps pour que la femme s'habitue à la pénombre. Malgré cela, nul n'avait remarqué son entrée, elle se tapit alors derrière des barils et observa. Il y avait là les marins, ficelés, pour la plupart inconscients, geignants. Dans un coin, Léo pleurnichait, tout tremblant, ses hoquets couverts par le boucan des vagues au dehors. Le brouhaha, pourtant, ne parvenait pas à éclipser la petite mélodie, sifflotée par le clandestin, ni le bruit de son poignard qu'il aiguisait. Il était grand, mince comme un adolescent et une barbe récente lui mangeait les joues. Elle avait dû pousser pendant le voyage, mais elle n'empêcha pas Ellundril de reconnaître l'homme. Ses vêtements seuls, un ensemble de cuir moulant avec de nombreuses poches, suffisaient à trahir son identité. De plus, son visage, avec ce nez pointu et ces grands yeux clairvoyants, était difficilement oubliable, alors même que la marchombre profitait d'une excellente mémoire visuelle. Malgré la pénombre, elle n'eut donc aucun mal à reconnaître Quayle, deuxième des quatre marchombres formés par Théos Chariakin.
Lorsque Ellundril quitta sa cachette et s'avança, le clandestin tenta de masquer sa surprise, sans succès, avant de se reprendre et de déclarer :
- Aah, ma très, très chère Chariakin, je commençai à croire que tu ne viendrais jamais, et que j'allais devoir renvoyer ce charmant Léo avec la tête de son copain dans les bras !
Il dissimulait de la nervosité par une amabilité feinte trop excessive remarqua la marchombre. Elle répondit avec une voix dénuée de chaleur :
- Que fais-tu ici, que veux-tu ?
- Allons, quel manque de courtoisie ! Je m'attendais à mieux de la part de la vieille amie que tu es ! Tu sais que tu es difficile à suivre ? J'ai eu du mal à ne pas te perdre dans ces contrées sauvages ! Et puis cette forêt ! Remplie de petits nains imbéciles, j'ai cru que j'allais devenir fou !
- Pourquoi m'as-tu suivis, que veux-tu ?
- Ce que tu peux être froide, se plaignit Quayle en jouant avec son poignard. Tu ne te demandes pas comment j'ai fait pour m'introduire dans ton petit bateau ? En fait, cette partie a été trop simple ! Il a suffit de se mettre dans un tonneau, et ces idiots de petits bonshommes m'ont porté à bord. Je voulais patienter encore un peu avant de me montrer, mais la tempête m'a tant secoué que je suis sorti de ma planque. Du coup, les crétins ci-présents m'ont vu et j'ai dû modifier mon plan.
- Pourquoi, que veux-tu ?
Ellundril avait prit dans sa main son propre couteau, qui étincelait dans l'ombre. Le clandestin qu'elle avait devant elle nourrissait de noirs desseins, aucun doute sur ce points. Les yeux de l'homme le hurlait. Quayle inspecta sa lame puis se retourna vers la femme. Le coutelas frôla l'oreille de cette dernière, tranchant au vol une mèche de cheveux, et alla se ficher dans la cloison opposée, vibrant. Le clandestin ricana nerveusement en sortant un deuxième couteau :
- Je l'expliquerai à ton cadavre.
Un battement de cœur plus tard, Ellundril était sur le clandestin, son arme mortelle frappant et parant à une vitesse inouïe. Rapidement l'adversaire fut débordé, des estafilades d'un rouge ardent commencèrent à souiller sa peau pâle. Il tenta de s'éloigner hors de portée de la lame courte, mais le terrain exigu ne jouait pas en sa faveur. Acculé, il tira un troisième poignard pour surprendre Ellundril, en vain. Elle le lui fit immédiatement lâcher en blessant sa main, et redoubla d'ardeur dans ses frappes. Le navire, sans que les combattants s'en rendent compte, tanguait de plus en plus, la tempête se relevait. Malheureusement pour Quayle, il se trouvait dans une cale remplie d'ennemis, et un pirate profitât de l'instant pour tenter faire trébucher le marchombre. Ce dernier garda l'équilibre aisément mais Ellundril en profita pour lui asséner un violent coup de coude. Il s'affala de tout son long, sur le dos. La femme le regarda de haut, et une seconde, elle hésita. Une seconde de trop. Une puissante déferlante s'écrasa violemment contre la coque, et le choc désarçonna la marchombre. Instantanément, l'adversaire saisit l'occasion. Il frappa la cheville de la femme, qui tomba à son tour. Il se jeta sur elle, la plaqua sauvagement au sol et plaça sa lame sur son cou. Savourant la victoire, il cria :
- Meurs, Ellundril Chariakin ! Meurs, légende de l'ombre, nul ne retiendra ton nom !
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