Salut ! Voilà la suite ! :)

Disclaimer : L'histoire originale est la propriété de Pierre Bottero, à part quelques lieux et personnages

Bonne lecture !


Chapitre 12

"Les Monts Orekors"

Accoudée au bastingage, Ellundril contemplait le soleil de l'aurore embrassant l'horizon bleu de l'océan. Un vent vif et frais sifflait à ses oreilles soulevant sa chevelure blanche et gonflant avec ardeur les voiles du navire. Le ciel d'azur était dégagé de tout nuage, et un quart de lune ainsi que quelques étoiles brillaient encore faiblement, dansant avec le roulis du navire. La journée ne pouvait pas mieux se présenter. Un instant, ce paysage serein rappela à la femme les voyages de sa jeunesse, la douceur des brises de l'océan du sud, les cris des grandes mouettes d'albâtre, l'insouciance et l'impatience de l'enfant qu'elle était, et la main ferme de son père sur son épaule. Sa voix suave et forte à la fois, qui dessinait sous ses yeux les poèmes qu'il avait inventé pour décrire le monde et surtout, cette phrase :

« Ellundril, regarde autour de toi, saisis-tu la magnificence de tout ce qui nous entoure ? »

La marchombre avait fait de cette phrase la règle de sa vie, saisir la magnificence de son Univers.

La voix de Ludmille mit fin à ses rêveries.

- Quel est le sens de tout ce voyage ?

- Disons pour faire simple que je savais devoir aider les habitants de l'île des Nimurdes avant même que nous ne quittions Gwendalavir, et que maintenant pour les aider, je, enfin, nous devons nous rendre chez leur ennemi, qui est aussi le notre, dans le pays des Ts'lichs.

Ludmille jeta un regard perplexe par-dessus les flots, et garda le silence un moment, en réfléchissant aux paroles de son amie. Ellundril était une femme mystérieuse, connaissant des choses que tout le monde ignorait, des routes que personne avant elle n'avait emprunté, des secrets que nul autre n'avait découvert et une sagesse qui dépassait de loin celle de tous les autres savants du royaume. Ainsi, la pirate savait qu'il était vain de chercher toutes les raisons qui poussaient la marchombre à agir et regretta alors sa question. Elle préféra donc changer de sujet :

- Pourquoi personne avant nous n'était jamais remonté si loin vers le nord ? Après tout, nous n'avons pas fait face à de si grands périls jusqu'ici.

- En réalité, beaucoup ont essayé malgré la peur qu'inspirait un océan sensé appartenir aux Ts'lichs. Cependant, la plupart de ces aventuriers pensaient partir depuis les côtes sud du Gwendalavir et longer le rivage tout le long du voyage. Or, le royaume Faël garde jalousement sa portion d'océan et éconduit tous les navires humains qui tentent de passer par ce coté du continent.

- Mais c'est par-là que je suis passée ! S'exclama Ludmille, surprise

- Je me suis arrangée avec des amis à moi pour qu'on laisse ton navire en paix durant sa traversée. De plus, il n'y a aucun port de ravitaillement depuis le sud, ce qui rendait un voyage si long compliqué au niveau des vivres.

- C'est vrai que sans l'aide de tes amis les Petits, nous serions morts de faim. Tes relations sont vraiment utiles !

- Et je n'ai pas terminé, la mer du nord est beaucoup plus violente et tourmentée en temps normal, mais nous avons reçu une aide particulière pour nous éviter les orages et les tempêtes.

L'air énigmatique d'Ellundril fit plisser les yeux de son interlocutrice, qui ne pu s'empêcher de demander fébrilement :

- Quel genre d'aide ?

- L'aide des créatures les plus surnaturelles et étonnantes de ce monde.

Alors que Ludmille voulait recevoir des précisions, la discussion pris fin à cause d'un bruit d'ailes et le piaillement strident d'une petite mouette noire, qui se posa sur le bastingage, non loin des deux femmes. Un instant, tous les marins regardèrent l'oiseau avec plus ou moins de surprise, sachant pertinemment ce que l'animal annonçait par sa présence.

- Terre ! Cria la vigie comme pour confirmer la déduction que chacun avait déjà fait.

La Marchombre se rendit sur le gaillard d'avant en quelques foulées souples, et regarda à l'horizon. Bientôt, elle aperçut par-dessus les vagues de grands sommets obscurs et brumeux, menaçants, qui inspiraient un mélange mitigé de crainte, de dégoût, et de respect face à leur masse déjà imposante malgré la distance. Ellundril murmura :

- Les Monts Orekors…

- Qui les a nommé ainsi ? Interrogea le second, qui regardait dans la même direction.

- C'est moi-même, cela fait référence à ce que j'y ai trouvé, de l'or et des corps, enfin des squelettes pour être plus exacte.

- Qu'est-ce qui nous y attend ? Demanda à son tour Ludmille, qui s'était ajoutée à la conversation tout en sachant qu'elle aurait mieux fait de mettre Jordan au travail, et de l'accompagner dans son labeur.

- Si tout va bien, répondit l'autre femme, nous n'y rencontrerons que des vieux Raïs mourants et des squelettes poussiéreux, car c'est un cimetière. Les hommes-cochons qui ne sont plus aptes au combat viennent y mourir.

Un matelot qui écoutait, non loin, ajouta avidement :

- Et de l'or ?!

- Espérons que non. Le visage d'Ellundril s'assombrit soudainement et ses deux interlocuteurs comprirent alors que le métal brillant représentait un bien plus grand danger que les Raïs, sans saisir pourquoi.

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Elivia dut admettre que jamais elle n'avait imaginé que ses voyages puissent la conduire dans une situation aussi singulière que celle qu'elle était en train de vivre. Elle avait pour compagnons quatorze Nimurdes, hauts comme trois pommes, amaigris, verts et télépathes, et était escortée par une troupe entière de Raïs, Hommes-cochons horriblement laids et déformés, mais chantonnant et gambadant comme des enfants qui découvrent le monde pour la première fois. La jeune marchombre avait encore du mal à saisir comment elle en était arrivée là. Elle s'était échappée de sa prison, ses amis Nimurdes avaient ensuite libéré un Raïs particulier du nom de Gogrod de l'esclavage imposé à celui-ci par les Ts'lichs, et reconnaissant, il les avait mené hors du Palais-sous-le-Volcan. Par la suite, Gogrod avait rassemblé une troupe de ses congénères sous ses ordres et par des invectives violentes et dures, il était parvenus à rendre leurs esprits accessibles aux Nimurdes qui en avaient alors profité pour libérer les âmes de tout le groupes. Ainsi les Raïs étaient devenus particulièrement gentils et serviables, malgré leur intellect très limité et leur faciès repoussant.

Et maintenant, ils marchaient tous ensemble au milieu d'un marais particulièrement mouvant, avec des provisions limitées et très peu engageantes, pour se rendre sur la côte. De là, ils chercheraient une solution pour rejoindre l'île des Nimurdes.

Elivia marchait à l'avant de la troupe, juste derrière Gogrod, qui semblait être le seul homme-cochon à ne pas s'extasier devant le paysage, les insectes, les nuages, les arbres, les mares et toutes les choses qui passaient à portée. Les Nimurdes avaient mis la jeune femme en contact mental avec le Raïs, et elle avait été très surprise de découvrir qu'il était bien plus alerte et intelligent que tous ses congénères. Elle lui demanda soudain :

- Tu connais la route que nous empruntons ?

- Mmh, oui, je l'ai déjà emprunté avec d'autres, pour une mission. Il faudra que je parle Humain bientôt, parce que j'aime pas trop par la pensée, je me sens bête.

Elivia fut prise d'un élan d'amitié pour son compagnon, et elle fut fière de réussir à dépasser les apparences physiques.

- Moi je te trouve très intelligent ! Répondis donc la marchombre.

- C'est parce que tu me compares aux autres abrutis. Mais je suis pas très malin comparé à Sentiment, ou toi.

Une fois de plus, la perspicacité de l'Homme-cochon étonna la jeune femme, et elle choisit de rester silencieuse. Malgré ses dires, l'esprit de Gogrod semblait plus vif d'heures en heures, comme si le contact avec ceux des Nimurdes et de la marchombre l'enrichissaient à une vitesse extraordinaire. Plongée dans ses réflexions, Elivia ne vit pas le temps passer.

En milieu d'après-midi, le groupe parcourait un chemin plutôt stable, le long d'un bras de rivière dont les contours étaient étonnamment distincts à travers le marais. La surface de l'eau était ridée par un faible courant et une multitude de poissons argentés évoluaient là, soulevant des nuages de vase. Soudain, le chant des oiseaux se tut et les créatures aquatiques se dispersèrent vivement pour se planquer dans la végétation. Avec un bruit de craquement retentissant, un Ts'lich se matérialisa devant la troupe. Cependant, il ne s'agissait pas de n'importe lequel des Ts'lich, non, c'était Aressadrissgradorias en personne, venu récupérer sa proie. Un des Raïs libéré se jeta sur le monstre en brandissant sa hache. Il fut tranché net en deux par une lame sortie du néant, qui disparut aussi tôt. Par une série de borborygmes, Gogrod donna ses ordres, et les hommes-cochons se déployèrent pour entourer le Ts'lich en gardant une distance respectueuse. Ce n'est que lorsque la manœuvre fut finie que la créature cauchemardesque se décida à parler, tout en avançant vers Elivia :

- Tu ne croyais tout de même pas que je te laisserais partir sans rien dire ? Ssssstupide petite humaine, tu vas regretter cette tentative d'évasion fffutile !

La jeune marchombre tremblait de tout son corps, incapable d'esquisser le moindre geste ni de formuler le moindre mot en réponse. Ses yeux se remplissaient déjà de larmes de souffrance et la sueur emperlait son front. Brusquement, Sentiment se dressa entre le monstre et la jeune femme, elle avança de deux pas, passant devant le cercle de Raïs et dit d'une forte impulsion mentale en plantant ses yeux dans ceux d'Aressadrissgradorias :

- Tu ne toucheras plus à un cheveux d'Eli, espèce de répugnant insecte dégénéré !

Pendant ce qui sembla une éternité, les deux se défièrent du regard, et menèrent un combat spirituelle impalpable. Pourtant, les mains de la Nimurde commencèrent à ciller, puis elle montra des signes de fatigue évidents et Elivia crut que son sort et celui de ses amis était scellé. C'est alors qu'un à un, les autres Nimurdes s'avancèrent, pour soutenir leur meneuse. Assemblant leurs forces, ils assaillirent le Ts'lich de tous côtés, tant et si bien que les rôles furent inversés. Ébranlé par la puissance de l'attaque, le monstre recula, leva ses bras et les lames prolongeant ses poignets en un geste d'intimidation et hurla de dépit :

- Sssscette humaine est à moi ! Sssces Raïssss ausssi !

Violemment, tous les hommes-cochons s'effondrèrent en poussant des cris atroces de douleur et de terreur, sauf Gogrod, qui parvint à se maintenir debout, s'appuyant sur sa hache, ses yeux porcins plissés par l'effort et la souffrance. Les Nimurdes en revanche, restèrent campés sur leurs jambes, et Sentiment répondit instantanément :

- C'est faux, pour l'une comme pour les autres, ils se sont libérés et ils ne t'appartiendrons plus jamais !

Alors, avec la même soudaineté qui avait accompagné son arrivée, Aressadrissgradorias disparut avec un craquement retentissant. Les télépathes soupirèrent de soulagement et titubèrent comme pris de vertiges après le combat, les Raïs se relevèrent petit à petit en gémissant et Elivia sentit les larmes couler sur ses joues. Elle était Libre.


Reviews ?

...Mais attendez ... oh, regardez qui arrive ! Le chapitre 13 ! Il est en avance, dites-donc... Mais c'est pas grave, c'est même tant mieux ! Allez, on l'applaudit tous très fort !

(... je deviens folle... mais c'était marrant ^^')