Bonjour tout le monde !

Ça fait longtemps que vous ne nous avez pas vu, mais vous avez droit à quelque chose d'un peu spécial. Déjà, il y a deux chapitres d'un coup. Mais c'est pour une bonne raison : ce sont les derniers. Plus exactement, en fait ce sont un chapitre et un épilogue. Enfin, je vais vous souhaiter une bonne lecture, et rendez-vous dans l'épilogue.

Disclaimer : L'univers et certains personnages appartiennent à Pierre Bottero, d'autres à Neitentus, je suis principalement la béta

Bonne lecture !


Chapitre 17

"Bataille"

Une lourde chape de brume pesait sur une mer d'encre. Seul le claquement incessant des rames sur la surface et les grognement des Raïs perturbaient le silence. Le soleil s'était levé depuis plusieurs heures mais dans le brouillard, cela n'avait rien changé, et pour les Ts'lichs c'était égal. Leurs galères innombrables glissaient silencieusement sur l'océan, comme une nuée d'oiseaux fondant sur leurs proies, une nuée de vautours. Dans quelques instants, la flotte parviendrait à destination, et le massacre des Nimurdes commencerait, l'excitation était palpable. Ferissdargassdr, qui se trouvait sur le bateau de tête, se voyait déjà auréolé de gloire, arrachant son cœur et son pouvoir à la Reine des télépathes. Personne ne l'avait jamais vu mais il pensait pouvoir supposer qu'elle était aussi petite et verte que ses congénères, ainsi elle ne représenterait pas un problème conséquent. Visualiser une petite Nimurde toute verte et couronnée le fit ricaner, ce serait une partie de plaisir. Alors, la brume commença à se déchirer, et l'horizon s'éclaira. Un coup de cor résonna, tandis que la côte ennemie se révélait, proche et déserte. Cependant, entre la plage et les galères de guerre, se dressait un unique bateau. En haut de son mât, dressée fièrement, une bannière noire ornée d'un crâne et d'une fleur claquait dans le vent.

Songe se dressait, droite et ferme, à la proue du navire, ses cheveux flottant eux aussi dans la brise. A ses cotés se tenaient une vingtaine d'autres Nimurdes, parmi les plus puissants, et derrière eux les humains. Tandis que l'immense flotte émergeait du brouillard peu à peu repoussé par les bourrasques, la princesse leva les bras. Les Raïs et le Ts'lich ne le virent pas, mais sentirent une vague mentale les traverser à cet instant. Aussitôt, un dauphin jaillit des flots, sa peau luisant au soleil, nageant vers les ennemis. Puis un second, et un troisième, et tout une armée fendit les vagues. Avec une majesté époustouflante, une dame blanche perça à son tour la surface, et retomba dans une immense gerbe d'eau. Sur les galères, la panique s'empara des monstres, qui ne savaient pas réagir face à cet assaut venu des profondeurs. Certains se jetèrent par-dessus bord comme pour aller au combat, et leurs armures les entraînèrent par le fond, d'autres projetèrent vainement leurs haches et masses d'arme, et d'autres encore restèrent immobiles. Les Ts'lichs sifflèrent de colère.

La bataille s'engagea. Les mammifères marins s'attaquèrent aux rames, les arrachant aux navires qu'ils ne cessaient de faire tanguer, alors que quelques baleines les firent littéralement chavirer. Les hurlements de rages des dessinateurs ennemis s'accompagnèrent d'une pluie soudaine de rochers, de harpons et de flèches émergés du néant, ce qui ne fit que redoubler d'ardeur les assauts de l'armée marine. D'autre part, le vaisseau pirate s'élança au cœur du combat, sa masse imposante surplombant les galères et la voix forte et surexcitée de la capitaine résonna :

- Envoyez-moi ces rats pourrir dans les abysses ! Feu !

Les flèches enflammées décollèrent alors, décrivirent de gracieuses courbes et portèrent les flammes ardentes sur les navires adverses. De toute part, le chaos s'empara des Raïs. Comme une maladie, la panique se répandit sur toute l'armada et les créatures repoussantes se désorganisèrent tant que leur résistance disparut presque complètement. L'incendie se répandait de voiles en voiles. Un à un, les navires sombraient. Un à un, les ennemis se noyaient. Déjà, les Nimurdes apercevaient la victoire, et leurs vivats télépathiques cinglaient violemment le moral des Raïs affolés.

- Youhou !

- Vous y attendiez pas à celle là, hein ?!

- C'est qui les débiles maintenant !

- Vous y penserez à deux fois avant de reprendre la mer !

- On gagne !

- Vive les dauphins !

Une dame blanche surgit des vagues, en retournant une galère et à une vitesse fulgurante un énorme harpon la transperça. L'eau se teinta aussitôt de son sang. Un sifflement monstrueux, aussi sombre que les enfers, écrasa tous les autres bruits :

- Cessez de vous disperser, mes guerriers ! Reprenez les rames, dès que vous aurez atteints la terre, la victoire sera notre !

Roulants comme le tonnerre, les paroles d'Aressadrissgradorias eurent l'effet d'un déluge. Malgré le feu, malgré les assauts sous-marins, le désordre fut balayé, les soldats se rangèrent et récupérèrent les armes restantes et la flotte reprit sa route. Ignorant les pirates, les galères chevauchèrent les vagues, et les dauphins n'étaient pas assez fort pour arrêter cette poussée nouvelle. Les lamentations des dames blanches s'élevèrent, tandis que leur sœur continuait d'agoniser. Un navire deux fois plus grand que les autres apparu face au Dragon des mers, et le Seigneur des Ts'lichs fixa son regard brûlant sur la princesse Nimurdes et Ludmille. Il déclara d'un ton égal :

- Vous n'avez pas la moindre chance.

Deux immenses mains liquides se matérialisèrent, et déchiquetèrent le bateau pirate, ne laissant que des miettes.

Quelques instants plus tard, avec force de cris sauvages, les Raïs débarquèrent sur la plage. Tel un ras-de-marée, ils se répandirent sur la terre ferme, innombrables et armés jusqu'aux dents, assoiffés de sang. Ils se mirent alors à courir droit vers la lisière de la forêt, traversant une vaste zone défrichée qui avait été leur base avancée auparavant. Cependant, pour une raison invisible aux yeux des Ts'lichs, les premiers rangs freinèrent et s'arrêtèrent, déclenchant derrière eux une bousculade chaotique. Finalement, toute la horde se retrouva à l'arrêt. Ferissdargassdr, premier Ts'lich à terre, furieux de l'inefficacité des soldats, traversa la foule d'un pas rageur pour voir ce qui bloquait leur avancée. Une femme. Une femme svelte, habillée de cuir souple, avec une longue chevelure blanche, qui exécutait une étrange danse hypnotique. Le Ts'lich fondit sur elle, persuadé de pouvoir déchiqueter cette humaine prétentieuse qui avait le toupet de se mettre en travers de leur route. Il ouvrit grand ses bras pour la saisir et l'empaler avec ses faux, mais avant qu'il ait vu quoi que se soit, son torse s'ouvrit en deux. Un battement de cœur plus tard, sa tête se détacha de son corps. La carcasse inerte du monstre s'effondra au pieds d'Ellundril. La marchombre se mit en garde, une dague dans chaque main et déclara d'une voix qui porta étonnamment loin :

- Vous ne gagnerez pas cette guerre. Partez ou combattez, le résultat sera le même.

- Que comptes-tu faire seule contre toutes mes armées ? Raïs, piétinez-la ! Cria en retour Aressadrissgradorias qui se trouvait à une centaine de mètres de là, encore sur son bateau.

- Qui a dit que j'étais seule ?

Les Raïs chargèrent, brandissant leur lames et hurlant leur furie. Un incroyable mugissement s'éleva aussitôt de la forêt. Les arbres tremblèrent tandis que le martèlement de sabots ébranlait le sol. Un troupeau tout entier d'aurochs furibonds s'élança hors de la végétation. Les bêtes, énormes, étaient par ailleurs chevauchées de plusieurs Nimurdes, ainsi que de Raïs, ceux de la troupe de Gogrod, mais aussi d'autres, ceux qui avait été laissé sur place pour garder la base avancée. Les chevaucheurs brandissaient des lances et beuglaient avec une férocité plus grande encore que leurs ennemis. Ainsi, en une seconde, les hordes assaillantes furent enfoncées et un combat impitoyable débuta.

Les lames fendirent la chaire, les cornes éventrèrent les armures, les lances transpercèrent les corps, et de toute part les attaques psychiques brisèrent les esprits. Comme des requins assoiffés de sang, les Ts'lich s'élancèrent dans la bataille, se matérialisant dans un tonnerre de claquements et de sifflements au cœur de l'affrontement.

Un Raïs ennemi s'élança vers la forêt. Il se souvenait de l'objectif qu'avaient donné ses maîtres. Trouver quelque chose en s'enfonçant dans les terres, et le tuer. Bouffi d'audace par l'espoir d'une récompense, il courut aussi vite qu'il le put. Trop lentement. Il s'écrasa violemment au sol, une flèche en travers de la gorge. À la lisière des bois se tenait Elivia, brandissant un arc long, avec un stock impressionnant de flèches à ses pieds. Avec une détermination inébranlable, elle s'exclama :

- Vous ne passerez pas !

Trois autres flèches fusèrent, arrêtant net trois autres cibles. La marchombre bandait à nouveau son arc, lorsqu'un craquement la fit se retourner. Un Ts'lich venait d'apparaître. Une cruelle lueur dans les yeux, il se lança à l'assaut de la jeune femme en ricanant :

- Et qui va m'empêcher d'avancer, petite larve ? Sûrement pas toi en tout cas !

Les faux de la créature fendirent l'air.

De la mer vint une nouvelle vague mentale qui fit vaciller tous les combattants. Chevauchant une immense dame blanche, Songe jaillit des flots, accompagnée des pirates et de quelques autres télépathes. Irradiant de colère, la voix de la jeune Nimurde résonna comme un ouragan dans tous les esprits :

- Vous allez regretter votre folie, Ts'lichs ! Vous ignorez tout de moi et de mon peuple, vous ignorez le pouvoir qui se déchaîne contre vous et vous ignorez à quel point vous avez eu tort de vous en prendre à nous ! La terre que vous foulez en cet instant est ma terre, et je vais vous faire comprendre à quel point !

Une nouvelle onde psychique parcourut le champs de bataille avec plus de force encore que les précédentes. Aussitôt, les aurochs redoublèrent de fureur, et dans un bruissement, des oiseaux par centaines s'élevèrent des cimes. Muées par un instinct transcendant, toutes les créatures de la forêt alentour prirent la direction des combats et s'élancèrent dans la bataille. Dans la mesure de leurs moyens et de leurs forces, ils s'attaquèrent comme un seul à l'envahisseur. Les volatiles fondirent du ciel, les rongeurs se faufilèrent dans les jambes des combattants, les serpents y plantèrent leurs crochets, les cerfs et les sangliers chargèrent avec force, et des nuées innombrables d'insectes se jetèrent à corps perdus dans l'affrontement. Soudain, Raïs et Ts'lichs furent assaillis de toutes parts, entourés par une faune hostile et sans pitié. À travers le brouhaha, le sifflement moqueur d'Aressadrissgradorias fut clairement audible :

- Je t'accorde que tu es impressssionnante petite ! Cependant, il est temps que je te donne un aperçu du vrai pouvoir ! Admire, je vais t'ouvrir la porte de l'Enfer !

Sur ce, il se mit à pleuvoir. Une pluie de feu.

Une tempête de sang et de métal. Comment décrire cette chose autrement ? Le Ts'lich fit un pas en arrière, jetant un regard horrifié à son bras, presque tranché, pendant vainement à son épaule. À quelques mètres de lui, virevoltait l'humaine la plus redoutable qu'il n'ait jamais vu, Ellundril. La marchombre semblait danser, à une vitesse fulgurante, se lovant dans les courants d'air, filant entre les flammes tombées du ciel et tous les adversaires passant à sa porté se retrouvaient déchiquetés en un battement de cœur. Le Ts'lich blessé ne pouvait pourtant se permettre de reculer devant une humaine. Il dessina un javelot, qu'il projeta sur elle. D'une torsion du bassin elle esquiva le projectile et fondit sur lui. Tchac Tchac Tchac. Le monstre s'effondra, mort. Imperméable au chaos ambiant, Ellundril reprit son œuvre de massacre, toutes les capacités acquises durant sa vie prenaient une tournure meurtrière. Elle n'appréciait pas cela, et cependant elle abattit sans pitié les Raïs qui se jetaient incessamment sur elle.

Projetée contre un arbre, la jeune femme sentit un filet de sang couler dans sa nuque. Malgré cette énième blessure, elle exécuta une roulade preste vers la droite et l'épée qui fonçait sur elle s'enfonça profondément dans le tronc. Elivia se releva et fit face au monstre, avec ses poings comme dernières armes. Le Ts'lich émit un bruit immonde qui ressemblait vaguement à un ricanement et déclara :

- Allons, soit raisonnable, petit rat rose. Cela fait plusieurs minutes que tes amis sont sous la pluie de feu, ils doivent tous être en train de brûler. Quant à toi, tu as perdu tes dagues, ce qui ne te laisse plus aucune chance contre moi, bien que tu n'en ais jamais eu. Abandonne et je mettrai fin à tes souffrances.

Pendant qu'il parlait, la jeune combattante reprit son souffle, et tenta de se caler sur le temps de son adversaire. Il fallait à tout prix qu'elle le frappe, pour le déconcentrer et gagner le temps de récupérer ses lames. Elle vit une ouverture. Elle s'élança, et fut projeté à bonne distance par une violente onde de choc. Le rire cruel du monstre fut cinglant. Elivia tenta de se relever sans y parvenir, et bientôt, le Ts'lich fut face à elle, la surplombant de toute sa hauteur. Se délectant de sa victoire, il se prépara à la mise à mort.

- Un dernier mot, avant que je ne mette fin à ta vie pathétique ?

Soudain un sifflement énorme s'éleva du champs de bataille. Le Ts'lich fit volte face, il empêchait la jeune femme de voir, mais ce qu'il vit lui, le fit trembler de rage, ou de terreur.

Un mur de flamme s'ouvrit. Aressadrissgradorias, le seigneur des Ts'lichs, fit face à Ellundril, la plus grande des Marchombre. Aucun des deux adversaires ne prit le temps de parler, devinant la valeur de l'ennemi. Des lames de vents s'élevèrent tout autour du monstre, la guerrière en fit ses armes. Telle une feuille, elle se glissa dans les bourrasques tranchantes comme si elle ne faisait qu'une avec elles, et l'instant suivant, elle était sur son assaillant. Une violente onde choc la souffla au loin, mais la marchombre regagna aussitôt son équilibre pour esquiver une mitraille de rochers. Tout autour du Ts'lich se dressa une muraille de pieux acérés. Pas assez acérés, Ellundril les traversa sans mal, lançant un nouvel assaut. Ses lames virevoltèrent comme l'éclair, mais les faux de l'ennemi furent plus rapide encore, dessinant une ligne sanglante sur la joue de la marchombre. Pour les observateurs extérieurs, bien qu'il n'y en avait guère, ce qui suivit fut plus semblable à une tornade d'émeraude et argent qu'à un combat. Finalement, la marchombre fut projetée à plusieurs mètres, couverte d'égratignures et de poussière, dégoulinante de sueur. Devant elle se dressa le seigneur ennemi, intact et rayonnant. Sa voix bouillonnante d'orgueil et de mépris parcourut le champs de bataille :

- Vous autres, vous vous surestimez ! Les seules créatures dignes de dominer ce monde sont les Ts'lichs, et je suis celui qui doit régner au-dessus de tous ! Toi, l'humaine qui a osé me faire face et qui m'a tenu tête comme nul autre, considère comme un grand honneur de recevoir la mort par ma faux.

Le monstre leva son bras.

En un instant, tout changea. Aressadrissgradorias, propulsé en arrière, poussa un terrible hurlement et le feu cessa de pleuvoir. Face à lui, légèrement au-dessus du sol, se dressait un ange, un ange aux ailes noires étincelantes, ses cheveux d'albâtre flottant derrière lui tel la traînée d'une comète. Ellundril. Instantanément, tous les Ts'lichs se tournèrent vers leur seigneur, et contemplèrent la scène avec horreur. Certains ne purent s'empêcher de murmurer avec effroi :

- Ses ailes, aussi sombres que le cœur des profondeurs, la porteront à travers les lames et les apparitions, les flammes et les bastions. Lorsque viendra l'Héroïne de l'ombre, rien ne pourra l'arrêter, et ceux qui la défieront périront, sans comprendre comment une femme peut être si semblable à une déesse.

Le regard de la guerrière survola le champ de bataille qui semblait s'être figé depuis qu'elle avait ouvert ses ailes, et ses yeux d'acier liquide se posèrent sur un ts'lich, à l'orée de la forêt. Sans plus se préoccuper du chef de guerre, elle fondit sur lui.

Le monstre se retourna soudainement vers Elivia, écumant de rage, et s'écria avec folie :

- Non ! Vous allez mourir ! Tous mourir, nous allons gagner !

Il n'eut pas le temps de faire un seul pas. Sa tête se détacha de ses épaules nettement tranchée. Tandis que son corps sans vie s'effondrait, la jeune femme vit. Elle vit la chose la plus exceptionnelle qui soit : la plus grande de tous les Marchombres, présents ou futurs, Ellundril aux ailes d'Ombres. Cette dernière lui tendit la main, et l'aida à se relever. Chancelante, Elivia ne put que chuchoter :

- Le combat est terminé pour moi aujourd'hui.

- Ne t'en fais pas, il prendra bientôt fin pour tous.

D'un coup, elle se retrouva perchée sur une branche en hauteur, contemplant une grande silhouette noire s'envoler vers le cœur du champs de bataille.

De toute part, les cris des Raïs se mêlaient aux beuglements des bêtes. Le sol était jonché de corps sans vie, tandis que le sang rougissait la terre. Dominant la masse, les Ts'lichs tentèrent de se rassembler, s'entourèrent d'épées virevoltantes, érigèrent des remparts de roc, des murs de feu, ou s'abritèrent dans des nuages de fumées toxiques. Mais eux comme leur adversaire savaient que rien ne serait suffisant pour les protéger. Ellundril était sur eux. Ses ailes écartèrent les lames, survolèrent les murs, soufflèrent les flammes, dispersèrent les brumes. Ses dagues accomplirent le reste de l'œuvre de mort de l'héroïne de l'ombre. Un à un les monstres périrent, la panique et la peur assombrissant leur vue et réduisant leurs défenses. Bientôt, il n'en resterait aucun, bientôt la bataille prendrait fin. Un énorme marteau frappa la marchombre et l'envoya rouler au sol avant de disparaître comme il était venu. Prestement, elle se releva, et déclencha de puissantes rafales pour dégager l'espace autour d'elle. Face à elle se tenait à nouveau Aressadrissgradorias, bien moins arrogant mais une rage incommensurable émanant de lui.

- Nous n'en avons pas terminé. Cracha-t-il.

L'affrontement repris alors, avec une violence inégalée.

Plusieurs heures passèrent après le zénith sans que le combat ne désigne de vainqueur, mais cependant le grand nombre et l'armement des Raïs jouaient en leur faveur, et petit à petit l'aire de la bataille se déplaçait vers la lisière des bois. Malgré tous ses efforts, Songe ne parvenait plus à garder tous les animaux dans son emprise, malgré tous ses efforts, Ludmille ne parvenait plus à protéger tous ses hommes, malgré tous ses efforts, Elivia ne parvenait pas à retourner se battre. Malgré tous ses efforts, Ellundril ne parvenait pas à défaire Aressadrissgradorias. Un à un, les alliés tombaient sous les coups de leurs ennemis, qui revenaient toujours en surnombre. Le flot ne semblait jamais s'arrêter. Exténuée, la princesse Nimurde mis un genoux à terre, une minuscule larme glissa de ses yeux asséchés par les nuages de poussière. Elle pensa, gagnée par le désespoir :

- Nous ne vaincrons jamais.

- Reprend courage mon enfant, me voilà.

Ce message traversa le chant de bataille comme une brise, une brise douce, calme, le calme avant la tempête. Le ciel s'assombrit soudainement, puis se déchira lorsqu'un immense éclair frappa le centre des combats. Tel une entité vivante, le tonnerre gronda :

- Ts'lichs ! Me voici ! Je suis le pouvoir que vous êtes venu chercher ! Je suis Pensée, incarnée en Sentiment, et il est temps pour vous de voir l'aboutissement de votre quête insensée !

Au point précis de l'impact se tenait désormais une immense femme à la peau émeraude, de plusieurs mètres de haut, vêtue d'une robe immaculée et éclatante. Son visage ne présentait que deux grands yeux, brillants comme des supernovas. Tout autour d'elle, la bataille se figea, mais cette fois-ci, il ne s'agissait pas que d'une impression. Les combattants étaient immobiles, paralysés par l'esprit surpuissant de la Reine des Télépathes. Sa voix de tonnerre résonna à nouveau :

- En moi résonnent les âmes de tous les êtres sensibles, et au plus profond d'eux, ils savent écouter ma parole. Alors tendez l'oreille, vous qui me contraignez à abuser de mon don pour défendre les miens ! Vous allez rentrer chez vous et oublier toute velléité de conquête sur mes terres. Le peuple esclave, les Raïs que vous avez entraîné ici, est désormais libre de vos serments et trouvera ici son nouveau foyer, sous la bienveillante direction de leur nouveau dirigeant, le premier des libérés, Gogrod. Allez maintenant ! Et ne revenez jamais !

Comme hypnotisés, les Ts'lichs survivants disparurent sans protester, se téléportant vers leur antre, vaincus. Ludmille, comme Elivia, trouva cela trop simple pour être vrai. Était-ce vraiment la fin ? Pas tout à fait.

Alors que la Reine s'apprêtait à s'exprimer à nouveau, elle fut soudainement frappé par un éclair écarlate. Un sifflement cruel retentit presque aussi puissamment que le tonnerre précédemment :

- Vous n'allez pas vous en tirer ssssi facilement ! Je ne me laisssserai pas contrôler, pas moi !

Aressadrissgradorias continua de bombarder Pensée tout en s'exprimant, jusqu'à ce qu'un pied vienne lui écraser la figure. Déconcentré, il fit face à son assaillant. Ellundril parla avec une détermination glaciale :

- Je suis d'accord. Tu ne vas pas t'en tirer aussi facilement. Tu doit payer pour tes crimes, et pour les tortures que tu as infligées à Elivia. Tu es à moi.

Les deux ennemis s'élancèrent. Dagues contre faux, des étincelles jaillirent de toutes parts dans un concert d'exclamations et de crissements. La passe d'arme se déroulait à une vitesse fulgurante, et nul ne fut assez fou pour tenter de s'interposer. La marchombre ailée avait un clair avantage de mobilité, mais l'imagination de l'autre lui permettait de largement compenser. Le combat était presque équilibré. Presque. Le monstre frappa de toutes ses forces, mais trop lentement. Il rata sa cible et dégagea un large nuage de poussière, alors, Ellundril disparut. Abasourdi, Aressadrissgradorias regarda tout autour de lui, il était entouré par la poussière soulevé durant l'affrontement, mais ne parvint pas à repérer son adversaire. Une voix nébuleuse, comme provenant de nul part, s'éleva alors :

- La poussière... c'est presque comme de la brume, en plus facile.

Le Ts'lich ne comprit pas. Tchac. La dague plantée dans son cœur ne lui laissa pas le temps d'y réfléchir. Dans un dernier râle d'agonie, les espoirs d'Aressadrissgradorias s'envolèrent, tout comme sa force, sa détermination et sa volonté. Il regretta de s'en être pris à l'Héroïne de l'Ombre.


Allez-y, la suite est déjà postée (n.n)