Disclaimer : Si le monde d'Harry Potter m'appartenait, ça se saurait.

Davina Potter - Emily DiDonato


IV

« Si l'on est différent, il est fatal qu'on soit seul. »

Aldous Huxley

-…Davina …Davina !

Je levais les yeux de mon recueil de poème pour croiser le regard mi- exaspéré, mi- résigné de mon professeur d'anglais.

-Oui, madame ?

-Peux-tu me répéter ce que je viens de dire ?

-La belle au bois au bois dormant est un des contes les plus populaires retranscrits par l'homme de lettres français Charles Perrault. Originaire du poème italien Soleil, Lune et Talia, lui-même reprit de la composition en prose anonyme Perceforest, une chronique de la Grande-Bretagne, le roman relie la tradition des romans d'Alexandre à celle des grands romans arthuriens.

La pauvre institutrice soupira mais n'insista pas. Elle retourna à son cours pendant que je retournais à mes poèmes.

Je n'étais pas une vraie fane de poésie, mais certains poèmes avaient cette capacité à toucher une partie de mon âme malgré toute ma bonne volonté pour ne pas me laisser attendrir... Dans tous les cas, c'était mieux que d'écouter les mioches lire un des contes que je détestais le plus. Je me fichais complètement que Philippe et Aurore étaient destinés à se marier, la princesse était endormi et quasiment morte quand le prince était venu embrasser sans autorisation le joli cadavre. Mais je me retins de commenter à voix haute. Pauvre Mrs Dune avait reçu pas mal de complainte à cause de moi lorsque j'ai émis l'hypothèse que le prince de Blanche-Neige était nécrophile, réduisant à néant l'innocence de mes pauvres petits camarades.

La fin des cours arriva enfin et tous les enfants sortirent en courant en criant comme à leur habitude. Une chance que mon Occlumencie s'était amélioré, ou j'aurais sans doute perdu mon calme il y a bien longtemps et leur aurait hurlé des insanités.

-Davina ?

-Oui, Mrs Dune ?

C'était une jolie femme d'une trentaine d'année aux cheveux châtain et aux yeux bruns. C'était une de mes institutrices préférés…Ce n'était pas vraiment difficile, elle n'avait aucune concurrence, tous les autres étaient des crétins.

Elle s'assit presque timidement sur la table à côté de la mienne.

-Est-ce que ça t'arrive de te sentir un peu seule ? Un peu…différente de tes camarades ?

-Mrs Dune, je suis différente.

-Non, tu ne l'es pas. Tu es complètement normale quoique tu aies pu enten…

-Je n'ai pas dit que j'étais bizarre, juste différente.

Je penchais la tête et lui offrit un petit sourire poli.

-Il n'y a pas de mal à être différent.

Mrs Dune hocha la tête frénétiquement.

-Oui, bien sûr ! Bien sûr, qu'il n'y a rien de mal…je voulais juste…je voulais juste m'assurer que tu ne te sentais pas trop seule…

-Pas vraiment. Il ne me reste qu'un an de primaire avant d'aller au collège, je ne me sens pas particulièrement dans le besoin de me trouver des amis. Et je suis plus à l'aise avec les livres et mon violon de toute façon…

Je me demandais vaguement pourquoi cet intérêt soudain à mon égard avant de réaliser qu'il y avait un moyen plutôt facile de le découvrir.

Je ne sais pas si c'est le fait que j'ai passé une décennie à travailler mon esprit plus que tout le reste ou que j'étais juste naturellement douée mais j'avais découvert un certain talent pour la Legilimancie. Je m'entraînais sur Dudley à mes heures perdues quand je ne peaufinais pas mes autres pouvoirs, que je n'étais en train de lire, ou que je ne faisais pas mes nombreuses corvées. Je n'arrivais pas encore à utiliser la compulsion pour pouvoir me débarrasser de ces maudites corvées mais j'étais certaine d'y arrivé avant mon onzième anniversaire.

Parfois, je me demandais si je ne devenais pas doucement mais sûrement une sociopathe…après tout, je ne voyais absolument aucun problème à utiliser mes pouvoirs sur les Dursley et ma gentille institutrice…

Je plongeais mon regard dans celui de Patricia Dune et cherchait dans sa pupille, la connexion qui menait à son esprit. J'étais à deux doigts de pénétrer dans sa tête quand elle ouvrit la bouche.

-Je comprends, c'est commun pour les gens comme toi…

-Les gens comme moi ? Je demande distraite.

-Oui, tu sais…les gens particuliers qui…qui…

Je pénétrais dans son esprit le plus délicatement possible… Après tout, la première fois que j'étais entré dans celui de Dudley, il avait souffert d'une migraine pendant deux semaines.

L'esprit était la chose la plus fascinante qu'il m'est était donné d'expérimenter. Presque autant que la réincarnation, quoique rien ne saurait battre cette expérience-là.

Je pouvais voir les souvenirs en surface de mon professeur, ses souvenirs anciens oubliés étaient au fond et ceux qu'elle chérissait était à portée de main, de même que ses pires souvenirs. Ce n'était pas un labyrinthe à proprement parlé mais il fallait quand même savoir y naviguer.

Patricia Dune, trente-deux ans, divorcée après avoir trouvé son mari en train de la tromper avec sa meilleure amie. Elle était en relation avec un psychologue âgé de douze ans de plus qu'elle. Elle se sentait inférieure à sa petite sœur plus jolie qu'elle et me détestait d'être aussi belle. Elle était persuadée que j'étais autiste après avoir parlé de moi avec son petit-ami et s'accrochait à cette idée parce que l'idée que je sois aussi parfaite lui était insupportable.

Après cette instructive intrusion, je sortis de son esprit et clignais des yeux pendant quelques secondes pour me réajuster.

-Je suis désolé, Mrs Dune mais je dois y aller. J'ai des corvées à faire et j'aimerais pratiquer mon violon. Au revoir.

Je filais de la classe rapidement après ça. Finalement, sociopathe ou pas, il était hors de question que je cesse d'utiliser la Legilimancie. Ce don m'était très utile.

Avant de rentrer chez les Dursley, je passais à la bibliothèque empruntait des livres de psychologies. Dans une autre vie, une ou Adela Castellan n'était pas une des nombreuses victimes du cancer, elle aurait étudié la psychologie,. Rien ne m'empêchait d'accomplir ce rêve en tant que Davina.

Une fois rentré chez les Dursley, je nettoyais la maison de fond en comble et tondait le gazon du jardin. Le tout me prit près de deux heures. Je pris une douche bien mérité avant de me réfugié dans mon placard, à l'abri des regards noirs de Pétunia et des rires gras de Dudley.

Un placard n'était pas un endroit pour un enfant. Je le savais d'un point de vue intellectuel, mais je trouvais l'endroit presque réconfortant. A l'aide de ma magie, je n'étais plus dans le noir, je pouvais créer des sphères de lumières blanches flottantes. J'avais appris à faire disparaitre les araignées, et j'avais métamorphosés deux planches en bois en un oreiller et une couverture.

Je jouais pendant quelques minutes River flows in you, la mélodie m'ayant toujours détendu, avant de m'attaquer aux livres de psychologie. J'avais une affinité particulière avec la magie de l'esprit et si je voulais épandre mes pouvoirs, il me fallait mieux comprendre la psyché.

Les jours passèrent et se transformèrent en mois rapidement. J'avais ma routine, j'avais mes plans, j'avais mes projets et j'avançais peut-être doucement mais au moins j'avançais.

Physiquement je n'avais pas énormément changé. J'avais peut-être embelli…Les garçons du collège, que Dudley ne fut pas assez stupide pour essayer d'intimider, me suivaient du regard chaque fois que je passais, malgré les vêtements trop grands que je portais. A dix ans, j'étais toujours petite de taille avec de grands yeux, une jolie bouche pulpeuse et des pommettes rappelant la noblesse. Mes cheveux descendaient jusqu'à ma taille dorénavant et avaient pris du volume.

Mentalement, je n'avais pas l'impression d'avoir changé, mais je n'étais pas la meilleure des juges pour pouvoir le dire. Peut-être étais-je devenu plus froide qu'avant…J'avais perdu ma naïveté il y a bien longtemps, après tout. Je n'avais pas cette innocence qui caractérisait les enfants. La preuve la plus saisissante était sans doute ma cicatrice en forme d'éclair gravé sur mon ventre. Pour une obscure raison, cette cicatrice remuait quelque chose dans ma mémoire mais je n'avais aucune idée de ce que ça pouvait être. J'avais également d'autres cicatrices qui étaient plus d'ordres émotionnelles et psychologiques, mais rien de visible à l'œil nu, juste cette bonne vielle douleur qui rend parfois difficile de ne serait-ce que respirer.

Lorsque l'été arriva, je commençais à tenter de métamorphoser les vêtements de Dudley. Mon premier essai fut un désastre monumental, j'ai malencontreusement brûlé un jean et faillit brûler 4 Privet Drive. Je restais enfermé dans mon placard pendant une semaine sans nourriture. Je serais sans doute morte de faim si je n'avais pas appris à déverrouiller la porte de mon placard pour pouvoir voler de la nourriture.

Mes deuxièmes, troisièmes et quatrièmes essais ne furent pas très brillants, non plus.

Malgré tous mes essais, je ne réussis jamais à modifier mes jeans. Je réussi par contre à les rapetisser pour être un peu plus à ma taille –quoique toujours un peu baggy- ce que je considérais être une victoire. Je réussi également à transformer les horribles vieux pulls de Dudley en débardeur à ma taille ce dont j'étais fière.

Chaque fois que Pétunia ouvrait la bouche pour dire quelque chose à ce sujet, je lui envoyais une énorme dose de léthargie pour qu'elle aille faire une sieste.

Vernon et Dudley –bénit soit leur imbécilité- n'avaient rien remarqué.

Le onzième anniversaire de Dudley fut un désastre complet. N'ayant personne à qui me refourguer et ne me faisant pas confiance pour ne pas brûler la maison –encore- les Dursley furent obligés de m'emmener avec eux. Je fus donc obligée de supporter les yeux amoureux de Piers Polkins, le meilleur ami de Dudley, et de m'ennuyer au zoo comme si je n'avais rien de mieux à faire.

Sans trop savoir comment, j'ai découvert que j'étais fourchelang, libéré tous les serpents de leurs cages en faisant disparaitre les vitres, j'ai potentiellement traumatisé Dudley et Piers et je me retrouvais enfermée dans mon placard pendant deux semaines. Oh…Et j'avais également gagné un soupirant/stalker/compagnon qui s'était invité (m'avait suivi contre mon gré, plutôt) avec moi. Une vipère aspic du nom de Silas qui avait appartenu à un sorcier marocain et qui avait atterrit en Angleterre par je ne sais quel moyen.

Les deux semaines dans mon placard furent des vacances de mon point de vue. Je m'entraînais à la magie le jour, volais de la nourriture la nuit et dormais quand bon me semblait. Je ne voyais pas vraiment la punition dans tout ça. Après tout, je n'avais pas de corvées et je n'étais pas forcée de supporter la vue repoussante de mon oncle et de mon cousin tous les jours.

Et puis aussi triste que ça puisse paraître, Silas était un bon compagnon. Ça faisait du bien d'avoir quelqu'un avec qui parler. Il était encore jeune et suffisamment petit pour s'enrouler autour de mon avant-bras ou de mon cou pour se dissimuler. C'était un dragueur invétéré, il était persuadé d'être un prédateur féroce et me faisait rire, quelque chose que je n'avais pas fait depuis…trop longtemps. Il avait aussi quelques connaissances très utiles sur la magie.

Lorsque je sortis de mon placard, je repris ma vie d'esclave comme si rien ne s'était passé. Comme si rien n'allait jamais changé pour moi.

J'étais en train de servir ses œufs brouillés au vieux morse qui me servait d'oncle lorsque la sonnette retentit.

-Va voir qui c'est, grogna Vernon.

Je m'exécutais sans même lui répondre. Je portais ce jour-là, un t-shirt trop large qui avait appartenu à Dudley et qui m'arrivait presque jusqu'aux genoux, c'était ce que je portais lorsque je devais me salir en faisant mes corvées. Je portais également des leggins noires que j'avais réussis à métamorphoser. Mes cheveux étaient attachés en une haute queue de cheval et je marchais pied-nu.

Lorsque j'ouvris la porte…Toutes mes barrières mentales s'effondrèrent à la vue de mon défunt père.

-Davina ?


R & R

Bises,

LS.