Hey ! Euh…coucou ?
Et non vous ne rêvez pas, il y a bien un nouveau chapitre. Après quatre ans sans nouvelle. Ouais. Même moi j'ai du mal à y croire.
Mais ce n'est pas vraiment un chapitre classique. Je ne reprends pas cette histoire, je n'ai plus la possibilité de m'y consacrer régulièrement et d'exploiter toutes les idées que j'ai pu avoir autrefois. Je vous assure que j'ai essayé de m'y remettre, j'ai écrit des bouts par-ci par-là, j'ai envisagé de tout réécrire depuis le début (j'ai même commencé à le faire avant d'abandonner devant le travail titanesque que ça représente), j'ai culpabilisé, j'ai hésité, et puis je me suis décidée pour faire une conclusion.
Un long chapitre final, qui vous raconte en version synthétisée tout ce que je n'ai pas pu écrire, tout ce que les chapitres suivants auraient dû contenir. Ce n'est pas quelque chose que j'ai écrit à la va-vite, j'ai vraiment travaillé dessus, pour qu'il soit le plus complet possible, pour qu'il vous offre le plus de réponses possibles. Il est loin d'être parfait, je le sais, mais il a le mérite d'exister. Je suis contente d'avoir réussi à l'écrire et ainsi d'offrir un point final un peu plus correct à cette histoire.
Je ne sais pas s'il y a encore des personnes au rendez-vous pour le lire, même si j'espère qu'il reste au moins quelques fidèles. D'ailleurs merci pour les reviews reçues même quand la fic était en suspens, elles m'ont fait plaisir (malgré la petite pointe de culpabilité qu'elles n'ont jamais manqué de réveiller à l'intérieur de moi ^^ ).
Bref, je ne vais pas m'étaler plus longtemps et je vous souhaite une bonne lecture, en espérant que cette conclusion vous plaise malgré tout :)
Et un merci tout spécial à Shirashi et sa réactivité incroyable !
(Le site a planté quand j'ai voulu poster le chapitre, j'ai pas trop compris, mais si vous avez reçu deux fois le mail d'alerte, désolée ? )
Esmé
C'est avec un léger sourire et une immense satisfaction que je clique sur le bouton validant définitivement ma commande. Ça avait pris du temps, beaucoup de patience et d'organisation, mais j'y étais finalement parvenue. Après plusieurs tentatives infructueuses, j'allais enfin avoir un portrait de famille digne de ce nom à afficher dans mon salon.
Même s'il est désormais trop tard pour changer d'avis, je parcours à nouveau la photo du regard, mon cœur se remplissant de joie en voyant tous ces visages souriants et la complicité évidente qui s'en dégageait.
Ma famille. Mes enfants. Ma fierté.
Je me trouve au centre de l'image, le visage radieux, Carlisle à mes côtés. Je suis heureuse et je n'ai pas besoin de cette photo pour le savoir, mais ça fait du bien de le constater. Lui aussi semble heureux, trônant fièrement au milieu de notre tribu, le torse bombé et le visage éclairé d'un sourire.
Il est l'homme de ma vie. J'ai mis du temps pour le trouver, mais maintenant que c'est fait je n'ai aucune intention de le laisser partir.
Cela fait déjà sept ans que nous sommes mariés. C'est vertigineux d'y penser. Sept années pavées d'embûches, de difficultés, de surprises, mais surtout de bonheur. Réunir nos deux familles pour n'en former qu'une n'a pas été simple, mais nous y sommes parvenus.
Parfois j'aimerais avoir la capacité de remonter le temps, de pouvoir assurer à la moi d'il y a sept ans que cela vaut la peine. Que le bonheur se trouve au bout des difficultés, des disputes et des cris. Et en même temps, je sais que ce n'est pas nécessaire. Que je n'ai pas eu besoin qu'on me le dise pour le savoir. Parce que je n'ai jamais lâché, et aujourd'hui nous sommes là, tous réunis sur cette magnifique photo.
Tous les huit.
Mon regard glisse sur l'écran pour aller contempler Alice et Jasper, qui se tiennent tendrement la main. Alice affiche un grand sourire, irradiant littéralement de bonheur tandis que mon fils la couve amoureusement du regard, un sourire réservé mais sincère sur les lèvres.
Alice et Jasper.
Cela semble être une évidence aujourd'hui, pourtant la pilule a eu du mal à passer, surtout pour Carlisle. Personne ne sait exactement comment tout cela a commencé, ils préfèrent rester assez mystérieux sur le sujet. D'après les quelques informations que j'ai pu obtenir, leur rapprochement s'est fait petit à petit, naturellement. Ils ont réussi à développer une complicité sans que personne ne remarque rien, devenant amis et résistants à la tentation de devenir plus encore.
Et puis il y a eu ce travail à l'école, pour lequel ils se sont retrouvés en binôme. Dieu sait comment d'ailleurs, puisque Alice était malade le jour de la composition des groupes.
~o~o~o~o~
(Jasper)
Je crois que je ne m'étais jamais senti aussi seul de ma vie. Toutes les classes de mon année et celle d'Alice et Bella avaient été réunies dans le réfectoire, pour une réunion spéciale où l'on venait de nous expliquer que notre école avait été choisie comme école-test. En gros, on allait devoir tirer un sujet au sort, et le travailler jusqu'à obtenir une espèce d'exposé écrit. Au final, cela compterait pour trente pour-cent de l'année et avait pour but de voir si cela remonterait la moyenne générale de l'école.
Jusque-là, ça ne me posait pas de problème. Mon problème, c'était que c'était un travail à réaliser par groupe de deux. Et que je n'avais personne à qui demander d'être mon partenaire.
Et donc, au milieu du brouhaha général, je fixai ma feuille où la case "nom de l'élève 2" restait désespérément vide.
Avec un soupir, je redressai la tête et parcourus la salle du regard, tentant de trouver quelqu'un que je connaissais qui serait seul et donc un potentiel binôme.
Par réflexe, mes yeux se posèrent en premier sur Rosalie, qui riait avec Royce, les joues roses et les yeux brillants. Je grognai à cette vision et me tournai vers Edward et Bella, assis quelques tables plus loin. Ils discutaient calmement, un petit papier blanc posé entre eux. Ils devaient sans doute déjà avoir été pioché leur thème. La différence entre leur couple, tendre et réservé, et celui que Rose formait avec ce type me frappa. Edward et Bella semblaient seuls au monde, comme si rien d'autre que l'autre ne comptait, comme s'ils respiraient chacun à la place de l'autre. Comme si ce qui les reliait d'ordinaire au monde réel était absent.
Le déclic se fit dans ma tête quelques secondes plus tard et, sans même réfléchir, je notai son nom sur ma feuille. Un dernier regard vers ma sœur qui embrassait désormais son copain, me conforta dans ma décision et je me levai pour rendre ma feuille à l'un des profs surveillants. Elle lut nos noms, parut vaguement surprise mais ne commenta pas. Pressé, je piochai rapidement un petit papier dans la boite, lui donnai le numéro inscrit dessus, le fourrai dans ma poche et repartis m'asseoir. Sauf que je n'avais pas eu le temps d'atteindre ma place que l'on m'interpella.
« — Hé Jasper ! »
Un peu surpris, je me retournai et aperçus Leah qui venait vers moi en souriant.
« — Salut!
— Salut, marmonnai-je. »
Je commençai lentement à réaliser la stupidité de ce que je venais de faire.
« — Dis, me lança-t-elle alors que l'on s'asseyait. On pourrait peut-être faire équipe, non? T'as l'air un peu seul donc… »
Maintenant qu'elle le disait, cela me semblait évident et simple. Malheureusement pour moi, elle me le proposait trop tard.
En face de moi, Leah souleva un sourcil interrogateur.
« — Alors?
— Eh bien, hésitai-je en passant une main dans mes cheveux. C'est pas que je ne veux pas, mais j'ai déjà rendu mon papier… »
Elle parut surprise.
« — T'es avec qui ? »
Je la regardai, penaud, réalisant de plus en plus à quel point j'avais été stupide.
« — Alice, confessai-je à voix basse. »
Au moins, cela eut le mérite de la surprendre. Elle écarquilla les yeux, abasourdie.
« — Cullen ? » demanda-t-elle, comme pour s'assurer qu'elle avait bien entendu.
Je hochai lentement la tête.
J'étais mort. Alice allait m'arracher les yeux, Rosalie risquait de m'éviscérer, Edward et Emmett allaient me castrer et Carlisle finirait par me décapiter en découvrant ce que je ressentais pour sa fille. Seule ma mère allait m'épargner. Et encore.
En face de moi, Leah me dévisageait, les yeux brillants.
« — Sérieusement, toi et la petite Cullen ? »
Je rougis.
« — Il n'y a rien entre moi et Alice ! protestai-je.
— Ouais, et son nom est venu tout seul sur ta feuille, c'est ça ? »
Je ne répondis pas, fixant mes mains avec insistance.
« — Et ta frangine, elle en pense quoi?
— Il n'y a rien à en penser ! m'énervai-je. Alice est une amie et puis c'est tout ! »
Leah passa son bras autour de mes épaules, l'air réconfortant.
« — Allez Jasper ! Rassure-toi ! Et puis honnêtement, je pense que vous feriez un couple plutôt mignon tous les deux…»
~o~o~o~o~
Evidemment, se retrouver en duo pour un travail leur a offert une excuse parfaite pour passer du temps ensemble sans éveiller de soupçon. Avec le recul, je réalise que j'aurais dû être un peu plus méfiante en les voyant si bien s'entendre après des semaines de conflits où une trêve entre mes enfants et ceux de Carlisle semblait improbable. Mais j'avais tellement espéré que nos familles s'entendent que je n'ai rien remarqué, pensant naïvement qu'ils avaient trouvé un terrain d'entente en tant que frère et sœur.
~o~o~o~o~
(Jasper)
Nous avions eu plusieurs jours pour réaliser notre travail. Alice jouait parfaitement la comédie en présence de notre famille, râlant à chaque fois surcette "corvée". Et puis lorsque l'on se retrouvait en tête à tête, elle se mettait à me parler joyeusement, débitant une quantité incroyable d'informations et d'anecdotes.
Et aussi étonnant que cela puisse paraître, j'appréciais énormément sa compagnie, profitant du flot de paroles qui sortait de sa bouche, savourant chaque mot qu'elle pouvait prononcer. Chaque rire aussi. Elle était si mignonne quand elle riait.
Sauf que bien sûr, à force de discuter plus que de travailler, notre travail n'avançait pas. Nous devions le rendre dans deux jours, et nous n'étions nulle part. Alice n'avait pas trop l'air de s'en soucier, mais je tenais à ma moyenne.
J'avais donc proposé qu'on aille travailler ensemble à la bibliothèque, en espérant que l'ambiance studieuse l'incite à parler moins et bosser plus.
Quelle erreur de ma part. Il avait fallu cinq avertissements de la bibliothécaire et une menace d'être mis à la porte avant qu'Alice ne se décide à se taire. Mais même contrainte au silence, elle ne se décidait toujours pas à travailler, préférant opter pour l'observation de la modeste mais agréable bibliothèque de Forks.
Mais ça ne me posait pas de problème car faire le travail tout seul ne me posait pas de problème et le calme me permettait d'enfin pouvoir me concentrer à ma guise…du moins jusqu'à ce que je me sente observé avec intensité.
Mis mal à l'aise par cette sensation, je redressai la tête pour me retrouver à quelques centimètres seulement du visage d'Alice.
« — Qu'est-ce que tu fais ? soufflai-je sous le coup de la surprise.
— Tu es beau quand tu es concentré.
— Que… Quoi ? »
Ses yeux étaient plongés dans les miens, et c'était très déstabilisant. Je pouvais presque sentir mes pensées s'entrechoquer dans ma tête. Ou alors était-ce mon cœur qui cognait trop fort ?
« — Jasper, murmura-t-elle. Qu'est-ce qu'on est ? »
Je clignai des yeux face à cette question. Qu'est-ce que nous étions ?
Alice et moi nous étions beaucoup rapprochés au fil de nos conversations. Nous étions devenus amis, et elle prenait même la peine de venir s'asseoir à ma table sur les temps de midi, arguant qu'on devait avancer sur notre travail. En y repensant, vu toutes les heures pendant lesquelles nous avons prétendu travailler pour pouvoir passer du temps rien que tous les deux, nos parents devaient s'attendre à ce que nous ayons la meilleure note de la classe. Mais n'étions-nous vraiment que des amis ?
Quelque chose se tordit en moi, me répondant que non. J'aimais la compagnie d'Alice, bien plus que celle de ses frères ou que des quelques amis que j'avais pu avoir dans ma vie. Différemment que celle de Rosalie aussi. Je me sentais tellement bien quand elle était à mes côtés. Et tellement mal quand elle était loin de moi.
Je la dévisageai, réalisant que là où nous nous étions installés, tout au fond de la bibliothèque, à l'abri derrière les livres et les étagères, personne ne pouvait nous voir. Personne, et certainement pas nos parents, ses frères ou ma sœur. Nous étions pratiquement seuls au monde. Et à son expression, à son regard, je devinai qu'elle pensait exactement la même chose.
Nous étions seuls au monde. Dans un endroit isolé, presque magique.
Et sans qu'aucun de nous deux ne prononce un mot de plus, nos visages se rapprochèrent et nos lèvres se rencontrèrent après des jours de retenue.
Et notre baiser si doux, si tendre, répondit à sa question.
Nous étions amoureux, que cela plaise ou pas au reste du monde.
~o~o~o~o~
Plus tard, ils avouèrent qu'ils avaient décidé de garder leur relation secrète pour ne pas envenimer les choses, déjà bien assez compliquées comme ça dans la famille. Je ne leur en veux pas pour ça. Je comprends même. Ils étaient jeunes et amoureux, et profitaient d'une relation secrète, se retrouvant dans des endroits discrets, dans des coins bien à eux, s'échangeant des baisers furtifs et des gestes tendres.
Lorsque cela avait éclaté au grand jour, j'ai tout de suite compris que leur relation était innocente et remplie de pureté. Je pense que cela m'a beaucoup aidé à l'accepter.
Mais avant que cela n'éclate, il s'est passé un certain temps. Bella a été la première dans la confidence, puis Edward qui l'a découvert par accident. Alice avait réussi à le convaincre de garder ça secret, et il avait accepté à contrecœur. Aujourd'hui, je comprends enfin son animosité envers Jasper à l'époque, et son air ronchon à chaque fois que nos deux tourtereaux secrets prétendaient travailler dans leurs chambres.
Carlisle et moi avons découvert la vérité en même temps que Rosalie et Emmett.
C'était un jour comme les autres, et nous étions simplement rentrés un peu plus tôt que prévu, découvrant Alice et Jasper endormis sur le canapé, lovés l'un contre l'autre. Leur position ne prêtait pas à confusion et la situation avait dégénéré en un instant.
Carlisle a littéralement pété les plombs, jamais je ne l'avais vu dans un état pareil - et jamais je ne l'ai revu depuis. Il a proféré des menaces irrationnelles envers sa fille, envers mon fils, envers le monde entier. J'ai mis un certain temps pour le calmer après avoir envoyé les enfants dans leur chambre.
Honnêtement, je dois avouer que je suis plutôt fière de la façon dont j'ai géré la situation. Moi aussi, je suis tombée des nues face à cette découverte, mais j'ai malgré tout réussi à conserver mon calme, à expliquer à Carlisle que sa fille grandissait et qu'il devait s'y faire s'il ne voulait pas la perdre. Que l'envoyer dans un couvent au milieu des montagnes comme il l'envisageait ne réglerait rien du tout.
J'ai aussi longuement parlé à nos deux cachottiers, séparément et ensemble. J'ai tenté de comprendre, et j'ai fini par me faire à l'idée que leurs sentiments étaient aussi sincères que réels. Alors je me suis contentée de leur imposer des règles, claires mais justes. Ils avaient aussitôt accepté, et je pense que le regard qu'Alice a sur moi a changé à partir de ce moment.
Même si nous étions parvenues à trouver un terrain d'entente assez acceptable avant cela, à l'instant où j'ai donné mon approbation pour leur relation, elle s'est ouverte à moi. Elle m'a exprimé ses craintes sur la réaction de son père, et je l'ai rassurée, lui promettant qu'il allait s'habituer. Le temps m'a donné raison, bien évidemment.
Mais même en dehors de ça, j'ai bien senti qu'elle participait plus volontairement aux activités en ma compagnie, qu'elle m'offrait de plus en plus souvent des sourires, qu'elle me glissait des remarques amusées, qu'elle acceptait enfin de partager avec moi le côté pétillant et généreux de sa personnalité que, jusqu'alors, je n'avais pu qu'observer sans en profiter.
Même si Alice est officiellement ma belle-fille - dans les deux sens du terme - je la considère comme ma fille et la relation que nous partageons aujourd'hui dépasse tous les espoirs que j'ai pu avoir.
Nous passons beaucoup de temps toutes les deux. Que ce soit des séances shopping, l'organisation de nos réunions de famille ou encore des petits brunchs improvisés, elle ne refuse jamais un après-midi en ma compagnie et en profite toujours pour me raconter les moindres petites nouveautés dans sa vie.
Elle a confiance en moi, et n'hésite pas à me confier ses problèmes, ses secrets et ses incertitudes. Elle n'a plus peur de me considérer comme une alliée et a de nombreuses fois fait appel à moi pour faire valoir son opinion auprès de son père, ou de Jasper. Oh, je réalise bien que parfois elle m'utilise à son avantage, mais elle a la tête sur les épaules et une force de persuasion incroyable et je n'aime pas toujours la manière dont tous les hommes de cette famille la considèrent comme une petite chose fragile et vulnérable.
~o~o~o~o~
(Esmé)
J'étais installée dans la cuisine, épluchant des pommes de terre en prévision du dîner tout en réfléchissant aux offres d'emplois que j'avais parcourues un peu plus tôt. Presque tous les enfants avaient quitté la maison aujourd'hui, à l'exception d'Alice et de Jasper qui le feraient à la rentrée prochaine. J'avais toujours du mal à accepter le fait que mon fils ait repoussé sa rentrée universitaire pour la faire en compagnie d'Alice, mais il avait été impossible de le faire changer d'avis et j'avais dû me résigner. Je ne pouvais pas vraiment lui reprocher quoi que ce soit non plus, car il n'avait pas profité de l'occasion pour passer une année à rien faire. Bien au contraire, il avait réussi à décrocher un job à la bibliothèque et suivait des cours du soir. De son côté, Alice terminait le lycée en compagnie de Bella et faisait déjà des plans sur la comète à propos de la liberté qui allait s'offrir à elle dès qu'elle obtiendrait son diplôme.
Je me préparais à l'idée qu'ils allaient partir de la maison dans quelques mois seulement, et m'étais mise tout récemment à réfléchir à l'idée de trouver du travail pour occuper mes journées. Un travail à mi-temps bien sûr, parce que même si tous les plus grands avaient pris leur envol, il me restait toujours ma petite Carlie.
Mon cœur baignant d'amour, je posai les yeux sur ma petite princesse aux boucles blondes qui gazouillait dans sa chaise haute, dégustant des morceaux de bananes en les étalant partout sur son visage. Lorsqu'elle vit que je portais mon attention sur elle, elle m'offrit un grand sourire ravi et dressa sa cuillère, me montrant fièrement ce qu'elle savait faire.
Avoir un bébé avec Carlisle était merveilleux. Surtout que notre fille était parfaite. Jolie, intelligente et drôle… Elle n'avait pas encore deux ans, mais je pouvais déjà deviner sa personnalité remplie de douceur et de jovialité. Elle était un parfait mélange de Carlisle et moi, avec ses cheveux couleur miel et ses yeux d'un brun intense. C'était mon petit trésor, et je pouvais passer des heures à l'observer explorer le monde, reconnaissant un peu de chacun de nos enfants en elle.
Absorbée par la contemplation de ma fille, je n'avais pas entendu de bruit de moteur et sursautai donc lorsque la porte d'entrée claqua violemment. Carlie sursauta autant que moi, son grand sourire disparaissant pour laisser place à une lèvre tremblotante et des yeux remplis d'incompréhension.
« — Ne t'inquiète pas mon bébé, lui dis-je d'une voix rassurante. C'est juste ta grande sœur. »
Au même moment, Alice déboula dans la cuisine, une aura de fureur et d'agacement autour d'elle. Sans même adresser un regard à moi ou à sa petite sœur elle alla droit sur le frigo, l'ouvrit, grommela quelque chose et le referma avec autant de violence que lorsqu'elle s'en était pris à la porte d'entrée. Depuis sa chaise haute, Carlie tapa des pieds en tendant les bras vers elle, attendant une quelconque marque d'affection.
« — Lice Lice Lice, gazouilla-t-elle. »
Celle-ci l'ignora totalement, préférant pester contre le contenu du frigo - pourtant bien rempli.
« — Il n'y a rien à manger dans cette connerie de baraque, se plaignit-elle.
— Alice, la repris-je aussitôt en entendant sa grossièreté. »
Elle haussa les épaules d'un air exaspéré, comme si le monde entier s'acharnait à la contrarier et se laissa tomber sur une chaise juste en face de moi, boudant ostensiblement. Je laissai échapper un soupir.
La majorité du temps, Alice était douce et agréable. Un vrai bonheur à vivre. Elle rentrait de l'école, me détaillait sa journée, babillait joyeusement avec sa sœur et montait faire ses devoirs ou téléphoner à Bella en attendant que Jasper ou son père rentre. Lorsque j'avais besoin d'un service, elle répondait toujours présente et avec le sourire. Bref, l'opposé total de l'adolescente contrariée et furibonde que j'avais en face de moi. Ça, c'était son côté diabolique. Celui que j'avais rencontré durant nos premières semaines de cohabitation, qui se montrait désagréable et hostile avec tout le monde. Il refaisait surface de temps à autre lorsqu'elle devait faire face à une grosse contrariété.
Cela faisait quelques jours déjà que cet aspect diabolique nous faisait l'honneur de sa présence, et j'en connaissais exactement l'origine.
Portée par ses rêves et ses ambitions, Alice avait postulé pour un stage de stylisme auprès d'un grand créateur sans en parler à personne en dehors de Bella et Jasper. Et évidemment, parce que le monde lui-même semblait incapable de lui refuser quelque chose, elle avait été prise, ce qu'elle nous avait annoncé avec joie et excitation quelques jours plus tôt.
Au début heureux et emballé pour elle, son père avait rapidement déchanté en apprenant que le stage durait trois mois et se déroulait à New-York. Son refus avait été catégorique, malgré toutes les tentatives de persuasion de sa fille.
Depuis, l'ambiance à la maison était explosive et Alice se montrait constamment agressive, répétant à qui voulait l'entendre que le jour de ses dix-huit ans, elle se ferait un plaisir de partir d'ici pour ne jamais revenir.
Mais j'avais appris à connaître Alice. Je savais que sa colère était dirigée contre son père, et qu'elle préférait garder ses démonstrations de colère pour quand il était présent. Or, ce n'était pas le cas maintenant. Il s'était probablement passé quelque chose d'autre aujourd'hui, la mettant encore plus de mauvaise humeur. Et si elle n'était pas encore montée bouder dans sa chambre en nous faisant une démonstration de l'art de claquer les portes qu'elle maîtrisait — presque — aussi bien que Rosalie, préférant s'asseoir juste en face de moi, c'est qu'elle avait besoin de parler.
« — Ça c'est bien passé à l'école aujourd'hui ? demandai-je pour amorcer la conversation.
— Non, grogna-t-elle. »
Je levai les yeux au ciel. Ce paradoxe adolescent entre le besoin de parler et leurs réponses qui tenaient toujours en moins de trois mots.
« — Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »
Elle haussa les épaules et je devinai à la façon qu'elle avait d'éviter mon regard qu'elle s'était attiré des ennuis.
« — Alice...
— J'ai été collée ok ? répondit-elle sèchement. Parce que j'ai refusé de répondre à la question complètement débile de ce connard de prof. »
Je fermai les yeux pour maîtriser mon agacement face à son emploi de grossièretés. J'avais renoncé à l'idée que nos enfants aient un vocabulaire dénué de toute injure, mais Carlie avait tendance à répéter tout ce qu'elle entendait ces jours-ci et je me montrai donc plus stricte sur le sujet.
« — Surveille un peu ton vocabulaire, lui demandai-je calmement. »
En guise de réponse, elle me foudroya du regard, ce que je choisis de ne pas relever.
« — Donc, repris-je. Tu es collée juste pour ne pas avoir répondu à une question en classe ? »
Elle secoua la tête, me faisant comprendre qu'il y avait plus, mais ne dit rien. Je n'avais pas vraiment besoin qu'elle s'exprime d'ailleurs, il me suffisait de constater son comportement de ces derniers jours et son tempérament pour imaginer une altercation pleine d'insolence et de provocation entre elle et son professeur.
« — Eh bien, commentai-je. Je pense que c'est un sujet duquel nous reparlons quand ton père sera rentré. »
A la mention de Carlisle, elle se redressa d'un coup, rejetant sa chaise en arrière et me regarda, les yeux luisant de colère.
« — Non ! rétorqua-t-elle. C'est sa faute, il n'a rien à dire là-dessus. De toute façon, je m'en fous de l'école, je vais arrêter. S'il veut pas que je fasse ce que je veux de ma vie, je ne vois pas pourquoi je lui ferai plaisir en ayant un diplôme.
— Ce raisonnement est idiot, Alice. »
Elle fit un pas en arrière en se mordillant la lèvre, hésitant à me répondre. Juste derrière elle, Carlie la vit s'approcher, attendant toujours de recevoir une marque d'attention de sa part et tendit les bras avec impatience. Puis, ne voyant toujours rien venir, elle commença à chouiner doucement.
« — Liiiiice ! »
Cela fut la goutte de trop pour la maîtrise d'Alice qui reporta sa colère sur sa petite sœur.
« — La ferme toi ! s'emporta-t-elle avec un grand geste de la main qui envoya voler à travers la cuisine le petit bol en plastique de Carlie et le reste de banane qui s'y trouvait.
— Alice ! m'écriai-je aussitôt, aussi surprise que choquée alors que Carlie se mettait à pleurer.
— La ferme ! répéta-t-elle en s'adressant à moi cette fois. Arrêtez tous de me dire quoi faire. Viens jouer avec moi, calme-toi, va dans telle école, fais tes devoirs, sois polie, sois gentille, c'est pour ton bien, j'en ai marre ok ? Je sais mieux que vous ce que je veux faire et j'en ai marre qu'on m'impose de déménager, d'habiter à tel endroit, d'avoir des frères, des sœurs, des chats et toutes vos conneries de vie parfaite ! FOUTEZ-MOI TOUS LA PAIX. »
Pour conclure cet accès de fureur incohérent et incontrôlable, elle donna un grand coup de pied dans une des chaises de la cuisine, tremblant littéralement de rage. Ce geste de violence suffit pour venir au bout de ma patience à moi et je me levai, plus du tout encline à la discussion.
« — Ça suffit Alice, ordonnai-je d'une voix ferme. Tu vas monter dans ta chambre et tu redescendras une fois que tu seras calmée. »
Elle m'adressa un regard haineux, comme tous ceux qu'elle m'avait adressé autrefois. Ces regards qui témoignaient du dégoût qu'elle avait envers moi, du mépris qu'elle ressentait à l'idée que je puisse prétendre être sa mère ou avoir le droit de lui ordonner quoique ce soit. Autrefois, elle m'aurait répondu avec insolence, montrant bien à quel point elle se moquait de ce que je pouvais bien avoir à dire.
Mais plus aujourd'hui. Aujourd'hui, elle se contenta de me fixer, jaugeant mentalement le risque qu'elle allait prendre à me répondre. Avant qu'elle ne puisse statuer sur ça, je coupais court à toute tentative de rébellion.
« — Maintenant. »
Je vis la capitulation passer sur son visage alors qu'elle faisait volte-face, se dirigeant vers les escaliers. Elle s'accorda néanmoins le droit de donner des coups de pieds dans le bazar de chaussures et de jouets qui trônait sur les premières marches, les faisant tomber à la renverse pour bien nous rappeler qu'elle n'était pas contente, au cas où nous ne l'aurions pas remarqué. Je lâchai un soupir et allai chercher mon bébé en larmes pour tenter de le calmer. Alors que je berçais doucement Carlie, caressant ses cheveux avec tendresse, la porte de la chambre d'Alice claqua et je levai les yeux au ciel.
« — J'espère que tu n'as pas hérité du caractère de tes deux sœurs toi » dis-je à mon petit trésor qui me répondit avec le regard le plus innocent du monde.
oOoOoOo
Il s'écoula seulement quinze minutes, me laissant tout juste le temps de débarrasser la table de la cuisine et de partir m'installer au salon, avant qu'Alice ne se décide à redescendre.
J'étais assise dans le canapé, tentant de feuilleter un magasine tout en surveillant du coin de l'œil ma fille qui jouait, lorsqu'une petite voix pleine de remords retentit.
« — Maman ? »
Je levai les yeux, découvrant Alice qui se tenait face à moi, les yeux humides et tristes. C'était très rare qu'elle m'appelle comme ça, et ça me prenait toujours autant de court. La première fois, ça avait été par accident, pendant la période où Carlie commençait à parler et que tout le monde nous désignait moi et Carlisle par "papa et maman" pour ne pas trop la perturber. Un jour, le mot était sorti spontanément de la bouche d'Alice, sans que sa sœur ne soit présente. Ça l'avait surprise autant que moi, mais aucune de nous n'avait relevé. Puis elle s'était mise à l'employer en toute conscience, de temps en temps, principalement lorsqu'elle était triste, malade ou repentante. Et à chaque fois qu'elle le faisait, je pouvais sentir mon cœur fondre de bonheur.
« — Je suis désolée, s'excusa-t-elle piteusement. »
Avec un sourire, je lui fis signe de s'asseoir à côté de moi, ce qu'elle fit aussitôt, se blottissant à mes côtés.
« — Je ne sais pas quoi faire, avoua-t-elle à mi-voix. Je veux vraiment faire ce stage mais papa refuse de m'écouter.
— Je sais, et je pense vraiment que tu devrais le faire. »
Elle me regarda, sincèrement surprise.
« — Tu es de mon côté ?
— Eh bien, je n'approuve pas du tout ton comportement et tes crises de colère, mais je ne doute pas un instant que tu es prête pour partir seule pendant quelques mois, et que tu géreras très bien les choses si on t'en donne l'opportunité. Je suis persuadée que ce stage ne peut être que bénéfique pour toi, donc tu as mon soutien.
— Alors tu peux essayer de parler à papa pour moi ? » demanda-t-elle avec une moue suppliante.
Je ris doucement.
« — J'ai déjà essayé, qu'est-ce que tu crois ? Mais ton père peut être aussi têtu que toi quand il le veut !
— Qu'est-ce que je dois faire alors ? bougonna-t-elle.
— Sois inventive. Montre que tu es mature. Arrête de faire des caprices comme une enfant et prouve-lui que tu es adulte. Tu es la seule à pouvoir le convaincre, et je sais que tu en es capable. »
Elle médita mes paroles un instant, puis une étincelle s'alluma dans ses yeux.
« — Tu as raison ! Merci beaucoup Esmé ! »
Pendant une fraction de seconde, j'eu l'impression qu'elle allait bondir en l'air pour se mettre tout de suite au travail. Mais elle changea d'avis, et se blottit un peu plus contre moi à la place.
« — Tu me manqueras quand je serai partie », murmura-t-elle.
~o~o~o~o~
Alice a suivi mes conseils à la lettre, et en l'espace d'une semaine, elle a réussi à trouver un petit boulot, a mémorisé tous les transports en communs de New-York et réalisé des tableaux détaillés du budget dont elle aurait besoin, assurant que s'il le fallait elle payerait le voyage elle-même. En désespoir de cause, Carlisle avait mentionné qu'une fille si jeune seule dans une si grande ville, ce n'était pas raisonnable. Ce à quoi elle a rétorqué qu'elle ne serait pas seule puisque Jasper l'accompagnait.
C'est ainsi que sans le savoir, j'ai encouragé le plan visant à faire partir mon fils à l'autre bout du pays.
Finalement, ils sont restés deux ans à New-York. Ça a été très dur et incroyablement long - de mon point de vue, car Alice n'arrête pas de répéter que ça a été bien trop court pour elle et qu'elle veut retourner s'y installer définitivement - mais cette expérience les a aidés à grandir, j'en ai conscience. Depuis qu'ils sont revenus, Alice est une véritable petite femme d'affaire, prête à conquérir le monde, et Jasper, mon petit garçon, est devenu un homme.
Il est toujours aussi calme et posé qu'autrefois, mais il y a maintenant quelque chose dans son attitude, dans sa façon de prendre la parole et d'exprimer son avis qui dégage une véritable confiance en soi. Je suis fière de lui. Des études qu'il accomplit, de sa prise d'indépendance, de la façon dont il est parvenu à se libérer de sa sœur et de moi, pour devenir lui, tout simplement.
La complicité entre mes enfants a pris un coup dur en vivant à Forks. Ils se sont retrouvés forcés de cohabiter avec d'autres, de partager leur bulle dans laquelle ils n'avaient toujours été que deux.
Au début, cela les a rapprochés, bien évidemment. Ils étaient restés unis dans l'adversité. Mais petit à petit, j'ai vu la dynamique qui avait toujours existé entre eux deux se fissurer, et leur relation se briser. J'ai mis du temps à comprendre et à réaliser ce qu'il se passait, et je crois que même eux n'ont pas très bien compris comment un fossé a pu se créer entre eux à cette époque.
Les voir se disputer était déchirant, parce qu'ils se connaissent mieux que personne et qu'ils savent exactement où viser pour blesser l'autre. J'ai fait de mon mieux pour limiter les dégâts, mais aujourd'hui je sais que c'était une étape nécessaire. Se séparer pour mieux se retrouver.
Bien évidemment, l'histoire entre Rosalie et Royce était la source première de leurs disputes. La relation entre Jasper et Alice n'a rien arrangé, puisque Rosalie s'est sentie trahie et s'est encore plus éloignée de son frère, et la situation n'avait fait qu'empirer jusqu'à ce que les jumeaux finissent par ne plus s'adresser la parole du tout, refusant même de rester dans la même pièce. Ils avaient tous les deux été trop blessés par l'autre, et à l'époque, j'avais craint que rien ne puisse jamais réparer ça.
Mais je les ai sous-estimés, et j'ai surtout sous-estimé l'amour qu'ils ont l'un pour l'autre. Avec du temps, du dialogue, et malheureusement un drame, ils sont parvenus à se rabibocher, redevenant complices et protecteurs l'un avec l'autre.
Mais ce n'est plus comme avant. Leur relation a évolué, positivement. Ils ne sont plus dépendants l'un de l'autre. Ils n'ont plus autant besoin de l'autre, parce qu'il y a Alice, parce qu'il y a Emmett. Parce qu'il y a tellement de nouveautés.
Et lorsqu'est venu le moment de choisir une université, de prendre leur envol ; pour la première fois, et d'un commun accord, ils ont pris des chemins différents.
~o~o~o~o~
(Rosalie)
« — Tu la choisis elle, n'est-ce pas ?
— Ce n'est pas comme ça que tu dois voir les choses, Rose.
— Mais c'est la vérité, non ? Depuis des années on parle du jour où on entrera à l'université. On s'était promis de le faire ensemble. A deux. Et maintenant, tu choisis de ne pas me suivre. De prendre une année de pause. Pour pouvoir le faire avec elle. »
Je n'étais pas en colère. Je ne faisais que prononcer l'évidence. Il le savait. Et il savait aussi le nier, ça, ça allait me mettre en colère. Il posa ses yeux sur moi, triste mais décidé.
« — Je suis désolé Rose, dit-t-il avec sincérité. Mais je ne me sens pas prêt à quitter la maison, à entrer à l'université, à...
— A quitter Alice », complétai-je à sa place
Il acquiesça sans rien ajouter. Nous savions tous les deux ce que cela signifiait. Il n'était pas prêt à se séparer d'Alice, mais il était prêt à se séparer de moi. Il avait donc bel et bien choisi.
Malgré moi, je sentis des larmes me brûler les yeux. Il le remarqua, et dut prendre ça pour des larmes de colère, car il s'excusa à nouveau.
« — Je suis vraiment désolé, mais c'est la solution la plus adapté. »
Je secouais la tête, repoussant ses excuses. Je ne lui en voulais pas. Je comprenais. Je savais qu'il était fou amoureux d'Alice, et qu'il ferait n'importe quoi pour elle. Je savais qu'à l'instant où elle lui avait demandé de l'attendre, de ne pas faire sa rentrée universitaire de suite, il avait déjà pris sa décision. Je comprenais, et je ne lui en voulais pas.
A l'instant où il m'avait prise à part pour me parler, je savais déjà ce qu'il allait me dire. Mais malgré tout, ça m'avait fait quelque chose. Je me sentais triste, et seule.
Il avait toujours été là.
A chaque rentrée, à chaque nouvelle école, à chaque récréation. Toute ma vie, Jasper avait été présent, comme un phare qui me rassurait. Et d'un coup, le phare s'était éteint.
J'allais devoir le faire toute seule.
Alors qu'une larme m'échappait, roulant sur ma joue, je sentis sa main se glisser dans la mienne et la presser doucement. Levant les yeux, je croisais à nouveau son regard. Cette fois, pas d'excuse, pas de tristesse. Il avait compris.
« — Tout ira bien Rose, m'assura-t-il d'une voix confiante. Tu ne seras pas seule, il y aura Emmett, et Edward. Et je serais toujours là. Je n'aurais peut-être pas cours en même temps que toi, mais si tu as besoin de moi, tu auras juste à appeler, et quoique je fasse, j'arrêterai tout pour venir te trouver. »
Je déglutis à travers mes larmes, et esquissai un petit sourire.
« — Même si tu es avec Alice ?
— Même si je suis avec Alice. »
De ma main libre, j'essuyai mes joues humides avant de poser ma tête sur son épaule, profitant de sa présence rassurante. Dire que les gens ont toujours pensé que j'étais la courageuse des deux, celle qui menait. Ils n'avaient jamais pu imaginer que Jasper était mon pilier, que c'était lui qui me fournissait mon courage.
« — Tu vas me manquer quand même, prononçai-je à voix basse.
— Toi aussi », répondit-il simplement.
~o~o~o~o~
Aujourd'hui, Alice et Jasper sont fiancés. C'est tout récent, et je suis ravie pour eux. Ils vivent ensemble à Seattle, et travaillent tous les deux dans des domaines qui les passionnent. La mode pour Alice, l'Histoire pour Jasper. Ils respirent le bonheur et sont plus amoureux que jamais.
Un autre couple qui roucoule de bonheur, c'est Edward et Bella. C'est aussi eux qui ont évolué le plus tranquillement ces dernières années, suivant leur voie et avançant ensemble. Ils ont choisi d'emménager à Forks car cela leur permet de rester auprès de nous et de la famille de Bella. Je pense qu'elle n'est pas prête pour laisser sa petite sœur, même si Nessie, elle, est plus que prête pour partir à l'aventure à travers le monde en oubliant sa sœur derrière elle.
Contrairement à Alice, qui a accepté la demande en mariage de Jasper avant même qu'il ne termine de la prononcer, Bella a catégoriquement refusé celle d'Edward. Quatre fois. C'est devenu une blague dans la famille, et Emmett adore se moquer de son frère à ce sujet. Mais Edward ne s'en formalise pas, et patiemment, il attend que Bella soit prête.
Moi je sais très bien qu'elle l'est, mais que ce qui la terrorise c'est l'idée de la cérémonie où elle sera au centre de l'attention. J'ai bien évidemment tenté de lui faire comprendre qu'on peut organiser une petite cérémonie, discrète et sans ambition, mais Alice nous a pratiquement sauté à la gorge, affirmant qu'elle refusait d'être demoiselle d'honneur dans un mariage bas de gamme.
Edward va donc devoir convaincre sa sœur, avant de pouvoir convaincre sa future femme. La tâche s'annonce ardue, mais je ne m'inquiète pas pour lui. Ils n'ont pas besoin d'être mariés pour être heureux.
Mon regard parcourt à nouveau la photo pour se poser sur Rosalie. Ma Rose.
Je suis tellement fière d'elle. Fière de la jeune femme forte et confiante qu'elle est devenue. Fière de son courage, de sa générosité et du regard qu'elle porte sur le monde. Je suis fière, mais aussi heureuse et soulagée à chaque fois qu'un sourire étire ses lèvres, la rendant encore plus magnifique qu'elle ne l'est déjà naturellement.
Rien n'a jamais été simple avec Rosalie. Depuis qu'elle est toute petite elle vit intensément, semblant ressentir les choses bien plus fort que la moyenne des gens et s'exprimant en conséquence.
J'ai appris à gérer son mauvais caractère, à percer sa carapace d'indifférence, à déchiffrer sa colère. C'est mon rôle de maman de savoir faire tout ça, et pendant longtemps je m'en étais plutôt bien sortie.
Mais lorsque j'ai épousé Carlisle et qu'on a emménagé à Forks, les choses ont empiré sans que je ne puisse le contrôler. Rosalie s'est murée dans une colère qui m'a dépassée, allant même jusqu'à se fâcher avec son frère. A l'époque, à chaque fois qu'elle ouvrait la bouche, il n'en sortait que des horreurs, de l'insolence, de la rage et de la rancœur.
Lorsque la relation entre son frère et Alice avait éclaté au grand jour, cela avait été le coup de grâce. Rosalie s'est sentie tellement trahie qu'elle s'est totalement coupée de nous, n'écoutant plus rien et n'en faisant qu'à sa tête.
Pendant un moment, j'ai même cru l'avoir perdue.
Bien évidemment, tout cela a été en grande partie causé par Royce. Il a alimenté sa colère, l'encourageant dans ses dérives et l'isolant de sa famille. Ce garçon était narcissique, manipulateur et dangereux et encore aujourd'hui, je m'en veux de n'avoir rien vu. J'aurais dû le comprendre, j'aurais dû m'interposer avant qu'il ne puisse faire du mal à Rose.
Mais je n'ai rien compris. Aveuglée par ma propre colère envers le comportement de ma fille, j'ai été incapable de voir que sa colère à elle était un appel de détresse. Jusqu'à cette horrible soirée, où la réalité nous a tous frappé de plein fouet.
~o~o~o~o~
(Esmé)
J'étais furieuse. Bien qu'elle soit toujours punie pour avoir sécher les cours la semaine passée, Rosalie n'avait rien trouvé de plus intelligent que de partir avec Royce après les cours, sans prévenir personne et ne répondant bien sûr pas à son téléphone.
Lorsque j'entendis une voiture se garer devant la maison, alors qu'il était déjà plus de 21h, j'étais hors de moi.
C'était la fois de trop, et elle n'allait pas s'en tirer aussi facilement que les précédentes. J'en avais marre de son comportement, de son insolence, de ses provocations. Juste marre de son entêtement à ne faire aucun effort pour que les choses se passent mieux.
Ouvrant la porte, j'étais prête à sévir aussi fort qu'il serait nécessaire.
Et puis je vis le visage de ma fille, pâle comme la mort. Et abîmé.
Je vis son regard dérouté, perdu, apeuré.
Ce léger tremblement de son corps, presque imperceptible mais bien là.
Et je sus qu'il s'était passé quelque chose de grave.
Mon regard passa de Rosalie, tétanisée devant moi à Emmett qui se tenait à côté d'elle sans que je ne sache bien ce qu'il faisait là, en retrait mais le visage grave.
« — Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » prononçai-je dans un souffle.
Le visage de ma fille se transforma instantanément. Le masque de froideur et d'invulnérabilité qu'elle avait mis des années à constituer se brisa alors qu'elle fondait en larmes.
« — Maman, je suis tellement désolée. »
Alors qu'elle s'écroulait littéralement sous le poids de ses émotions, Emmett et moi nous précipitâmes d'un même mouvement pour la rattraper. Je le remerciai d'un regard, lui indiquant que c'était bon, je gérai la situation.
« — Maman, répétait-elle en boucle, comme un appel au secours.
— Chut, chut, je suis là ma chérie. »
Alors qu'elle était secouée de sanglots, je la serrai plus fort contre moi. Ma fille. Ma petite poupée aux boucles d'or. Mon tout petit bébé. J'étais prête à ne plus jamais la lâcher pour la protéger.
oOoOoOo
(Edward)
La maison était incroyablement calme depuis que Rosalie était rentrée. Mais calme ne voulait pas forcément dire paisible. Le silence était lourd, chargé de tellement de pensées inexprimées, de colère contenue, de chagrin et d'horreur.
Une fois que Rosalie a eu terminé de pleurer, elle a donné son accord pour qu'Emmett nous raconte ce qu'il s'était passé. Et il avait raconté.
Et depuis, je me sentais terriblement mal, sans avoir la moindre idée de ce que j'étais supposé faire, dire ou même penser. Ne souhaitant pas m'imposer, je m'étais isolé dans ma chambre alors que des dizaines de sentiments se bousculaient en moi.
Le plus net d'entre eux était le dégoût. Ce type me dégoûtait. Si je l'avais eu devant moi, je me serais sans doute jeter sur lui pour lui coller mon poing dans la figure.
Je ne supportais pas Rosalie pour des tonnes de raisons, et je m'étais souvent réjoui de ses petits malheurs, mais même elle ne méritait pas ça. Aucune fille au monde ne méritait d'être traitée comme ça, et je n'osais pas imaginer ce qui aurait pu se passer si Emmett n'avait pas été là pour intervenir, pour empêcher Royce de la violer.
Un viol. Mon frère avait soigneusement évité d'utiliser ce mot quand il avait raconté, mais nous l'avions tous en tête.
J'avais envie de vomir. J'essayai de ne pas trop y penser, de ne pas me dire que ça aurait pu être Bella. Ou Alice.
Le silence dans la maison me mettait mal à l'aise. J'avais l'impression qu'elle avait été désertée, alors que seul papa était parti. Il avait prétendu que c'était pour travailler, mais je savais qu'il avait besoin de sortir, de s'éloigner, qu'il n'avait aucune idée non plus de comment il était supposé réagir. Alors il avait laissé Esmé gérer les choses. D'ailleurs Esmé semblait être la seule à savoir ce qu'elle devait faire. J'étais content qu'elle soit là. En même temps, c'était normal, Rosalie était sa fille, mais elle dégageait vraiment quelque chose. Une maîtrise d'elle-même incroyable qui semblait nous assurer que tout allait bien aller.
« — Edward… »
Interrompu dans mes pensées, je levai la tête pour apercevoir Alice dans l'encadrement de la porte. Elle me parut incroyablement jeune et fragile. Très pâle aussi, et sa voix avait tremblé alors qu'elle n'avait prononcé que mon prénom.
Elle s'approcha doucement, lançant un regard hésitant derrière elle, comme pour vérifier qu'on ne pouvait pas l'entendre d'une autre pièce.
« — Edward, répéta-t-elle lorsqu'elle fut à côté de moi et je vis l'inquiétude dévorer ses yeux. Jasper est parti. »
Deux secondes de silence s'écoulèrent alors que je digérais cette information. Dans ma tête, des milliers de liens se formèrent, passant de Rosalie dévastée à ma colère, transformée en rage rien qu'à l'idée que ça aurait pu être ma sœur, puis au visage de Jasper que j'avais aperçu, quelque part entre la froideur militaire et la haine pure et simple.
Même si je connaissais la réponse à ma question, je ne pus pas m'empêcher de la formuler.
« — Tu sais où il est allé ? » demandai-je d'une voix blanche.
Alice secoua la tête alors que ses yeux se remplissaient de larmes.
« — Il ne voulait pas me parler, il était tellement distant et… J'ai peur Edward, il faut l'empêcher de faire une bêtise. »
Je déglutis face à ce que ma sœur me demandait. Je n'avais aucune idée de comment m'y prendre pour retrouver Jasper. Pour le convaincre qu'il devait se maîtriser. Je n'avais même pas la moindre information sur comment trouver Royce.
Alors qu'Alice me regardait avec des yeux suppliants, attendant que moi, son grand frère, trouve une solution à son problème, je me résignai à admettre que je devais faire la même chose qu'elle.
oOoOoOo
« — Non mais quel con ! »
La réaction d'Emmett lorsque nous l'avions informé de la disparition de Jasper me surprit totalement.
Mon frère était généralement un grand imbécile qui ne prenait rien au sérieux. Son rôle d'aîné était plutôt douteux et même papa savait que c'était moi le plus responsable des trois. Mais parfois, il lui arrivait de briller par une maturité soudaine et inexpliquée. Celle de ce soir surpassait tout ce que j'avais pu voir.
Depuis qu'il était rentré avec Rosalie, son expression était sombre et grave. Quand il nous avait fait le récit de la soirée, il n'avait tenté aucune plaisanterie, aucune remarque déplacée, aucune tentative ratée pour détendre l'atmosphère. Absolument rien qui était typique d'Emmett.
A la place, il était devenu ce garçon sérieux, calme et mature. La transformation était stupéfiante.
« — Est-ce qu'on doit prévenir Esmé ? demandai-je.
— Non. Surtout pas. Elle a bien assez à gérer comme ça. Je vais aller chercher Jasper moi-même avant que les choses n'empirent.
— Je t'accompagne, décidai-je
— Moi aussi !
— Hors de question ! »
Ma protestation fit écho à celle d'Emmett et notre petite sœur nous répondit par le regard le plus buté qu'elle avait en stock.
« — Jasper est mon petit-ami, et vous êtes mes frères. Vous voulez vraiment me laisser toute seule ici, rongée par l'inquiétude ? En plus, il faut une personne neutre pour vous empêcher vous de faire une connerie. »
Emmett serra la mâchoire alors que je me passai la main dans les cheveux. Est-ce qu'un jour nous serions capables de dire non à cette fille ?
« — Okay, finit par décider Emmett. On y va, mais dépêchez-vous et pas un bruit. »
Jasper avait pris la voiture de sa mère, probablement parce que les clés étaient à sa portée et qu'il n'avait pas eu besoin de demander. Emmett s'installa donc au volant de notre voiture pendant que je me mettais sur le siège passager et Alice à l'arrière.
Aucun de nous n'était vraiment sûr de notre destination ou de notre but, mais le moteur démarra et en moins de trois minutes, nous étions sur la route, pour récupérer notre frère et l'empêcher de faire quelque chose qu'il pourrait regretter toute sa vie.
oOoOoOo
En allant voir Emmett, je pensais qu'il allait pouvoir nous trouver l'adresse de Royce King parce qu'ils étaient dans la même classe. Mais en réalité, il n'avait même pas cherché, il la connaissait déjà. Malgré les tonnes d'hypothèses que j'avais à propos de ça, je ne dis rien, me contentant de le regarder encoder cette adresse qu'il semblait connaître par cœur dans le GPS et suivre les indications.
Un silence de mort régnait dans la voiture pendant le trajet qui dura un peu moins de vingt minutes. Emmett était toujours étonnamment calme, à tel point que je commençais à m'inquiéter, alors qu'Alice était tendue et inquiète comme pas possible. Je n'avais aucune idée de ce que je pouvais dire ou faire pour l'aider à aller mieux, alors je ne fis rien.
La maison des King apparut finalement dans notre champ de vision. Elle se trouvait en retrait de la ville, exactement comme la nôtre sauf que les routes qui y menaient n'était pas boueuses et minuscules comme chez nous. La famille de Royce était riche, nous le savions tous puisqu'il n'arrêtait pas de s'en vanter à l'école, et apparemment être riche donnait le droit de détruire la nature pour y mettre du goudron même dans une ville aussi minuscule et insignifiante que Forks.
La demeure était tellement immense qu'on l'apercevait de loin, mais il fallut encore un petit moment avant qu'on ne l'atteigne réellement.
Je pense qu'on le vit tous les trois en même temps.
Jasper, debout face à la maison, adossé à la voiture, immobile.
Emmett n'eut même pas le temps de couper le moteur qu'Alice avait déjà ouvert sa portière pour se précipiter vers lui.
« — Jasper !
— Merde Alice, grogna mon frère. »
Une fois la voiture à l'arrêt, nous en descendîmes tous les deux pour les rejoindre aussi vite que possible. Alice tirait Jasper par la main, tentant de le convaincre de venir avec nous, mais il résistait, et semblait plutôt contrarié de nous voir.
« — Qu'est-ce que vous faites là ?
— On est venu te chercher, répondit Alice d'une petite voix. S'il-te-plait, rentre avec nous, tu n'as rien à faire ici...
— Va-t'en Alice. Rentrez tous les trois, ne vous mêlez pas de ça. »
L'expression de son visage était méconnaissable. On aurait presque dit un prédateur. Si je n'avais pas vécu avec lui pendant tant de temps, j'aurais presque eu peur.
« — Jasper, demandai-je doucement. Qu'est-ce que tu comptes faire ?
— Ce que j'ai à faire. »
La réaction d'Emmett nous prit tous au dépourvu. Sans aucune mise en garde, il bouscula Alice pour la mettre hors de son chemin et empoigna Jasper par son T-shirt, le bousculant contre la voiture.
« — Et c'est quoi exactement ? gronda-t-il d'une voix qui me fit reculer. Tu vas l'attendre devant chez lui pour le passer à tabac quand il sortira ? Ou tu attends de pouvoir le coincer dans une ruelle ? Peut-être même que tu as l'intention de le tuer ? »
Alice écarquilla les yeux de terreur et je posai la main sur son épaule en la tirant vers moi, protecteur. Je comprenais la réaction de ces deux-là, et je savais qu'on ne risquait rien, mais mon instinct de survie me soufflait que la situation n'avait rien de rassurant.
Jasper poussa brutalement Emmett pour se libérer de son emprise et le fixa avec des yeux fous.
« — Peut-être, je n'ai pas encore décidé. Peu importe tant que cette ordure souffre comme il le mérite. Alors dégage de mon chemin ! »
La réponse d'Emmett fut immédiate. Son poing traversa l'air et frappa Jasper en plein visage.
« — Bordel Jasper, réfléchis deux minutes ! rugit mon frère en le saisissant à nouveau tout en le secouant contre la voiture. Si tu fais ça, qu'est-ce qu'il va t'arriver ? Il portera plainte, et tu finiras dans un commissariat, fiché comme délinquant ou même pire. Et puis quoi ? Rosalie sera obligée de témoigner pour essayer de te sortir de là. Tu veux vraiment la forcer à faire ça ? A en parler au monde entier juste parce que tu n'es pas capable de te contrôler ? Et encore, je ne parle même pas de sa culpabilité si jamais ça ne suffit pas. Tu peux finir en prison. Tout ça pour cet enfoiré de King ? Oui il mérite de souffrir, oui il mérite de crever mais ta vie à toi ne doit pas être un dommage collatéral ! »
Un long silence s'installa après cette tirade. Je n'aurais jamais imaginé Emmett capable de…
En fait si. C'était exactement le genre de mon frère de réfléchir comme ça. La justice avant la vengeance. Le bien des autres avant ses besoins à lui. Aujourd'hui, la priorité, c'était Rosalie. Pas la venger, mais faire en sorte qu'elle aille mieux.
Jasper s'affaissa dans les bras de mon frère. L'expression de son visage changea, laissant la tristesse et la culpabilité prendre la place de la colère.
« — Tu as raison, murmura-t-il. Je suis désolé. »
Les traits d'Emmett se radoucirent alors qu'il le lâchait, lui serrant l'épaule en guise de soutien.
« — Je comprends tu sais, moi aussi j'ai envie de lui arracher les couilles à ce connard. »
Jasper acquiesça et Alice se précipita dans ses bras sans un mot, les yeux pleins de larmes. Il parut surpris de ce geste de tendresse mais l'enlaça en retour, visiblement apaisé par la présence de ma sœur.
Emmett se tourna vers la maison des King qui nous dominait, songeur.
« — Emmett », commençai-je sans vraiment savoir ce que je voulais dire.
Mon frère me fit face, affichant un sourire idiot comme avant. Bon sang, il n'allait jamais admettre qu'il était touché par toute cette histoire. Il me tendit les clés de la voiture.
« — Tu peux les ramener ? fit-il en m'indiquant Alice et Jasper de la tête. Je m'occupe de ramener la voiture d'Esmé.
— Tu vas rentrer tout de suite ? »
C'était stupide, mais j'avais besoin de m'en assurer. Rentrer avec Jasper mais sans Emmett aurait été dramatique.
« — Ouais, t'inquiète pas. On n'a plus rien à faire ici. »
oOoOoOo
Le trajet retour se fit tout aussi silencieusement que celui d'aller, mais beaucoup moins tendu. Jasper et Alice s'étaient installés ensemble à l'arrière, se tenant la main, et j'avais l'impression que ma petite sœur permettait à Jasper de se concentrer sur autre chose que ses émotions. Il la dévorait du regard, mais avec tellement de tendresse et d'attention que je ne m'en offusquais même plus.
Au contraire. Je réalisais qu'on avait bien de la chance qu'Alice se soit trouvé un garçon aussi gentil et attentionné que Jasper, alors que des dizaines de connards comme Royce King traînaient dans les rues.
Je garai la voiture dans l'allée et Emmett en fit de même quelques secondes plus tard. Tous les quatre, nous nous dirigeâmes silencieusement vers la porte, espérant pouvoir rentrer sans attirer l'attention et probablement regagner nos chambres. Je commençais à être vraiment épuisé, aussi bien physiquement que moralement, et une bonne nuit de sommeil nous ferait le plus grand bien.
Sauf qu'Esmé ne semblait pas de cet avis puisqu'elle nous attendait dans l'entrée, les bras croisés et en colère.
« — Je peux savoir où vous étiez passés tous les quatre ? » demanda-t-elle aussitôt d'une voix sévère.
J'échangeai des regards rapides avec mon frère et ma sœur.
« — On est sorti se balader, mentit Alice.
— Pour se changer les idées, ajouta Emmett.
— Juste prendre l'air et réfléchir », complétai-je.
Esmé plissa les yeux, pas dupe. Elle nous dévisagea un par un avant de s'arrêter sur son fils qui se tenait en retrait, silencieux. Son air sévère disparut aussitôt et je compris qu'elle avait compris.
« — Vous avez fait quelque chose de particulier pendant cette promenade ? demanda-t-elle avec douceur. Quelque chose dont il faudra gérer les conséquences ? »
Elle voulait savoir si elle devait s'attendre à voir la police sonner chez elle pour agression. Je secouai ma tête pour lui assurer que non, et je vis du coin de l'œil mon frère et ma sœur faire pareil. Esmé eut un léger soupir de soulagement avant de nous sourire, s'apprêtant à dire quelque chose, mais elle n'en eu pas le temps car Jasper avança sans un mot et la prit dans ses bras.
(Esmé)
Ce câlin soudain me prit totalement au dépourvu.
La dernière fois que Jasper m'avait prise dans ses bras de sa propre initiative remontait à tellement longtemps que j'étais incapable de m'en souvenir précisément. En grandissant, il était devenu plus renfermé et avait perdu l'habitude des gestes de tendresse à mon intention.
Je l'étreignis avec douceur, toujours sans la moindre idée de ce qui pouvait se passer dans sa tête mais sentant qu'il était complètement perdu et désemparé.
Mon petit garçon.
« — Pardon maman », murmura-t-il contre mon épaule.
Bon dieu. S'il prenait la peine de s'excuser, il devait avoir été proche de faire quelque chose de vraiment grave ce soir. Je ne saurai probablement jamais ce qu'il s'est exactement passé pendant cette heure où ils avaient tous disparu, mais je pressentais que si les enfants de Carlisle n'étaient pas intervenus, les choses auraient pu devenir bien pire qu'elles ne l'étaient déjà.
Je les remerciai du regard et ils me sourirent tous les trois, un peu désemparés face à la situation. Avec précaution, je relâchai l'étreinte de mon fils et le regardai droit dans les yeux, m'assurant qu'il était stable émotionnellement.
« — Tu dois aller parler à ta sœur », lui dis-je fermement.
Rosalie n'avait pas cessé de me répéter que Jasper ne la pardonnerait jamais. Et c'était évident que Jasper se sentait coupable de ce qui était arrivé à sa sœur ce soir. Ils devaient se parler et réparer tout ce qui s'était brisé entre eux ces dernières semaines.
« — Maintenant », précisai-je.
Il acquiesça et je lui souris d'un air encourageant. Je le regardai monter à l'étage, espérant que tout irait bien pour eux.
Toute leur enfance, je m'étais félicitée d'avoir eu des jumeaux, parce qu'ainsi j'avais l'assurance qu'ils seraient toujours là l'un pour l'autre. Aujourd'hui, ils avaient besoin d'être ensemble plus que jamais.
~o~o~o~o~
Je n'oublierai jamais l'instant où je les ai retrouvés, tous les deux blottis l'un contre l'autre sans prononcer un mot. Je ne sais même pas s'ils ont discuté ou s'ils se sont réconciliés sans rien dire. C'est un moment qui n'appartient qu'à eux, et je n'ai jamais posé de question dessus.
Je n'ai jamais non plus demandé à Emmett comment il avait su. Je m'en moque. Je lui serai juste éternellement reconnaissante d'avoir été présent ce jour-là, et d'avoir protégé Rosalie. Ce jour-là, et tous ceux qui ont suivis. Car Emmett est resté aux côtés de Rose des journées entières. Il était toujours présent pour la rassurer, la réconforter et la distraire. C'est d'ailleurs le premier qui a réussi à la faire sourire à nouveau.
Lorsqu'elle est retournée à l'école, il s'est auto-désigné comme garde du corps et a joué ce rôle à merveille, épaulé par Jasper et Edward.
J'admire beaucoup Emmett et sa capacité à mettre de côté son comportement puéril et blagueur pour devenir un jeune homme mature et responsable dès que la situation l'exige. Il m'a fallu un temps pour le réaliser, mais le rôle de grand frère protecteur lui convient à merveille, car il est comme un gros nounours tendre et maladroit qui sait se montrer féroce et intraitable lorsque le reste de la portée est menacé.
Même si je ne pense pas qu'il ait jamais considéré Rosalie comme une sœur.
Autant j'ai pu me montrer aveugle pour Alice et Jasper, autant j'ai été la seule à remarquer et deviner ce qui se passait entre Rosalie et Emmett. Peut-être même l'ai-je compris avant eux. Je ne suis pas intervenue, et je les ai laissés faire. Je voulais que Rose garde confiance en l'amour et si cela devait passer par Emmett, ainsi soit-il.
~o~o~o~o~
(Rosalie)
Il fut une époque de ma vie où je détestais les animaux. Ou du moins, où je prétendais les détester. Et puis on m'a imposé ce stupide clébard et je devais bien admettre qu'en dehors des poils qui traînent en permanence sur mes vêtements, il n'était pas si mal. Pour un chien.
Mais quitte à devoir supporter un animal, j'aurais préféré un chat. Et j'avais probablement répété ça un peu trop souvent, parce que maintenant, je me retrouvais avec un chien et un chat.
Bree était une chatte noire aux yeux dorés. Elle s'était mise à rôder autour de la maison, toute maigrichonne et en quête de nourriture. Forcément, maman, Emmett et tous les autres n'avaient pas tardé à la nourrir, et elle était restée.
Ça m'agaçait, cette faiblesse face aux animaux.
Mais honnêtement, Bree me plaisait assez. Elle avait son caractère, et n'acceptait de se laisser caresser que quand elle l'avait décidé. Elle était peureuse et intrépide en même temps. Elle adorait aller faire ses besoins dans le lit d'Edward, ce que je trouvais hilarant.
Et je ne savais pas trop pourquoi, elle semblait m'adorer, moi.
Peut-être parce qu'on partageait le même rejet vis à vis de Seth. Parce que oui, un chien et un chat dans la même maison, ce n'est pas la meilleure des idées.
Comme elle avait vécu seule dans la rue pendant un certain temps, Bree n'était pas le plus amical des chats. Elle aimait la solitude et le calme, alors que le clebs, lui, était un maboule du jeu et des caresses.
J'étais incapable de dire combien de fois Seth avait tenté de foncer droit sur Bree pour jouer avec elle, se faisant toujours accueillir avec un coup de griffe. Il réussissait à esquiver la plupart du temps, mais elle l'avait déjà blessé au museau. Et jamais il n'apprenait la leçon. Quand je disais que les chiens étaient idiots. Bree avait l'habitude de se planquer en hauteur, mais ce crétin de Seth pouvait passer des heures par terre à la regarder, attendant qu'elle descende.
Aujourd'hui, il tenta une approche plus discrète pour se coucher auprès d'elle, mais elle l'accueillit en émettant une sorte de vibration pas franchement rassurante.
— Moi ils me font penser à Emmett et Rosalie, commenta Edward alors que nous étions tous réunis dans le salon, témoins privilégiés de cette scène ridicule.
Alice pouffa alors que tout le monde acquiesçait. Moi-même je ne pus m'empêcher de me dire qu'il n'avait pas tort. Quelque chose dans l'attitude de Seth et dans sa façon de toujours aller ennuyer Bree, avec sa bonne humeur et son envie de jouer caractéristique des chiens, ressemblait très fort à Emmett. Et l'accueil froid, limite hostile que lui réservait le félin pouvait me ressemblait un peu. De leur point de vue en tout cas.
Alors que les autres retournaient à leur occupation suite à cette bonne blague, j'échangeai un regard discret avec Emmett, qui me souriait joyeusement. Seth et Bree avaient encore du chemin à parcourir avant de nous arriver à la cheville.
C'est moi qui voulait garder ça secret. Non pas parce que j'avais peur des réactions des autres — s'ils avaient acceptés qu'Alice et Jasper soient ensemble, il n'y avait aucune raison qu'il y ait un quelconque problème pour nous— mais simplement parce que ce que je vivais avec Emmett, je voulais le garder juste pour moi, pour le moment.
J'avais enfin trouvé ma place dans ma famille. Je pouvais à nouveau discuter avec ma mère et lui exprimer ce que je ressentais. J'avais retrouvé mon frère et j'apprenais à faire avec la présence d'Alice. C'était différent d'avant, mais ça ne me dérangeait pas. D'ailleurs je commençais tout doucement à la considérer comme une amie. Peut-être même comme une sœur. C'était pareil avec Edward. Mais Emmett, c'était spécial.
Avec lui, je me sentais bien. A l'abri de tout.
Autrefois, j'ai cru que Royce m'offrait de l'amour, et une protection. C'était faux. Il ne faisait que se comporter comme si je lui appartenais, comme si j'étais sa chose, sa compagne à afficher. Et quand il en avait voulu plus de ma part, il avait tenté de le prendre sans mon consentement.
Emmett ne faisait pas ça. Emmett était doux, prévenant et gentil. Il s'inquiétait constamment de savoir si j'allais bien, si les choses me convenaient. Lorsque j'étais seule avec lui, je me sentais comme dans une bulle de bonheur, que rien ne pouvait faire éclater.
Et pour l'instant, je n'étais pas prête à faire entrer le reste de la famille dans cette bulle, parce qu'elle n'appartenait qu'à nous deux.
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Si Edward a choisi d'habiter Forks et qu'Alice et Jasper résident pour l'instant à Seattle, Rosalie et Emmett, eux, ont pris leur envol. Littéralement. Ils sont partis en voyage humanitaire en Afrique. Dire que New-York nous a semblé être le bout du monde à un moment.
C'était la décision de Rosalie de partir, et Emmett l'a suivie. Je suis incroyablement fière d'eux et de ce qu'ils font là-bas mais ils me manquent. Nous recevons régulièrement des lettres, parfois des coups de fil, mais cela me semble toujours trop peu. Alice et Jasper envisagent d'ailleurs de partir leur rendre visite pour leur lune de miel, et l'idée qu'ils décident de rester là eux-aussi me donne le vertige.
Mais malgré mon cœur de maman toujours inquiet pour eux, je suis heureuse. Ils ont trouvé leur voie et s'épanouissent, c'est tout ce qui compte. Même si parfois j'aimerais qu'ils s'épanouissent un peu moins vite.
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(Emmett)
« — Je peux leur annoncer ?
— Non !
— Allez Rosie ! insistai-je. Je veux trop leur dire !
— Emmett, non ! Ce n'est pas le genre de nouvelles qu'on annonce au téléphone. »
Son ton était catégorique, mais je m'en moquais bien. Je devais le dire aux autres. Bien sûr, le faire au téléphone m'empêcherait de voir leur tête mais tant pis. Je devais le dire. J'étais trop fier. Trop heureux.
Je l'avais d'ailleurs annoncé à pratiquement tous les passants quand nous avions été au marché, mais ça ne leur avait pas semblé aussi extraordinaire que ça.
« — On leur dira quand on rentrera pour Noël, d'accord ? »
J'acquiesçai, me pliant aux désirs de Rosalie. Ce qui ne m'empêcha pas de trépigner d'impatience alors qu'elle composait le numéro de la maison.
Ce fut Esmé qui décrocha, et elle nous mit aussitôt sur haut-parleur en nous disant que notre appel tombait à pic puisqu'ils étaient tous réunis.
L'occasion était trop belle, je ne pouvais pas résister. Rosalie allait me tuer, mais ça valait le coup. Je devais l'annoncer.
Sans attendre son accord, j'arrachai le téléphone des mains de Rose et le portai à mon oreille.
« — Hey les gars, Rose et moi on est mariés ! » m'écriai-je joyeusement.
Un long silence me répondit alors que ma femme m'adressait un regard meurtrier. Ma femme. J'étais tellement fier. Bon, c'était assez probable qu'elle soit veuve d'ici quelques minutes après m'avoir étripé, mais en attendant, j'explosais de fierté.
Et puis ce n'était pas l'annonce la plus importante non plus. La deuxième, je lui laisserai le soin de la faire comme elle le voudra.
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En tout cas, on peut dire que la revanche, lorsqu'elle concerne les mariages surprises, Rosalie et Emmett savent la servir glacée.
J'ai eu beaucoup de mal à encaisser la nouvelle. Apprendre que ma fille s'est mariée, presque sur un coup de tête, à des milliers de kilomètres de moi, c'est dur à avaler. Mais j'ai fini par m'y faire, pour deux raisons. La première c'est que Rose m'a promis de me laisser leur organiser une fête à leur retour. C'est la moindre des choses après tout.
La deuxième, c'est ce projet secret, dont ils ne veulent encore parler à personne. Parce qu'ils sont terrifiés à l'idée de ne pas arriver au bout. C'est d'ailleurs comme ça que j'ai été mise au courant, une nuit où Rosalie m'a appelée, complètement paniquée à l'idée de ne pas être à la hauteur. Il m'a fallu un moment pour comprendre de quoi elle parlait et pour trouver les mots qui l'ont rassurée.
Ce projet, c'est une petite fille. Une petite orpheline à laquelle ils se sont attachés, et qu'ils souhaitent adopter. Ce qui est complètement fou quand on pense qu'eux-mêmes ont à peine 23 et 24 ans, mais j'ai entendu ma fille parler de cette enfant avec tellement de tendresse, tellement d'amour dans la voix, je ne doute pas un instant de ses capacités à être une bonne mère. Et j'ai hâte, tellement hâte que cela se concrétise.
oOoOoOo
Le bruit de la porte d'entrée me tire de mes pensées et je me retourne juste à temps pour apercevoir ma fille, ma Carlie, se précipiter vers moi en courant.
« — Maman ! » s'écrie-t-elle en se jetant dans mes bras.
Je la serre contre moi avec tendresse, mais elle me repousse rapidement, bien trop pressée de me raconter sa journée.
« — Tu sais aujourd'hui avec l'école on est allés visiter l'hôpital et c'est papa qui nous a tout présenté et moi j'étais trop contente parce que les autres papas, ils ont pas un aussi chouette travail que le mien ! Et papa il était trop gentil et même qu'à la fin il nous a distribué des sucettes comme après une piqûre sauf que là on a pas eu de piqûre et c'était mieux et …"
Alors qu'elle continue de parler avec plus d'entrain qu'Alice en personne, je redresse ma tête pour croiser le regard de Carlisle, occupé à écouter sa fille avec un sourire tendre sur le visage.
Elle est l'incarnation de notre amour. Notre petit ange. Une de nos deux plus belles réussites.
Carlie, et la famille que nous formons, tous ensemble.
Certes, nous pouvons avoir l'air un peu étranges parfois avec trois couples au sein de la famille, mais c'est nous. Et pour rien au monde je ne changerais quoique ce soit dans les sept années qui viennent de s'écouler.
Si vous avez des questions, des points que vous souhaitez éclaircir ou quoique ce soit d'autres après avoir lu, je serai plus que ravie de répondre à vos reviews ;)
Et merci à chaque personne qui a un jour cliqué sur cette fanfic, ce fut une belle aventure.
