Camus entraîna rapidement le Dragon des Mers jusqu'à sa chambre, le tirant par la ceinture et le bloqua contre la porte, l'embrassant fougueusement. Kanon avait raison, il avait besoin d'une longue nuit de débauche. Pour oublier le Scorpion, ne serait ce que quelques minutes, dans les bras d'un autre. Pour sentir son cœur injecter de la lave en fusion dans ses veines. Pour vivre quelques instants, avant de retourner aux ténèbres. Kanon essaya de se dégager, pour mieux l'enlacer. Mais Camus le repoussa sans ménagement contre la porte. Il voulait ses lèvres encore et encore, elles étaient si douces… Le Verseau laissa glisser sa main le long du corps du Dragon des Mers, caressant l'arrondi d'une fesse au passage, forçant la cuisse à se soulever. Kanon se laissa faire, allant jusqu'à poser sa jambe en appui contre la hanche de Camus, épousant plus intimement son corps. Sorrento n'exagérait pas, les Français savaient embrasser comme personne. Kanon glissa ses mains sous le t-shirt de Camus et fit remonter lentement ses doigts le long de la colonne vertébrale frissonnante. Sa peau était douce et fraîche, seules quelques cicatrices venaient troubler l'harmonie de l'ensemble. Ce n'était pas pour déplaire au Général et il entreprit une reconnaissance approfondie de chacune d'elle, voulait se souvenir de chaque grain de peau du Verseau. Le tissu le gênait et il eut du mal à faire comprendre à Camus qu'il voulait lui enlever son t-shirt. Celui-ci ne se lassait pas de sa bouche et ne voulait pas en être privé ne serait ce que quelques secondes. Kanon avait un goût de fraises… sucrées, juteuses, parfumées… Il réussit enfin à le lui enlever, révélant un torse puissant, des épaules musclées, une taille fine mais intensément masculine. Kanon, fit courir un instant ses doigts le long des abdominaux marqués du Verseau, chatouillant le nombril. Camus gloussa. Tiens, Camus est chatouilleux ? C'est bon à savoir ! Le Saint des Glaces, impatient, fit passer le t-shirt de Kanon par-dessus sa tête. Il dessina des cercles de plus en plus étroits autour des mamelons du Dragon des Mers, le faisant soupirer d'aise. Avec un regard coquin, il commença à donner de légers coups de langue, puis à mordiller la poitrine, malmenant la pointe du sein esseulée avec sa main libre. Kanon appuyait sa tête sur celle de Camus, noyant son visage dans ses cheveux, enivrés par ses arômes étrangement exotiques. Ses lèvres et sa peau avaient un goût de vanille bourbon, ses mèches évoquaient les capiteux parfums d'une forêt tropicale après la pluie. Une friandise à savourer sans modération. Kanon saisit délicatement le Verseau par la nuque, guida sa bouche jusqu'à la sienne et l'embrassa passionnément. Puis il laissa glisser ses lèvres le long de son cou, au creux de son épaule, léchant, mordillant, jusqu'au sternum, laissant sa marque chaude et humide jusqu'au ventre de Camus. Là, il s'attarda longuement sur le nombril, irradiant le bassin du Verseau d'électricité. Enfin, il s'attaqua à la boucle de la ceinture, libérant les hanches de Camus de leur étroite prison de tissus… Le Français s'appuya bruyamment sur la porte, les deux mains à plat, anticipant le plaisir que le Grec allait lui donner. Kanon, à genoux, frôlait la chair pulsante de ses lèvres, puis lécha la base de son sexe, en imprimant un mouvement de va et vient à la main qui emprisonnait le Verseau. Lorsque Camus grogna de frustration, le Grec se décida enfin à accueillir le Français dans sa bouche, ralentissant ses mouvements à l'extrême, voulant à tout prix décupler le plaisir de son amant. Camus serait les poings contre la porte, faisant blanchir ses articulations. Ses gémissements devenaient grondements, puis faibles cris. Ses hanches, d'abord immobiles, tanguaient d'avant en arrière, parcourues par une foudre exquise. Ses reins augmentèrent la cadence, jusqu'à ce qu'une explosion brûlante déchire son ventre.
Après avoir retrouvé un souffle presque normal, Camus aida Kanon à se relever. Sans un mot, il l'attira contre lui et les fit avancer jusqu'au lit un peu plus loin derrière. Là, le Verseau pivota sur ses talons et allongea le Dragon des Mers sur le dos, en travers du lit, dans le sens de la largeur. Il fit jouer la fermeture éclair du jean de Kanon et descendit son pantalon ainsi de son boxer à mi cuisse, l'obligeant à soulever le bassin au passage. Enfin, le Verseau s'allongea sur lui, retrouvant sa propre saveur dans la bouche qui venait de lui donner tant de plaisir. Sa main droite glissa et emprisonna le membre dressé de Kanon, lui imprimant de lents va et vient. Lorsqu'il jugea l'érection suffisante, il lécha goulûment son partenaire tout au long du chemin qui le séparait de sa virilité. Kanon se mordit les lèvres, son Prince des Neiges venait de le prendre dans sa bouche et caressait langoureusement de sa langue sa virilité. Il se mit à onduler presque instantanément, donnant le rythme à Camus par sa main ancrée dans la chevelure émeraude. De temps à autre, il réussissait à ouvrir les yeux, fixant furtivement le plafond, replongeait plus profondément encore dans de puissantes vagues de plaisir. Il se libéra enfin en Camus, crispant sa main dans ses cheveux.
Camus déposa un baiser sur sa hanche et se leva pour ôter les derniers vêtements qu'ils leurs restait. Kanon se mit dans le sens du lit et attendit que Camus le rejoigne. Ce qu'il fit rapidement. Le Dragon des Mers l'accueillit dans ses bras, l'attirant contre sa bouche. Il aimait sentir le Verseau au dessus de lui, ses mèches émeraude effleurant son visage au hasard d'une caresse. Ils s'embrassèrent longtemps, laissant leurs mains partir à la conquête d'un corps frémissant. Camus interrompit leur baiser, humectant de manière suggestive les doigts de sa main droite. D'un regard, il invita Kanon à mettre en bouche ses doigts humides. Ce qu'il fit les yeux rivés à son amant. Camus s'installa entre les jambes du Grec et entreprit de le préparer à sa venue. Kanon se crispa lorsque qu'il sentit l'index du Verseau en lui. La sensation désagréable disparut rapidement, revint furtivement à la venue du majeur et persista plus longuement avec l'annulaire. Lorsqu'enfin le visage de Kanon fut totalement détendu, Camus prit possession de son corps, le faisant gémir de douleur. Douleur qui ne s'éternisa pas, alors le Verseau pu donner libre court à ses envies. Aux ondulations légères succédèrent de puissants coups de reins d'une lenteur démoniaque. Les deux amants s'exprimaient par de faibles cris, ou plaintes lascives, sans un mot. Kanon noua ses jambes autour des hanches du Verseau, se donnant plus profondément encore. Camus releva son buste et pris appuis sur ses mains de chaque coté du lit, donnant plus d'amplitude à ses mouvements. L'effort faisait jouer ses muscles sous sa peau luisante. Kanon se cambrait violemment, plantant ses ongles dans le dos du Verseau. Jamais un être, homme ou femme, ne lui avait donné autant de plaisir, même pas celui qui l'avait initié aux plaisirs interdits. Même pas Sorrento. La frénésie gagna leurs hanches, ponctuée par des râles de plus en plus marqués. Camus se libéra enfin, en un long cri rauque. Kanon l'imita presque immédiatement, les larmes aux yeux, retenant prisonnier le Verseau entre ses hanches, prolongeant ainsi l'orgasme de celui-ci par les spasmes de son propre corps. Camus se libéra de sa gangue de chair et roula sur le coté, essoufflé. Kanon vint se blottir contre lui, la tête calée au creux de son épaule. Le Français jouait machinalement à mettre de l'ordre dans l'épaisse chevelure vague de l'océan. Ils n'avaient pas besoin de se parler. Pourquoi faire ? Leurs corps se comprenaient. C'était l'essentiel. Après quelques minutes, Camus s'installa à plat ventre aux cotés de Kanon, lui tournant le dos. Il voulait être possédé à son tour. Il calla son oreiller contre sa poitrine et remonta légèrement sa jambe gauche, portant tout son poids sur le coté droit. Et attendit le bon vouloir du Général. Celui-ci hésita, laissant sa main parcourir le dos, les hanches, les fesses puis les jambes du Français. Kanon n'osait pas. Pas par ignorance, par timidité. Il ne se sentait pas en droit de le faire, indigne de s'approprier ce qui revenait à un autre.
- S'il te plait… Murmura Camus semblant sentir les réticences du Marina et enfonçant un peu plus sa joue dans l'oreiller, le regard dans le vide.
Kanon prit une profonde inspiration et s'humecta les doigts. Camus tressaillit à son
intrusion, puis se détendit progressivement. Après quelques minutes, Kanon pénétra doucement le Saint des Glaces, qui serra les mâchoires. Il resta ensuite immobile, caressant, embrassant la peau vanillée. Camus bougea autour de lui, lui faisant comprendre qu'il le voulait, maintenant. Kanon s'exécuta, se laissant aller à de lentes intrusions, pour se retirer aussitôt, comme la mer inondant le sable. Il enserra étroitement le Verseau contre lui, comme pour le bercer. Le Grec déployait des trésors de douceurs et de tendresses, s'enhardissant un
peu en couvrant le visage le cou et la nuque du Français d'une multitude de baisers. Une sourde brûlure envahissait les reins de Kanon, tentant de maîtriser au mieux son appétit grandissant. Camus s'appuya sur un bras et de l'autre saisi le Dragon des Mers par la nuque, recherchant avidement ses lèvres. Soupirs, froissements de tissus, baisers humides, corps qui se frôlent emplissaient la chambre d'une mélodie charnelle…
- Kanon… Kanon… Gémit le Verseau contre sa bouche, accélérant malgré lui la cadence de ses hanches.
Une accélération fulgurante propulsa des milliers de braises incandescentes à travers leurs corps frémissants. Ils retombèrent enfin, vidés de leurs forces, mais emplis de bien-être. Ils restèrent l'un contre l'autre, Kanon noyant son visage dans une forêt de jasmin et thé vert. Camus se blottit contre lui nouant ses doigts aux siens. Il sentait fondre le cercueil de glace qui le retenait prisonnier depuis si longtemps à cette douce chaleur…
Camus battit des paupières, il ne devait pas dormir depuis très longtemps, car la chambre était toujours dans la pénombre. Kanon dormait contre lui, un léger sourire accroché à ses lèvres. Le Verseau n'était pas très fier. Toute cette nuit, il s'était servi du Grec à son avantage. D'abord il l'avait humilié, ensuite, il avait abusé de sa force pour essayer de le posséder
enfin, il avait usé de toute sa séduction et des tendres sentiments de Kanon pour le mettre dans son lit. Malgré tout, il n'arrivait pas à regretter la dernière partie. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas eu de compagnie et d'aussi charmante qui plus est. Son statut de Saint d'or lui
permettait toutes les audaces, en particulier avec les apprenti(e)s, trop honorés de devenir un objet de plaisir entre ses mains de glace. Sa réputation d'homme sans états d'âme lui facilitait la tache. Pas d'explications à donner, juste un besoin physiologique à assouvir. Cependant
il n'avait touché personne depuis son retour parmi les vivants. Il connaissait depuis longtemps la raison de son attachement à Milo. Camus avait espéré un instant, après sa dernière résurrection, pouvoir construire quelque chose avec lui. Espoir vite déçu. On ne revient pas plusieurs fois du royaume des ombres sans perdre un peu de son essence. Les émotions qu'on lui avait appris à canaliser et ignorer revenaient à la charge, furieuses comme la mer déchaînée rongeant la falaise. Et les nouvelles connaissances qu'il avait acquises dans l'Hadès, sur lui, sur les chevaliers et leurs destinées, l'empêchait maintenant de s'unir au Scorpion. Son avenir semblait enténébré, jusqu'à ce soir, ou une petite flamme bleue l'avait attiré imperceptiblement : Kanon. En lui avouant ses sentiments, Kanon avait soufflé sur les braises de son espoir d'être enfin accompli. L'esprit du Verseau échafauda une théorie fragile, mais qui pourrait être efficace. Peut être qu'en s'unissant à
Kanon, il pourrait rétablir son équilibre instable ? Et si Camus redevenait lui-même, alors, avec beaucoup de chance, Milo et lui pourraient vivre ensemble, enfin. Dans le pire des cas, le Verseau ne serait plus seul… Kanon serait à ses cotés, réchauffant son cœur et son corps à la douce flamme de son amour. Le Français ne pouvait plus se permettre de rêver. Il se maudit de son égoïsme. Camus voulait encore une fois se servir du Grec pour son propre intérêt. Il devenait vraiment abject…
Kanon s'éveilla dans la chambre du Verseau, encore dans le noir. Lorsque ses yeux s'accommodèrent à la pénombre, il distinguât le visage de Camus, en proie à une réflexion intense, est-ce qu'il regrettait ?
Camus…
Si on lui avait dit qu'il serait cette nuit même dans le lit du Verseau, jamais au grand jamais, il ne l'aurait cru. Mais il ne fallait pas se bercer d'illusions, ce serait l'unique fois. Le Français s'était tant donné, tant dévoilé en quelques heures. Peut être plus que dans toute une vie. Il était heureux, fier même d'avoir été son confident. Kanon avait senti les barrières du Saint des Glaces s'effriter. Sa façade de marbre était désormais inutile devant le Grec. Mais derrière ces murs, une âme pleurait, pleurait d'amour pour un autre que lui. Pourquoi ? Les guerres saintes étaient finies pour cette génération. Qui empêchait Camus de s'unir à Milo ? Leurs sentiments étaient réciproques ! Malgré tous ses efforts, Kanon ne comprenait pas. Il fut tiré de ses réflexions par une onde ténue, mais suffisamment vigoureuse pour percuter son aura. Il la reconnut aussitôt, l'ayant déjà ressentie plus fortement dans les thermes : Angelo et Shura, dans la maison du Capricorne, ou plutôt dans la chambre... Kanon ricana gentiment, oubliant qu'il n'était pas seul. Il se mordit la lèvre.
Camus tourna son visage vers l'imprudent.
- Je t'ai réveillé ?
- Non, non, rassures-toi.
- Tu ferais mieux de t'en aller, ou ton frère va retourner chaque pierre du sanctuaire si tu ne rentres pas avant le lever du soleil. Plaisanta Camus.
- Tu as sans doute raison, mais…
Kanon s'imaginait le Gemini furibard, l'attendant à l'entrée du temple.
- Je voudrais encore te poser une question.
- Han, han, je t'écoute.
- J'aimerais comprendre, pourquoi n'es tu pas avec Milo à cet instant ? Il t'aime, tu l'aimes, je ne comprends pas.
- Tu souhaites vraiment connaître la vérité ?
C'était le moins que Camus pouvait faire, lui dire enfin toute la vérité. Kanon acquiesça. Camus se redressa, s'installa plus confortablement, intercalant un oreiller entre son dos et la tête du lit. Il prit une profonde inspiration, noua ses doigts derrière sa tête et fixa le plafond.
- Personne ne sait, même pas Milo… Chaque chevalier est placé sous la protection de sa constellation d'origine, de même que son armure. L'armure n'est pas subordonnée au chevalier, elle est en quelques sortes son aide, son guide, mais aussi sa gardienne et son instrument lors de sa vie de Saint. En fait, elle est le lien spirituel entre le Saint et sa constellation protectrice. Lorsqu'un Saint reçoit son armure, il reçoit l'onction du cosmos de sa constellation, celle-ci le reconnaissant comme son héritier légitime. Elle l'établi comme son successeur sur terre aux yeux du monde. Cela, tu le savais déjà. La constellation comme l'armure sont éternelles, seul le chevalier reste mortel. Il n'en reste pas moins un des chaînons constitutif de l'entité qui fait de lui un Saint, comme peuvent l'être le corps, l'âme et l'esprit pour un humain. Le cosmos que nous recevons de notre constellation est restitué à celle-ci à notre mort. Nous y laissons nos marques, notre empreinte, une partie de notre essence, influençant indirectement la destinée du Saint qui prendra notre succession. C'est notre héritage pour le chevalier qui prendra notre suite. J'ai eu cette révélation dans l'Hadès et je pense comprendre pourquoi maintenant.
- Tout ceci est passionnant mais je ne vois toujours pas le rapport.
- J'y viens. Tu as senti tout à l'heure, Shura et Angelo faisant l'amour ensemble ?
Kanon resta sans voix.
- Je suis au courant de leur liaison, moi aussi, j'aurais du mal à l'ignorer, Shura étant mon voisin de temple ! Ils sont plutôt démonstratifs mais… Bref, là n'est pas la question. Ce cosmos que tu as ressenti…
- Ces cosmos tu veux dire… Coupa Kanon.
- Non, Kanon, CE cosmos, il n'y en avait plus qu'UN, un seul.
- Ce n'est pas possible, ça voudrait dire…
- … Que Shura et Angelo ont découvert un niveau supérieur à tout ce que nous connaissons de la cosmo énergie. Ils ont réussi l'harmonie, l'équilibre, l'accord parfait des cosmos, rayonnant d'une seule énergie, pleine et unique.
- Comment est ce possible ?
- Tout ce que je peux te dire, c'est que l'univers entier des étoiles au moindre atome, est constitué par une tension formidable entre deux principes opposés. Appelle ça comme tu veux, le bien et le mal, le féminin et le masculin, le positif et le négatif, Yin et Yang… Nous ne pouvons être ni totalement l'un, ni totalement l'autre, nous ne pourrions y survivre, la vie
naît de l'accord entre les deux. Alors un équilibre se crée entre ces deux principes et cela nous défini. Mais lorsque l'équilibre est rompu, l'un des principes s'affaiblissant, n'assurant plus la stabilité de l'ensemble, cela engendre des êtres contre nature, affaiblis, torturés ou maléfiques,
maudits des Dieux et de toutes les façons, voués à la destruction. Dans le cas de Shura et Angelo, ils ont trouvé l'équilibre parfait à travers leur couple, se complétant l'un l'autre, engendrant ainsi une nouvelle forme de vie…
- Quoi !?
- Oui, leurs principes de vie séparément les définissent tels qu'ils sont, mais mis en commun, ces principes ont donné naissance à une harmonie créatrice parfaite, un nouveau cosmos, issu de l'union des leurs. Ils ont réussi à fusionner leurs entités, renforçant le pouvoir de leurs constellations respectives, en les mêlant l'une à l'autre. Ils ne font plus qu'un dans les étoiles.
Camus fit une pause, laissant à son amant le temps de digérer ces informations.
- Les maisons du Capricorne et du Cancer sont désormais liées intimement, à travers leur lignée zodiacale. Et ce n'est pas sans répercutions. Les prochains Saints du Capricorne et du
Cancer seront frères de sang, j'en suis persuadé. Les enfants, la famille que nous ne pouvons avoir sur terre, à cause de nos guerres incessantes et de notre obligation de faire abstraction de nos sentiments, nos constellations nous les offrent dans les cieux, par ce biais.
Kanon, stupéfait, pris conscience de ce que cela signifiait.
- Ce qui voudrait dire que Lion et Sagittaire ? Andromède et Phoenix ?…
- …Se sont aimés pendant les guerres saintes qui nous ont précédées, atteignant un cosmos ultime qui nous est inconnu.
Le Verseau employait un ton nostalgique. Le Général de Poséidon plongea dans une réflexion intense, essayant d'assembler les informations que Camus avait données, tout au long de la soirée.
- Mes parents ont du avoir des amours tumultueuses… Plaisanta t il.
- Un de tes parents a eu une chance inouïe, après avoir perdu son harmonie, il l'a retrouvé auprès d'un autre chevalier, un Marina, ou le grand pope… va savoir… Reprit Camus.
- Ce qui veut dire que l'harmonie est impossible entre Milo et toi ?
- Oui et non.
Camus hésita.
- Milo ne m'aime pas.
Kanon n'en croyait pas ses oreilles.
- Qu'est ce que tu racontes !?
- C'est ce que je te disais tout à l'heure, sous les colonnes. Milo ne m'aime pas, il me désire, c'est tout. Pourtant, il est mon ami le plus cher et m'a pris mon cœur il y a longtemps. Mais il ne m'aime pas, pas comme je le souhaiterais, en tout cas. Milo est un sanguin, un chasseur. Ce qui l'excite, c'est la conquête. J'aurais un certain attrait pour lui, tant que je ne lui aurais pas cédé. Dès qu'il m'aura eu, il passera à autre chose. A plus ou moins long terme, mais je
finirais seul.
- Tu délires !
- Non, je ne délire pas. Milo veut me posséder, me dominer. Sans doute parce qu'il a le sentiment de m'être soumis, comme d'autres ici. Mon indifférence, le contrôle de mes
sentiments, ma froideur. Mon inhumanité effraie autant qu'elle fascine. Je suis comme de la glace, lisse et coupante, douce et mordante, transparente, mais insondable. Quand vous
croyez me saisir, je disparais dans vos doigts… En fait, j'étais comme cela…
- Etais ? Qu'est ce que tu veux dire ?
- Mon harmonie est brisée… je me vide de ma substance lentement…
Kanon se redressa, tétanisé, scrutant le visage grave de Camus.
-… Il n'y a plus l'équilibre entre mes principes de vie, il a été rompu lors des dernières batailles. Nos guerres fratricides, ma mort, mes morts… j'ai perdu une partie de mon essence,
provoquant un déséquilibre majeur de mes principes de vie… Pour un chevalier, les sentiments qu'il éprouve, ses ambitions profondes, peuvent être sa force autant que sa
faiblesse. J'aime Milo, mais… Tant que je n'aurais pas retrouvé l'harmonie, je… je ne...
La phrase mourut sur ses lèvres.
- Es-tu…capable de rétablir cette harmonie ?
- Angelo y est parvenu, de par sa propre volonté… Saga également. Alors peut être que je le peux aussi…
- N'y a-t-il rien à faire ? Le grand pope connaît sûrement un moyen ! Protesta Kanon.
- Non… Sion ne peut rien et Athéna non plus d'ailleurs… Il n'y a que moi qui puisse faire quelque chose. Je suis responsable de cela. Je n'arrive plus à dominer mes pensées ou mes sentiments, Milo m'obsède. Si j'arrivais à me dépasser… canaliser mon énergie sur d'autres points, plutôt que de la focaliser sur le Scorpion. Un peu comme Hyoga qui n'arrivait pas à
oublier sa mère, s'empêchant d'atteindre le septième sens. Quand bien même, j'atteindrais
mon but, je m'unirais à Milo, je reste persuadé qu'au lieu d'apaiser mon déséquilibre, ça ne ferait qu'empirer. Peut-être même que j'entraînerais le Scorpion avec moi…
-… Dans la mort… compléta mentalement le Verseau, pour lui-même.
Le Marina restait songeur. Le destin de cet homme n'était pas enviable. Kanon fit silence, puis questionna le Français.
- C'est pour cela que tu es si différent ? Je veux dire, c'est pour cela que tu étais si vivant quand tu as battu Shura ? Je ne t'ai jamais vu aussi bouillonnant et tu n'es pas très expansif habituellement. M'aurais-tu autant parlé ce soir si tu étais dans ton état normal ?
- Non, je suppose que non. Je ne contrôle plus mes sentiments, je ne ME contrôle plus. Je sombre lentement vers la folie et la mort.
Camus s'interrompit encore, ressentant la tristesse s'emparer de Kanon. Puis il reprit la parole.
- Tu as déjà vu une étoile mourir ? Juste avant de disparaître, elle se met à briller comme jamais auparavant, car elle expulse toute sa matière, avant de s'éteindre. Je n'en ai plus pour très longtemps… et cette fois ci, je ne reviendrais pas. Quand bien même, Athéna m'offrirait encore une fois la vie, je la refuserais.
- Et moi je refuse ! Je refuse que tu meures, Camus ! Je ne veux pas que tu m'abandonnes. Tu n'as pas le droit de te laisser aller comme ça, c'est indigne de toi. Tu as toutes les raisons de te battre ! Explosa Kanon.
Camus sourit tristement.
- Kanon, c'est adorable ce que tu me dis. Mais ça ne rime à rien. C'est fini pour moi.
- Alors quoi ? Parce que Milo ne t'aime pas, tu vas te laisser mourir ? Mais réagis ! Qu'est ce qu'il faut que je fasse pour que tu bouges ? Si tu ne veux pas te battre pour avoir Milo, ok, je peux le comprendre. Mais que tu refuses de te battre pour toi-même, ça me dépasse !
- Je n'ai plus de tâche à accomplir ici bas. Mon disciple a déjà pris ma suite : Hyoga. C'est de lui maintenant que dépend la maison du Verseau. De part son niveau élevé, il est le maître absolu de tous les Saints de Glace. Je n'ai plus de souci à me faire pour ma lignée, elle est sous sa protection. Athéna est sauve. Les guerres saintes sont finies pour notre génération. Je ne sers plus à rien.
- Mais qu'est ce que tu crois Camus ? Et moi ? Pourquoi crois-tu que je me soit battu si
fort ? Pour te revoir ! Je ne supporterais pas de te perdre encore une fois. Pas après tout ce que tu m'as dit, pas après cette nuit !
Le Dragon des Mers ne pouvait plus regarder en face Camus, ses émotions brouillaient sa vue d'une eau saline.
- Si tu meurs, je mourrais avec toi. J'irais te chercher en enfer s'il le faut ! Tu veux une raison
de te battre ? Si tu ne veux te battre ni pour Milo, ni pour toi-même, alors bats-toi pour moi ! Je t'en fais le serment Camus, Saint d'or du Verseau, si tu te laisses mourir, je te suivrais dans la mort !
Kanon pleurait.
Camus se redressa sur ses mains, il ne s'attendait pas vraiment à cette réaction excessive. Amant attentionné et amoureux transis. Kanon ne plaisantait pas. Il mettrait sa menace à exécution. C'était si bon de se sentir aimé, si bon de sentir un cœur battre pour soi, si chaud de sentir des bras vous enserrer. Qu'est ce qu'il risquait à essayer ? D'accord. Il se battrait… pour Kanon.
- Tu tiens tant que ça à jouer les gardes malades avec un aliéné en puissance ? Ironisa Camus…
- Plus que tout au monde… Soupira Kanon.
Camus se rapprocha et l'embrassa tendrement, les yeux brillants.
- Comme je te l'ai dit tout à l'heure, puisque tu me veux, tu m'as… Désormais, je suis à toi.
Le Dragon des Mers lui rendit fébrilement son baiser.
- Je te sortirais de là, je te le promets Camus, mon amour.
Kanon l'enlaça étroitement. Malgré la douloureuse vérité, il ne pouvait s'empêcher d'être heureux. Il allait tout faire pour sauver Camus de lui-même. Ensuite, peut être saurait-il se faire aimer ?
Le soleil s'était levé pendant leur conversation. Pour l'heure, c'est Kanon qui allait avoir une explication avec son frère.
Il faisait encore nuit dans la chambre du dixième temple. Shura, allongé sur le dos au milieu du lit, caressait amoureusement la crinière bleue du Cancer. Angelo avait la joue collée aux
abdominaux du Capricorne et se laissait bercer par le rythme lent et paisible du souffle de son Espagnol. Ils avaient beau faire l'amour régulièrement, plusieurs fois par jour quelque fois, chaque nouvelle étreinte se révélait meilleure que la précédente. Angelo souriait aux anges, les yeux mi-clos et frotta sa joue contre la peau douce de son amant. Il ressentit soudain les pensées troubles de Shura et se redressa sur un coude, inquiet.
- Shura, je t'en prie, arrête d'y penser… Supplia le Cancer.
- Désolé mon amour. Le fait qu'elle soit partie comme ça m'inquiète. Cela fait plusieurs jours maintenant et elle n'a toujours pas donné signe de vie, même pas à Sion.
- Tu as peur de sa réaction, n'est ce pas ? Tu as peur qu'elle dise non ?
Shura vint se blottir contre l'épaule d'Angelo, qui s'était allongé sur le dos à ses côtés, caressant de son visage la peau ambrée.
- Je ne veux pas être séparé de toi… Tu as vu son visage quand nous lui avons tout dit ? Tu as vu sa réaction quand nous lui avons demandé sa bénédiction ? Saori avait l'air si choquée …
La voix de Shura était presque éteinte. Angelo serra les dents et enveloppa le Capricorne de ses bras.
- Je n'ai pas l'intention de te quitter. Athéna a beau être ma déesse, si elle refuse de nous unir, je lui rends mon armure. Tu le sais Shura, ma vie, désormais, c'est avec toi, ou je n'aurais pas de vie du tout.
Le Cancer embrassa tendrement Shura et reprit la parole.
- Je t'aime mon Espagnol. Garde espoir. Tant que Saori ne sera pas revenue, il est inutile de
s'inquiéter. Elle est encore jeune et son humanité prend parfois le dessus sur sa divinité. Ce n'est pas tous les jours qu'elle doit recevoir ce genre de demande, en tout cas pour cette réincarnation ! Sion est serein et il a toujours été de notre coté. Après notre entrevue, il a longuement discuté avec elle. Saori lui a dit qu'elle avait besoin de temps pour réfléchir et analyser la situation. Ce temps, elle a décidé de le passer hors du sanctuaire. Sans doute
pour avoir plus de recul. C'est une sacrée révolution, surtout dans notre petit monde en vase clôt. Il y a les autres saints, les apprentis à prendre en compte également. Sans parler de nos voisins de temple. Notre couple n'est pas vraiment dans l'ordre des choses… Enfin, pour eux.
L'Espagnol prit une profonde inspiration.
- Shura, je te le répète. Si Athéna refuse que nous vivions ensemble, si elle refuse de bénir notre union, alors, quoi que tu décides, je te suivrai. Même s'il faut abandonner l'ordre pour cela, même si je dois renier ma déesse pour cela...
L'Espagnol entendit le cœur d'Angelo s'emballer… il soupira, puis répondit, suppliant.
- Je ne veux pas quitter l'ordre, encore moins Athéna… je veux juste continuer, mais au grand jour. Ça me ronge de me cacher maintenant. Si tu savais ce que ça m'a fait du bien de mettre Kanon dans la confidence. Je t'aime et… et j'ai envie de le crier au monde entier.
L'Italien sourit et planta un baiser sur le front de son amant.
- Et moi donc !
Shura changea de sujet.
- Tu crois que Kanon va réussir ?
- Réussir quoi ? A approcher Camus, ou à le guérir ?
- Les deux. En espérant que nous n'ayons pas fait tout ça en vain…
- Je pense qu'il a ses chances et l'amour peut faire des miracles. Camus est à la croisée des
chemins, comme moi, avant que je ne réalise les sentiments que j'avais pour toi. J'ai eu de la chance, tu m'aimais aussi. Pauvre Verseau… Il aime Milo, mais le Scorpion n'est pas amoureux de lui, il ne ferait que le détruire et Camus en est conscient. Le seul qui puisse le sauver c'est Kanon. En lui apprenant que le véritable amour peut être magique, merveilleux et pas seulement une torture. Comme toi, tu me l'as appris…
Shura le regarda avec des yeux attendris.
- C'est toi mon ange, qui m'a appris que la vie pouvait être si belle…
- Hé ! Je te vois venir avec tes gros sabots de Capricorne. Si tu répètes ça, si tu répètes que je
deviens romantique, à qui que ce soit, je fais la grève de l'oreiller jusqu'à nouvel ordre. Compris ? Plaisanta Angelo, les yeux brillants.
- Tu n'as pas vraiment le choix, chevalier du Cancer, il n'y a qu'un moyen de me faire taire… Susurra l'Espagnol, l'œil gourmand.
Le message fut décodé et l'Italien s'allongea sur Shura, explorant sa bouche avec douceur et
application. Sa langue se fit indiscrète, puis soudain, il se sentit rouler… Le Capricorne était au dessus de lui maintenant et repoussait sa langue pour le fouiller à son tour, tendrement.
Ils cessèrent leur doux baiser et l'Espagnol, rassuré, s'endormi dans les bras de l'Italien.
Lorsque Kanon pénétra dans la cuisine, Saga lui tournait le dos, faisant semblant de s'occuper de la vaisselle. Mais le chevalier des Gémeaux savait très bien qu'il était dans la pièce. Il lui signifiait son mécontentement en l'ignorant cordialement. Kanon resta silencieux et se dirigea vers un placard, pour prendre un bol, l'air de rien, puis s'installa à table.
Enfin, Saga s'adressa à son frère, sans se retourner vers lui. Sa voix était dure.
- C'est à cette heure ci que tu rentres ? Où étais-tu ?
Saga se comportait toujours comme l'aîné, responsable de son cadet, bien que leur différence d'âge se compte en minutes. Le fugueur ne répondit pas. Il cherchait comment présenter la chose à Saga, puisqu'ils avaient convenus, avec Camus, de se montrer au grand jour dès que possible, ils n'avaient pas de temps à perdre à se cacher. Si malheureusement Camus ne s'en
sortait pas… Kanon s'interdit de penser à cette éventualité. Le seul impératif, était de mettre l'ancien pope au courant, en premier.
- Tu vas me répondre ? Je me suis fait un sang d'encre !
Il s'était retourné, croissant ses bras sur sa large poitrine. Son ton se radouci, jusqu'à en devenir coquin
- J'espère qu'elle en valait la peine…
La brèche était ouverte, Kanon s'y engouffra.
- IL en vaut la peine. Il insista bien sur le premier mot, pour que son frère n'ait aucun
doute.
- Tu as passé la nuit… avec un homme ?
Les yeux de Saga s'étaient dilatés, sous l'effet de la surprise.
- Oui, désolé de te l'apprendre comme ça. Mais oui, j'ai passé la nuit avec un homme et pour
répondre aux questions qui vont arriver, tôt ou tard, non, je n'ai pas fait ça pour tenter une expérience, oui, je suis homosexuel et oui, je suis amoureux de lui.
Il lui assena toutes ces vérités d'un trait, craignant de manquer de courage par la suite.
- C'était donc ça. Ton acte insensé ? Murmura le Gemini, troublé.
- C'était ça, oui… Confirma Kanon, la voix hésitante, en baissant son regard vers le sol.
- Tu avais peur que je te rejette ? Enfin Kanon, c'est moi, Saga, ton frère ! Je sais que les choses n'ont pas été faciles, mais, j'espérais que tu me fasses un peu plus confiance que ça !
Saga était meurtri au fond de son âme, malgré ses efforts, un gouffre les séparait encore, son jumeau et lui.
Il reprit, les yeux humides.
- Tu me crois aussi borné que ça ? Je sais très bien que nos vies ne sont pas des plus classiques. Comment notre vie amoureuse pourrait elle être simple ? Qui peut nous comprendre et nous aimer ? Nous accepter tels que nous sommes ? Avoir la patience de nous attendre lors de toutes ces guerres ?
L'ancien Pope se frappa les cuisses d'impuissance et secoua la tête avec véhémence. Il s'emporta soudain, les poings serrés.
- Serions-nous capable de protéger la personne aimée de nos ennemis ? Il nous est difficile, voire impossible de construire nos vies avec des gens normaux. Ils ne comprennent pas, ne savent pas… et le danger serait perpétuel pour eux. Nous serons toujours à part du monde, quoi que nous fassions…
Comme soulagé, Saga se radoucit, attendant que son frère le regarde enfin.
- Alors, si certains chevaliers se rapprochent, recherchant une chaleur que seul d'autres êtres
semblables à eux peuvent leur donner, qui peut les blâmer ? Car c'est un chevalier, n'est ce pas ?
Kanon, la gorge nouée, ne pouvait articuler un seul mot. Il se contenta d'hocher la tête.
- Vas-tu me dire qui est ce … ?
Saga s'était accroupi auprès de son frère, qui ne le regardait toujours pas et qui, comme lui, était prêt à fondre en larmes.
- … Que je le félicite d'avoir su se faire aimer d'un être aussi exceptionnel, d'aussi cher à mon cœur.
Saga caressait doucement les cheveux de son jumeau, en souriant timidement, essayant de l'apaiser. Kanon, leva enfin les yeux, vit le visage souriant de Saga. Puis, il lui sauta au cou et éclata en sanglots. Alors comme lorsqu'ils étaient enfant, Saga entoura son frère de ses bras et le berça tendrement, pleurant lui aussi. Après toutes ces années, ces combats, cette haine qui les avait déchiré tout les deux, ils se retrouvaient enfin. Ils restèrent longtemps, assis sur le dallage de la cuisine, dans les bras l'un de l'autre, à se câliner comme des enfants apeurés par l'orage. Kanon se dégagea légèrement, embrassa son jumeau sur le front et murmura :
- Je t'aime Saga.
Son frère lui répondit sur le même ton.
- Je t'aime Kanon… N'en doute jamais, petit crétin !
Ils éclatèrent de rire. Le passé était le passé, maintenant, leurs liens étaient rétablis, plus forts que jamais. Saga continua de déplomber l'atmosphère, en taquinant le jeune fugueur.
- Je te fais des tartines ? Les émotions ça creuse ! Sans parler du reste…
Kanon aida son frère à se relever, ils s'installèrent à table. L'ancien pope avait réuni tous
les ingrédients et tartinait consciencieusement une tranche de pain grillé, qu'il tendit à son frère.
- Alors, je vais devoir jouer aux devinettes ?
- Non… C'est Camus.
Saga haussa les sourcils, surpris.
- Hé ben, il va y en avoir des cœurs brisés au sanctuaire…
Puis il ricana gentiment, en beurrant une deuxième tartine, la première vivant ses derniers instants.
- Quoi ? Questionna le Marina, avant de croquer dans LA tartine.
- Tu as bon goût Kanon, je me sens mieux. A un moment, j'ai cru que c'était Aphrodite… T'aurais eu l'air malin, avec ton petit tablier de jardinier, un sécateur à la main… Ricana Saga, portant sa main devant sa bouche.
- Très drôle…
L'entraînement de la veille avait été un tel succès que tous les chevaliers s'étaient de nouveau donné rendez-vous dans la matinée, aux arènes. Comme à l'accoutumée seuls trois chevaliers manquaient à l'appel : Shura, Angelo et Dohko. Aphrodite était encore en train de plaisanter, sur l'absence des chevaliers du Cancer et du Capricorne lorsque ces derniers arrivèrent, sous les huées que leurs camarades. Aphrodite les apostropha brièvement.
- C'est toujours les mêmes que l'on attend !
Puis, il se tourna vers le Sagittaire.
- Aiolos ? Saurais-tu par hasard ou est passé Dohko ? Ne me dis pas qui de encore une de ces fichues réunions ? Depuis le départ d'Athéna, Sion nous l'accapare sans arrêt. C'est vraiment dommage, Dohko est un combattant hors pair.
Aphrodite avait les poings serrés sur les hanches et semblait contrarié. Pas seulement par l'absence de Dohko, mais aussi par l'attitude désinvolte des deux fugueurs réguliers. Ces retards systématiques l'intriguaient de plus en plus, tout comme leur absence de leurs temples,
lorsqu'il leur rendait visite.
- Et pourtant si ! Pourtant celle-ci n'était pas prévue. Dohko m'avait assuré de sa présence ce matin. Mais un garde est venu le chercher alors que nous descendions ensemble aux arènes.
Sion l'a convoqué. Il vous demande de l'excuser pour cette absence imprévue. Il m'a promis d'essayer de se rattraper… D'ailleurs, à ce propos, il souhaite pouvoir s'entraîner avec toi Kanon ! Réserve une danse dans ton carnet de bal ! Répondit Aiolos.
Aphrodite reprit son interrogatoire avec les deux rescapés.
- Et vous mes agneaux ? Quelle est votre excuse ? Vous n'avez plus trouvé la sortie de vos temples ? La petite liqueur de Hyoga vous a donné mal à la tête ?
Un petit rire secoua l'assistance des chevaliers d'or. Shura, plaisanta, en nouant ses
mains derrière son dos, prenant le ton aigu d'un enfant pris en faute par sa maîtresse.
- Désolé, c'est pas de ma faute. J'ai eu une panne d'oreiller !
Le Poisson le toisa avec un regard narquois.
- Ah oui ? J'aimerais bien savoir comment elle s'appelle, ta panne d'oreiller ! Et toi, en Angelo, c'est quoi ta bonne excuse ?
Angelo, en faisant semblant de bafouiller, agita ses mains, exagérant ses manières et ses intonations méditerranéennes.
- Ma bonne excuse ? Ben... J'étais prêt à l'heure ce matin, mais essaie de réveiller Shura, surtout quand il a une panne d'oreiller !
A cet instant, les regards de Shura, Kanon et Angelo se croisèrent. Ils partirent ensemble d'un grand fou rire, sous les regards surpris de leurs partenaires d'entraînement.
- Oh mon Dieu ! Ce n'est pas vrai ! Ils en ont contaminé un autre ! Saga, à ta place, je surveillerais de près mon frère. Ses mauvaises fréquentations ont une influence déplorable sur
lui. Termina le Suédois, en roulant des yeux consternés à l'ancien grand pope, hilare lui aussi.
Camus les regardait, un sourire en coin. Il était amusé de les voir si complices, tous les trois. De plus, le Français trouvait Kanon terriblement séduisant lorsqu'il riait. Dès qu'ils auraient un moment de libre, Kanon et Camus apprendraient aux deux chevaliers, que le Verseau, lui aussi, était au courant de leur liaison. Kanon semblait visiblement apprécier énormément la compagnie du Cancer et du Capricorne. Il en ignorait encore les véritables raisons. Comme la veille, les discussions allaient bon train pour déterminer qui seraient les premiers combattants. Cette joyeuse cacophonie fut interrompue par l'arrivée du chevalier de la balance, Dohko. Sa présence stoppa net les rires. Elle ne laissait présager rien de bon, car Dohko n'abrégeait que rarement ces entrevues, à part pour annoncer une mauvaise nouvelle. Après les salutations d'usage, il s'adressa directement aux chevaliers retardataires.
- Shura, Angelo, désolé d'interrompre votre entraînement. Sion vous attend immédiatement en salle d'audience. C'est urgent, Saori est revenue et souhaite s'entretenir avec le Pope et vous.
Shura et Angelo échangèrent regard chargé d'appréhension, s'ils avaient pus, ils se seraient blottis dans les bras l'un de l'autre. Athéna était de retour, avec la réponse qui changerait leurs vies à tout jamais.
- Le moment de vérité, mon ange. Transmis Shura au Cancer.
Sans un mot ils se dirigèrent côte à côte vers le palais du grand pope, la mine sévère, sous le regard indéchiffrable du Saint de la Balance.
Kanon regarda partir ses deux amis, le cœur serré, sentant confusément que leur liaison était en cause. Camus vint à ses côtés et passa amicalement son bras autour de sa taille. Le Dragon des Mers se laissa aller contre le corps du Verseau. Cette convocation inquiétait tout le monde, sauf Dohko, égal à lui-même, toujours maître de ses émotions. Le Verseau tenta de réconforter télépathiquement Kanon, essayant de se convaincre de ses propres paroles.
- Ils ne pouvaient pas garder ce secret indéfiniment. Ne t'inquiète pas pour eux, Sion a toujours été de leur côté. Cela va bien se passer.
- Je ne peux m'en empêcher. Ce sont désormais deux êtres qui comptent énormément pour moi, car sans eux, je n'aurais jamais trouvé le courage de venir te voir, de parler à
mon frère. J'espère qu'ils n'auront pas d'ennui. Je ne leur souhaite que du bonheur. Projeta le Dragon des Mers dans la conscience du Verseau.
Milo, un peu en retrait, suivi la scène avec intérêt. Que les deux cavaleurs finissent par se faire taper sur les doigts par leur supérieur hiérarchique était dans l'ordre des choses. Mais que Camus et Kanon se tiennent désormais côte à côte, cela l'intriguait beaucoup plus. Depuis quand Camus s'intéressait-il au Dragon des Mers ? Depuis quand Kanon était-il aussi ami avec le Verseau, au point que ce dernier le prennent dans ses bras ? Le Scorpion, n'avait jamais eu droit à cet égard et pour cause, le Français détestait ces démonstrations physiques. Pourquoi Kanon en avait-il eu la primeur ? Surtout en public ? Sa jalousie s'accentua lorsque les deux hommes échangèrent un regard, puis un sourire timide.
Saga ne pu s'empêcher d'interroger Dohko.
- Pourquoi cette convocation ? Ont-ils fait quelque chose de mal ? Il y a autre chose de plus grave ?
- Non, rassures-toi, rien de tout cela. Athéna souhaite parler à ces deux chevaliers en priorité. En effet, Saori doit retourner à la fondation Kido, de toute urgence. La remise en ordre du
sanctuaire l'a empêché de s'occuper correctement de la fondation. Beaucoup de travail l'attend là-bas. Saori ne restera que quelques heures. Seiya, Hyoga, Shiryu, Shun et Ikki sont restés au Japon, parant au plus pressé. Répliqua l'ex-vieux maître des cinq pics.
Le désormais jeune Chinois se tourna vers le jumeau de Saga.
- Quel dommage Kanon, tu n'auras pas l'occasion de leur parler, en tout cas cette fois-ci. Ils te
transmettent toute leur amitié et te souhaitent un agréable séjour parmi leurs frères d'armes.
Le Dragon des Mers eut un sourire triste. Puis Dohko s'éloigna et repartit vers le palais du pope, laissant dix chevaliers et un Marina à leurs interrogations.
Le chevalier de la Vierge pris la parole.
- Cette situation est de plus en plus bizarre. D'abord Athéna quitte le sanctuaire sans prévenir, ni donner les raisons de son départ. Et lorsqu'elle revient en fin, c'est pour repartir encore. J'espère vraiment qu'il n'y a rien de grave.
Shaka venait de résumer les interrogations de tous les chevaliers. Mais certains ayant connaissance d'éléments que d'autres ignoraient, s'inquiétaient d'autant plus. Ils essayèrent tous ensemble de se changer les idées, mais le cœur n'y était plus. Tous attendaient avec
appréhension le retour des deux chevaliers. Et ils mirent peu d'ardeur à s'entraîner.
Le fameux entretien semblait s'éterniser. Le regard de Kanon restait rivé au cadran de la grande tour. Déjà deux heures qu'ils étaient partis. Le seul moment de répit qu'il avait eu
c'était quand il s'était battu contre Milo. Que le Scorpion lui propose de se battre était déjà assez étonnant, mais la véritable raison de cette demande lui apparut soudain plus évidente, lorsque la douleur des premiers coups fut plus vive que prévue. Milo sentait que Camus lui échappait et se vengeait sur l'intrus qui se glissait entre eux. Leur échange se solda par un match nul, une arcade éclatée pour Milo et une lèvre fendue pour Kanon. Saga s'occupa de son frère, tandis qu'Aiolos pris soin de Milo, en le tançant vertement pour son attitude peu sportive, qu'il mit sur le compte de la nervosité ambiante. Le Verseau lui, ne fut pas dupe. Le sourire mauvais que lança Milo à Kanon confirma ses soupçons.
Soudain, Aldébaran se leva, reconnaissant deux silhouettes tant attendues, qui les rejoignirent en un éclair. Tous voulaient savoir ce qui se tramait et assaillaient de questions les deux arrivants. Shura les fit taire et s'adressa à Kanon.
- Nous devons d'abord parler à Kanon. Viens avec nous, tu dois être le premier au courant. Dit l'Espagnol d'un ton grave, entraînant le Dragon des Mers par le bras, suivi par l'Italien, tout aussi sérieux.
Kanon sentait ses jambes trembloter et sa gorge se nouer. C'était ce qu'il craignait. Cette réunion était en rapport avec leur liaison amoureuse et de ce qu'avait décidé Athéna
dépendait également son avenir avec Camus.
- Je ne savais pas ton frère si proche de ces deux lascars. Souffla Aphrodite à l'oreille de Saga.
- A vrai dire, moi non plus. Répliqua le Gémeaux, perplexe.
- Alors ? C'est grave ? C'est à propos de votre liaison… S'inquiéta le Dragon des Mers, une fois hors de portée de voix, après avoir tous trois verrouillé leurs auras.
Angelo eut un regard énigmatique, indéchiffrable, identique à celui de Shura. Ce dernier prit la parole.
- Il faut que je prépare mes affaires Kanon. Je déménage, je quitte mon temple, définitivement… Dit-il d'un ton neutre.
Le cœur de Kanon se serra dans sa poitrine, Athéna ne pouvait pas les chasser, par parce qu'ils s'aimaient, c'était absurde et terriblement injuste.
- … Pour emménager près de ton frère et toi. Conclut il, un franc sourire aux lèvres.
- Quoi ?
Les yeux du Dragon des Mers s'agrandirent de surprise. Ce fut au tour du Cancer de s'exprimer.
- Athéna nous donne son autorisation et bénit notre union, tu n'auras plus à porter notre secret, Kanon ! Dit-il en posant sa main sur l'épaule du Général, souriant de toutes ses dents.
- C'est… C'est fantastique ! S'écria Kanon, avant de sauter dans les bras du Cancer et de lui donner une franche accolade.
Puis ce fut au tour du Capricorne de subir les charmants assauts du Dragon des Mers, le tout dans les rires.
- Toutes mes félicitations ! Conclut ce dernier.
Il était vraiment sincère. Après toutes ces souffrances, tous méritaient un peu de bonheur. Quel meilleur départ que de voir deux êtres se rapprocher et être heureux. Ce couple était devenu son modèle, en quelque sorte et si eux atteignaient le bonheur, alors, peut être, le pouvait il aussi.
- Bon, en espérant que tu sois le suivant sur la liste ! Taquina Shura, lançant discrètement
son regard vers Camus.
- Ça pourrait être plus mal engagé. Ricana un Kanon rougissant, baissant ses yeux vers le sol.
- Tu en dis trop ou pas assez ! Des détails ! Dit le Cancer, levant un sourcil de curiosité.
- Ben, j'ai passé la nuit avec Camus… et nous n'avons pas fait que discuter, si vous voyez ce que je veux dire.
Les deux amants sifflèrent d'admiration, en ébouriffant la longue crinière bleue déjà bien en désordre. Les joues de Kanon devinrent cramoisies, il se sentait tellement penaud, mais réussi à détourner l'attention de sa personne.
- Bon, c'est pas tout ça, mais je crois que vous devriez leur annoncer. Où vous ne sortirez pas vivants de ces arènes ! Ils sont encore plus nerveux que moi ! Conclut Kanon, entraînant à sa suite les deux latins en pleine extase.
Plus loin, une dizaine de guerriers farouches en perdait leur latin, justement. Rassurés par les
effusions de joies des trois compères, ils attendaient encore leur explication, espérant qu'elle ne tarderait pas. Les théories les plus incongrues furent échafaudées. Aphrodite fut le seul à se rapprocher de la vérité, lorsqu'il évoqua l'éventualité de mariages dans l'air.
Mu : - Alors, qu'est ce que c'est que toutes ces cachotteries ? Allez-vous enfin nous dire ce
qu'il se passe ? Et pourquoi Kanon en a eu l'exclusivité ?
Shura : - Asseyez-vous. Ça vaut mieux ! Ce que nous avons à vous dire risque d'en secouer plus d'un.
Kanon vint s'asseoir auprès de son frère et échangea un clin d'œil avec Camus, qui avait compris ce qui se tramait. Les autres chevaliers s'exécutèrent sans argumenter, trop curieux pour attendre encore. Les deux latins se tinrent côte à côte et Shura pris la main d'Angelo dans la sienne. Leurs doigts s'emmêlèrent et ils échangèrent un sourire où se reflétait l'intense bonheur qu'ils vivaient.
Angelo : - Bon, tout le monde ici, en particulier le chevalier des Poissons, sait que nous avons chacun quelqu'un d'important dans notre vie.
Aphrodite piqua un fard sous les rires de ses compagnons et la claque dans le dos que lui asséna Shaka.
Shura : - Important, au point que nous avons décidé de vivre ensemble… Athéna vient de nous donner sa bénédiction !
Une sourde clameur lui répondit, mêlée de rire, de sifflements et d'applaudissements.
Aphrodite : - Je le savais ! Il y a du mariage dans l'air ! Alors, c'est pour quand les présentations ?
Les deux Latins, soudain intimidés, échangèrent un regard, rougissant légèrement. Angelo les fit taire d'un geste.
Angelo : - Inutile de faire des présentations, vous connaissez très bien, la personne que j'aime.
Shura : - Et vous connaissez également celle que j'aime plus que tout au monde…
A peine avait il finit sa phrase que Shura attira le Cancer à lui et lui donna le plus tendre baiser qu'il fut capable, maîtrisant au mieux ses émotions. L'Italien y répondit avec plaisir,
ignorant un instant l'ange qui passait dans l'assistance. Une lueur dorée les entoura furtivement. Cet ange fut vite chassé par un tonnerre d'applaudissements, de sifflets et un chahut indescriptible. Kanon se prit une claque retentissante sur la tête et son bourreau n'était autre que… son propre frère !
- Espèce de traître ! Tu savais et tu ne m'as rien dit ! Dit Saga, faussement outragé.
- Beuh ! Ils m'ont fait promettre de garder le secret. Et puis, je n'avais pas vraiment envie de me mettre le Cancer ET le Capricorne à dos. Ils ne sont pas vraiment commodes. Essaya de se justifier Kanon, en imitant à la perfection un enfant craintif ayant fait une grosse bêtise.
Camus fut le premier à se lever et venir féliciter les jeunes fiancés. Il fut rapidement imité
par les autres. Kanon, attendri, observait la scène de loin, toujours assis sur les gradins. Le Verseau vint le rejoindre et s'installa à sa gauche. Il avait un étrange regard et lui souriait. Tout doucement, Camus se pencha vers Kanon et ferma les yeux, en entrant en contact avec ses lèvres pulpeuses au goût inimitable. Ils se goûtèrent un long moment avant que quelqu'un ne les remarque.
- Nom de Zeus ! C'est que c'est contagieux ! S'exclama Mu en voyant Dragon des Mers et Verseau enlacés.
Aphrodite s'adressa à Mu.
- Hum, hum, on sait pourquoi il a été le premier à être mis au courant !
Le seul à ne pas rire fut Milo qui regagna son temple en rage. Par correction pour les amoureux annonçant leurs fiançailles, il n'avait rien tenté. Mais s'il avait été libre de ses mouvements, le Scorpion aurait écorché vif le traître qui se disait son ami : Kanon…
Mais quel idiot ! Cela faisait des mois, voire des années, qu'il laissait mariner Camus, sûr de lui et de son pouvoir sur le Verseau. Ce dernier ne se tournerait vers aucun autre chevalier du sanctuaire. Milo lui avait volé son cœur dès l'adolescence. Et ce cœur, il le veillait jalousement, comme un trophée. Quelques fois, Milo s'était dit qu'il pourrait en profiter, et passer aux choses sérieuses, les caresses, les baisers et le sexe… Mais d'une part, céder aux
avances de Camus lui ferait perdre l'avantage et d'autre part, il n'avait pas encore tout à fait oublié leur combat fratricide pendant la bataille d'Hadès. Une douce vengeance pour les
tourments qu'il avait enduré en voyant son ami passer au rang de l'ennemi… aux côtés de Saga, Shura, Aphrodite et Masque de Mort !
Kanon ! Quelques jours passés au sanctuaire, et déjà, il s'interposait entre eux. Ça ne se passerait pas comme ça. Le Marina était là temporairement et Camus était à LUI ! Une petite incartade, rien de plus. Le Verseau n'était pas de bois après tout, qu'il se défoule un peu avec le Grec, pourquoi pas. Le Scorpion n'était pas sage lui non plus, profitant de son charme auprès des servantes et des apprentis. Mais qu'ils se montrent en public ! Grraaaa… Milo pulvérisa une colonne d'un poing rageur. Le cœur de Camus lui appartenait !
Erreur tactique… A force d'attendre, Camus en avait eu assez. Kanon n'était pas vraiment responsable, mais tant pis, il allait payer. Et cette fois-ci, dès que l'occasion se présenterait, Milo montrerait à Camus qu'il était un amant hors normes. Kanon… Pourquoi pensait-il aussi souvent à lui depuis qu'il était arrivé ? Beaucoup plus qu'il ne devrait… Pourquoi est-ce que cela lui faisait si mal ? Milo s'appuya sur une colonne, haletant. Ils étaient rares, ceux qui
avaient survécu à son courroux. Deux, seulement deux, Hyoga et Kanon. Hyoga était très séduisant, avec ses grands yeux bleus et ses mèches blondes comme les blés, mais encore un peu jeune pour ces jeux là, quoi que... Tandis que Kanon… Il était… terriblement excitant. Son corps musclé, ses cheveux en bataille, sa peau douce. Ceux qui lui tenaient tête le rendaient fou de désir. Le Scorpion se caressa lentement le ventre et se maudit intérieurement. Son ami de toujours, Camus, qu'il aimait… enfin, qu'il croyait aimer… était-ce vraiment de l'amour ? Oui, ça en était ! Combien de nuit avait-il passé à faire l'amour à d'autres en s'imaginant avec lui ? Beaucoup trop ! Alors, pourquoi ne l'avoir jamais mis dans son lit, LUI ? Trop de respect, Milo avait trop de respect pour toucher à son idole. Pas comme ça… Il aimait se l'imaginait vierge et pur comme la neige de son pays d'entraînement. Il n'en était rien. Bon sang ! Le Scorpion et ses appétits ! Soif de sang, soif de meurtre, soif de pouvoir et de sexe… Camus, Hyoga, Kanon, il les désirait tous les trois. Il les voulait tous les trois. Cependant, il n'en n'avait que deux à disposition. L'un, qu'il se refusait à toucher, l'autre…
Milo sourit sauvagement, continuant sa lente caresse sur son bas ventre, puis plus bas encore. S'il ne pouvait pas séduire l'un, il séduirait l'autre…
Shura posa son sac sur le grand lit blanc en souriant. Il sentit des mains familières se poser de part et d'autre de son ventre. En même temps, le souffle chaud dans son cou se fit plus présent, à mesure que le visage d'Angelo se calait plus intimement au creux de sa gorge. L'Italien le berça un moment dans ses bras, savourant en cette douce intimité, qu'il savait quotidienne désormais. D'un point de vue purement stratégique, ils avaient décidé entre autres choses et d'un commun accord, Athéna, Sion, Shura et lui, qu'il serait plus judicieux de partager le temple du Cancer. En cas d'attaque totalement hypothétique en ces temps de paix
Shura aurait toujours le temps de rejoindre son temple pour le protéger.
- J'ai l'impression de rêver… Murmura le Cancer.
- Tout s'est passé si vite et pourtant tout s'est passé… si bien ! Je n'ai pas l'habitude d'être aussi comblé. Cela en est presque… effrayant !
Shura se libéra de l'étreinte et fit face à l'Italien. Il planta son regard de braise dans les yeux de l'homme qui partagerait désormais son quotidien, autant dans les batailles, que dans les instants les plus simples de la vie de tous les jours.
- J'avoue moi aussi avoir du mal à le croire, mais pourtant, tout cela est réel. Désormais, tu n'auras plus jamais ce lit pour toi tout seul. J'ai espère que cela ne te dérange pas ? Répondit Shura sur un ton ambigu.
Angelo passa ses mains dans le dos du Capricorne, elle le serra contre lui. L'Espagnol fit de même. Ils échangèrent de tendres et chastes baisers, en se berçant mutuellement. Enfin ils
n'avaient plus à se cacher.
- Bon, maintenant il va falloir que tu m'indiques où ranger toutes ces affaires ! Plaisanta
l'Espagnol en désignant le sac derrière lui.
- Je vais te faire de la place dans mon armoire, entre autres ! Répliqua le Cancer, avec un air
entendu.
Effectivement, le bel Italien se retourna, ouvrit son armoire et commença à ranger la penderie. Shura s'assura qu'Angelo ne le regardait pas et fouilla silencieusement dans son sac. Ils en sorti un petit écrin bleu, en velours et le cacha rapidement dans son dos, lorsque le Cancer
lui fit de nouveau face. Ce dernier fronça les sourcils et lança un regard interrogateur à l'Espagnol.
Shura fit un signe de tête en en désignant le lit.
- Assieds-toi une minute !
L'Italien s'exécuta, piqué par la curiosité. L'Espagnol prit soin de dissimuler la boîte dans son dos et attendit un instant avant de s'agenouiller devant à Angelo.
- Ferme les yeux et tends tes mains !
Là encore, la docilité du Cancer fut surprenante. Il s'exécuta sans poser des questions. Shura observa un moment le doux visage de l'être aimé. L'assassin étaient définitivement mort, seul subsistait un homme charmant et attentionné, qu'aurait pu être Angelo bien avant cela, si la vie et les circonstances lui en avaient laissé l'occasion.
Shura posa délicatement l'écrin sur la peau de bronze. Surpris par ce contact duveteux, Angelo ouvrit précipitamment les yeux. Il resta un instant interdit, avant de sourire franchement. C'était à son tour de recevoir un cadeau. Il ouvrit de ses doigts fébriles la petite boîte et y découvrit deux anneaux dorés, identiques l'un à l'autre… Des alliances…
- J'attendais le bon moment pour te l'offrir, je crois que c'est maintenant ou jamais !
Shura saisit un anneau, le passa à l'annulaire de la main gauche du Cancer, ne quittant pas du regard les deux saphirs qui l'observaient. Angelo prit délicatement l'alliance restante et imita l'Espagnol. Ils restèrent un long moment à s'observer, joignant leurs deux mains gauches, sans prononcer un seul mot, il n'en avait pas besoin pour se comprendre. Plus rien ne se mettrait entre eux, jamais…
Les jours suivants passèrent comme dans un rêve. Kanon partageait son temps entre son frère, ses nouveaux amis, Shura et Angelo et Camus. Le Dragon des Mers espérait que la présence des deux amants au cosmos unique ferait du bien au Français. Son intuition était juste. Le Verseau s'était montré réticent au départ, il ne souhaitait pas suivre les deux amants et tenta de convaincre Kanon de les laisser en paix, préférant rester en tête à tête avec le Grec. Il était plutôt sauvage et ne voulait pas déranger le couple. Mais devant l'insistance du Dragon des Mers et des deux latins, il avait cédé de bonne grâce. Si au départ, Camus restait silencieux ou avait l'air absent, son voisin de temple, aidé du Dragon des Mers, avait finit par le dérider. De plus, il se découvrait des goûts communs avec le Cancer, chose qu'il pensait impossible ! Le Français fut grandement surpris de la culture littéraire de l'Italien, qui déclamait Shakespeare comme personne.
- Qu'est ce que tu croyais Camus ? Satan aussi sait apprécier les belles choses ! Ironisa le Cancer devant le regard ahuri du Verseau. Ce dernier ne pu réprimer un fou rire devant les
mimiques grotesques de l'Italien, se parodiant lui-même, lors de sa grande époque Masque de Mort.
Une solide amitié s'établit entre les quatre hommes. Toutefois, Kanon semblait plus proche de Shura et Angelo se rapprocha naturellement de Camus. L'état mental de ce dernier
s'améliorait de manière significative. Saga, mis au courant par son frère, scrutait régulièrement l'aura du Français, à la manière d'une consultation quotidienne chez un spécialiste, ou plutôt, chez plusieurs spécialistes. En effet, un peu trop de monde était au courant de ses problèmes, à son goût : Kanon, grâce à lui, Saga, mis au courant par son frère, Angelo et Shura, car leur nouveau cosmos élargissait le champ de leur conscience. Il se sentait
parfois comme un animal de laboratoire devant quelques savants fous, observant ses réactions, mais la chaleur de leur amitié tempérait son malaise.
Camus songeait de moins en moins à Milo. Jusqu'au jour où…
Kanon avait donné rendez-vous à Camus sur la plage, en fin d'après midi. Ils aimaient se retrouver au calme et discuter des heures de choses et d'autres devant les vagues venant mourir à leurs pieds. Ils se quittaient tard dans la nuit et s'étaient même endormis quelques fois, dans les bras l'un de l'autre. Parfois, il faisait l'amour, mais Kanon tempérait ses ardeurs, ne voulant pas brusquer un Camus fragilisé. Faire l'amour avec le Verseau était merveilleux, mais le Français comptait plus que tout pour lui. Alors, il faisait taire son désir, qui pourtant, lui torturait les entrailles.
Kanon senti une présence dans son dos et se retourna vivement.
- Et bien ! J'ai failli att…
Il ne termina pas sa phrase. Milo se tenait devant lui, un sourire étrange plaqué aux lèvres. Le Scorpion cherchait Kanon depuis l'annonce de la liaison des deux latins, et pour le Général, il n'y avait qu'une explication possible. Le Dragon des Mers braconnait sur ses terres et malgré l'amitié qui les avait liés par le passé, le torchon brûlait entre les deux combattants. Camus était l'enjeu du combat.
- Désolé, je ne suis pas celui que tu attendais, mon gentil Kanon ! Ricana le Scorpion, dont
le regard devenait de plus en plus bizarre.
- Qu'est ce que tu veux, encore ? Répliqua le Dragon des Mers, contrarié.
- Que tu arrêtes de lui tourner autour comme tu le fais. Ce n'est pas un jouet pour toi. Il n'a pas besoin de toi, il m'a.
- Lui, ce, il. Je te signale qu'il a un nom : Camus. Ce n'est pas ta propriété que je sache !
Milo se rapprocha encore, la voix étrangement mielleuse.
- Justement si, Camus est ma propriété. Il est mon ami et bientôt, il sera mon amant, dès que
tu auras regagné le sanctuaire sous-marin. Mais en attendant, rien ne nous empêche de faire… plus ample connaissance.
Tout en parlant, Milo s'était emparé d'une mèche de Kanon, et la faisait jouer dans ses doigts avec un sourire séducteur. Le Scorpion lui faisait du rentre dedans ! Voilà bien une chose à laquelle Kanon ne s'attendait pas ! Déstabilisé par cette découverte, le Dragon des Mers n'anticipa en rien les actions de Milo. Ce dernier s'était jeté sur lui, et l'embrassait fougueusement, cherchant à pénétrer son intimité buccale. Il s'arrêta brusquement, lorsque Kanon le mordit. Un petit filet de sang s'écoula de sa lèvre ouverte.
- Hum, sauvage avec ça ! J'aime… Lui lança le Scorpion, ses yeux virant dangereusement vers le rouge…
- Milo, mais tu es complètement malade ! Qu'est ce qui te fait croire que j'ai envie… que
j'ai envie… de toi !
- Je ne vois pas pourquoi Camus serait le seul chevalier à profiter de tes charmes, mon mignon ! Nous n'avons pas toujours été très proche, c'est vrai, mais il n'est jamais trop tard pour bien faire… le Verseau et moi, on partage tant de chose, pourquoi pas toi ?
Le Scorpion tenta de caresser la joue de Kanon, qui détourna le visage sèchement.
- Arrêtes ça tout de suite !
- J'arrêterais quand je le voudrais, Kanon ! Je suis le seul qui compte pour Camus, tu n'es, pour lui, qu'un charmant passe temps…
Milo détailla Kanon des pieds à la tête.
- … Un joli jouet, qu'il me prêtera de bon cœur, j'en suis certain. Ne fais pas l'enfant, un moment de plaisir ne t'a jamais rebuté par le passé. Alors, arrête de jouer les vierges
effarouchées, et viens ici, que je te montre combien je te désire…
Une voix s'éleva dans le dos du Scorpion.
- Excuse-moi de t'interrompre dans ta mythomanie, mais, je pense avoir mon mot à dire
là-dessus ? Tu ne crois pas Milo ?
Le maître du huitième temple blêmit en reconnaissant la voix du Verseau. Ce dernier observait la scène de loin, et n'avait rien perdu de la conversation. Réflexes d'espion…
Kanon tenta de s'interposer.
- Camus….
Le Français lui coupa net la parole.
- Kanon, reste en dehors de tout ça, tu veux, c'est MON problème.
Puis il se retourna vers le Scorpion.
- Alors, comme ça, on va devenir amants ? Continua le Français, en toisant Milo et croisant
les bras.
Le ton était neutre et Camus ne lui fit même pas l'honneur de le mépriser du regard. Il le regardait comme on regarde un étranger.
- Juste au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, j'en ai déjà un, c'est Kanon.
Le Scorpion eut un tressaillement nerveux.
- Tu t'amuses avec qui tu veux, mon chéri, mais c'est à moi que tu appartiens ! Tu m'aimes, tu le sais !
Milo fanfaronnait, mais se sentait terriblement en position de faiblesse. Que Camus se donne à Kanon le rendait malade. Et que Kanon se refuse à lui, encore plus…
- Je t'ai aimé et je t'aime encore, c'est vrai, mais comme un ami. Et je suis peiné de voir ton attitude te faire prendre un aussi mauvais chemin. Domine un peu tes hormones ! Tu prétends être présent pour moi et être mon ami ?
Milo abandonna son attitude grossière.
- Je ne le prétends pas, j'espère l'être… encore…
- Tu le seras de nouveau, lorsque tu admettras que j'ai quelqu'un d'autre dans ma vie. Et que tu laisseras Kanon en paix. Sois heureux pour moi, pour nous, c'est tout…
Etrange pouvoir qu'avait le Verseau sur lui. Il ne pouvait rien lui refuser. Camus n'abusait pas de ce privilège. Mais là, les choses étaient différentes. Pourquoi mettre tant d'acharnement à s'interposer au bien-être de Camus ? Après tout, le Verseau aussi méritait sa part de bonheur. En repensant à toutes ces années passées côte à côte, Milo avait eu cent fois, mille fois l'occasion de faire sien le Verseau. Il n'était jamais passé à l'acte, savourant le pouvoir qu'il avait sur Camus, étrange amour que cela ! Le Scorpion se sentit coupable, toutes ces années passées à jouer ce jeu cruel, Milo devait se les faire pardonner.
- C'est sérieux alors, vous deux ? Questionna le Scorpion.
- …
Les deux amants échangèrent un regard. Milo l'interpréta comme un oui et secoua la tête.
- J'espère que vous me pardonnerez un jour ma bêtise…
Et sans demander son reste, le Scorpion s'éloigna rapidement, la tête basse.
Lorsque Milo eut disparu à l'horizon, Kanon essaya de prendre Camus dans ses bras. Ce dernier s'esquiva et lui tourna le dos.
- Laisse-moi seul, va t-en…
Kanon ravala ses larmes. Il n'était pas intervenu, pour respecter le souhait du Français. Il regrettait amèrement sa passivité. Meurtri, il s'éloigna à son tour, sans un mot. Camus resta un moment sur la plage, à fixer l'horizon et lorsque le dernier rayon de soleil s'éteignit, il regagna son temple.
Milo rejoignit rapidement son temple, puis sa chambre, étrangement serein. Cette altercation avec le Dragon des Mers et le Verseau lui avait ouvert les yeux. Il éprouvait une grande amitié pour les deux, et se sentait exclu, abandonné, du fait de leur nouvelle relation. Il était également jaloux de Shura et d'Angelo. Ces deux là s'aimaient pour de bon, et rayonnaient de félicité. Non content de lui cracher leur bonheur au visage, ils lui volaient également ses amis. D'amour, il en était question, mais ce n'était pas celui que l'on porte à une seule et unique personne, à celle qui hante vos nuits et illumine vos jours. Kanon avait raison, Milo était
vraiment malade ! Malade de jalousie. A cette idée, le Scorpion sourit, se moquant de lui-même. Il porta les mains à son visage, et les fit glisser vers ses cheveux, qu'il renvoya en arrière, dans un geste de contrariété. Un homme possessif, tant en amour qu'en amitié, voilà ce qu'il était. Idiot ! Son attitude imbécile venait de le séparer encore plus de ses amis. Mais d'un autre côté, au moins, son esprit était plus clair. A part sur un point, ou plutôt un homme, car décemment, on ne pouvait plus le traiter comme un enfant : Hyoga. Milo se sentait mal
depuis le départ des chevaliers divins et d'Athéna. Ce qu'il avait pris pour de l'amour pour Camus, n'était en fait qu'un désir inopportun, et mal géré, où était venu se greffer un orgueil démesuré, né des tendres sentiments du Verseau envers lui. Qu'il était grisant de détenir le cœur du puissant Saint de Glace entre ses mains, quel pouvoir enivrant ! Et quelle gloire ! Posséder une chose aussi rare, qui était même sensée ne pas exister ! Pour Kanon, les choses étaient nettement plus claires. Désir physique, brutal, point. Mais Hyoga ? Qu'éprouvait réellement Milo pour Hyoga ? Dès le retour de ce dernier, il s'empresserait de trouver la réponse, auprès du jeune Russe, au regard si doux, et pourtant si déterminé. Athéna, qu'il revienne vite ! En attendant, beaucoup de travail l'attendait. Il devrait payer pour son attitude innommable envers Camus, et celle particulièrement obscène envers Kanon. Envers ses amis… ses frères… Cette nuit-là et celles qui suivirent, le Verseau ne dormit pas beaucoup. Il s'isola dans son temple pendant plusieurs jours, refusant la visite de quiconque, même du Cancer. Camus avait besoin de calme pour faire le point. Cette discussion sonnait le glas d'une hypothétique relation amoureuse avec le Scorpion. Ce n'était pas tant le fait de ne jamais avoir Milo auprès de lui qui l'attristait, mais surtout l'attitude mesquine de celui-ci.
- Camus est ma propriété…
- Alors, je ne suis qu'une chose, qu'un objet, pour toi. Un bibelot, un jouet, qu'on prend et qu'on jette au gré de ses humeurs. Pensa t il, amer…
Cette dispute fit remonter à la surface tout un tas de souvenirs, plus ou moins récents. Souvenirs qui mirent en compétition le Scorpion et le Grec. Kanon en sorti vainqueur. En l'espace de quelques jours, le Marina l'avait tellement entouré, qu'il ne s'imaginait plus vivre sans cette présence tendre et fidèle à ses cotés. Il aimait encore Milo, mais son comportement des jours derniers était si puéril et mesquin. Le jeune Grec se comportait comme un enfant gâté à qui l'on avait pris son jouet préféré. Le Français ne voulait être le jouet préféré de personne, il voulait qu'on l'aime, lui ce qu'il était et pas seulement qu'on apprécie sa plastique, ou ce qu'il représentait. L'acharnement de Milo désormais jugulé à vouloir le posséder était irrationnel. Leur amitié, sans faille jusqu'à présent, s'était détériorée, car ce dernier se comportait de manière ambiguë depuis que… juste après sa mort, lors de la bataille du sanctuaire, juste après son combat contre Hyoga… Camus se redressa sur son lit sous l'effet de la surprise. Milo se trompait de Saint des Glaces ! Il cherchait à posséder le maître, alors que c'était le disciple qu'il voulait réellement ! Le Scorpion s'interdisait de penser à Hyoga, pour une raison qu'il ignorait encore et avait fait un transfert sur lui, Camus, la personne qui lui ressemblait le plus dans son entourage, son maître, son père spirituel… Le Français se moqua de lui-même. Il lui avait fallut tout ce temps pour comprendre ce cher Milo ! Et le plaindre… Le Français regarda par la fenêtre de sa chambre et ses pensées s'envolèrent vers… Kanon… Milo ne serait désormais plus que son ami…
Kanon, gémissant, se cambrait violemment sous les caresses de Camus. Ce dernier l'avait entraîné directement dans sa chambre après leur petite soirée en ville avec son frère et les amants du quatrième temple. Le Dragon des Mers se sentait coupable depuis la dispute entre Milo et Camus. Coupable d'avoir éloigné le Scorpion du Verseau à jamais. Le Français devait en souffrir énormément. Coupable de ne pas avoir su repousser le séduisant Milo. Kanon souffrait, car la situation lui rappelait cruellement que Camus ne lui appartenait pas, ni son corps, ni son cœur, ni son âme. Le Dragon des Mers était le seul à blâmer, s'étant mis tout seul dans cette situation. Dieu, qu'aimer était douloureux. Comme pour le punir, Camus l'avait fuit pendant plusieurs jours. Jusqu'à aujourd'hui, où le Français avait organisé cette soirée. Une première. Et une formidable réussite. Le Verseau était transfiguré, comme si les évènements récents n'avaient jamais eu lieu…
Kanon gronda de plaisir lorsque Camus vint en lui. Son Prince des Neiges était particulièrement torride ce soir, encore plus que lors de leur première nuit. Il avait l'impression que son âme elle-même allait lui échapper, qu'il allait mourir de plaisir d'un instant à l'autre, sous les coups de reins puissants du Verseau. Ce dernier semblait lui aussi en proie à des sensations intenses, sa gorge laissant échapper de longues plaintes rauques. Un sourd bourdonnement envahi ses oreilles, comme le bruit des vagues au loin. Kanon ouvrit les yeux, la chambre était totalement illuminée, comme en plein jour. Camus le regardait, aussi étonné que lui, mais il n'arrêta pas ses mouvements, cela lui était désormais impossible. Le plaisir les faucha au même instant. La chambre sembla s'embraser et les vagues calmes qu'il semblait entendre tout à l'heure se muèrent en puissantes déferlantes. A cet instant, Kanon eut une vision confuse, comme une série d'images passant devant ses yeux à une vitesse incroyable. La sensation était terriblement grisante… La neige frôlant sa peau, le vent dans ses cheveux, la glace mordant sa chair… Des combats… Des bruits sourds… Des mots… Hyoga ensanglanté… Milo… son propre visage… Toutes ces images furent accompagnées de sensations diverses, physiques et émotionnelles, comme si Kanon s'était trouvé à tous ces endroits l'instant d'avant, comme s'il vivait chacun de ces moments, le tout à une vitesse vertigineuse. Camus… il revivait la vie de Camus… La tête lui tourna pendant quelques secondes. Le Verseau vivait la même chose, il le savait, comment, il l'ignorait encore. Ce dernier parti d'un grand éclat de rire et répondit à la muette interrogation de son amant…
- L'harmonie, l'équilibre, l'accord parfait des cosmos, rayonnant d'une seule énergie, pleine et unique…
Le rire de Camus résonna dans la pièce quelques instants, avant que Kanon ne prenne la parole à son tour.
- Nous l'avons fait, nous aussi… Nous ne faisons plus qu'un dans les étoiles… Constata
le Dragon des Mers, soudain en proie à une sérénité intense.
Shura et Angelo savaient ce qui allait se passer. Ils le savaient depuis le départ… Les deux amants sentirent furtivement la présence du Capricorne et du Cancer à leur coté, alertés par ce
nouveau rayonnement, similaire au leur. Leurs auras communièrent un instant, avant de repartir, laissant le Dragon des Mers et le Verseau à leur nouvelle intimité.
- Dois-je te le dire Kanon ? Puisque désormais tu es moi et je suis toi…
Camus pencha la tête sur le coté, d'une manière totalement irrésistible aux yeux du Dragon des Mers.
- Je le sais déjà, mais j'aimerais l'entendre de ta propre bouche…
Kanon passa lentement sa main dans les cheveux de son amour, puis sur son visage, que Camus plaça au creux de sa main, en arborant un délicieux sourire.
- Kanon, je t'aime… Murmura le Verseau, avant de l'embrasser.
FIN
