"LES CACHOTS ou COMMENT PROVOQUER UN INCENDIE SANS MAGIE"

ϟ PDV de James ϟ

L'orage éclate si violemment que je me redresse d'un coup dans mon lit, le front perlé de sueur. La peau brûlante, j'ai du mal à reprendre ma respiration. Bon sang, je déteste ce temps pourri. Il ne doit même pas être quatre heures du matin et je sais qu'une fois réveillé, il m'est impossible de me rendormir avant un bon moment. Satanés orages !

Je cherche à tâtons ma baguette, cachée sous mon oreiller. J'entends clairement mes acolytes dormir paisiblement dans leur coin, le dortoir est étrangement silencieux pour une fois. Sam, Magnus et Rick ont la sale habitude de ne jamais être tirés de leur songe ; ce pourrait être l'apocalypse qu'on les retrouverait toujours dans leur lit, inconscients du danger. Mais je les aime, ces gars. Ils sont mes meilleurs amis et je ne les échangerai pour rien au monde.

— « Lumos », je murmure.

Une faible lueur vient m'éclairer, m'aveuglant à moitié. J'entends Sam remuer dans ses draps. Je n'ai aucune idée de ce que je vais bien pouvoir faire en attendant que le réveil sonne. Je pense à Franny, la seule amie de notre petit groupe, qui doit surement être en train de se faire du mouron toute seule dans le dortoir des filles. Je souris et je me lève avant d'enfiler un tee-shirt. Prudemment, je referme la porte, tentant de faire le moins de bruit, puis je descends jusque dans la salle commune.

Une chaleur émane de l'âtre et me réchauffe aussitôt, faisant danser des formes sombres sur les tapisseries accrochées aux murs. J'ai tout juste lorsque je pense que quelqu'un s'y trouve déjà. Franny, les pieds sur la table et confortablement installée sur un fauteuil moisi, est plongée dans un roman moldu à l'eau de rose.

— « Toi aussi tu as faillis te faire pipi dessus ? » me demande-t-elle, nullement surprise de me voir m'installer sur le canapé d'en face.

Elle dépose son livre sur ses genoux. Sa chevelure blonde forme un horrible spectacle et je me rends compte que je n'ai jamais vu de brosse dans ses affaires. Sincèrement, sa tignasse est mille fois pire que la mienne, et imaginez le carnage quand je vous assure que mes cheveux sont indomptables.

— « Absolument », je marmonne la voix rauque.

Nous ne disons rien tous les deux, mais nous sursautons en même temps lorsqu'un orange fend le ciel, projetant un éclair de lumière sur les carreaux de la fenêtre. J'ai peur des orages. Et personne à part Franny ne le sait. En y pensant, c'est à cause d'eux que j'ai rencontré celle qui deviendra ma plus proche confidente. En deuxième année, une tempête avait déchiré les cieux au-dessus de Poudlard. Ne voulant pas réveiller les garçons du dortoir, je m'étais réfugié dans la salle-commune et j'y avais rencontré Franny, insomniaque de nature depuis ses huit ans. Elle a un an de moins que moi mais elle possède la mentalité d'une femme de quarante ans. Et elle m'avait lu une histoire pour que je pense à autre chose.

Malgré sa gentille et son attention, je l'avais quand même menacée des pires horreurs si elle osait répandre à travers l'école que James Potter, Gryffondor dans l'âme et dans le sang, avait peur des orages. Je sais que j'ai agis comme un digne salopard, mais ma réputation en aurait pâtie. Et Franny n'a jamais brisé le secret. Mieux, elle m'avait accepté, moi, le petit garçon insupportable que j'étais. Cette fille n'est pas la plus belle, ni la plus intelligente, ni la plus drôle, mais elle a le mérite d'être authentique et sincère. En fait, je l'appelle maman parce qu'elle est une deuxième mère pour moi.

— « Tu as fait ton devoir de potion ? » lance-t-elle.

Qu'est-ce que je disais ? Une digne mère poule. Je plains ses futurs gosses.

— « Non. J'en ai ma claque de cette saloperie de matière », je me plains.

— « T'es qu'un abruti, Potter. Tu es doué en potion, tu pourrais faire un effort. Ne serait-ce que pour le professeur Slughorn. C'est un chic type ».

Je soupire.

— « Cet homme ne s'intéresse qu'à mon nom », je réplique, acerbe. « Sept ans que je le supporte, mon père n'en revient toujours pas qu'il ne soit pas encore à la retraite ».

C'est vrai, quel âge a-t-il ? Ce bonhomme doit certainement approcher des cent-dix ans. Par Merlin, aurai-je la chance de vivre aussi vieux ? Je voudrais rester jeune toute ma vie !

Franny se désintéresse complètement de moi, se replongeant à cœur perdu dans son roman. Comment peut-elle lire des trucs pareils ? Je déteste lire et ce n'est pas une histoire emplie de mièvrerie et de faux-sentiments qui me donnera l'envie de corriger cela chez moi. Chaque année, tante Hermione m'offre un volume de l'Histoire de la Magie, et autant dire que je n'ai pas touché à un seul des volumes. Fort heureusement, Sam, féru d'histoire (comment fait-il ?) me fait des résumés complets qui me préparent à l'interrogatoire de ma tante. Quel adorable élève. Je comprends pourquoi ma mère l'apprécie. M'enfin ! Chacun son truc.

Mes yeux se ferment peu à peu et je dandine de la tête. Quelques secondes plus tard, un cri s'échappe du dortoir des garçons, aussitôt je rouvre les paupières, me rendant compte que le ciel est clair dehors. Combien de temps ai-je dormi ? Pas assez. Je veux juste remonter me coucher dans mon lit, mais les cris retentissent plus fortement cette fois-là, réveillant tous les Gryffondor encore endormis.

— « Ils le font exprès, ma parole. Je vais les tuer ».

Franny n'est plus là et je sens la couverture qu'elle a gentiment posée sur moi glisser sur le tapis alors que je me relève. D'un pas nonchalant, je remonte jusqu'à ma chambre et je me fige à la porte. Les trois énergumènes qui me servent de meilleurs amis sont en pleine partie de bataille de polochon, et notre dortoir est devenu un véritable capharnaüm. Merlin, donne-moi la patience de les supporter !

Magnus m'aperçoit et un sourire carnassier se dessine sur son visage.

— « Jamesie d'amour ! » s'exclame-t-il en me sautant dans les bras.

Je roule des yeux mais ne peux m'empêcher d'être amusé par la situation. Ils sont fatigants mais ils déteignent sur moi. Et j'ai cruellement envie de me venger du fait qu'ils m'aient sortis de mon repos. M'emparant d'un oreiller je l'assène sur la tête de Rick. Les cris redoublent et je n'en n'ai que faire. Si nous sommes condamnés à réveiller toute la tour des Gryffondor, les autres ne s'en plaindront que peu. Après tout, ils ont l'habitude.

ϟ PDV de Mery ϟ

— « Morgane toute puissante, regarde-les ces quatre abrutis. D'après ce qu'a dit Méléandre Hopeless en sortilèges, ils auraient fait un boucan monstre à six heures du matin. McGonagall était furieuse, elle leur a enlevé cinquante points chacun ».

J'écoute d'une oreille discrète Alfred et ses commérages. La préparation de la potion complexe que je souhaite vérifier dans mon esprit semble floue et je me rends compte que j'ai oublié d'apprendre une partie des composants. Je me maudis intérieurement, j'aurais dû être plus attentive à la fin de la leçon.

— « Mery, tu m'écoutes ? ».

Je me tourne vers Alfred qui m'adresse un regard outré. La grande salle est bruyante à souhait, je n'ai qu'une envie c'est de finir le repas. Mais je vois que l'assiette de mon ami est encore pleine.

— « Hum ? Tu disais ? » je questionne avec un sourire navré.

Il soupire.

— « Tu es encore dans ton monde. Il va vraiment falloir que tu cesses de penser aux potions ne serait-ce qu'une minute. D'ailleurs, je ne comprends pas comment tu peux être aussi enjouée à l'idée de passer quelques heures dans ces stupides cachots » me dit-il avec sérieux.

Je hausse les épaules.

— « Potion rime avec passion » je tente de le convaincre.

— « Pour moi, potion rime avec humiliation » réplique-t-il agacé.

Cette fois, c'est moi qui soupire. Je n'attends pas de lui qu'il me comprenne. Je ne comprends pas moi-même mon amour pour cette matière. À ce que je sache, personne dans ma famille n'a été un élève brillant dans cette noble discipline. Le professeur Slughorn ne m'a pas cru lorsque je lui ai annoncé que j'étais la sœur des trois Pyrdell. Les mêmes qui, a une année d'intervalle chacun, avaient provoqué un incendie dans sa salle de cours. Pitoyable je dois bien l'avouer, sauf qu'on ne choisis pas ses frères.

— « Tu aimerais que je t'aide avec un filtre en particulier ? » j'interroge Alfred.

Mon regard suppliant et plein d'espoir n'a pas l'air de lui plaire.

— « Tu passes déjà trop de temps à donner des cours particuliers à la moitié de Poudlard » me remémore-t-il. « Tu ne vas pas en plus devoir me supporter ».

— « Tu es mon ami, je peux faire une exception pour toi ».

— « Par pitié, Mery ! On dirait une Poufsouffle ! »

Je frisonne. Pas que je n'aime guère les Poufsouffle, bien au contraire, il y a dans mon sang plus de Poufsouffle que de Serpentard. Cette dernière maison me convient tellement mieux que celle des blaireaux. Je n'aurais pas pu aspirer à un avenir brillant sauf chez les verts et argents, car mon ambition est sans limite de toute façon.

— « Désormais, je prends enfin conscience du pourquoi le choixpeau a hésité pendant cinq minutes à t'envoyer à Serdaigle » rajoute-t-il en mangeant son pudding.

Ne t'étouffe surtout pas, crétin. Ce n'est pas ma faute si je suis une Chapeauflou... Oh et puis tant pis, je n'en ai que faire ! J'ai juste envie de prendre mes affaires et de me rendre à mon cours de potion. J'attends ça depuis trois jours !

— « Qu'est-ce que tu disais à propos de la table des Gryffondor ? » je m'enquis.

Autant donner l'impression que je m'intéresse à ses propos sans intérêts. Et j'ai trop d'honneur pour lui donner raison, parce que oui ma vie tourne autour des potions. Et alors ? Il y a des gens qui préfèrent la botanique ou le quidditch (malheur !), ce n'est pas un drame en soi.

— « Je disais que Potter a encore frappé avec ses trois idiots de meilleurs amis. Non mais qu'est-ce que les filles leur trouvent à ces Gryffondor de pacotille ? » s'énerve-t-il.

— « Arrête d'en parler, on pourrait presque croire que tu es jaloux » se moque Juliana, sa petite-amie.

Il bougonne dans la barbe qu'il n'a pas, se concentrant sur son assiette. Je l'ai blessé apparemment. Il s'en remettra. Parfois, j'ai tendance à penser qu'Alfred n'est pas un gars, il agit presque comme une fille. En tout cas, il a de la chance d'avoir une petite-amie, car le supporter 24h/24h serait un exploit pour moi, et pourtant nous nous côtoyons depuis que nous sommes en âge de marcher. Son père est archéomage comme le mien, et cela créer des liens. Malheureusement pour Alfred, il a fallu qu'il soit réparti dans la même maison que moi (ou heureusement, je n'arrive pas à me décider).

Je lance une furtive œillade à la table des Gryffondor. Ils ont cours de potion avec nous après. Potter est entouré de Samuel Higgins, Rick Dean et Magnus Biddles. En somme, les cinq élèves les plus populaires si on compte Franny Champiflore, nièce attitrée du ministre de la magie français. Ô Misère, tant de perfection en un groupe aussi mythique. J'en suis presque triste pour eux. C'est vrai, non ? À force d'être adulés cela doit en devenir laçant ? (Bon, n'allons pas dire que cela les dérange plus que ça, ils ont l'air de s'en accommoder comme des charmes).

Je me lève du banc et époussette ma robe de sorcière. Ma bonne humeur revient. Oui, c'est parti pour le cours de potion !

Alfred me lance un regard nullement étonné. Qu'attend-il pour me suivre ? Mais il n'a pas l'air enclin à se lever du banc, il a même l'intention de reprendre une discussion avec Juliana. J'ai compris, il ne m'accompagnera donc pas en cours de potion.

— « Je vois qu'on n'a pas la même prétention pour les cours ou pour la réussite de ses ASPIC » je lance innocemment à ces derniers.

Je ne vise qu'Alfred étant donné que Juliana n'est qu'en cinquième année. Mon ami m'adresse une moue mi amusée, mi en colère. Il sait que je plaisante... du moins je donne l'air de ne pas lui en vouloir, mais par Merlin, pourquoi faut-il toujours qu'il préfère passer du temps avec sa petite-amie, n'y a-t-il pas mieux à faire ? Comme réussir ses études par exemple.

— « Je te rejoins après, miss Potion ».

— « Comme tu voudras, monsieur joli-cœur ».

Aussitôt, je prends mes affaires et traverse les grandes portes. Je marche tranquillement jusqu'aux cachots, passant à travers les rayons du soleil qui baignent la moitié des couloirs. Un drôle de contraste par rapport au temps affreusement pourri que nous avons eu hier soir. Les orages dans le ciel auraient eu raison de moi si je n'avais pas créé une barrière insonorisante autour de mon lit ; ce n'est pas le dérèglement climatique qui m'empêchera d'avoir mes huit heures de sommeil journaliers. On m'a toujours dit que j'agis comme une grand-mère et c'est vrai... et perturbant quand j'y pense. J'ai des heures fixes et je n'aime pas que l'on dérange mes petites habitudes. Rien que de dire cela j'ai un peu honte, mais que voulez-vous, c'est mieux que de ressembler à un cadavre ambulant tous les matins. À l'approche des examens de fin d'année, il faut absolument que je sois au top de ma forme.

C'est sur cette pensée que j'arrive devant la salle de cours. Bien entendu, il n'y a que moi. Je me permets alors de rentrer, en toquant avant, mais n'ayant aucune réponse, je pénètre dans le cachot. La désagréable odeur des ingrédients et des diverses plantes vient brûler mes narines. Peu à peu, je m'habitue à la senteur de la pièce et je pose mes affaires sur ma table habituelle. Je m'assoie sur mon tabouret dans un petit soupir de contentement.

— « Miss Pyrdell » fait une voix que je reconnais tout de suite comme appartenant au professeur Horace Slughorn.

Je sursaute et pivote vers lui, prête à recevoir ses foudres : d'ordinaire, les élèves n'ont pas le droit de rentrer dans une salle « dangereuse » sans la présence d'un adulte. Toutefois, le regard sévère que je pense découvrir sur sa figure rougeaude n'est pas au rendez-vous, au contraire, il semble ravi de me voir.

— « Professeur » je le salue, quelque peu surprise.

Il a beau être un vieux monsieur au gros ventre et à la moustache épaisse, il peut se révéler très en forme, surtout lors des petites réunions de son club (j'évite de m'y rendre le plus souvent possible d'ailleurs). Malgré son attitude encline à favoriser ses élèves préférés, j'admire réellement son talent et sa renommée pour les potions.

— « Je voulais absolument vous voir pour vous parler en tête-à-tête. De plus, votre présence à l'avance m'indique que j'ai peut-être fait le bon choix » avance-t-il avec malice.

De quoi parle-t-il ? Je suis la première élève à me rendre à l'un de ses cours.

— « Je ne comprends pas, professeur ».

— « Naturellement, miss Pyrdell, je ne vous ai pas encore expliqué la situation. Vous êtes au courant que c'est la dernière année que j'enseigne avant de partir à la retraite ? ».

Il était temps ! Je me retiens néanmoins de lui dire le fond de ma pensée, et mes yeux se teintent d'un voile triste.

— « C'est regrettable pour les plus jeunes élèves » j'admets d'un ton condescendant. « Je suis contente de vous avoir eu comme enseignant, et aussi de ne pas à subir une année sans vos cours ».

On pourrait croire que je mens, sauf que je suis sincère en disant cela ; après tout, je n'ai connu qu'un seul professeur de potion durant ma scolarité. Et il allait quitter Poudlard en même temps que moi. Finalement, la vie est bien faite.

— « J'ai donc décidé de choisir un de mes élèves pour concourir dans les postes de la recherche en potion ! » s'exclame-t-il fou de joie. « Et c'est votre nom qui m'est tout-de-suite venu à l'esprit ».

Ma bouche s'est ouverte sous la surprise.

— « Vous voulez dire que vous souhaitez que je participe au concours organisé par le ministère et la Magenmagot ? ».

Je n'en reviens pas de ce choix. Je ne pense pas avoir autant d'estime de sa part pour qu'il me propose au plus célèbre recrutement de sorciers qui se destinent à être potionnistes.

— « N'est-ce pas ce que vous avez toujours rêvé de faire depuis votre entrée à Poudlard ? » questionne-t-il avec douceur.

Je hoche la tête pour lui donner raison. Une telle opportunité ne se refuse pas, et si j'ai la chance d'avoir le soutien de Slughorn (entre nous, le monde des potions est très fermé et le pistonnage est l'une des seules façons de s'y faire une place) je réussirai surement à atteindre mon but. Je deviendrai aussi célèbre que Sacharissa Tugwood, Arsenius Beaulitron, Glover Hipworth ou bien Laverne de Montmorency. J'ai des étoiles dans les yeux.

— « Alors, vous êtes partante ? ».

— « Bien entendu, professeur ! Je vous suis infiniment reconnaissante pour votre aide ! ».

Nous parlons du concours avec enthousiasme et il me met en garde contre les sujets et les préparations les plus ardues qui risqueraient de tomber durant l'épreuve.

— « Quand a lieu le concours ? » je demande avec appréhension.

— « Durant les vacances prochaines » m'apprend-t-il.

Mes yeux s'ouvrent de stupeur. Les vacances prochaines? Mais elles arrivent dans une semaine ! Je n'aurai jamais le temps de me préparer ! Slughorn perçoit mon affolement, puisqu'il s'empresse de me rassurer.

— « Ne vous inquiétez pas, Mery, vous vous en sortirez très bien. Faites comme vous l'avez toujours fait, continuez à donner des cours si cela peut vous aider. Je suis persuadé que vous réussirez l'épreuve avec brio ! » s'égosille-t-il en faisant frémir sa moustache grise.

Je tente de sourire pour le convaincre que je refoule ma peur, et il n'a pas l'air de remarquer le subterfuge. Les élèves de ma maison et de Gryffondor commencent à rentrer dans la pièce. Il me sourit une dernière fois, puis s'en va accueillir les autres ; sa présence alors éloignée, je m'écroule sur ma chaise, le cœur battant.

Une main se pose sur mon épaule et je relève la tête, croisant le regard d'Alfred, qui prend place à mes côtés, manquant de peu de renverser son chaudron par terre.

— « Qu'est-ce que j'ai raté ? » m'interroge-t-il en rassemblant ses livres et ses manuels.

Il a une trace de rouge à lèvre sur la joue gauche et je me garde bien de le lui faire remarquer.

— « Je participe au concours de potionnistes » j'annonce avec un soupçon d'excitation dans la voix.

Il s'arrête quelques instants, puis me regarde avec émerveillement.

— « C'est vrai ? C'est génial, Mery ! Toi qui attends ce moment depuis que nous sommes gnomes ».

Mon bonheur est tel que je ne tiens pas compte de sa dernière phrase, (je l'étriperai plus tard). Alfred me félicite plusieurs fois encore, et il ne se tait que lorsque Slughorn commence à faire le cours. Pour la première fois de ma vie je n'écoute pas vraiment les instructions de notre professeur, je suis à la fois très impatiente mais je crains d'échouer. Toutefois, si le cours n'a pas d'importance pour moi à cet instant, mes mains se mettent en marche toutes seules et je réalise une potion presque parfaite, comme le dit notre directeur de maison en passant près de mon chaudron. Les élixirs de paix sont d'une facilité déconcertante pour moi.

Être potionniste est le métier que je rêve de faire, alors pourquoi suis-je en train de douter de cette carrière ? Serai-je assez à la hauteur ? Et si je ne suis pas prise, quelle profession m'intéresserait ? Je n'arrive pas à me concentrer et Alfred me sermonne deux fois lorsque je manque de me couper avec des lames.

— « Qu'est-ce qu'il t'arrive ? » s'enquit-il en me voyant dans la lune.

Je vais répondre que tout va bien, quand BOUM ! Une explosion éclate au fond de la classe, provoquant un mini-séisme. Le sol de la salle tremble et la moitié des contenus de nos chaudrons en ébullition se renverse par terre. Je n'ai même pas besoin de me retourner pour savoir qui sont les crétins qui ont provoqués –délibérément- de tels dégâts.

— « Higgins, Deans, Biddles et Potter ! Pourriez-vous m'expliquer pourquoi vous avez vos baguettes ?! J'AI BIEN RÉPÉTÉ QU'IL NE FALLAIT PAS S'EN SERVIR AVANT LA DERNIÈRE ÉTAPE ! » s'écrit Slughorn.

Les quatre Gryffondor, insensibles à la colère de notre professeur, se mettent à ricaner. Voilà pourquoi ces gens doivent être exterminés de la surface de la planète, ils ne sont d'aucune utilité propre.

— « Puis-je savoir ce qui vous fait rire, Potter ? » gronde le professeur.

C'est bien la première fois qu'il use d'un ton aussi agressif envers l'un des élèves qu'il apprécie. J'ai toujours soupçonné Potter de détester cette matière malgré son aisance à manier les filtres et les essences.

— « Oh rien, monsieur. C'est juste que nous sommes des crétins et que nous ne vous avons pas écoutés » répond Potter.

Pour une fois qu'il admet être un crétin. Néanmoins son ton ne semble pas plaire au professeur de potion qui, rouge pivoine, s'empresse de nettoyer le sol d'un coup de baguette.

— « Eh bien je suis sûr qu'une heure de retenue ce soir à récurer les chaudrons vous fera du bien, monsieur Potter » le punit Slughorn.

Un silence suit sa déclaration. Les élèves sont habitués à ce que la clique de Potter soit constamment en retenu, or, ils n'ont jamais été collés par Slughorn, qui a toujours sût être indulgent à leur égard, s'amusant parfois de leur petits débordements. Il était temps qu'il réagisse, si vous voulez mon avis. Quoi que récurer les chaudrons est fort sympathique par rapport à ce que moi je lui aurais donné. À l'inverse de Slughorn j'aurais été sans pitié avec de tels abrutis, ils ne pensent qu'à eux et à foutre la pagaille partout où ils passent. James Potter, leur chef, est-il aussi habile qu'on ne cesse de le dire ? Est-ce vraiment le garçon parfait qui, à part des tendances à l'insubordination et aux farces, est doué et généreux ? Croyez que j'en doute fort. Très fort, même.

ϟ PDV Jamesϟ

Une retenue avec Slughorn. C'était bien une première. J'avoue que je le mérite amplement. Si je n'avais pas répondu au défi de Sam, je n'aurais pas fait interagir deux plantes qui n'auraient pas dû être manipulées avec de la magie aussi rapidement. Je vais mettre du temps à me débarrasser des éclaboussures jaunâtres incrustées dans ma robe de sorcier, et ma mère va me tuer en voyant l'état de mes vêtements lorsque je retournerai à la maison. Je passe une main dans mes cheveux, désordonnant le tout pour donner une tournure plus agréable, ils ont faillis être brûlés lors de l'incident de cet après-midi, et autant dire que je n'aurais pas supporté d'être chauve.

— « Je n'arrive pas à croire qu'il t'a collé ! » me dit Magnus.

La salle commune étant emplie à craquer, nous nous sommes réfugiés dans notre dortoir, le seul endroit privé où mes amis et moi pouvons parler en paix sans être dérangés par les autres élèves.

Je hausse les épaules avec désinvolture. Une retenue de plus ou de moins, personne n'y verrait une différence. C'est sur cette pensée que la porte du dortoir s'ouvre, laissant entrer Franny et Sam. Le visage grave de mon ami est la première chose qui me surprend. Franny a toujours cet air revêche quand elle vient ici, aussi je ne m'inquiète pas de son attitude.

— « Votre chambre est un vrai capharnaüm » dit-elle avec une grimace de dégoût.

Je dois bien dire que dans toute l'histoire de Poudlard, on n'a sans doute jamais vu une chambre aussi bordélique que la nôtre. Je peux être fier de dire que de nous quatre, c'est moi qui suis le plus soigneux avec mes affaires. Par le ciel, si ma mère voyait l'état de la pièce, elle nous assassinerait aussitôt (et elle non plus n'est pas réputée pour être une férue du ménage, mais c'est de loin le pire que l'on puisse imaginer pour notre chambre).

— « McGonagall souhaiterait te voir dans son bureau, James » m'annonce calmement Sam.

— « Quoi, maintenant ? » je m'étonne.

Les cours viennent juste de se terminer, et je n'ai pas vraiment envie de me retrouver seul avec la directrice. Quoi qu'on en dise, elle est terrifiante lorsqu'elle est en colère et nous savons tous qu'elle a très mal digéré le fait que nous ayons réveillé toute la tour de Gryffondor ce matin.

— « Elle a dit que tu devais aller la voir immédiatement » ajoute Franny avec un calme olympien.

Je me lève tandis que la jeune fille s'assoit sur ma malle, le seul endroit où elle peut prendre place sans être dérangée par des piles de vêtements ou de livres.

— « Tu sais pourquoi elle te demande ? » m'interroge Magnus avec appréhension.

Magnus est le Prince des Stressés. Je crois que c'est son malaise et sa gêne qui font que souvent, on évite de prendre des risques durant nos déboires. Il en faut bien un pour refréner nos bêtises. Sam est le double de Rick, mais en plus intelligent. Leur point commun ? Ils sont épuisant mais jamais ennuyeux, ils adorent jouer des tours (d'ailleurs, peut-être est-ce cela qui nous a rapproché en première année ?). Franny est la seule fille du groupe, c'est comme notre petite-sœur sauf qu'elle est tellement plus mature que nous que la différence d'âge ne se voit pas du tout. Elle est blonde, comme Rick et Magnus sauf que leurs cheveux reproduisent différentes gammes de couleur qui permettent de les différencier facilement. Franny est blonde-platine, Rick est châtain-clair tandis que Magnus est blond-vénitien. Seul Sam et moi sommes bruns. Par contre, nous avons tous les yeux bleus, d'où le nom que les autres élèves nous ont attribué : les Lions Bleus. À eux quatre je leur confierais ma vie s'il le fallait.

— « Je n'ai aucune idée de ce que me veut McGonagall » je réponds franchement. « Je doute que c'est pour me tirer les oreilles à cause de notre farce en cours de potion. Ni-même pour nous retirer des points encore une fois ».

J'entends Franny soupirer.

— « Si on ne gagne pas la coupe cette année on peut vous remercier » s'exaspère-t-elle.

— « Voyons, Franny, tu es là pour nous rajouter des points, n'est-ce pas ? » s'amuse Sam, ignorant son regard assassin.

— « Le seul point que je vais te rajouter, c'est mon poings dans la figure, Samuel » le menace-t-elle.

Je me dépêche de sortir, évitant d'être au centre d'une bagarre entre ces deux-là. À peine ressorti, je sens Magnus marcher à mes côtés.

— « Ces deux centaures sont impossibles » se plaint-il. Il m'adresse un sourire contrit. « Je t'accompagne jusqu'au bureau de McGonagall, je n'ai rien à faire de toute façon ».

Je lui souris à mon tour.

— « Que ferai-je sans toi ? » je plaisante.

Il hausse les épaules.

— « Pas grand-chose, Jamesie ».

Je me tends à l'entente de ce surnom ridicule. Depuis que je les ai tous invités à la maison, durant les vacances d'été en troisième année, ils ont repris le nom débile qu'emploie ma mère pour m'appeler. Merci, maman.

— « La prochaine fois que tu m'appelles comme ça, je te casse la figure » je le préviens d'un ton qui se veut sérieux.

Sans succès, cela a simplement le don de le faire rire.

— « Tu oublies mon talent divin pour les duels, Jamesie. Tu ne peux rien contre moi, et de toute façon je suis plus grand que toi ! » se vante-t-il.

Nous sommes loin de la réalité. Magnus (malgré son prénom) est plus petit que moi d'au moins quinze centimètres. Il ne fait carrément pas le poids face à mes 1m80, et on me baratine les oreilles en disant que je suis comme mon oncle Ron. Quant à son talent divin pour les duels, disons que la dernière fois que nous nous sommes affrontés en cours de défense contre les forces du mal, il a fini par rester trois jours à l'infirmerie. Pour ma défense, je lui avais bien dit d'arrêter de gigoter dans tous les sens. Il ne m'a pas écouté.

— « C'est ça, moque-toi de moi, Minus ».

Nous arrivons enfin au deuxième étage de la tour nord, en face d'une espèce de gargouille en pierre. Cette dernière a surement reçu l'ordre de nous ouvrir la voie, car elle s'anime et fait un pas de côté, libérant l'entrée. Un mur s'ouvre, laissant apparaître un escalier en colimaçon.

Je me tourne vers Magnus.

— « Tu préfères rester ici, je suppose ? ».

— « Oui » répondit-il. « J'ai bien trop peur de ce que McGonagall va te faire subir, et je pense que si elle t'a demandé toi c'est qu'elle voulait que tu t'y rendes seul ».

J'approuve de la tête, un tantinet déçu qu'il ne puisse pas m'accompagner. C'est plus rassurant d'y aller ensemble... Mais les ordres sont les ordres, et pour une fois je n'ai pas envie d'y déroger, surtout avec McGonagall. Alors, je monte une à une les marches, manquant de peu de louper la dernière et de m'écrouler par terre (heureusement que Magnus n'est pas là en fait). Le bureau de la directrice est immense et joyeusement désordonné par des manuels ou des livres. Je prête surtout attention aux portraits accrochés contre les murs ; je reconnais celui de Phileas Black, que l'on a au Square Grimmaurd (on n'y va jamais d'ailleurs), ainsi que celui d'Albus Dumbledore et de Severus Rogue, deux personnages que mes parents apprécient particulièrement. Ils ne m'ont jamais raconté explicitement leur rapport avec eux, mais apparemment, ces deux directeurs ont eu un impact majeur sur leur vie, si bien que mon petit-frère se retrouve à se coltiner leur prénoms.

— « James Potter » prévient la voix sévère de McGonagall lorsque je pivote vers elle.

Son visage est un masque froid et son chignon est fièrement serré sur le haut de son crâne. J'adore McGonagall, vraiment. Mais parfois je préfère avoir à faire à un magyar à pointes qu'à elle.

— « Madame » je la salue d'un signe de la tête et elle me fait signe de m'asseoir sur une chaise, face à son bureau.

Je m'installe avec un soupçon de crainte, je l'avoue. Pourquoi m'a-t-elle fait appeler ?

— « Votre comportement ces derniers temps pose quelque incidents, Potter. Je vous pense suffisamment intelligent pour vous en rendre compte et j'espère que vous allez remédier à ce problème dans les plus brefs délais » m'ordonne-t-elle.

Son ton ne permet aucune réplique.

— « Oui, madame » je réponds avec servitude.

Toutefois, McGonagall s'autorise un sourire qui déraidit son visage impassible.

— « Si j'ai demandé à miss Champiflore et monsieur Higgins de vous faire venir, c'est pour vous parler des recrutements à des postes de Quidditch pour les équipes des Flèches d'Appleby et des Pies de Montrose » expose-t-elle.

Je sens mes épaules se tendre. J'aime réellement le quidditch et il est de notoriété publique que j'ai des dons dans ce sport, des capacités aisément transmises par mes parents. Mon poste d'attrapeur en est un bon exemple, sauf que...

— « Je ne me vois pas entamer une carrière dans ce domaine-là, madame » j'avoue faiblement.

— « Réfléchissez-y, Potter. Cela n'est pas donné à tout le monde de pourvoir un poste juste à sa sortie de Poudlard. Avez-vous une idée de la profession que vous voulez suivre ? » me sollicite-t-elle.

Dois-je vraiment lui révéler mon ambition suprême ? Je n'ose pas du tout, même ma famille n'est pas au courant de mes intentions (sauf mes amis, bien entendu). Mais comment réagira-t-on quand ils apprendront que James Potter veut devenir... non. Il est trop tôt pour l'instant. Je vais donc sortir la phrase habituelle que je sers à tout le monde.

— « J'hésite à devenir auror » je mens.

Les yeux de la directrice me percent de toute part et j'ai la désagréable impression qu'elle m'a cerné.

— « Je vois » dit-elle finalement.

Un silence suit ses paroles et je sens que nous n'avons plus rien à nous dire.

— « Puis-je disposer ? » je demande.

— « Bien entendu. Je vous souhaite une bonne soirée et j'espère que vous n'avez guère oublié que vous êtes collé après le repas... Tâchez de vous faire discret » me conseille-t-elle.

J'approuve aussitôt puis je finis par me lever de mon siège et je me dirige vers la sortie.

— « Potter » m'interpelle-t-elle.

Je me retourne pour croiser ses yeux verts derrière ses lunettes carrées.

— « Votre place est dans les airs, sur un balais ou non » me souffle-t-elle gentiment.

— « Pour une fois, je suis tout à fait d'accord avec vous » je chuchote avant de sortir du bureau.

De plus, je suis persuadé qu'elle m'a entendu. C'est triste à dire mais désormais les cachots m'attendent. Je déteste cet endroit. J'espère néanmoins que récurer les chaudrons passera vite.

ϟ PDV de Mery ϟ

— « Tu ne sais pas manger, Alfred. Tu en as mis partout ! » je grogne alors que mon ami a aspergé la table et mon verre de purée de citrouille.

Il ne se rend pas compte qu'il a un sérieux grain et continue à se nourrir comme un porc. Et encore, je suis certaine qu'un cochon ferait moins de grabuge que lui. Je soupire et lève les yeux sur le plafond enchanté.

Il est bientôt l'heure. Je dois me dépêcher, j'ai un cours de potion à donner après le repas. Mon entretien avec Slughorn m'a encore plus motivée et malgré la pression qui pèse sur mes épaules, je me sens assaillie d'un sentiment de puissance ultime. Je suis prête à relever le défi et peur ou non, je n'ai rien à perdre de toute façon.

— « Tu ne devrais pas te dépêcher de finir de manger pour donner ton cours à Standford ? » quémande Alfred en lorgnant mon assiette d'un œil intéressé.

Je ne mets pas longtemps à comprendre et je fais glisser mon assiette jusqu'à lui. Sans même me remercier, il s'empare du récipient et y trempe un doigt. Je grimace. Cependant, mon visage redevient lui-même lorsque je croise celui de l'être le plus vil et le plus arrogant de ce bas-monde. Cassius Warrington. Excusez l'expression, mais ce type est une crapule pleine de poux qui est aussi doué que moi en potion, sauf qu'il est plutôt attiré par la magie noire si vous voyez ce que je veux dire. Je pense que c'est pour cette raison, -somme toute futile si on compte le nombre d'élèves de ma maison qui est enclin à ce type de sorcellerie-, que Slughorn ne l'a pas choisis pour le concours.

Je me sens étrangement mal à l'aise d'un coup.

— « J'y vais. À plus tard » je dis en saluant Alfred.

Je prends ma besace et m'en vais directement jusqu'aux cachots.

— « Tu me fuis, Pyrdell ? ».

Non. Pas lui. Dans un sens, je m'en doutais un peu ; je me retourne alors vers Warrington, qui m'a suivie quand je suis sortie de la grande salle. Quelle mouche l'a piqué ? Je plonge alors dans ses yeux gris. Le monde est vraiment mal fait, car en plus d'être terriblement con (je vous l'assure, vous vous en apercevrez très vite), il est beau comme un dieu grec. Là encore, je n'ai pas besoin de vous le décrire pour que vous sentiez à quel point il est magnifiquement bien charpenté, que ses cheveux bruns aux mèches argentées (si, si) lui tombent nonchalamment sur son front. Ma foi, je comprends ce que peuvent ressentir les greluches qui lui tournent autour.

— « Qu'est-ce que tu veux ? » je crache avec méfiance.

— « Je voulais te féliciter pour ta future carrière de potionniste. Tout le monde sait que tu vas participer au concours de Helveta Grudlend » m'apprend-t-il.

Sa louange me parait être une critique. M'en veut-il ? Je suis persuadée que oui.

— « Et alors ? Je ne vois pas en quoi ça vous regarde » je peste en continuant mon périple à travers les dalles des couloirs.

Il me suit toujours, me rattrapant presque.

— « Tu vas te ridiculiser, Pyrdell » poursuit-il d'une voix mielleuse.

— « On peut savoir pourquoi, Warrington ? ».

Je suis presque arrivée aux cachots, encore un petit effort et dans cinq minutes je pourrai dire adieu à ce pouilleux.

— « Parce que j'ai décidé de me présenter. J'ai la ferme intention de t'écraser ».

— « Oh, comme c'est aimable à toi de me prévenir » j'ironise avec un rire sarcastique.

Alors que j'aperçois la porte noire et crasseuse de la salle de potion, une main se referme prestement contre mon bras et je suis violemment projetée contre le mur, Warrington me serrant les épaules à m'en faire mal.

— « Ne me sous-estime pas, Pyrdell ».

Oh que non, je ne le sous-estime pas. Je suis parfaitement au courant de ce que ce malade peut faire pour arriver à ses fins. Contrairement à la mienne, son ambition est malsaine et n'augure rien de bon pour ceux qui se mettraient en travers de son chemin. Toutefois, je décide de ne pas me démonter contre Cassius.

— « Tu as intérêt à me lâcher, Warrington, ou je te promets de refaire en sorte que tu n'aies pas de descendance directe » je le menace comme je peux.

Or, cela a le mérite de marcher et il desserre quelque peu sa poigne de fer, me laissant me remettre de mes émotions. Tous les étudiants se souviennent encore de l'épisode de troisième année, où, pour me défendre de cet abruti qui m'avait coupé une mèche de cheveux avec un sort, je lui avais donné un coup de pied dans ses attributs les plus intimes.

— « J'aimerais bien que tu recommences mais avec plus de douceur et de docilité la prochaine fois que tu voudras toucher ces parties » dit-il suavement.

— « T'es qu'une ordure, j'espère que tu le sais ? ».

— « Naturellement ».

La porte des cachots s'ouvre, laissant apparaître James Potter. Que fait-il ici, celui-là ? Cependant, sa venue parvient à faire reculer Warrington et je peux enfin respirer tranquillement.

— « Qu'est-ce qui se passe ici ? J'ai entendu des cris » affirme-t-il d'un air suspicieux.

— « Occupe-toi de tes affaires, Potter ». Puis, s'intéressant une dernière fois à moi : « C'était un plaisir de te parler. Nous aurons l'occasion de nous revoir et j'espère qu'à ce moment-là tu auras compris le danger que je représente. Tu te seras même désinscrite du concours ».

Je le regarde partir, nullement impressionnée par ses petites menaces. S'il croit pouvoir me faire peur de la sorte, il se met le doigt dans le nez. Je marche alors vers les cachots, ignorant superbement la présence de Potter. Je pars donc m'installer à ma place habituelle, attendant que le Serdaigle à qui je donne des cours daigne pointer son nez.

Potter retourne récurer les chaudrons et je me rappelle qu'il a été collé par Slughorn. Il n'utilise pas la magie, c'est un bon point pour lui mais je suis certaine que ça l'agace plus qu'autre chose.

— « Tu ne devrais pas prendre les intimidations de Warrington à la légère. Ce gars est un psychopathe ambulant » m'avertit le Gryffondor.

— « Tu n'imagines même pas ».

Je me fige. Est-ce que je viens de lui parler ? Ce serait bien la première fois qu'en plus je me retrouve seule dans la même pièce que lui.

— « Comment tu t'appelles ? ».

Sept ans dans la même promotion et il n'a jamais réussis à retenir mon nom. Suis-je si invisible que cela ? Pourtant je ne devrais pas être choquée du manque d'attention du brun, pour qui le monde tourne autour de son nombril.

— « Tu n'as pas besoin de le savoir, Potter ».

— « Pourtant tu connais bien mon nom » réplique-t-il.

— « Qui ne le connaîtrait pas ? » je me moque en roulant des yeux.

Son regard s'assombrit. J'espère qu'il ne va pas me dire qu'il n'est pas au courant d'être une petite starlette ici, je ne le croirai en aucun cas.

— « Dis-le-moi » exige-t-il presque avec agacement.

— « Tu es peut-être habitué à ce qu'on te cède n'importe quoi, sauf que ce n'est pas le cas avec moi. Tu n'auras qu'à te renseigner quand ton heure de colle sera terminée. Et encore, je doute que tu te rappelles de le faire » je marmonne distinctement. Autant ne pas lui cacher que j'abhorre son être entier.

C'est justement à ce moment-là que Patrocle Standford nous fait grâce de sa présence.

— « Pardonne-moi, Mery. Je ne vais pas pouvoir assister au cours aujourd'hui, je dois absolument participer à l'entraînement de quidditch de ce soir ou sinon mon équipe va me passer un savon » m'explique le Serdaigle.

Génial, j'ai fait le déplacement pour rien. Je soupire. Encore. Décidément, ça devient une manie.

— « D'accord, c'est bon pour cette fois ».

— « T'es géniale, Mery ! » me remercie-t-il.

C'est alors qu'il prend conscience de la présence de Potter, tout proche de lui. Il ouvre la bouche pour dire quelque chose, mais une seule œillade de ma part l'empêche d'intervenir. Sans demander son reste, il court vers la sortie. Je hais le quidditch... à croire qu'il n'y a que cela dans la vie.

Second soupire en l'espace d'une minute. Je croise les bras sur ma poitrine puis capte le regard et le sourire moqueur de Potter. Qu'est-ce qu'il a ?

— « Mery... C'est ça ? » nasille-t-il.

Merci Patrocle, grâce à toi, le gars le plus populaire de l'école vient d'apprendre mon nom. Quelle joie.

— « Je ne savais pas que les Serpentard se montraient aussi généreux avec les élèves des autres maisons » ajoute-t-il, songeur.

— « Tu crois que nous sommes des monstres, ou quoi ? » je m'exaspère. « Contrairement à ce que l'on pense, les Serpentard ne sont pas toutes des personnes qui cherchent des noises à qui l'entend. On peut être aussi digne de confiance... sauf si tu comptes Warrington. Lui, c'est vraiment le diable en personne ».

Pourquoi est-ce que je lui dis cela ? Il n'a pas besoin de connaître mon avis sur la question. S'il veut rester dans ses préjugées, eh bien qu'il le fasse ! Je m'en cire les galions de ce qu'il peut bien penser de ma maison ou de moi. Surtout que son petit-frère est un Serpentard...

— « Tu vas te décider à me dire ton nom complet ? » s'entête-t-il à me demander.

Je craque. Il l'oubliera très vite de toute façon.

— « Mery Pyrdell ».

James reste silencieux, répétant silencieusement mon nom sur le bout de ses lèvres.

— « Tu vois, ce n'était pas compliqué » affirme-t-il en raclant un chaudron avec son éponge.

Le bruit du grattement contre le métal résonne pendant quelques minutes et je le regarde faire sans bouger. Il lève alors la tête vers moi.

— « Si tu n'as rien d'autre à faire, tu pourrais me donner un coup de main, hein ? » propose-t-il avec sarcasme.

Je voudrais répondre non, mais je me retiens. Je ne suis pas méchante au point de le voir souffrir. Cela se voit qu'il n'a jamais frotté un chaudron de sa vie. Je souffle d'exaspération en sautant sur mes pieds. Je m'avance vers lui et observe son travail. Il reste des traces de contenus et une affreuse odeur d'herbes brûlées.

— « Aïe. Tu n'arriveras à rien sans produit. Va prendre du Récuratum dans l'armoire » je murmure en constatant les dégâts.

Trop content par l'aide que je lui apporte, Potter se dépêche d'aller chercher l'ingrédient miracle qui va nous éviter de frotter sans épuiser nos maigres forces (enfin, surtout pour moi). Il revient et je lui désigne le récipient en étain. Il verse alors le contenu du produit dans le chaudron.

Une horrible senteur acide nous monte aux narines. Et je me fige subitement. Oh non... ne me dites pas qu'il a... Soudain, c'est simple, la table commence à prendre feu. Nous reculons en même temps, terrifiés à l'idée que les flammes puissent se répandre dans les cachots. Bon sang, je suis maudite. Cela doit être une tradition familiale car (au cas où je ne vous l'avais pas dit) mes frères ont tous réussis à créer un incendie en cours de potion.

— « Potter ! Quel ingrédient as-tu pris ?! » je lui crie.

Je fais volte-face. Sans attendre de réponse, je prends la bouteille sur laquelle est écrit en gros Récuratum. Il ne s'est donc pas planté en choisissant le produit. Alors qu'est-ce qui a provoqué le feu ? Je me souviens de l'odeur d'herbes collée aux chaudrons, et je suis sûre qu'il s'agit d'Atropa Belladone. Une plante toxique et inflammable, surtout avec du Récuratum.

Mais il est trop tard pour aller chercher de l'eau. Je cherche ma baguette, or je me rends compte que je l'ai laissée sur mon bureau. Dans un geste plein d'audace et de désespoir (surtout de désespoir), je pivote vers Potter –qui semble envoûté par les flammes rougeoyantes- et je lui arrache sa baguette, nonchalamment rangée dans la poche de sa robe de sorcier.

— « Aguamenti ! » je prononce en direction de l'incendie.

Aussitôt, ma puissance magique se décuple et j'ai la bizarre sensation que toute ma force vitale est aspirée par le bout de bois entre mes doigts. Un immense jet d'eau sort de l'objet et vient inonder les chaudrons et le feu. Je n'ai jamais vu une puissance de jet aussi intense, encore moins venant de moi. Je reste quelque seconde muette, les yeux dilatés par la surprise, puis je me ressaisis.

— « Finite incantatem ! ».

Il en fallait moins une pour éviter un désastre totale. Je n'imagine pas ce qui nous serait arrivé si le château avait entièrement pris feu. Néanmoins, mon soulagement est de courte durée puisque je sens des picotements dans mon bras. Je lève la main qui tient la baguette de Potter, et nous nous pétrifions en même temps à la vue des petites étincelles bleus qui sortent à l'extrémité du bout de bois, remontant délicatement jusqu'à mon coude et disparaissant aussi vite qu'elles sont apparues. De nouvelles lueurs vertes naissent.

— « Pyrdell ?! Qu'est-ce que tu as fait ?! » s'écrie-t-il.

Ses gestes et sa voix tremblotante m'indiquent qu'il est inquiet. Et moi, encore plus. Je regarde sa baguette, fine et légère, qui a atterris dans ma main et ne peux m'empêcher d'admirer les étincelles vertes qui s'en dégagent au contact du bois contre mes doigts. Je ressens subitement ma magie se réveiller dans mon corps et j'ai l'impression qu'elle aspire celle émise par la baguette.

James Potter n'attend pas une seconde de plus pour m'arracher son bien des mains, brisant le lien qui vient de se former entre l'objet et moi. J'en reste encore choquée. Le Gryffondor tente alors de jeter un sort autour de nous, désirant fermer les tiroirs de la salle, mais seuls trois d'entre eux répondent à son incantation. Je sens la peur m'envahir. Qu'est-ce qui se passe ?

— « Je n'ai rien fait », je souffle face à son regard accusateur.

— « Je sais », répond-il calmement, à ma plus grande surprise.

N'est-il pas en colère ? Moi, à sa place, je serais folle de rage. M'enfin, j'ai quand même réussis à éviter à nos pauvres âmes de brûler dans d'atroces souffrances, peut-être en est-il reconnaissant ?

— « Est-ce que... » je tente de dire.

Nous savons tous deux ce que cela signifie. Il approuve d'un hochement de tête, et il s'assoit sur un tabouret, les yeux rivés sur sa baguette. Pendant un instant il semble triste et dévasté, toutefois, il lève son visage vers moi. Une détermination nouvelle vient de prendre le pas sur ses émotions.

— « Ma baguette vient de changer de propriétaire ».

— « Oh non... » je ne peux m'empêcher de dire.

— « Je n'accepte pas non plus cette allégeance », déclare-t-il froidement. « Quoi qu'il en soit, je vais la reprendre, elle et tout le pouvoir qui coule à l'intérieur ».

Je ne peux qu'approuver. Pourquoi aurais-je besoin d'une autre baguette ? La mienne me convient parfaitement ! Inconsciemment, je sens encore l'afflux de pouvoir qui m'a assailli alors que je tenais l'objet de bois. Je secoue la tête. Je n'ai certes jamais vu un tel phénomène de toute ma vie, mais ce n'est pas une raison pour rester passif et attendre que tout se résolve seul.

— « On doit le dire à un professeur, alors soit tu me suis, soit tu ne retrouveras pas ta précieuse baguette comme elle l'a toujours été », j'annonce de but en blanc.

— « C'est une menace ? »

— « En effet, Potter, c'est une menace ».

Je me précipite vers la sortie, ne vérifiant même pas s'il me suit. Il n'a pas le choix s'il veut récupérer son objet dans son état normal. Oh par Merlin et tous les mages célèbres de cette planète, nous sommes vraiment dans de beaux draps, pire, je sens que je ne vais pas pouvoir me débarrasser de Potter avant un bon bout de temps.

ϟ Hem.

Bon, j'avoue que ce n'est pas le meilleur chapitre que j'ai écris. J'ai toujours du mal avec les premiers car il faut savoir doser ce que l'on révèle au lecteur ou non... Pour une introduction, j'espère que ce ne sera pas trop nul. Après tout, nous avons tant à apprendre sur les baguettes, n'est-ce pas ? Et nos héros n'ont pas fini de déchanter, croyez-moi.ϟ