L'ART DE SE DONNER DES RENDEZ-VOUS
ϟ PDV de James ϟ
C'est un cauchemar. Je suis sûr que je ne vais pas tarder à me réveiller dans mon lit et avec la désagréable impression que tout ceci n'est qu'un rêve, et un mauvais en plus. Pourtant, je crois bien que c'est la réalité. Et elle fait très mal.
J'ai tout de suite compris que ma baguette appartient désormais à cette Serpentard que je ne connais même pas. Comment est-ce possible ? Je suis terriblement dégouté de cet affront ! Comment peut-on oser me laisser tomber ? Et voilà que Pyrdell m'emmène je ne sais où. Je la suis sans rechigner mais la vérité c'est que je suis trop émotionnellement atteint pour répliquer quoi que ce soit. Toutefois, à mesure que nous avançons dans le château, à vingt minutes près du couvre-feu, la direction qu'elle prend m'indique clairement qu'elle souhaite se rendre au deuxième étage, droit vers le bureau de McGonagall. Je l'arrête en l'attrapant par le poignet.
— « Il est hors de question qu'on aille voir la directrice, tu m'entends ? » je la préviens sur un ton menaçant.
Elle retire sa main de la mienne, comme si le contact de nos peaux l'avait brûlée.
— « C'est justement parce qu'elle est la directrice de l'école que nous allons aller la voir, Potter. Qui avons-nous de plus qualifié qu'elle pour nous venir en aide ? » se défend Pyrdell.
Je ne bouge pas d'un pouce. Inutile de lui expliquer que j'en ai assez de me retrouver toutes les heures en présence de McGonagall, et de plus, je n'ai pas envie que tout Poudlard sache que ma foutue baguette a changé d'allégeance. Putain, c'est trop humiliant.
— « Je ne bougerai pas ».
Elle souffle d'énervement. Je suis insupportable et bien trop têtu pour changer d'avis.
— « Potter, tu vas me faire le plaisir de me suivre ! » s'impatiente-t-elle à bout de nerf. « Que je sache, ce n'est pas moi qui ai un problème, c'est toi ».
— « Rectification, Pyrdell. Ma baguette t'a choisie comme nouvelle propriétaire, ce qui veut dire que tu n'auras pas les capacités maximales avec la tienne. Tu as bien dû le sentir, non ? Quand tu l'as eu en main, je suis certain que tu n'avais jamais perçu toute la puissance magique que tu as en toi auparavant, est-ce que je me trompe ? » je l'interroge avec une étincelle victorieuse dans les yeux.
Elle se mord la lèvre.
— « Et alors ? Je ne vois pas ce que j'en retirerai une fois que tu auras retrouvé ta précieuse baguette » réplique-t-elle.
— « Tu pourrais transmuter ses propriétés dans la tienne » je tente de proposer.
Elle ne semble pas convaincue par mes dires. Il me faut la persuader d'aller voir quelqu'un de confiance, qui ne préviendrait pas nos parents de cette situation catastrophique.
— « Je connais une personne qui peut nous aider » j'annonce finalement.
Elle hausse un sourcil. Ses yeux verts deviennent subitement curieux.
— « Qui ? » veut-elle savoir.
— « Si je te le dis tu ne voudras pas venir le voir avec moi ».
— « Oh, et c'est censé me rassurer et me convaincre de ta proposition ? » me fait-elle remarquer.
J'essaie de ne pas perdre mon sourire arrogant et confiant.
— « Non. Mais tu peux toujours te présenter seule devant McGonagall. Je pense sincèrement qu'elle n'apprécierait pas le fait que tu te pointes à cette heure, sans preuve concrète de ce qui nous est arrivés. En plus, c'est moi qui possède la baguette-traître ».
Elle rumine de colère. Cela se sent comme le nez au milieu de la figure.
— « C'est bon. Je te suis » accepte-t-elle au prix de grands efforts.
— « C'est bien, miss Potion ».
— « Appelle-moi encore une fois 'miss Potion', et je fais en sorte que tu trépasses durant ton prochain repas » et elle ajoute face à mon rire : « Je ne plaisante pas, Potter. Tu as peut-être l'air intelligent en potion, mais s'il y a bien une matière dont je connais les moindres rudiments et dangerosité, c'est bien cette dernière ».
Je perds mon sourire en pensant que cette gonzesse peut très bien m'empoisonner comme bon lui semble si l'envie lui chante. Pas besoin d'être devin pour savoir qu'elle ne m'apprécie pas. Lui ai-je fait du mal ? Je n'attaque jamais les filles d'habitude, même si elles sont à Serpentard. C'est l'un des points d'honneur des Lions Bleus.
Nous sortons donc dehors. Le ciel commence à se noircir et il ne va pas tarder à faire nuit. Cependant nous nous figeons en même temps, les yeux rivés sur une silhouette se détachant de l'obscurité, un chat dans les bras.
— « Tiens, tiens, mais n'est-ce pas monsieur Potter et miss Pyrdell qui se trouvent hors de leur dortoir à une heure aussi tardive ? » murmure doucereusement Rusard, notre concierge.
Son arrivée sent les ennuis à plein nez. À mes côtés, Pyrdell se tend... À croire qu'elle ne s'est jamais faite choper par Rusard et sa maudite chatte, miss Teigne II.
— « Que faites-vous ici ? » reprend le concierge, plus durement cette fois-là.
— « Potter voulait m'emmener quelque part » lâche la Serpentard.
La traître. J'aurais dû m'attendre à ce qu'elle me balance, c'est tellement courant chez les gens de sa maison.
— « On vous cherchait justement » je mens en dernière feinte.
Pyrdell me lance un regard paniqué, le genre à dire « bon sang, mais qu'est-ce qui te prend ? ». Ce que je voudrais aisément répondre par : « Je nous sauve la vie, sale chieuse ». D'une seule œillade je l'as défi de dire un mot. Fort heureusement pour moi, elle se tait et se mure dans un silence qui est typique de son espèce. Ou pas. À peine relève-t-elle les yeux sur moi qu'un sourire ignoble se dessine sur la commissure de ses lèvres.
— « En fait, nous voulions savoir s'il serait possible que vous nous donniez des balais. En récurant les chaudrons, Potter a abîmé le sol de la salle de potions, et il n'avait pas de balais pour nettoyer ses dégâts » invente-t-elle.
Va-t-il vraiment gober ce florilège de mensonges ? Je n'en suis pas sûr. Ses arcades sourcilières se hissent presque jusqu'à son crâne dégarni, dans une parfaite expression de méfiance absolue.
— « Je ne vous crois pas, Pyrdell » dit-il finalement. «Vous cherchez quelque chose de secret et de dangereux afin de mettre le bazar dans l'école et pour me cribler d'ennuis » rajoute-t-il.
C'est un fait, et alors ?
— « Si vous ne me croyez pas, allez voir par vous-même » l'incite la fille.
— « Dans les cachots, vous dites ? ».
Elle approuve d'un hochement de la tête. Sans attendre une seconde de plus, il nous bouscule et se rend en catimini jusqu'aux dits cachots. Nous soupirons en même temps puis nous suivons Rusard à travers le château.
— « Et si ton idée ne fonctionne pas ? » je chuchote pour qu'elle seule m'entende.
— « Elle marchera » avance-elle avec l'assurance de quelqu'un qui a toujours raison.
J'espère bien que c'est le cas. Je veux sortir quelque chose mais les grandes pupilles dilatées de miss Teigne me fixent, attendant sans doute le bon moment pour prévenir son maître de nos magouilles.
Je déglutis difficilement puis me reconcentre sur le chemin à parcourir. Au bout d'une quinzaine de minutes, nous nous retrouvons sur la scène de crime. Oui, j'ai décidé d'appeler cela comme ça, parce que c'est exactement ce que c'est : un crime. Je suis la victime, ma baguette est la meurtrière, et Pyrdell est sa complice. Quant à Rusard... il est et restera toujours l'intrus de l'histoire.
— « Alors vous voyez bien que cela sent le brûlé et regardez-moi tous ces chaudrons éparpillés de partout, une vraie calamité ».
Je ne peux m'empêcher de lui lancer l'un de mes regards méprisants. Rusard observe l'état lamentable de la salle et j'ai soudain un immense regret. Par tous les mages ! Si j'avais séché cette heure de colle je n'aurais pas rencontré cette fille et ma baguette reposerait tranquillement dans la poche arrière de mon jean. Si seulement j'avais un retourneur de temps. C'est bien connu, avec des si on referait le monde.
— « Une vraie calamité, en effet » je marmonne pour moi-même.
Sauf que Rusard m'a entendu.
— « Vous avez dit quelque chose d'intelligent, Potter ? ».
— « Oui. Où sont les balais ? » je rectifie aussitôt.
Le concierge m'adresse une expression rougeaude et j'ai bien peur d'avoir marché sur des œufs tant il rumine de colère.
— « Je n'ai aucune preuve de cet incident. Pour une fois je choisis de croire Miss Pyrdell... ce n'est sûrement pas un accident. Je vous ai à l'œil, jeunes gens » fait-il avant de nous lancer un balai.
Je m'en empare avec aisance et Mery se pousse pour éviter à Rusard de lui rentrer dedans alors qu'il sort de la salle de cours. Miss Teigne II pousse un miaulement semblable à un cri démoniaque. Je hais cette chatte.
— « Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? » demande la Serpentard.
Je ne lui réponds pas tout de suite, occupé à frotter le sol pour en effacer les traces de brûlures.
— « Nettoyer » je dis comme si c'est évident.
C'est vrai, les dégâts ne vont pas se réparer tout seul.
— « Pourquoi n'utilises-tu pas ta magie, Potter ? » s'exaspère-t-elle.
Je me sens bête tout d'un coup. Puis je me rappelle que mes sorts ne sont plus d'une redoutable puissance, que ma baguette a changé de propriétaire (cette salope), que je vais en baver pour les cours, que je n'aurai peut-être pas mes ASPIC. Bref, que je suis dans une profonde bouse de dragon. Mais comme l'espoir fait vivre, j'attrape ma baguette confortablement calée dans la poche arrière de mon jean et je la regarde.
— « Tergeo » je lance en direction du sol.
Le sortilège ne dure pas longtemps et je suis assez content de voir qu'il arrive à récurer les dalles. Ce ne sera pas de la tarte pour les sortilèges plus compliqués... Je devrais me contenter de ça jusqu'à que l'on trouve une solution.
— « Bon. C'est pas fameux, mais au moins elle marche » commente Pyrdell. « Récurevite ! » ordonne-t-elle pour m'enlever la peine d'user de ma maigre magie.
Aussitôt, le sol redevient le même que d'habitude, c'est-à-dire moche et vieux. Toutefois, on peut quand même voir que la couleur des dalles s'est éclaircie. La jeune femme soupire avant de me regarder. Ses yeux n'annoncent rien de bon et tout de suite je sens mes épaules se tendre.
— « Il faut que j'aille me coucher. J'ai une dure journée demain ».
— « Un samedi ? » je questionne les sourcils froncés.
— « Tout le monde ne pense pas à faire la grasse-matinée, Potter » insinue-t-elle.
Je ne relève pas. Je dors comme un loir le week-end et pour rien au monde je ne changerai cette habitude.
— « Alors qu'est-ce que l'on fait ? Il faut que l'on se voit pour régler ce... problème ».
— « Euh... se voir ? » répète-t-elle. « Au cas où tu l'aurais oublié, tu es un Gryffondor et je suis à Serpentard. Sans oublier que toutes les groupies des Lions Bleus vont trouver très étrange que tu tournes autour de moi, tu ne crois pas ? ».
Je n'avais pas pris en considération cette partie-là de l'histoire avant qu'elle ne la mentionne. C'est vrai que la populace de Poudlard y verrait quelque chose de louche. Surtout mes amis. Et comment se voir sans révéler à tous la nouvelle allégeance de ma foutue baguette ? Non, c'est trop la honte, je ne peux me résoudre à en parler à un professeur et encore moins aux élèves. Et si jamais Lily ou Albus prévient les parents, je serais foutu. Ma réputation en prendrait un sacré coup.
J'observe le spécimen féminin qui attend patiemment (mais énervée) ma réaction. Je ne la connais pas, je sais juste que Pyrdell donne des cours de potions aux... autres élèves. Une étincelle s'allume dans mon regard. Voilà ! J'ai enfin l'excuse béton pour ne pas attiser les soupçons !
— « Nous n'aurons qu'à prétexter un devoir commun ou des cours particuliers » je propose des étoiles aux yeux.
Je suis divinement brillant.
— « T'es malade ou quoi ? Et ma réputation ? Je ne veux pas que les autres élèves de ma maison sachent que je donne des cours à un golden boy imbu de lui-même ! ».
— « Tu as confiance en moi, n'est-ce pas ? » je lui demande avec un grand sourire.
— « Bien sûr que non ! » l'éclat dans mes yeux disparaît et mon assurance avec. « Je ne te connais même pas ! ».
— « Tu n'as pas le choix » je rappelle plus froidement que je ne le voudrais.
Trop fatiguée pour relever le ton sévère que j'ai employé deux secondes plus tôt, elle soupire.
— « On n'a pas le choix » rectifie-t-elle. « Sauf que tu es tellement plus embêté que moi ».
— « Tu pourrais profiter de la situation à ton avantage ».
Mais pourquoi je lui dis ça, moi ? Peut-être parce que c'est quelque chose que j'aurais fait sans remord et sans prise de conscience.
— « Je ne m'appelle pas James Potter » réplique-t-elle avec dureté.
Mery 1. James 0.
— « Je veux bien t'aider à condition que tu n'ailles pas répandre des sales rumeurs à mon sujet. Que tu fasses aussi tout ce que je dis. Et que tu ne m'attires aucun problème ».
Sur ce dernier point je ne peux rien promettre, je suis un « aimant à emmerdes » comme le dit Rick. Comment puis-je jurer que je ne lui attirerai rien ? C'est complètement ridicule : le simple fait de nous retrouver dans cette situation prouve que je lui attire déjà des problèmes.
— « D'accord » j'accepte à contrecœur.
Croyez bien que ce mot me brûle la gorge et me retourne l'estomac. J'ai l'impression de passer un contrat avec une diablesse. Que puis-je faire d'autre ? Je n'ai pas d'autres solutions en réserve, sauf m'apitoyer sur mon sort et pleurer toutes les larmes de mon corps.
— « Bien. Rendez-vous demain matin à 10h à la bibliothèque ».
— « Demain ? 10h ? » je m'effraie en voyant ma grasse-mat s'effriter d'un seul coup.
— « Tu préfères 8h, peut-être ? ».
Je grogne. Autant ne pas tenter la diablesse tout de suite.
— « D'accord » j'accepte.
Elle me regarde encore un instant, puis elle sort de la salle, me laissant seul. J'observe alors la pièce, me rendant compte qu'il reste des chaudrons et le sol à nettoyer. Je soupire ; la nuit va être incroyablement longue.
Je ne peux m'empêcher de bailler alors que je monte une à une les marches du quatrième étage qui mènent droit à la bibliothèque de Poudlard. Hier soir, en rentrant me coucher et après avoir passé trois heures à frotter le sol défraîchi de la salle de potion, j'ai été assailli de questions par les garçons. Le dortoir était bruyant à souhait et je me souviens juste avoir promis de leur répondre le lendemain. Puis je m'étais écroulé dans mon lit, mort de fatigue. Ils ont sûrement dû trouver cela étrange, même moi je sais que je mets un temps fou à m'endormir mais j'étais trop crevé pour faire autre chose. Et ce matin, lorsque j'ai ouvert un œil, tout le monde dormait encore. Je me suis donc levé en vitesse, me remémorant mon rendez-vous avec cette peste de Pyrdell. Me la rappeler à mon bon souvenir était aussi désagréable que de devoir perdre un match de quidditch.
L'atmosphère feutrée de la bibliothèque est la première chose qui me frappe, ainsi que le fait qu'il n'y a pas d'étudiants pour le moment. La Serpentard est assise tout au fond de la bibliothèque ; elle a choisis un endroit stratégique pour que personne ne puisse nous voir depuis l'entrée, mais pour que nous, nous puissions surveiller les grandes portes. C'est donc à moitié coiffé, un bout de ma chemise pendant sur ma hanche alors que le reste du tissu est rentré dans mon pantalon, que je me dirige droit vers elle. Me sentant approcher, Pyrdell lève la tête pour me regarder.
— « Tu es en retard. On avait dit 10h, pas 10h25 » m'accueille-t-elle.
Toujours aussi charmante. N'est-elle donc pas au courant que j'ai passé ma nuit à nettoyer du métal ? Quelle petite peste.
— « J'ai eu du mal à me lever » je réponds comme simple excuse.
Ce qui n'est visiblement pas son cas, car en regardant le parchemin empli de schéma et de mots compliqués, je comprends qu'elle a passé le début de sa matinée à travailler ici, au lieu d'être paisiblement dans son lit, comme les personnes normales le sont durant le week-end.
Sans un mot de plus, je m'assois en face d'elle. J'ai pensé à amener des livres et des plumes pour rendre crédible le fait qu'elle me donne des cours. Pyrdell fait glisser un tas composé de trois manuels sur la table en bois. Le premier, que je déchiffre plutôt mal, s'intitule : L'art des baguettes. Je l'attrape sans rien dire, intrigué par la couverture d'un bleu profond qui contraste avec les lettres dorées. Il n'y a pas d'auteur. Je lance un regard interrogateur en direction de Mery qui m'observe tranquillement.
— « Je suis allée le prendre dans la Réserve » m'apprend-t-elle.
— « Tu avais une autorisation spéciale ? » je demande.
Généralement, on ne peut consulter cette section qu'avec un mot d'un professeur et seuls quelques étudiants en Défense contre les Forces du Mal peuvent y avoir accès sans restriction. Je fais partie de ceux qui peuvent se promener à leur guise dans le rayon interdit aux autres élèves.
— « Depuis que je participe au concours de Helveta Grudlend j'ai la Réserve à mon entière disposition » répond-t-elle distraitement.
Je me pince pour éviter d'avoir l'air surpris. J'ai entendu parler de ce concours et d'après ce que je sais, il est réservé à la crème de la crème pour les futurs potionnistes. Elle doit être sacrément brillante pour s'y être inscrite et avoir été retenue.
— « D'accord » j'approuve.
Elle pose ses yeux sur moi et pour la première fois depuis que je l'ai rencontré, elle me sourit. Elle doit être contente de participer à ce concours. La seule mention de ce qui a attrait aux potions semble l'éveiller et la rendre aimable.
— « J'ai écumé les grimoires en ce qui concerne notre problème » ouf, elle dit bien notre et pas ton problème, c'est un bon point. « Il n'y a pas grand-chose sur la question, en fait. Tout ce que j'ai appris c'est que les composants de la baguette et la baguette elle-même interagissent avec la magie de celui qui la détient. Il arrive qu'une baguette s'accorde plus avec un sorcier qu'avec un autre. Mais tout cela ne nous dit point pour quelles raisons » explique-t-elle.
— « Tu veux dire qu'il faut qu'on étudie les composants de nos propres baguettes ? » j'interroge.
Cette idée me semble être un bon début, dans le sens où nous n'avons aucune piste pour le moment. Je prends ma baguette et la dépose sur la table, juste à côté de celle de Pyrdell. La mienne est plus grande de cinq centimètres.
— « Dis-moi tout » exige-t-elle.
— « Pardon ? » je m'exclame, n'ayant absolument pas comprit ce qu'elle veut que je lui dise.
— « L'histoire de ta baguette. Quels en sont les composants et quand l'as-tu eu ? ».
Je jette un rapide coup d'œil à cette dernière, tentant de me rappeler tout ce qui fait que je la trouve exceptionnelle.
— « 25,6 cm, bois de saule, plume de phénix, souple et rapide, idéale pour les enchantements, les potions et les sortilèges informulés. Je l'ai hérité ; elle appartenait à ma grand-mère paternelle » je lui raconte.
Elle observe avec curiosité mon bien. Puis quelque chose me frappe : cette fille a le profil parfait pour cette baguette. Ma grand-mère était (d'après mon père) une potionniste hors pair. Et s'il y a bien quelqu'un qui peut rivaliser avec sa réputation, c'est Mery Pyrdell, qui se trouve justement en face de moi. Franchement, j'aurais dû accepter de prendre celle d'oncle Ron au lieu de me focaliser sur celle-là.
— « La mienne » intervient alors Pyrdell « est en bois d'acacia, fait 20 cm, possède un ventricule de dragon. Elle a un caractère incroyablement têtu et elle refuse d'être utilisée par quelqu'un d'autre ».
En d'autres termes, elle ne convient pas à une magie dite du « ça claque et ça fume », pour reprendre une expression d'un membre de ma famille.
— « Je l'ai achetée chez Ollivander avant notre rentrée en première année. Mon frère aîné a exactement les mêmes propriétés de baguette » ajoute-t-elle en fronçant les sourcils.
— « Cela s'appelle la solidarité familiale » je commente avec un sourire ironique.
La poisse de savoir que mon petit frère ou ma petite sœur ait pu me ressembler sur ce point-là. Je n'aurais tout simplement pas pu accepter qu'ils aient les mêmes caractéristiques que la mienne. Non, je ne suis pas égoïste, j'ai simplement envie d'être unique.
— « Merci, je connais. J'ai trois frères si tu veux savoir ».
Je hausse les épaules.
— « Tu as raison, je ne veux pas savoir ».
Je réfléchis un instant. Pyrdell. Ce nom m'a toujours dit quelque chose. Qui d'autres à part Mery portent ce nom ? Je me souviens de trois frères, tous dans des maisons différentes. En première année, j'avais entendu les exploits d'un Gryffondor. Un dénommé Benjamin. Il avait deux frères, si je me souviens bien. Connor, un Serdaigle et Demetrius, un Poufsouffle. Ils étaient connus pour avoir successivement mis le feu durant l'un des cours de Slughorn (exactement comme moi hier soir). Je répète inlassablement leur prénom dans ma tête et au bout d'une minute, je tilt et je fais le lien avec Mery.
— « Tu es la sœur de Benji, Demetrius et Connor Pyrdell ?! » je chuchote fortement, encore ébahi par la surprise. Qu'est-ce que je peux être lent d'esprit parfois...
— « Je croyais que tu ne voulais pas savoir » maugrée-t-elle en roulant des yeux.
— « Mais là c'est légitime ! Tu as des stars comme frères ! » je souris avec admiration.
Elle soupire, or je ne manque pas d'apercevoir une lueur amusée sur son visage.
— « Par Merlin, je comprends pourquoi ces trois débiles prennent la grosse tête. Si jamais tu les rencontre, ne leur dit jamais à quel point tu admires leur frasques » me prévient-elle. « Ils font déjà tourner la tête de mes parents alors autant éviter de les encourager ».
Je m'étire, ravi d'avoir réussi à détendre l'atmosphère entre nous. Si nous sommes condamnés à passer du temps ensembles, autant le faire dans la joie et la bonne humeur. C'est notre dernière année à Poudlard et j'aimerais en profiter autant qu'il m'en est possible. Je crois que Pyrdell doit penser la même chose puisqu'elle ne se départit pas de son sourire.
Elle se replonge alors dans ses notes et son tas de bouquins. Je veux faire de même mais j'aperçois son marque-page. Il s'agit d'une sorte de photo rectangulaire en couleur ; un groupe de six personnes font des signes de la main et rient ensembles. Intrigué, je tends la main et m'empare de la photo.
— « Je te préviens, tu ne vas pas en revenir » m'avertit Mery.
J'y vois trois garçons assez proches en âge que je reconnais comme étant Demetrius, Connor et Benjamin Pyrdell, ainsi qu'un homme et une femme qui doivent être leurs parents. Sur la droite, il y a une petite fille d'une dizaine d'années, les joues gonflées, les bras massifs et la carrure imposante. Trop grosse pour une si petite taille. Malgré ses attributs peu glorieux, je découvre subitement qu'elle a les yeux, le nez et la bouche de Mery. Oh. D'accord.
ϟ PDV de Mery ϟ
— « Alors comme ça tu étais grosse ? ».
Je manque de me jeter sur lui pour l'étrangler de mes petites mains. Or, son ton n'est pas méchant simplement surpris. De bonne volonté, je hausse les épaules, reprenant mon air indifférent que je sers aux personnes que je n'aime pas particulièrement.
— « La photo n'est pas assez explicite, c'est ça ? » je demande avec une moue détachée.
Il ne répond pas et penche une seconde fois sa tête sur le papier qu'il a entre les mains. Je ne sais pas pourquoi je lui ai donné accès à cette photo mais j'aimerais bien la lui enlever illico-presto. C'est déjà assez humiliant d'avoir le plus beau garçon de Poudlard (ça va, j'ai jamais dit qu'il était moche !) assis en face de soi, alors en plus lui prouver que vous n'étiez pas au top de la forme au début de votre adolescence... Je vous laisse imaginer le traumatisme.
— « Comment as-tu fait pour perdre autant de poids ? Tu es devenue mince » s'intéresse-t-il en me détaillant.
Entre nous, il n'y a qu'une table et il ne peut avoir accès qu'au haut de mon corps, pourtant je sens mes joues rougir de gêne.
— « Tu ne veux pas non plus que je te donne l'adresse de mon coiffeur, Potter ? On n'a pas gardé des boursouffles ensembles, alors concentre-toi sur tes recherches » je marmonne en cachant mon visage derrière le livre que je suis en train de lire.
Je l'entends s'esclaffer silencieusement et deux minutes plus tard, je baisse mon livre et regarde s'il est bien en train de travailler. Effectivement, il s'est complètement désintéressé de moi et est plongé dans ses notes ; il a même posé sur son nez les trop rares lunettes que la population de Poudlard regrette de ne pas le voir porter plus souvent. Je me reprends... Est-ce que je viens implicitement de dire que je regrette qu'il ne mette pas ses lunettes la plupart du temps ? Non, ce n'est pas ça. Et puis, sincèrement, il devrait bien savoir que les lunettes rectangulaires sont démodées... M'enfin, passons, il doit sûrement ne pas vouloir qu'on le compare à son père, ce qui est en soit, pratiquement impossible dans la mesure où il ressemble à Harry Potter. James a beaucoup des Weasley, certes, mais ses cheveux noirs en bataille le ramènent irrémédiablement à la figure paternelle.
Bon, trêves de bavardages, il faut absolument que je compare les composants de ma baguette à la sienne. Notre travail de recherche se déroule sans encombre pendant une heure nous n'entendons que la plume gratter le papier rapidement, ainsi que les pages des manuels qui se tournent. Le silence est d'or et personne n'ose l'interrompre. Du moins jusqu'à...
— « James ? » fait une voix au-dessus de nos têtes.
Nous levons les yeux vers Franny Champiflore qui nous regarde avec inquiétude. Ses pupilles bleus passent de James à moi et le Gryffondor semble se tendre en reconnaissant sa meilleure amie. Je comprends tout de suite qu'il n'a dit à personne qu'il venait à la bibliothèque aujourd'hui. Pourtant il aurait dû. La nièce du ministre de la magie français est une habituée des lieux, alors la croiser ici n'est en rien une surprise pour ma part. Ses cheveux blonds en bataille sont reconnaissables de loin, en plus.
— « Franny » fait-il dans un souffle.
— « Qu'est-ce que tu fais ici ? » l'interroge-t-elle. Je jurerais qu'elle s'empêche de rajouter : que fais-tu ici, avec elle ?
Pendant longtemps, la populace de Poudlard a pensé que Champiflore et Potter sortaient ensemble. À vrai dire, je le pensais aussi. Mais ma croyance en cette idée vient juste de partir en fumée, puisque ce n'est pas de la jalousie que j'aperçois dans son regard, c'est simplement un mélange de curiosité et d'appréhension. Et croyez-moi, je suis une asse des mélanges en tout genre.
— « Nous travaillons » je réponds à la place du brun.
Autant ne pas y aller par quatre chemins, et je connais suffisamment Potter pour le penser incapable de mentir à l'un des membres des Lions Bleus. Surtout à la seule fille de leur groupe maudit.
— « Oh » dit-elle.
Elle nous regarde suspicieusement. Potter a cessé de gigoter et Franny pose les yeux sur nos manuels de potions, bien en vue sur la table, les croquis et notes sur nos parchemins. Allons bon, elle ne va quand même pas ne pas croire à notre mensonge ?! Les preuves sont là !
— « Elle me donne des cours de potion » annonce James d'une mine renfrognée.
Ma réputation doit marcher, car elle m'adresse un grand sourire.
— « Quelle excellente idée. James est doué en potion, mais à force de ne pas travailler il a acquis quelques lacunes » lâche-t-elle finalement. « Je te trouve bien courageux de reprendre les bases » ajoute-t-elle en direction du Gryffondor.
Il se force à sourire sauf que le cœur n'y est pas vraiment. Discrètement, je lui donne un petit coup de talon qui le fait sursauter. Après m'avoir lancé une œillade courroucée, il se tourne vers la blonde.
— « Ouai. Je n'ai pas eu trop le choix. J'ai fait un pari avec Pyrdell » ment-il.
C'est à moi d'avoir l'air surpris d'un hibou. Qu'est-ce qu'il fait ?!
— « Si j'arrive à la battre au prochain devoir de Slughorn, elle doit m'accompagner au dernier bal que ce vieux fou organise pour célébrer son départ à la retraite ».
J'en reste bouche-bée. Pourtant, les trois coups de talons que je lui lance n'ont d'autres effets que de le faire sourire encore plus, satisfait de son plan diabolique. Mais qui m'a fichu un sombre crétin pareil ?! Je ne peux même pas répliquer, cela éveillerait les soupçons de Champiflore.
— « Je vois » commente-t-elle amusée. « Dans ce cas je vous laisse travailler. Et j'espère que tu lui feras mordre la poussière, à ce prétentieux » m'encourage-t-elle.
Sans un mot de plus, elle quitte notre allée pour sortir de la bibliothèque. J'attends qu'elle soit loin de nous pour adresser un regard assassin à James Potter.
— « On peut savoir ce qui t'a pris ?! » je m'exclame en chuchotant.
— « Qu'est-ce que tu as à perdre de toute façon ? Tu vas gagner ce pari » réplique-t-il.
Je vais gagner ce pari, c'est un fait. Mais je n'accepte pas qu'il l'ait inventé... J'ai beau être l'élève préférée de Slughorn, je ne mettrai jamais un pied dans l'une de ses stupides soirées. Déjà parce que tout le gratin comme Potter y sera, et en plus parce que je n'aime pas l'idée qu'un prof fasse de l'élitisme alors que des élèves beaucoup plus méritants y en sont exclus. Je trouve cette façon de procéder aberrante.
— « Tu es... » les mots se perdent dans ma bouche.
— « Charmant ? Intelligent ? Beau comme un dieu ? » propose Potter.
— « Si horrible que même Mimi Geignarde ne voudrait pas sortir avec toi » j'assène froidement.
Non mais a-t-on déjà vu un type aussi imbu de lui-même dans ce bas-monde ? En tout cas, James remporte la palme d'or du gars le plus orgueilleux de Poudlard.
La cloche se met à sonner avant qu'il ne puisse se défendre. Il est midi et le déjeuner va bientôt commencer. Je me lève en soupirant et rassemble mes affaires dans mon sac, Potter fait de même de son côté.
— « Il va falloir que l'on fasse vite pour trouver une solution » me dit-il. « La semaine prochaine on sera en vacance et je n'ai aucune envie de devoir consacrer mes deux semaines de repos à cette stupide baguette-traître ».
— « Moi non plus » j'approuve.
Je sens mon ventre se nouer. Mon concours se déroule le quatrième jour des vacances. J'ai du mal à contenir mon stress ; ce n'est pas une simple épreuve donnée en cours, là, je joue mon avenir. Et je n'ai pas intérêt à me planter.
— « Ce soir, rendez-vous à la Taverne Poisseuse ».
Quoi ?! Mais cet endroit se trouve à Pré-au-lard ! Je n'ai jamais quitté le château de nuit et encore moins pour me rendre dans le village voisin avec un garçon (que je ne connais pas, cela dit en passant).
— « Tu as perdu la tête ?! Comment veux-tu que je sorte de Poudlard ? Les portes d'entrée sont gardées, et Rusard va me tomber dessus ! ».
Heureusement que nous sommes sortis de la bibliothèque car Mrs Pince, la bibliothécaire, nous aurait chassés à grands coups de livres sur la tête. James fait une moue dubitative. Il m'observe de la tête aux pieds, se disant mentalement que « oui, je n'ai jamais tenté une expérience aussi géniale de toute ma vie ».
— « Bon, je nous y emmènerai. Donc, rendez-vous après le repas devant la statue de Gregory le Hautain, au premier étage ».
Je veux répliquer mais il ne m'en laisse pas le temps.
— « Ne t'en fais pas ! Il n'y aura personne, ils seront tous occupés à manger. Et apporte quelque chose de chaud ».
Sans dire autre chose, il me laisse en plan et se dirige en direction des escaliers. Je soupire de frustration. Dans quoi me suis-je fourrée, par Merlin ?! Adieu la tranquillité. Ce soir, j'ai rendez-vous avec James Potter. Et ce n'est certainement pas un rencart !
Alfred me lance un regard de chien battu. Je manque de m'étouffer dans mes petits pois. Le pauvre, ce n'est pas facile de se faire plaquer à une semaine des vacances. Il aurait dû se douter que sa copine, du moins, son ex-copine, Juliana, n'était pas prête à s'engager dans une relation des plus sérieuses avec quelqu'un. Rien qu'au début de l'année, elle avait écumé les rangs de Serpentard à la recherche d'un potentiel petit-ami. Avant Alfred, il y avait eu Diego, Ian et Franck.
— « Alfred. Je suis désolée pour toi, tu sais bien que si tu veux pleurer tu en as le droit. Il n'y a personne à cette heure-ci » je lui rappelle.
En effet, il est dix-neuf heure quarante et la plupart des élèves ne rappliquent qu'à vingt heure. Fort heureusement, Alfred est tellement préoccupé qu'il ne s'est même pas rendu compte qu'il est bien trop tôt pour manger. Or, je n'ai pas le choix si je veux me rendre au stupide rendez-vous de Potter. D'ailleurs, ce dernier est tranquillement assis à sa table avec le reste des Lions Bleus. Il ne m'adresse aucun regard et c'est tant mieux, je n'ai aucune envie d'éveiller les soupçons. Je gagnerai le gros lot si tout Poudlard savait que nous nous voyons en dehors des cours communs.
— « Vraiment ? » me demande mon meilleur ami.
Je reporte immédiatement mon attention sur ses yeux larmoyants et son nez rougi par une allergie au pollen. Mon visage s'adoucit aussitôt.
— « Bien sûr. Je ne te jugerai pas, après tout, on a bien pris un bain tous les deux quand nous avions cinq ans » je me moque en lui frappant doucement le bras.
Lui rappeler ce souvenir le détend un peu, néanmoins je crois que la tristesse est profonde car au bout de quinze secondes, ses traits se durcissent.
— « C'est vraiment une salope de première ».
Oh bon sang. J'en suis choquée. Alfred est doux comme un agneau et il n'a jamais insulté qui que ce soit, encore moins une fille.
— « Euh... ».
— « Parfaitement ! Elle s'est jouée de moi et elle m'a prise pour son larbin. J'aurais dû t'écouter depuis le début, Mery ».
Je suis ravie qu'il l'admette ! Ce n'était pas faute d'espérer, et je ne suis pas étonnée pour un sou qu'elle l'ait largué au bout de deux mois et demi de relation. Quand je vous disais que les Serpentard ne sont pas tous aussi sympathiques que nous...
— « Tu trouveras quelqu'un, je te le promets, Al' » je murmure sur le ton de la confidence.
Ses yeux pétillent de gratitude et je souris avant d'avaler la dernière cuillère de gâteau au chocolat. Du coin de l'œil, j'aperçois Potter qui se lève et s'excuse auprès de ses amis. De là où je suis, et comme il n'y a pas encore le sempiternel brouhaha durant les dîners, je l'entends dire :
— « Je dois partir voir quelqu'un ».
— « Qui ? Une autre fille, Jamesie ? » se moque Magnus.
— « Oui c'est ça » répond distraitement ce dernier.
J'attends un peu après son départ, puis je me lève du banc et regarde Alfred, qui semble surpris.
— « Je dois... euh... retourner dans la salle de potion pour m'entraîner » je mens.
Faites qu'il morde à l'hameçon.
— « Encore ? Mais c'est le week-end, Mery, tu as encore une semaine devant toi » tente-t-il de me faire rester.
Je hausse les épaules. Si je ne le fais pas maintenant, je n'aurais pas le courage de le semer par la suite. Je prends mon sac alourdit par les affaires et les vêtements chauds que Potter m'a conseillé de porter, et je me dirige d'un pas traînant jusqu'à notre point de rendez-vous. Par malheur, je croise du monde sur mon chemin ; les élèves se dirigent tout droit vers la Grande Salle. Atteindre le premier étage aussi vite me parait un exploit, surtout que je dois sortir bec et ongles pour éviter de me faire emporter par la masse d'étudiants affamés. Comment se fait-il qu'ils descendent les escaliers comme un troupeau de trolls enragés ? Croyez-moi, rien n'est plus dangereux qu'un adolescent qui a faim.
Cachée derrière un mur en pierre, je me fais discrète et je zieute les alentours, priant de toutes mes forces pour ne pas croiser un étudiant de ma maison ou de celle de Potter. La chance doit être avec moi, puisqu'il n'y a pas un chat dans les parages. Réprimant un sourire satisfait, je m'avance vers la statue imposante de Gregory le Hautain. Je n'ai jamais vu un bonhomme de pierre aussi gros ; sa face rabougrie et ses yeux sévères me transpercent de toute part, et je me maudis d'avoir accepté le rendez-vous de Potter. Me retrouver seule devant la statue d'un illustre potionniste n'est en rien excitant, et je me demande bien où est passé ce crétin de James. Il devrait déjà être là puisqu'il a quitté la Grande Salle bien avant moi !
Soufflant de mécontentement, je me décide à l'attendre encore un peu. Aussi, je me contente d'observer la figure hideuse de la sculpture, tout en m'appuyant contre le mur qui se trouve derrière elle. J'allais m'écrier qu'on devrait vraiment se débarrasser d'une œuvre aussi laide, quand soudain, je ne sens plus les dalles de pierre froide dans mon dos. Comprenant que plus rien ne me soutient, le vide remplaçant mon point d'appui, je tombe en arrière, prête à me briser le crâne. Deux bras me retiennent juste avant que le sol ne soit la dernière chose que je ressente de ma brève vie. Au-dessus de moi, je reconnais les yeux bleus de James Potter.
— « Oups », fait-il. « J'ai activé le passage sans me douter que tu te tiendrais dessus ».
Fronçant les sourcils, je me dépêche de me retirer de ses bras trop chaleureux à mon goût. Il vient quand même de me sauver la vie, cependant j'ai plutôt l'impression qu'il a failli causer ma perte.
— « Tu as pris des vêtements chauds ? Il fait très froid dans les passages et dehors le vent souffle à en refroidir un griffon », me prévient-il en posant un bonnet sur sa tête et en enroulant son écharpe aux effigies de sa maison.
J'acquiesce du menton tandis qu'il referme le mur, j'en profite pour enfiler mon gros pull tricoté, ainsi qu'une paire de gant. Nous nous retrouvons dans le noir complet.
— « Lumos » murmure-t-il.
Une faible lumière naît du bout de sa baguette, sauf qu'elle est si faible que nous nous voyons à peine, alors que je suis à cinquante centimètres de lui. Me rappelant que c'est à cause de sa foutue baguette que je me retrouve à faire le mur avec lui, je ne peux m'empêcher de soupirer.
— « Lumos » je récite à mon tour en m'emparant de ma propre baguette.
La lumière est si vive qu'elle donne l'impression de nous rendre borgne. Je commande à ma magie de baisser d'intensité, et la source lumineuse se fait moins violente.
— « Ne te la pète pas » se renfrogne Potter alors qu'il range son bout de bois.
Je souris discrètement, néanmoins, je décide de ne pas le froisser. Sa situation n'est pas des plus amusantes.
— « Avançons. J'espère pour toi que Rusard ne nous tombera pas dessus je n'ai aucune envie de devoir passer une heure de retenue avec lui ».
À cette pensée je le sens frissonner. Il n'ose pas me faire peur, après tout, peut-être que notre gentil concierge ne connait pas les différents passages secrets de Poudlard, sinon, je ne donne pas cher de nous deux.
J'ai l'impression que nous marchons pendant une éternité (quarante-sept minutes précisément) quand j'aperçois enfin un cul-de-sac. Au-dessus de nous se trouve une trappe.
— « Où est-ce que ça mène ? » je me méfie.
— « Pré-au-Lard » me répond-t-il comme si c'était évident.
Il escalade la rangée de briques humides et ouvre la trappe. Un vent glacial pénètre dans le couloir et je me rends compte qu'il ne plaisantait pas en affirmant qu'il fait un froid de canard. Parvenant en haut, il se penche vers moi et me tend une main. Après trois secondes d'hésitation, je m'empare de sa manche et il m'aide à monter (ou plutôt, il me tire, parce que l'escalade et moi ça fait deux).
Je regarde autour, profitant du fait qu'il referme la trappe pour observer les lieux. Nous nous trouvons dans une petite ruelle étroite, et il fait si sombre que je ne me rends pas tout de suite compte que deux établissements cernent la ruelle de chaque côté. James me contourne et je le suis jusqu'à la rue principale ; il s'avance alors jusqu'au premier établissement. Je reconnais le blason d'une auberge.
— « Bienvenue à l'entrée de la Taverne Poisseuse » s'enchante James.
— « Tu veux vraiment que l'on rentre dedans ? » je panique. « Et si des profs s'y trouvaient ? Ou pire, des parents d'élèves ? ».
— « Froussarde ».
Il entre sans attendre que je réplique. La température en dessous des normales de saison est la deuxième chose qui me pousse à le suivre. La première étant le vieux pervers que je perçois de l'autre côté de la rue et qui me lorgne ouvertement.
L'auberge est, au contraire de son nom, propre et il n'y a pratiquement pas de clients. Une femme rondelette au visage sympathique nous fait signe depuis le comptoir.
— « Bonsoir, James. Tu devrais être à l'école. Que fais-tu ici ? » demande celle qui doit être la gérante de l'endroit.
— « Une affaire importante, Jodie. Voici, Mery Pyrdell » me présente-t-il.
Je souris timidement.
— « Bonsoir ».
— « Bonsoir, Mery. C'est ta mère qui a soigné mon père lorsqu'il était malade ; sans elle, je crois que je l'aurais perdu. Donc, voici un cadeau de la maison » s'exclame-t-elle en nous servant deux Bièraubeurres.
Nous prenons les échoppes, et je remercie Jodie pour l'offre, puis nous nous installons à une table éloignée de l'entrée. Je croise les yeux de James, attendant patiemment que ce soit lui le premier à briser le silence.
— « C'est le QG des Lions Bleus » m'apprend-t-il.
Je suis assez déconcertée par cette révélation.
— « Tu ne devrais pas garder ça secret ? » je m'enquis avec ironie.
— « Il faut que l'on apprenne à se faire confiance, sinon, jamais on ne pourra s'en sortir ».
Je bois alors la boisson chaude et Potter m'imite, sans oublier de lâcher un soupir de contentement une fois le liquide avalé. Mais sa bonne humeur s'évanouit d'un seul trait. Le regard rivé sur la porte d'entrée, son expression s'est figée et il semble horrifié par l'arrivée de quelqu'un. Je n'ose me retourner à mon tour.
— « Potter... » je tremble. « Qu'est-ce qui se passe ? ».
Je sens alors un robuste personnage s'avancer vers nous. Son ombre est si imposante et terrifiante que je vois ma vie défiler devant mes yeux. Deux mains, grosses comme des couvercles de poubelles, se posent brusquement sur notre table, renversant mon échoppe par terre. Quand je croise des yeux noirs et un visage bien connu, je ne peux m'empêcher de lancer une œillade à James, qui veut dire : « Je t'avais bien dit qu'on se ferait prendre ! ».
— « Rubeus Hagrid ! » intervient Jodie. « Ne rentre pas de la sorte et ne sois pas brutal, enfin ! Tu vas faire fuir tous mes clients ».
Mon ancien professeur de Soin aux créatures magiques (j'ai arrêté cette matière horrible quand je me suis fait mordre le derrière par une Verracrasse géante) parait un peu confus et désolé, mais ses yeux perçants ne nous quittent pas.
— « Que faites-vous en dehors de Poudlard, jeunes gens ? Je suis certain que c'est toi, James, qui a emmené miss Pyrdell jusqu'ici » fait-il.
Je me sens particulièrement touchée de voir qu'il se rappelle encore mon nom. Sans doute que le jour de mon humiliation où j'ai couru dans tous les sens, avec une créature accrochée au derrière, reste l'un de ses plus beaux souvenirs d'enseignant.
— « C'est que nous avons un problème personnel » commence Potter, gêné par la situation.
Je pense qu'il ne s'attendait pas à croiser Hagrid ici. Mon non plus, d'ailleurs.
— « Quel genre de problème personnel qui nécessite une sortie non autorisée en dehors de l'école ? » nous suspecte-t-il.
Il rive alors les yeux sur moi et se pose sur mon ventre. Mon regard s'agrandit sous le choc en comprenant son insinuation et j'ouvre la bouche pour protester :
— « Eh, minute, papillon ! Ce n'est pas ce que vous croyez ! ».
Je jurerai que derrière sa barbe emmêlée et foisonnante, ses joues ont pris une couleur rosée.
— « Oh, pardon » s'excuse-t-il honteusement.
— « Quoi ? » se demande James, qui n'a en rien suivi la scène.
Ou du moins, qui n'a rien compris.
— « Rien » nous répondons en chœur, Hagrid et moi.
La honte de révéler à Potter que notre professeur a pensé que j'étais peut-être enceinte de ce garnement. Plutôt mourir oui !
— « Bon... Euh... Quel est votre problème dans ce cas ? » veut-il se rattraper.
James pince les lèvres et m'envoie un message : « On n'a pas le choix ». Et il pose sa baguette sur la table. Je souffle, ne me sentant pas tout à fait prête à faire confiance à Hagrid. Ensuite, je me décide (sous les coups de pied insistants de Potter) à mettre ma baguette près de la sienne.
— « Ma baguette a changé d'allégeance » explique le Gryffondor. « Elle appartient désormais à Pyrdell, et nous ne savons pas comment régler cela ».
La face du garde-chasse devient soucieuse.
— « Peut-être pourriez-vous nous aider et ne pas en souffler mot à mes parents » propose courageusement James.
Le demi-géant se gratte la barbe, l'air concentré.
— « Ma baguette a gardé ses composants magiques, même détruite. Toutefois, l'art des baguettes est très peu connu et seuls des experts pourraient vous aider. De plus, je crains que tous n'y parviennent pas... Une baguette possède sa propre intelligence et une connexion profonde avec son possesseur ».
— « Profonde » siffla le Gryffondor avec une hargne non dissimulée.
— « Il va falloir consulter un expert. Les vacances sont dans une semaine, d'ici-là, arrangez-vous pour organiser un rendez-vous chez Ollivanders. J'ai peut-être un ami qui serait plus instruit que moi sur la question » rajoute Hagrid.
— « Quand pourrons-nous le voir ? » je m'excite, telle une puce.
— « Je peux lui demander de passer dans la semaine... Mardi ou mercredi. Néanmoins, il va falloir que vous quittiez l'école une nouvelle fois, et j'aurais de gros ennuis si vous vous faites prendre » se rembrunit le géant.
La seule idée de revenir ici m'est insupportable. J'aimerais refuser, mais ils ne semblent pas faire attention à moi.
— « Nous ne nous ferons pas avoir » promet James. « Mais n'en parlez pas à mes parents ».
— « C'est d'accord ».
Son visage s'éclaire et il dépose une petite créature verte et recroquevillée sur elle-même. La pauvre petite chose était presque étouffée dans la poche de Hagrid, mais il ne semble pas s'en soucier.
— « Vous voulez voir ma Meringue ? C'est une Féeminie, une espèce très rare de Fées. Je l'ai gagnée à une partie de bavboules contre Hector Delamare qui était persuadé que je... ».
Je roule des yeux tandis que James me lance un regard désolé. Je sens que la nuit va être longue et que nos problèmes le seront encore plus.
Hem.
Voilà la chapitre 2. Les ennuis ne font que commencer, comme l'a si bien dit Mery. Je ne sais pas quand je posterai la suite, il faudra être patient. Je vous dis donc : à bientôt !
