"LES FANATIQUES DES LIONS BLEUS ou COMMENT SE FAIRE MOLESTER PAR DES FURIES"
ϟ PDV de Mery ϟ
Cela fait trois heures et demie pétantes que le Poudlard Express a quitté la gare de Pré-au-Lard. Je n'aime pas particulièrement les voyages en train, surtout que le trajet dure généralement une bonne journée et qu'en tant que préfète je dois me taper le contrôle des wagons qui me sont impartis. Une corvée. Ils devraient réellement faire en sorte que l'on soit en vacances, surtout les pauvres âmes des préfets en chef. Ou alors l'école pourrait engager une horde d'elfes de maison !
J'avance donc, comme une errante, à observer le paysage défiler par-delà les fenêtres du train, sans aucune considération pour les autres élèves. Ils peuvent bien faire ce qu'ils veulent pourvu que cela n'atteigne pas ma zone de confort si précieuse. Je souffle un bon coup, me motivant à l'idée que ce sont les vacances. Il était temps, car croyez-moi, la semaine qui a précédé ce samedi a été un véritable calvaire.
Le problème de James Potter (et par la même occasion, mon problème), ne s'est en rien dissipé. Oh, bien entendu, nous avons risqué froid et heures de colle pour nous rendre à la Taverne Poisseuse le mardi que nous a indiqué Rubeus Hagrid, afin de rencontrer son mystérieux ami, spécialiste des baguettes. Inutile de dire que nous avons attendu sa venue toute la nuit, et que nous sommes rentrés à Poudlard, morts de fatigue, en colère et déçus par le posage de lapin de ce « grand » ami.
La suite de l'aventure n'en reste pas moins décevante ; entre Potter qui essayait d'assister aux heures d'entraînement de Quidditch tout en me rejoignant à des heures impossibles à la bibliothèque, et moi, de perpétuelle mauvaise humeur parce que mes cours de potion donnés aux autres élèves rendaient nos emploi du temps sans dessus-dessous. Une semaine catastrophique. J'ai dû louper Potter au moins quatre fois dans la semaine, sur les six rendez-vous que l'on s'était fixés. Eh bien, félicitons cette équipe de choc, même pas capable de se réunir une heure par jour. J'ai honte de nous.
C'est sur cette pensée des plus optimistes que j'ouvre la porte du compartiment C, les yeux rivés sur le sol. Des rires ponctués par une voix grasse se taisent subitement, et je lève le regard pour croiser le célèbre Club de Slug au complet. Tous les visages m'observent avec curiosité et je sens mes joues rougirent de gêne ; pourtant, mon professeur de potion ne semble pas se départir de son sourire avenant.
— « Oh, bienvenue, miss Pyrdell ! Pour une fois que vous nous faites grâce de votre visite ! Venez donc prendre part à notre discussion », m'invite-t-il.
J'hésite une seconde, encore plus lorsque je croise le rictus moqueur de Potter. J'avais oublié à quel point ce débile peut être d'une sournoiserie illimitée.
— « Je suis désolée, j'ai d'autres plans de prévus », je tente de m'esquiver.
— « Mais, enfin ! Vous n'allez pas vous dérober aussi vite ?! Prenez-donc place à côté de monsieur Potter, la chaise à sa droite est libre ».
Je sens mes os se glacer. Tout le monde me regarde avec intérêt, attendant ma réaction, qui, elle, ne se fait guère attendre. Je grimace à cette proposition des plus saugrenues. Ce n'est pas parce que nous nous côtoyons depuis l'affaire de la baguette-traître, que je dois sympathiser avec lui devant tous les autres élèves.
— « Navrée, professeur. Je n'ai aucune envie de m'asseoir à côté du membre le plus charismatique des Lions Bleus » j'ironise avec force. « En plus de cela, je dois assumer mes responsabilités de préfète et finir ma patrouille. Alors, si vous n'y voyez pas d'inconvénients ».
Sans un mot de plus, je ferme la porte et me retire, non sans percevoir le regard foudroyant de Potter. Ça lui apprendra à avoir raté notre dernier rendez-vous. La veille, je l'avais attendu une heure et demie à la bibliothèque et il n'avait pas daigné me faire part de sa présence. Alors qu'il aille au diable, lui et sa stupide baguette.
Je continue ma ronde avec un petit sourire fier qui s'envole aussitôt quand, dix-minutes après ma venue dans le compartiment de ''l'élite'' (sentez mon indignation dans ce mot), je tombe sur Cassius Warrington et quelques groupies des Lions Bleus. Ces derniers, qui ont sûrement dû quitter la petite réunion sélecte de Slughorn, me barrent le chemin et sont en pleine conversation fascinante. Cassius est un vrai playboy, ce n'est pas surprenant qu'il soit entouré d'une marée de filles (aussi belles que les mannequins anorexiques qui se déchaînent sur les podiums de mode moldue). Aberrant, je vous l'accorde. Qu'est-ce qu'elles lui trouvent à ce péquenaud riche, arrogant et mesquin au possible ?
— « Tiens, tiens, Pyrdell. Tu nous as manqué à la réunion », se moque-t-il.
Les filles se tournent vers moi, attendant une répartie de ma part. Leur regard est menaçant, presque jaloux. Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez ces gens ?
— « Warrington, je n'avais guère envie de te voir dans la même pièce que moi », j'assène sèchement.
— « Je croyais que c'était Potter que tu ne pouvais pas voir en peinture », réplique l'une des pestes accrochées au bras de Cassius.
— « Chacune d'entre nous t'aurait crevé les yeux pour un telle insolence. C'est un privilège que d'être assise à côté de James Potter ou d'un membre des Lion Bleus » ajoute une autre.
— « Ou de Cassius ! » piaille sa compère, évitant de se mettre à dos ce playboy de la nature.
Pendant un instant, ma bouche s'ouvre sous la surprise. Profitant de mon moment de panique, le Serpentard se détache des succubes et s'approche de moi.
— « Je te laisse gérer cette crise de jalousie tout seule. Hors de question pour moi d'intervenir. On se voit au concours » me salue-t-il avant de sortir du couloir.
— « Wa-Warrington ! Tu... tu ne vas pas me laisser toute seule avec elles ! » je proteste, flippant pour ma survie.
— « Je vais me gêner » répond ce sans cœur en se volatilisant.
Je me retrouve donc en face de cinq groupies hystériques, prêtes à m'arracher la tête tout cela parce que, oui, j'ai refusé de m'asseoir à côté de Potter. Je suis vraiment maudite. Et en même temps, fière que personne n'ait osé le faire avant moi. Ô satisfaction personnelle, quand tu nous tiens... Mais ce n'est pas le moment de penser à ta fierté, Mery, tu risques ta peau si tu ne réagis pas tout de suite !
Aussitôt dit, aussitôt fait. Je pointe alors mon doigt vers la fenêtre du compartiment en m'écriant avec toute la volonté/jeu d'actrice que je peux avoir.
— « Oh, un Troll volant ! » je mens en feignant l'admiration.
Ces pauvres idiotes se retournent en même temps vers l'endroit indiqué, et j'en profite pour m'esquiver par la dernière porte du couloir. Je prends littéralement mes jambes à mon cou, me retenant avec difficulté de crier de terreur. Bon... J'ai gémis comme un porcelet effrayé que l'on s'apprête à égorger, néanmoins les détails de ma fuite ne comptent pas, alors je vous demande de reconsidérer vos remarques moqueuses pour cette fois. Vous auriez sûrement réagis de la sorte face à ces cinq énergumènes que l'on nomme les Furies. Très charmant, en effet, et ce surnom leur va à merveille.
Voyant la voie libre en face de moi, j'entre dans un wagon vide de toute présence humaine, et j'ouvre au hasard un compartiment. Le dos tourné, les mains fermement posées sur les portes, je retiens ma respiration afin de ne pas me faire repérer par les Furies. Je colle alors mon oreille contre le bois et j'entends clairement leur pas raisonner dans le couloir, se dirigeant à l'avant du train.
— « Ouf... c'était moins une », je commente tout bas.
— « Qu'est-ce que tu fiches ici ? » fait une voix.
Je sursaute, lâchant un petit cri de panique. Me retournant brusquement, je dois maintenant faire face à la figure interrogatrice de Potter. Je suis doublement maudite aujourd'hui. Franchement, c'est le seul individu (si l'on excepte les Furies) sur lequel j'avais envie de tomber.
—« Rien du tout ! » je m'exclame, m'apprêtant à ouvrir le passage pour m'enfuir.
Aussitôt, la grande main de James s'abat avec fracas sur le battant, me barrant la voie. Je me tends sous son geste violent. Quelle mouche l'a piquée à celui-là ?
— « J'ai deux ou trois petites choses à te dire, ma belle » me murmure-t-il au coin de l'oreille.
Je grimace d'horreur. Non merci, je n'ai aucune envie de me retrouver seule en sa désagréable compagnie.
—« Je préfère nettement manger des scarabées ».
Toutefois, il ne prête pas attention à ce que je viens de dire. Il verrouille le compartiment avec sa baguette, la même qui ne devrait pas bien fonctionner, et il me pousse contre l'un des sièges, avant de s'avachir avec élégance à l'opposée. Je souffle d'exaspération, regrettant de ne pas avoir pris ma propre baguette avec moi.
— « On n'est pas censé se servir de la magie en dehors de l'école ! » je m'exclame à bout de nerf.
— « T'en fais pas, Pyrdell. Ma magie est tellement dérisoire que personne ne le remarquera, et tout le monde s'en sert dans le Poudlard Express » m'assure-t-il avec un sourire des plus arrogants.
Qu'ai-je dit déjà sur Cassius Warrington ? Qu'il était riche, arrogant et mesquin ? Eh bien Potter lui arrive très bien à la cheville, les deux se valent à la perfection.
— « T'es qu'un cuistre et une abominable erreur de la nature » je maugrée en croisant mes bras sur ma poitrine. « Qu'est-ce que tu me veux ? ».
— « Simplement savoir pourquoi tu n'es pas venue aux rendez-vous que l'on s'était fixés cette semaine » répond-t-il avec un calme olympien.
— « Parce que tu n'as pas daigné venir à ceux que je t'ai donné » je lui rappelle.
Il garde son silence, m'observant comme on le ferait pour une bête que l'on s'apprête à disséquer. Je suis trop mal à l'aise en sa présence, c'est un véritable fléau ce gars.
—« Je t'ai envoyé deux hiboux tous les soirs ».
J'ouvre grands les yeux. Et je comprends enfin pourquoi le manque de communication est manifeste entre nous deux.
—« Potter, Potter. Tu n'es qu'un imbécile ambulant. As-tu seulement pensé qu'un hibou est une créature volatile qui ne nage pas, ni ne peut respirer sous l'eau ? » je me moque.
— « Je ne comprends pas... ».
— « Évidemment, tu as une noix à la place du cerveau ! Le dortoir des Serpentard, mon cher ! Il est dans les cachots, et sous l'eau du lac de Poudlard. Alors à moins que tes hiboux soient croisés avec des poissons, je ne suis pas certaine qu'ils puissent m'apporter grand-chose, si tu vois là où je veux en venir ».
Ses yeux se plissent et un rictus moqueur remplace sa face de rat. Par Merlin, mais pourquoi je m'embarrasse avec un type pareil ?!
— « Me prendrais-tu pour un ignare ? ».
— « Dans les cas passé, présent et futur... Oui » j'approuve avec sérieux.
Il s'esclaffe bruyamment, son rire devenant si intense qu'il manque de s'étouffer sur son siège. Je le regarde avec agacement, attendant qu'il se reprenne.
— « Tu as oublié que mon frère est à Serpentard. J'ai donc une technique spéciale pour lui remettre des messages ; et par la même occasion, je lui ai remis les messages qui t'étaient adressés. Je vais donc avoir une petite discussion avec lui » songe-t-il en se levant.
Il ouvre les portes du compartiment, puis m'adresse un dernier regard.
— « On se voit bientôt, Pyrdell » déclare-t-il avec un sourire étincelant.
Je lève les yeux au ciel.
— « C'est cela. On se voit en enfer, Potter ».
— « Mery ! Je suis si content de te voir, ma gargouille adorée ».
Les bras de Demetrius se referment sur moi et me serrent de toutes parts, si bien que j'ai l'impression que je vais finir par être étouffée. Mon frère et ses grandes marques d'affection ne m'ont pas manqués. Ou du moins, plus maintenant.
— « Lâche-moi, crétin, ou sinon c'est un cadavre que tu vas rapporter à la maison », je grogne, déjà lasse de sa conduite.
Il desserre son emprise sur ma pauvre personne, me permettant de respirer librement. Se penchant sur ma valise et mon sac, il choisit de prendre le plus lourd de mes bagages. Je souris intérieurement, mes frères sont des brutes mais ils ne manquent jamais de m'aider quand l'occasion se présente, et le pire, c'est qu'ils ne le font pas exprès. Quel dévouement, si seulement Potter pouvait faire de même et arrêter de me chercher des noises.
Du coin de l'œil, je remarque sa silhouette au loin, il est lui-même en train de pousser le chariot sous les jacassements de sa petite-sœur. Il semble ennuyé par la conversation, si bien qu'il tourne la tête dans notre direction. Croisant mon regard, il me fait un geste moqueur de la main.
— « C'est moi ou James Potter vient de te saluer ? ».
Je sursaute en entendant la voix d'Alfred dans mon dos. Mon meilleur ami conduit un chariot et mon frère en profite pour déposer ma valise sur l'engin à roulettes.
— « Qu'est-ce que tu fais, ici ? » je m'étonne.
— « Je te l'ai dit jeudi dernier, Mery, c'est ton frère qui me récupère aujourd'hui. T'es dans la lune en ce moment, tu ne retiens rien de ce que je t'apprends » se vexe Al.
Je lance une œillade à Demetrius qui est trop occupé avec le chariot pour remarquer quoi que ce soit.
— « Alors, pourquoi Potter t'a-t-il salué ? » reprend Alfred.
Décidément, je ne pourrais jamais me débarrasser de ce fouineur.
— « Sans doute parce qu'il m'a confondu avec quelqu'un d'autre » je mens en accentuant mes propos par un hochement d'épaules.
— « Ah, vraiment ? Pourtant j'ai entendu Jamie Tilvich dire que tu avais refusé de t'asseoir à côté de lui au goûter de Slughorn » me révèle-t-il, non convaincu par mon mensonge.
Je sens mon cœur s'affoler. Par Merlin, est-ce qu'il va tout découvrir par lui-même ? Et s'il savait déjà que nous nous voyons en cachette ?!
— « Je... je... C'est vrai que j'ai refusé » je balbutie.
— « Mery » fait-il avec une expression choquée.
Oh, oh.
— « Tu es tellement géniale ! » s'exclame-t-il soudainement.
Quoi ? Il faudrait que l'on m'explique un jour comment fonctionne Alfred, parce que parfois, je ne le suis pas du tout, mais alors pas du tout.
— « Elle est comme le vin, elle se bonifie avec le temps » commente Demetrius alors que nous traversions le mur qui nous relie à la Gare de King's Cross « côté moldu ».
— « Vous êtes des imbéciles » je ne peux m'empêcher de marmonner pour moi-même.
— « Des imbéciles extraordinaires » rajoute doucement mon frère.
Nous mettons un peu plus d'une quinzaine de minutes avant d'arriver à la voiture de Demetrius. Il s'agit d'une vieille twingo datant des années 2010 qu'il a acquise après avoir brillamment passé son permis moldu. Depuis, impossible de ne pas le voir en train de se promener avec durant les vacances ; le reste de l'année, il utilise les voies magiques habituelles : poudre de cheminette, balais, transplanage, cochons-volants, etc. Toutefois, j'admets qu'il est très agréable de vadrouiller dans une voiture moldue de temps en temps.
— « On doit passer voir maman » nous apprend Demetrius alors qu'Alfred et moi nous installons confortablement à l'arrière du véhicule (la place du mort ? Très peu pour nous. Nous sommes tous les deux conscients des talents de conducteur de mon frère. Il nous mènerait droit au cimetière s'il le souhaitait).
— « Comment ça ? On ne peut pas la voir ce soir ? » je questionne en lançant une œillade à mon meilleur ami.
— « Elle a envoyé un hibou à papa, ce matin. Elle ne pense pas rentrer de toute la soirée puisque l'Hôpital a besoin d'elle. Ça ne te dérange pas, Alfred ? Je peux te déposer avant si tu le souhaites » propose-t-il.
La voiture s'engouffre dans un tunnel et la circulation se fait moins dense. Il y a de moins en moins de voiture dans cette partie de la ville.
— « Non. Je reste avec vous. Et puis, tu connais la tradition » sous-entend-t-il.
La tradition, comme il l'a si bien qualifiée avec un ton des plus mystérieux, c'est ce qu'on appelle « notre nuit de vacance ». À chaque soir qui suit le début des vacances scolaires, Alfred et moi nous organisons une soirée où l'on reste ensemble. Il arrive que ça soit moi qui aille dormir chez lui, mais depuis que nous sommes rentrées en quatrième année et que notre physique d'enfant s'est transformé en physique d'ado pubère, mes parents ont préféré qu'Al soit celui qui se déplace. Pourtant, ils savent qu'il ne se passera jamais rien entre lui et moi. Mais « mieux vaut prévenir que guérir » me répète ma mère, catégorique.
— « Allons voir maman dans ce cas ! » crie-t-on en chœur.
ϟ PDV de James ϟ
J'ai reçu la nouvelle quand je suis arrivé à la maison et je suis directement parti le voir. Lui. Mon père.
— « Papa ! » je crie en rentrant dans la salle de soin.
Le visage fatigué de mon père s'éclaire en me voyant arriver et l'étincelle de joie que je décèle dans ses yeux contraste fortement avec ses sourcils froncés. Apparemment, il ne sait pas s'il doit être heureux de me voir ou bien inquiet de me savoir à Ste Mangouste, l'hôpital des sorciers.
— « James. Qu'est-ce que tu es venu faire ici ? ».
Il tente de cacher son bras et je regarde fixement la cicatrice qui s'est formée sur sa peau. Des onguents verts et une pommade à l'odeur infecte se dégage de la plaie.
— « C'est maman qui m'a dit que tu avais été attaqué » je raconte en m'approchant plus près de lui.
— « Tu n'as pas laissé Lily toute seule, j'espère ? ».
— « T'inquiète, papa. Elle va bien, maman est avec elle » je réponds.
Il soupire de soulagement et de son bras rescapé me sert fort. J'évite d'être trop brusque, me sachant assez maladroit pour toucher la pommade visqueuse.
— « Que s'est-il passé au juste ? » je demande, impatient d'avoir de plus amples explications.
Mon père ne parle que très rarement de son boulot. Être à la tête des Aurors ne doit pas être une mince affaire et autant vous dire qu'il est difficile pour lui de nous divulguer des informations, il préfère nous tenir à l'écart des potentiels dangers.
— « Une attaque de loup-garous dans le Comté de Shire. Rien de bien grave, mais un d'entre eux m'a griffé au bras. Grâce aux soins que j'ai reçus, la plaie commence déjà à se refermer ».
Effectivement, sa blessure est déjà en train de cicatriser, dans quelques minutes, ce ne sera plus qu'une petite trace presque invisible. J'aimerais m'enquérir un peu plus de cette attaque de loup-garous, mais on ne m'en laisse pas le temps, la porte de la chambre s'ouvre et on peut entendre deux voix distinctes.
— « Je vois que ma potion fait effet ! » s'exclame une femme âgée d'une quarantaine d'années.
Sa robe longue robe verte et l'insigne sur sa poitrine m'indique qu'elle fait partie du personnel de l'hôpital. Ses cheveux bruns foncés sont coupés courts et coiffés dans tous les sens. Ses yeux chaleureux me font désagréablement penser à quelqu'un.
— « Au fait, maman, j'ai oublié de dire que... » ajoute une voix que je commence à reconnaître.
Mon visage se fige de stupeur en reconnaissant Mery Pyrdell rentrer à la suite de sa mère. La Serpentard s'arrête subitement en me voyant assis sur le lit en compagnie de mon paternel. Aucun de nous deux ne nous étions attendus à nous voir dans un tel endroit, du moins, pas à Ste Mangouste.
— « Ah, James. Je te présente Anna Pyrdell, la médicomage qui me suit depuis de nombreuses années et qui est l'un des plus excellents médecins du monde sorcier » me loue mon père.
— « Oh, voyons, Harry. Ne me flattez pas de la sorte, je vais finir par prendre la grosse tête » s'amuse-t-elle avec un sourire professionnel. « Je vous présente donc ma fille, Mery, qui doit sûrement avoir le même âge que toi, James » me dit-elle.
Nos yeux ne se décrochent pas et les parents doivent commencer à se faire du souci, puisqu'Anna intervient aussitôt :
— « Je vois que vous vous connaissez déjà ».
— « Oui » répondons-nous en chœur.
Je suis assez content de voir qu'elle ne dénigre pas me connaître. Elle a enfin réussis à apprécier l'idée de m'avoir dans les parages.
— « Je lui donne des cours de potions » rajoute Pyrdell avec un laconisme qui ne lui ressemble guère.
Elle donne l'impression d'avoir à faire à un fantôme. Mais je mets ça sur le compte de mon extraordinaire beauté, je fais cet effet-là à toutes les filles après tout.
— « Vraiment, James ? » demande mon père, peu convaincu par les dires de Mery.
— « Hem... Euh. Oui, c'est exact. Mery veut devenir potionniste et elle tente le concours d'Helveta Grudlend » j'explique sans la lâcher des yeux.
Pyrdell fait une drôle de tête, comme si elle n'en revient toujours pas que je sache autant de choses sur elle.
— « C'est une excellente nouvelle, James. Pourquoi ne nous l'as-tu pas dit dans une de tes lettres ? » s'enquiert mon paternel.
— « Parce que nous avons fait un pari » ajoute-t-elle alors que je sens des frissons me parcourir l'échine. « S'il arrive à me battre au devoir de potion, je dois l'accompagner à un bal organisé par Slughorn ».
Mais quelle idiote. Pourquoi dit-elle ça d'une façon si automatique, comme si elle était un robot dénué de tous sentiments ? Ce n'est pourtant pas compliqué de passer sous silence ce stupide mensonge que j'ai inventé pour nous débarrasser de Franny, lorsqu'elle nous a découvert dans la bibliothèque.
Anna Pyrdell pince les lèvres, peu ravie de le savoir.
— « C'est vrai, James ? Vous avez parié un rendez-vous galant ? » s'étonne papa.
— « Euh, du calme, du calme. Ça n'a rien à voir avec un rendez-vous galant, papa ! C'est juste un pari pour rigoler ! » je nuance très clairement.
— « Je n'aime pas que tu paries pour obliger une fille à sortir avec toi, James » me sermonne mon père avec sérieux.
— « Je rêve ! As-tu entendu ce que j'ai dit, pa' ?! Je ne veux pas sortir avec Mery ! ».
— « Quand a lieu cet examen ? ».
— « Il est déjà passé. C'était mercredi » répond la Serpentard en prenant une moue songeuse. « D'ailleurs, à la question concernant les plantes arachnéides, j'ai dû oublier une réponse... ».
Quoi ?! C'était mercredi ? J'ai dû le passer, mais j'étais tellement perturbé par cette fichue baguette coincée dans la poche arrière de mon jean, que je ne rappelle même plus avoir passé ce test !
— « Et donc, qui a gagné le pari ? » interroge Mrs Pyrdell.
Je ne me fais pas de soucis pour sa fille, qui a dû réussir comme à son habitude. Par contre, je ne suis pas autant confiant de mon côté. Les plantes arachnéides ? A-t-on vu ça en cours ?!
— « Combien as-tu eu pour ce devoir, James ? » veut savoir mon père.
Je lui décroche un regard qui est implicitement le synonyme de « papa, si tu dérives la conversation dans ce sens, je fugue loin de toi et de l'Angleterre ». Je n'ai pas envie d'avouer ma défaite face à Pyrdell. Il en va de mon honneur.
Harry Potter semble enfin avoir compris le désarroi de son fils. Tant mieux pour moi.
— « Au fait, tu ne t'es pas fait arracher les yeux par ta mère ? ».
— « Comment ça ? ».
— « Nous avons reçu une lettre de Minerva qui nous raconte tes exploits émérites » ironise-t-il. « Tu as dépassé les bornes, James. Ta mère était furieuse ».
Ah bon ? Ce n'est pas l'impression qu'elle m'a donné quand elle m'a embrassé tout-à l'heure. Faut dire que ma mère est incapable de rester en colère contre moi, surtout quand je lui souris innocemment ; elle fond comme neige au soleil.
— « Tâche de ne pas lui rappeler que tu as failli être renvoyé » me conseille-t-il.
— « Ouai, compte sur moi ».
— « Et à part le pari fait avec Mery. N'as-tu pas autre chose à me dire ? ».
Par tous les mages. Son regard vert est extrêmement vivace, il me transperce de toute part et je sens mes mains devenir moites à l'idée qu'il puisse deviner que ma baguette a changé de propriétaire. Mes yeux dérivent vers Pyrdell, qui ne réagit pas et qui (pour une fois) n'a pas l'intention de dire la vérité.
— « Non » je mens.
Il s'attarde encore sur moi, et j'ai la conviction profonde et irréfutable qu'il sait. Il sait que mes pouvoirs ont diminués, que je risque de ne pas valider mes ASPICS, que tous mes rêves vont se briser. Il sait peut-être même que c'est Pyrdell, que ma traîtresse de baguette a choisie.
— « Bon, je vais vous laisser » annonce subitement Mery, comme si elle avait entendu mon appel à l'aide. « Monsieur Potter, c'était un plaisir de vous rencontrer. Vous n'êtes pas aussi impressionnant que nos manuels d'histoire veulent nous le montrer ».
Par miracle, mon père se déride et lui adresse un sourire sincère.
— « Je te remercie, Mery. Je prends ça pour un compliment. Passe de bonnes vacances, et j'espère que tu viendras à la maison, je suis certain que James doit poursuivre ses cours avec toi » affirme-t-il.
Non, mais je rêve. Voilà que mon père invite cette fille à venir squatter chez moi. C'est la meilleure.
— « Je me rappellerai de votre invitation, monsieur Potter. Au revoir ».
Puis elle quitte la pièce, me laissant seul avec les deux adultes.
— « James, tu devrais sortir toi aussi, je vais poser une nouvelle couche de pommade sur le bras de ton père. L'odeur infecte va emplir toute la salle, alors je te conseille de l'attendre dehors » me sourit Anna.
En voyant la mine de dégoût de mon père, je me force à sortir de la salle. Si on m'avait demandé mon avis, je serais resté avec eux, parce que je n'ai pas la moindre envie de retomber sur Pyrdell. Tant mieux de penser ainsi car lorsque j'ouvre la porte et me retrouve de nouveau dans le couloir étroit du premier étage (la section réservée au Service des blessures par créatures vivantes), je ne vois pas de traces de Mery. Je n'aime pas venir ici, ça sent trop l'odeur des plantes et des sorts de guérissage express.
J'avance donc vers les escaliers accolé à l'ascenseur, quand je me fige subitement en voyant Mery remonter une à une les marches avant de se planter devant moi, une expression étonnée.
— « Potter » dit-elle dans un souffle.
— « Pyrdell ».
Un silence pesant envahit l'atmosphère. Elle a un don certain pour me faire sentir mal à l'aise, alors que d'habitude je suis une vraie pipelette. Magnus et Rick sont obligés de me dire de la fermer, tant ils me trouvent fatiguant. Toutefois, mon assurance revient vite : je passe une main dans ma tignasse désordonnée et lui adresse un sourire confiant.
— « Content d'avoir rencontré ta mère. Elle est charmante ».
La sorcière hausse un sourcil.
— « Euh... Je te préviens, si tu as l'intention de draguer ma mère, il faudra me passer sur le corps. Je connais ta réputation de tombeur, mais tu exagères un tantinet ».
Mon sourire s'agrandit et je ne me sens nullement vexé par ses propos.
—« Alors il faudra que je te passe sur le corps, dans ce cas ».
Elle ouvre la bouche. Mission accomplie, ses joues rougissent de gêne, à moins que ce ne soit de colère, on ne peut pas trop en avoir le cœur net avec elle.
— « Je retire ce que j'ai dit, tu n'as aucune réputation de tombeur » déclare-t-elle sèchement.
Je lui souris encore, impatient de connaître la raison qui l'a poussé à faire demi-tour.
— « J'ai croisé un membre des Lions Bleus en bas, Magnus Biddles. Il s'apprête à monter, et il m'a demandé si je t'avais vu ».
Je me souviens brusquement que la grand-mère de Magnus est hospitalisée à Ste Mangouste à cause de ses problèmes de reins. Mon visage se fige et la panique d'être surpris ici, avec elle, remplace bien vite toute envie de l'énerver. Et pour couronner le tout, une voix se fait entendre à l'autre bout du couloir :
— « Mery ! T'es où ?».
Le regard qu'elle m'adresse me hérisse les cheveux sur la tête ; apparemment, c'est un gars de sa connaissance. Je dirai même mieux : son meilleur ami.
— « Par Morgane, c'est Alfred » annonce-t-elle en se mordant la lèvre.
Apparemment, elle non plus n'a pas envie qu'il nous surprenne tous les deux dans le couloir, en pleine conversation.
— « Quels parents appellent-leur enfant Alfred ? » je relève en tentant de détendre l'atmosphère.
Elle n'a pas l'air de m'écouter et elle tourne la tête de chaque côté afin d'y trouver une issue. À part l'escalier, derrière-nous, et le couloir devant nous, je ne vois pas où est-ce qu'on pourrait se cacher. C'est à cet instant que Pyrdell pointe du doigt quelque chose derrière moi, et qu'elle s'écrie :
— « Là ! ».
Sans attendre mon avis et sans vouloir m'éclairer sur ses intentions, elle me tire sauvagement jusqu'à un coin reculé du couloir, et je me rends compte que nous avons pénétré dans l'ascenseur qui jouxte les escaliers.
Le souffle court, j'ai à peine le temps de voir son ami Alfred se poster dans le corridor, et une seconde plus tard, Magnus y entrer. Les sorciers se croisent, tous deux à notre recherche, mais déjà, les portes de l'ascenseur se referment.
Je sens ma tête tourner et mon cœur se serrer. Je manque cruellement d'air, mais je ne veux surtout pas que Mery se rende compte de quelque chose de trop... personnel me concernant.
— « Ouf ça a été moins une » soupire-t-elle avec soulagement.
Je ne peux m'empêcher de m'agripper fermement contre le mur en métal qui refroidit ma peau. Je dois avoir une tête horrible car Pyrdell cesse de rire doucement, et en tournant la tête vers moi, elle me regarde presque bizarrement.
— « Euh... Potter... Tout va bien ? Tu es très pâle » s'inquiète-t-elle.
Je ne réponds pas, encore paralysé par la situation. Mais Mery ne perd pas de temps pour comprendre :
— « Potter, tu es claustrophobe ? ».
Je ferme durement les yeux. Bon sang, il suffit d'à peine une minute pour qu'une situation dérape. Moi qui pensais maîtriser les choses avec Mery, voilà qu'elle vient de deviner ce que je cherche à cacher à tout le monde depuis mon enfance.
— « Bingo, Pyrdell ! J'espère que tu ne le diras à personne » je maugréé en tapotant la sueur qui perle à mon front.
— « Tu me prends pour qui ? J'ai pas que ça à faire que crier sur tous les toits que tu es claustrophobe ! Et puis personne ne me croirait ».
Elle marque un point, car pour affirmer un tel secret, il aurait d'abord fallu qu'elle explique comment elle l'avait découvert. Et ce serait avouer qu'elle est restée coincée avec moi dans un ascenseur, ce qu'elle n'oserait jamais faire.
— « Y a intérêt, sinon je serai obligé de me venger ».
Son minois se renfrogne subitement. La prochaine fois je pèserai mes mots.
— « T'es en train de me menacer alors que je viens de te sortir d'affaire ? » s'écrie-t-elle.
Sa voix de harpie manque de me percer les tympans. Cette petite chose à un muscle vocale très puissant, j'en tremble encore.
— « Calme-toi » je l'incite. « Est-ce que t'es au courant que tu ne peux pas te débarrasser de moi tant que je n'aurais pas récupérer ma baguette ? ».
Elle roule des yeux.
— « Tu as cru que j'étais née de la dernière pluie ou quoi ? Je suis parfaitement au courant. Si je veux moi-même me débarrasser de toi, il faut que je t'apporte mon aide » dit-elle sur un ton qui lui demande d'énormes efforts.
C'est déjà un bon point que l'on soit d'accord sur ça.
— « Donc récapitulons : on ne peut pas se voir en dehors des cours et surtout pas à l'extérieur, car il y a trop de risques pour que l'on nous surprenne ensemble. Ensuite, demander à notre entourage proche de l'aide est exclu, ce serait admettre que ma baguette a changé de propriétaire. Il n'y a donc plus qu'une solution : tu vas venir chez moi ».
Je crois que Mery vient de s'étouffer.
— « Je te demande pardon ? ».
— « Tu penses que ça me fait plaisir ? » je vitupère. « Mais on n'a pas le choix, Pyrdell. Il n'y aura que nous, mes parents travaillent et ma petite-sœur passe les vacances chez mon oncle Bill ».
— « Et le fait de me retrouver seule avec toi est censé me rassurer ? » note-t-elle.
Ah. Je ne le voyais pas sous cet angle : ce n'est pas ma faute si elle a l'esprit tordu ! Cependant, je n'ai pas le temps de me défendre qu'elle change subitement d'avis.
— « D'accord, ça marche. Envoie-moi un hibou pour me donner l'adresse de ta maison. Je suis certaine que peu de monde peut correspondre avec la famille Potter sans un minimum de sécurité » soupire-t-elle.
— « Parfait ».
L'ascenseur se stoppe au rez-de-chaussée et je m'empresse d'en sortir, comme si ma vie en dépendait. J'ai juste le temps de me retourner, que déjà la Serpentard appuie sur le bouton pour remonter.
— « On se voit lundi, Pyrdell. Apporte un gâteau pour te faire pardonner pour le coup de l'enlèvement et la séquestration dans un ascenseur ».
Elle se renfrogne et balaie ma remarque d'une main, sans se départir de son regard qui dit clairement qu'elle me trouve d'une débilité sans nom. Les portes se referment enfin.
Je ne sais pas si c'est le soulagement de quitter cet ascenseur, ou le fait de ne plus avoir Mery dans mon champ de vision, qui me permet de respirer convenablement à nouveau. En tout cas, je dois mentalement me préparer à la voir débarquer chez moi. Dire que je voulais passer des vacances tranquilles...
ϟ Bonjour, bonsoir, je m'excuse du retard. À l'année prochaine !
