Voici ma participation au 1er Défi d'Aventures. J'espère que cela vous plaira, bonne lecture !

Rappel : Aventures est la propriété de ses auteurs, je ne touche rien pour mes écrits.


Le soleil tomba soudainement derrière les montagnes, prenant Balthazar par surprise. D'un geste de la main désinvolte et un sourire aux lèvres, il alluma tous les lampions et toutes les bougies de la salle, provoquant quelques applaudissements admiratifs. Il s'inclina pour saluer et, en se relevant, créa deux petits feux-follets qui foncèrent à toute allure, se déplaçant de manière erratique.
A nouveau il y eut des applaudissements, au plus grand plaisir du semi-démon. Ce dernier salua une dernière fois et retourna dans la pièce au fond de la salle, tout en ne pouvant s'empêcher d'adresser un petit sourire satisfait à Shin, qui leva les yeux au ciel.

Passant alors par la porte par laquelle Balthazar était sorti, un Théo à l'air grognon se dirigea vers la table au milieu et déposa les deux assiettes en prenant un sourire forcé.

- Vous voici servi ! Une « spéciale diable » pour monsieur et une coupe de glace à l'ananas recouverte de sirop de framboise pour madame.

Il retourna alors en cuisine tout en maugréant. Un client appela Shin, qui vint aussitôt tout sourire et vêtu d'une tunique noire avec des bracelets d'argent.

- Pardon mais, comme nous allons bientôt commander le dessert, je voudrais savoir ce qu'est votre « spéciale diable ».

- Oh ! C'est la spécialité de la maison en été. Trois araignées en sucre flambées sur un lit de rhum, le tout agrémenté d'une mousse de pistache avec ses biscuits à l'amande et la cannelle, et quelques feuilles feuilles de menthe poivrée qui baignent dans le rhum.

Le client le regarda avec un air intéressé puis, échangeant un regard avec son compagnon de table, il en commanda deux pour le dessert. Shin les remercia et alla donner la commande aux cuisines. La porte de l'auberge s'ouvrit, faisant entrer trois paysans du coin et avec eux le bruit du vent et de la pluie. Le demi-élémentaire d'eau se précipita pour les accueillir en proposant de prendre leurs manteaux.

- Bienvenue à l'Auberge des Aventuriers messieurs ! Si vous voulez manger, nous avons encore une table libre près de la cheminée, sinon il y a de nombreuses places au comptoir !

Ils allèrent directement s'installer sur les chaises hautes et commandèrent chacun une bière. Shin profita alors de ce court moment de repos pour penser à tout le chemin qu'ils avaient dû parcourir avant de finalement fonder leur auberge, qui avait rapidement pris de l'importance dans la région, jusqu'à attirer des nobles de la Vieille Tour à l'occasion, malgré la distance.
Un calme bruissement de parlotte avait commencé à naître quand le paladin reconvertit en serveur fit une nouvelle apparition dans la pièce, les bras surchargés de plats, manquant de trébucher à plusieurs reprises et de tout renverser par terre sous le regard atterré des clients. Comme par magie, il parvint cependant à tout distribuer sans rien casser.

- La crème glacée au café, c'est pour vous ?

- Le fondant à la vanille avec ses arabesques d'écorce d'orange, de caramel fondu et de chocolat, c'est là ?

- Tenez, voici votre coupe de saison et ses mirabelles.

- Le pont de mirabelles et son violent courant de stracciatella ?

Et peu à peu, les coupes et les assiettes rejoignirent les tables et quittèrent les bras de Théo. Enfin, il n'en resta plus qu'une. Une énorme coupe que le paladin avait précautionneusement d'abord placé sur le comptoir. Jetant un coup d'oeil qui engloba toute la salle, il prit alors bien son temps pour déclamer le nom.

- Il ne reste plus que la « Forêt de framboisiers aux couleurs automnales avec sa merveille d'avalanche de chantilly et son arc-en-ciel de parfums évanescents », pour qui est-ce ?

Une petite main se leva d'une chaise qui paraissait, depuis le point de vue de Théo, vide. Elle fut immédiatement suivie d'une voix aiguë toute excitée.

- C'est pour moi, c'est pour moi !

Il apporta la glace à l'enfant qui l'avait commandée et vint se poster aux côtés de Shin, en profitant pour témoigner par un soupir du sempiternel ennui qui semblait l'habiter depuis qu'il n'y avait plus rien à taper à part, de temps à autre, quelques bandits mal renseignés sur les tenanciers. Mais cela arrivait de moins en moins souvent, on commençait à comprendre qu'attaquer des anciens Aventuriers n'était clairement pas la meilleure idée du siècle, en témoignaient les corps calcinés, tranchés, écrasés, foudroyés, transpercés et gelés enterrés, souvent à la va-vite, dans un petit cimetière improvisé derrière l'auberge pour « cacher » les corps.
Shin tapa dans ses mains et demanda le silence pour quelques secondes :

- Plus personne ne voudra manger ? Le bar reste ouvert mais, à part s'il y a encore des commandes, on ferme la cuisine !

Puisque personne ne répondait, Grunlek arriva et s'assit sur le comptoir, arrivant juste à la hauteur de Shin. Théo, lui, en profita pour repartir et aller déposer le tablier qui le gênait tant.
L'arrivée de Grunlek fut suivie d'une volée de compliments. Lui et Shin discutaient tout en servant les clients qui voulaient à boire et les mangeurs finissaient leurs desserts en prenant bien leur temps. Tout semblait donc calme, parfait, un petit nid de chaleur et de bonheur dans la tempête qui soufflait dehors. Mais par malchance, il n'y avait eu aucun poivrot aujourd'hui. Certes, on aurait plutôt tendance à considérer cela comme un coup de chance mais… avec un Théo qui s'ennuyait ferme et ne disposait d'aucun moyen de dégager sa frustration, virer un poivrot par la force était en général le seul moyen de se calmer de la journée.
Alors donc que le calme semblait parfait, un éclat de voix parvint aux clients depuis la cuisine.

- Mais va te faire foutre Bob !

L'intéressé semblait vouloir calmer le jeu, puisque personne n'entendit sa réponse.

- NON ! Non et encore non, j'vois pas pourquoi je ferais ça, va bien te faire voir !

Encore une réponse calme apparemment. Shin et Grunlek sourirent. Ils savaient que la prochaine fois, leur ami commencerait à répondre en gueulant lui aussi. De toutes façons, il n'y avait que ça qui marchait pour « raisonner » le paladin.

- Mais merde à la fin, moi je trouve que ça, c'est juste PUTAIN de chiant !

- Mais tu vas arrêter de nous emmerder oui ? On était tous d'accord non ? Et puis on t'a jamais obligé à rester hein, si t'as envie casse-toi, va buter des crétins et crève comme une merde sur les sentiers !

Le ton montait délicieusement et les deux autres aventuriers s'occupaient de rassurer leurs clients en leur disant que c'était fréquent et qu'il n'y avait aucune raison de s'inquiéter.

Les voix se mélangèrent l'une à l'autre, devenant absolument incompréhensible, brouhaha bordélique au possible. Bientôt, les clients purent apercevoir dans l'interstice de la porte voler des boules de sucre, des torchons, des tomates de très bonne qualité, un gigot d'agneau raté, des casseroles en fonte et plein d'autres objets de nature disparate. Ils voulurent intervenir mais les habitués et Grunlek les en empêchèrent en souriant.

Ils s'inquiétèrent d'autant plus lorsque à tout ce joyeux fatras de joyeusetés vinrent s'ajouter fourchettes, pics à broche, couteaux de cuisine et machettes.

Un instant, on entendit un peu plus distinctement les paroles élogieuses prononcées dans la cuisine :

- COMMENT ? TU OSES DIRE ÇA ? Et tu crois que moi, ton p'tit cul j'l'ai pas sauvé une bonne dizaine de fois !

- Ben puisqu'on est à égalité, alors arrête de venir m'emmerder sur ce sujet, et arrête de pourrir la soirée des clients !

Le tout redevint incompréhensible alors que commençaient à voler tabliers, tuniques, ceintures, toques… Et la porte se referma brutalement, sous les yeux ébahis des clients.

Shin haussa les épaules et alla entr'ouvrir les lourds rideaux de velours qui tombaient sur les fenêtres. Dehors, il pleuvait encore beaucoup trop pour les laisser sortir.
Avec Grunlek, ils se mirent donc à raconter aux clients leurs Aventures, toutes ces histoires dont la mémoire se matérialisait en des formes évanescentes avec leurs paroles.