Salut ! Voici ma participation à la première édition des Défis d'Aventures ^^ J'ai pris énormément de plaisir l'écrire, alors j'espère que ça vous plaira aussi !
Alors ? Qu'est ce que tu fais ?
« -Hé ! Venez là ! Voyez ce que j'ai trouvé ! »
La voix de Grunlek résonna dans cette grande pièce lugubre. Sans poser de question, ses amis cessèrent ce qu'ils étaient en train de faire et accoururent avec empressement. Dans la pénombre, la nain était le seul à pouvoir distinguer clairement l'endroit où ils étaient enfermés. Ses yeux nyctalopes lui ont permis, il y une heure déjà, de décrire aux autres dans quel endroit ils s'étaient réveillés. Grunlek avait parlé d'une pièce d'un style elfique, reconnaissable à sa grande richesse, et à l'omniprésence de la nature dans les décorations. Deux colonnes de marbre trônaient au milieu de la pièce. Sur une commode indéniablement magnifique, où était dépliée une nappe de soir jaune, aux motifs très fins qui laissaient deviner le temps et la technique qui furent nécessaires à sa confection, se trouvait un miroir doré, œil de leur séquestrateur de pierre. En guise d'oreilles, de chaque côté de la pièce, deux rideaux d'un rouge qui, si Hélios eût daigné arrêter ici sa course, ne serait-ce que l'espace d'un instant, eurent été plus chatoyants et plus brillants que n'importe quel bijou que n'importe quelle femme aurait pu imaginer. Mais la richesse et la beauté des lieux n'étaient pas au centre des préoccupations de nos héros. Ils s'étaient donc réveillés ici, sans indice, sans souvenir, sans rien, même pas une idée de leur ravisseur ou de sa motivation. Ils cherchaient depuis lors un moyen de se libérer, vainement. Du moins, jusqu'à ce que Grunlek trouve sur un mur une fente. Il ne l'avait pas tout de suite remarquée, habilement dissimulée dans une arabesque magnifiquement sculptée tout le long du mur, mais il avait fini par s'attarder sur cette partie du motif. En effet, elle était disparate, ce lierre artificiel comptait à cet endroit deux boucles au lieu de trois. Son ancienne vie de château avait appris au nain à remarquer ces choses qui, pour n'importe quel autre observateur, eût été comme distinguer un brin d'herbe de ses semblables. Ses amis s'approchèrent, mais leur yeux trop pauvres de lumière ne parvinrent à distinguer que de vagues irrégularités.
« -Laissez-moi faire », dit Théo.
Il passa devant les Aventuriers et la faible lumière qu'émettait son armure permit à ses amis d'admirer le luxe de leur habitation provisoire et surtout le mur, objet de l'attention générale. Mani, après quelques secondes de réflexion, prit la parole :
« -Je reconnais cela… Ce style… c'est elfique. Et cette fente… c'est une serrure.
-Et où est la clé ? Faudrait-il la chercher parmi tous ces tiroirs, toutes ces boîtes, sous ces tapis ? Releva Théo, toujours prêt à souligner quelque embêtement.
-Non, pas forcément, répliqua l'elfe. Quelque-chose de métallique suffira. Et de fin. »
Sur cette dernière phrase, les tresses de Mani se mirent à bouger, dérangeant au passage les araignées qui y vivaient. Bob fit un geste de répulsion, sinon de peur, à la vue de ces êtres remuant dans la chevelure de celui qui se trouvait à peine quelques centimètres devant lui. Mani sentit le vent provoqué par son mouvement, et ne put retenir un sourire espiègle. Il se concentra sur l'interstice, et l'une des pointes de flèche qui se balançaient au bout de ses tresses vint triturer le mécanisme afin de l'ouvrir. Un « clac » se fit entendre. Les cinq Aventuriers stoppèrent jusqu'à leur respiration, attendant quelque réaction de la pièce. Elle ne se fit pas attendre. Une des deux colonnes, la plus proches des Aventuriers, se révéla être en fait un majestueux escalier en colimaçon menant jusqu'au ciel, à en juger par la hauteur qu'il paraissait avoir. Heureux de quitter cet état de captivité qui leur parut sempiternel, mais toutefois perplexes et inquiets, les cinq hommes y montèrent et redécouvrirent avec bonheur la sensation de l'air frais qui vient fouetter le visage, et du soleil aveuglant. Ils arrivèrent doucement en haut de l'escalier après avoir échangé sur leur séquestration, mais aucun ne paraissait avoir une idée claire de ce qui venait de se passer, et surtout, pourquoi.
« -Réfléchissons. Si nous sommes sortis de la pièce, c'est bien que quelqu'un voulait qu'on sorte. On nous aurait tués sinon ! Et puis, le système d'ouverture est elfique. Ils savaient que Mani était un elfe, ils… ARGHH ! »
Bob poussa un cri de douleur qui l'empêcha de finit sa phrase.
« -Bob, que se passe-t-il ? Tu vas bien ? »
Shinddha se précipita sur son ami qui tenait sa tête entre ses mains en grimaçant. Cette douleur fulgurante était la pire que le demi-démon eût jamais ressenti. Il ne parvenait ni à répondre, ni à réfléchir, ni même à rester debout. Ses genoux l'avaient abandonné tant le mal qui l'habitait était intense. Il était là, couché sur le sol, pris de spasmes et entouré de ses amis qui, désemparés, ne savaient que faire. Bob avait l'impression de mourir, que le démon qui était en lui prenait le dessus. Il avait l'impression que sa partie humaine était en train de laisser sa place à une créature maléfique et dévastatrice. Au bout de quelques instants qui parurent une éternité la douleur se calma. Balthazar sentait toujours une présence en lui, mais c'était devenu supportable. Il parvint à se concentrer pour essayer de maintenir son démon soumis, mais voyant que ses efforts étaient vains, il comprit qu'en réalité cette partie de lui n'était pas responsable de ce qui venait de se produire. Il se concentra davantage pour essayer de démasquer le coupable, et parvint à entendre une voix. Ou plutôt, il la distingua comme si elle était lointaine, et rendue complètement incompréhensible par le mistral. Une goutte de sueur perla sur le front de Bob, tant il essayait de se concentrer pour maintenir le contact évanescent avec l'être qui tentait de prendre possession de l'esprit de Bob. Après plusieurs efforts qui le firent grincer des dents, la voix se clarifia. Il reconnut d'abord une voix masculine, grave et menaçante. Puis, une voix qui n'était pas humaine.
« -C'est impossible… »
Murmura Bob en ouvrant des yeux inquiets et apeurés. Il avait compris. Il ne connaissait qu'une seule personne capable d'un tel exploit. Même s'il n'avait pas réussi à distinguer ce que lui disait cette voix, il avait arrêté de se concentrer. Il ne voulait pas croire ce qui était en train de se passer, ça n'était pas possible, pas réel, oui, c'est ça, il était en train de rêver ! Mais ses amis l'assaillant de questions quant à son mal, et à son inquiétude si soudains, étouffèrent ses espérances plus vite qu'Héraclès n'étouffa les serpents d'Héra, alors qu'il n'était qu'un enfant. En guise de réponse, les quatre Aventuriers n'obtinrent que quelques mots prononcés à voix basse :
« -C'est lui… Il arrive… »
Avant qu'il ait pu terminer ce dernier mot, le tonnerre gronda. L'arc-en-ciel qui, il y a quelques instants à peine faisait le bonheur des cinq hommes, se vit englouti par des nuages menaçants, noirs, opaques comme de la fumée. Ils se mouvaient comme de leur propre volonté, et formèrent un tourbillon qui emportait tout, les arbres, les pierres, la terre elle-même.
« -Sortez vos armes ! »
Hurla Théo autoritairement. Tandis qu'il sortait son épée, Mani prépara ses machettes, Grunlek commença à échauffer son bras, et Shinddha cristallisa une flèche gelée qu'il mit aussitôt à son arc. Seul Bob était resté en arrière.
« -C'est inutile, dit-il. C'est moi qu'il veut voir. »
Les quarte combattants se retournèrent vers leur ami, mais leur attention se fixa sur le diable énorme, gigantesque, extraordinaire, qui se tenait juste derrière lui. Ils reculèrent instinctivement, afin de ne plus être noyé dans l'ombre projetée par le titan. Bob comprit à leur attitude et à leur regard ce qui se tenait derrière lui. Ou plutôt, qui. Quand il se retourna pour lui faire face, la créature lui adressa un sourire sardonique et prononça ces quelques mots :
« Bonsoir, mon fils. Je t'attendais plus tôt. »
Le regard du MJ s'était illuminé en prononçant cette dernière phrase. Mahyar était fier de l'impact qu'elle avait eu sur les Aventuriers. Il décida de se délecter du regard dubitatif de ses joueurs un peu plus longtemps en buvant une gorgée de café. Quand ce liquide eut bien humecté sa gorge, et qu'il jugea suffisant le suspense qu'il avait installé, Mahyar regarda des ses yeux sombres son écran, et demanda :
« Alors, Bob ? Qu'est-ce que tu fais ? »
FIN
