Hey c'est Lulukaw ! Voilà ma première participation à ce défi. J'avoue que je n'avais pas trop l'inspiration pour un "vrai" scénario donc c'est très court mais j'espère que ça vous plaira quand même !
Allongé dans la boue, le visage ensanglanté, une partie de son armure brisée, Théo ne pouvait quitter des yeux les corps de ses compagnons, immobiles, inertes, désarticulés, étendus autour de lui dans des positions loin d'être naturelles, disparates, cassés, mutilés. Lui-même n'en avait sûrement plus pour très longtemps. Son épée et son bouclier avaient disparu avec la chose qui les avait attaqués. Ils n'avaient pas pu faire quoi que ce soit. La force de Grunlek, les flèches de Shin, la foi de Théo, même le diable de Bob n'avaient pas été suffisants.
A peine une heure plus tôt, les aventuriers venaient de se lever pour se rassembler autour d'une tasse fumante de ce qui ressemblait à du café servie par Grunlek tout en écoutant les sempiternelles plaintes du mage à propos de la pluie qui tombait depuis plusieurs jours. Théo s'obligeait à contempler les volutes de fumée former leurs arabesques gracieuses pour se retenir d'aller l'assommer lorsqu'un raclement de pierre se fit entendre à quelques mètres derrière lui. Immédiatement aux aguets malgré le sommeil qu'il venait de quitter, le paladin se leva aussi vite que son armure le lui permettait pour se retourner et attraper son armement. Il sortit de sous la toile les abritant sommairement des gouttes d'eau s'abattant telles des aiguilles de glace sur quiconque leur en laissant le temps et se dirigea vers les rochers qui les surplombaient pour tenter d'apercevoir dans les interstices de la roche ce qui pouvait être en train de les observer. Alors qu'il s'approchait il remarqua autour de ses chevilles des filets d'une brume évanescente violacée se former au sol. Elle ne tarda pas à prendre possession de tout le campement d'où les éclats de voix de Balthazar ne lui parvenaient plus. A l'instant où Théo releva la tête, une immense forme surgit brusquement de derrière les rochers, dissimulée par le brouillard, trop rapide pour être identifiée ou pour que le guerrier n'eût le temps de brandir son épée. Un craquement de métal et une douleur fulgurante lui parvinrent, puis ce fut le noir complet.
Lorsqu'il reprit conscience, un juron lui échappa entre ses dents serrées, mais il garda les yeux fermés. Encore sonné, il s'attendait à entendre Bob ou Shin se moquer de lui pour s'être fait surprendre aussi facilement par l'une de ses araignées dont ils avaient tant l'habitude depuis le début de leur voyage. Mais d'un coup, le silence, la douleur et le froid le frappèrent pour le ramener à la réalité. Du sang lui coulait sur les paupières, l'empêchant de les ouvrir complètement. Mais ce fut suffisant pour se rendre compte de l'étendue du massacre sous ses yeux. Le camp dévasté, les corps sans vie.
Il voulut se redresser mais la douleur causée par le premier coup reçu se fit sentir de plus belle. En baissant les yeux il remarqua son armure en morceaux au niveau de son flanc gauche, et la plaie profonde d'où s'écoulait tant de rouge que la pluie ne suffisait pas à le diluer. Pour être encore en vie avec une telle blessure il n'avait dû rester inconscient que quelques minutes. Et pourtant quelques minutes avaient été assez pour que cette chose détruise tout ce à quoi il tenait avant de disparaître comme elle était arrivée sans même laisser connaître la moindre raison pour avoir commis un tel carnage. Quelques minutes avaient été assez pour que les quatre aventuriers, qui parcouraient le Cratère depuis des mois, qui avaient vaincu bien des menaces, tombent les uns après les autres, face à un ennemi inconnu, sans même avoir eu le temps de se battre.
Théo réussit à se tourner pour s'allonger sur le dos, se détourner du spectacle sanglant. Il regarda le ciel gris en attendant de pouvoir refermer les yeux. Son corps était gelé. Il avait perdu trop de sang. Ce n'était plus qu'une question de secondes avant la fin. Il pensa à faire appel à sa foi pour se soigner, mais cela ne serait d'aucune utilité. Et il ne pouvait abandonner les compagnons qu'il n'avait pu protéger. Il resterait à leurs côtés jusqu'au bout.
Le soleil reparut, créant ainsi avec la pluie fine qui tombait du ciel, un arc-en-ciel aux couleurs resplendissantes. Mais cette nouvelle lumière n'éclairait rien. Il n'y avait plus rien.
