Chapitre 5

La mort dans l'âme, Thomas se leva, s'habilla en vitesse et se mit en route. A la vue de son vélo, son estomac se tordit. Mais il l'enfourcha tout de même, et s'élança dans la circulation. En cinq petites minutes, il était chez Alby. Les basses de la lourde musique s'entendait depuis l'extérieur du pavillon. Thomas toqua après une courte hésitation. La porte s'ouvrit sur Teresa, dont le visage se tordit à l'instant où elle le reconnut. Et elle referma la porte aussitôt, dans un énorme « VLAM » faisant certainement sursauter tout le quartier. Thomas prit une grande inspiration, tentant de lutter contre la vague de colère qui l'envahissait. Aris pouvait dire tout ce qu'il voulait, cette fille était une véritable peste. Il toqua à nouveau, agacé. Ou plutôt, il se mit à tambouriner sur la porte comme un psychopathe. La porte se rouvrit avec un temps de retard. Mais cette fois, ce fut sur un grand blond, dont le visage sembla familier à Thomas sans qu'il parvienne à se souvenir où il avait croisé ce garçon. Celui-ci se glissa à l'extérieur et referma la porte derrière lui.

- - Désolé pour Teresa, elle est… pas de bonne humeur.

Thomas s'apprêtait à répliquer quelque chose, mais le sourire amical du blond court-circuita son cerveau et il se retrouva à demander la chose la plus ringarde du monde :

- - On ne se serait pas déjà vu quelque part ?

- - Euh… tu m'es tombé dessus en faite. Je sais plus trop quand.

Et comme l'abruti qu'il était, Thomas ne trouva rien de mieux à faire qu'éclater de rire, la situation était trop absurde pour qu'il reste sérieux. C'est alors qu'il remarqua les béquilles du blond et son rire s'évanouit.

- - Je m'appelle Newt, lança alors le blondinet

Thomas se raidit brutalement.

- - Newt ? répéta-t-il, mortifié. Comme dans Newton ?

- - Euh ouais. C'est mon prénom entier, que j'essaye vainement d'oublier. Pourquoi ?

Et là, brusquement, Thomas comprit. Newt comme dans Newton. Les béquilles. Bordel de merde. Sauf que le Newt en question, continuait de le fixer comme s'il était fou, cherchant vainement à comprendre. Thomas sentit ses joues prendre feu et décida de couper court au silence avant que cela devienne véritablement gênant.

- - Euh, je m'appelle Tho… Thomas.

Newt hocha la tête, un sourire vague sur les lèvres, avant de se raidir avec un temps de retard. Il ramena brusquement son regard sur Thomas, les yeux pleins d'interrogation.

- - Thomas ?

- - Ouais, c'est bien ça.

- - Oh.

Ils restèrent face à face un long instant, bouche bée se dévisageant, cherchant vainement à quelque chose à dire. Thomas avec du mal à croire que c'était véritablement Newton qui était face à lui. Que c'était véritablement lui, à l'intérieur de ce grand blond élancé, aux yeux couleurs ambres, au sourire adorable, qui tordait nerveusement les bords de son sweat. Il connaissait ce garçon depuis un an, mais étrangement, le fait de le voir en chair et en os lui donnait l'impression de ne rien savoir de lui. La preuve, il ne savait même pas qu'ils étaient dans le même lycée. Pire, il lui était tombé dessus, sans même savoir que c'était lui ! Sans même remarqué qu'il était blessé. Et les pensées de Thomas revinrent vers le silence que Newt lui faisait subir depuis une semaine. Un goût amer envahit sa bouche, et n'y tenant plus, il lâcha d'un ton plus dur que voulu :

- - Pourquoi tu ne m'as pas répondu ?!

- - Hein ? s'étonna Newt

- - Je t'ai envoyé plein de messages. Sans recevoir aucune réponse.

Le regard du blond s'adoucit.

- - Mon ordi est toujours hors d'atteinte, et j'ai désactivé les mails du jeu. Ca prenait toute ma boîte mail.

- - Ah… souffla Thomas. OK.

Voilà, à présent, il se sentait bête de s'être autant inquiété, puis de s'être vexé pour si peu. Après tout Newt n'était pas obligé de lui répondre instantanément. Il avait le droit d'avoir une vie sociale, et puis Thomas aussi. C'était sa faute s'il restait scotché à son ordinateur comme un gros geek sans ami.

- - Bon, entrons, lança Thomas cherchant vainement à changer de sujet

- - Si tu veux mon avis, c'est pas une bonne idée. A l'intérieur c'est la guerre civile. Les Artistes contre les Sportifs, tout ça tout ça. Pas vraiment festif.

Newt s'assit sur une marche, et sortit négligemment son téléphone. Sans trop savoir pourquoi, Thomas resta là, sans bouger, observant le blondinet par-dessus son épaule. Ce dernier se connecta au Maze, et ouvrit sa messagerie, avant d'observer un long silence. Thomas déglutit avec difficulté, avant de vraiment se mettre à flipper lorsque Newt verrouilla son smartphone sans pour autant prendre la parole. Ils restèrent de longues minutes ainsi, Newt toujours silencieux, Thomas en panique intérieure.

- - Newt ? finit-il par soufflé, d'une voix étranglée

Le garçon se retourna vers lui, s'appliquant pour afficher un sourire sarcastique.

- - C'est trop mignon, tu t'es inquiété pour moi ! lâcha-t-il sur un ton qui se voulait moqueur

Mais sa voix sonnait étrangement. Thomas vint s'asseoir à côté de lui, remarquant que ses mains tremblaient. Ses yeux brillaient étrangement.

- - Ca me fait plaisir de te voir en vrai, souffla Thomas, attendri sans trop savoir pourquoi

Newt lui répondit par un sourire et Thomas crut avoir vu son expression la plus adorable, jusqu'à ce qu'il redevienne sérieux et plante ses yeux dans les siens. Le brun déglutit avec difficulté, et involontairement son regard glissa jusqu'aux lèvres roses et tendres du blondinet.

Et avant que Thomas est le temps de comprendre ce qu'il lui arrive, les deux garçons s'embrassaient, là, sous le porche d'Alby. Ce fut un baiser tout simple, doux et tendre, qui réchauffe de l'intérieur. Ils se reculèrent avec lenteur, pour échanger un regard long et intense. Mais Newt scella leurs lèvres à nouveau, passant une main dans sa nuque comme pour l'empêcher de partir. Toutefois, Thomas n'en avait pas la moindre intention. Au contraire, il se décala sur la marche, se rapprochant encore plus de Newt, glissant une main dans ses cheveux couleur blé. De nouveau ils se séparèrent et le blondinet éclata d'un rire adorable.

- - Qui aurait cru que je m'entendrais aussi bien avec un élève de la Classe Sport ?

- - Tu vas pas me dire que tu crois toutes les imbécilités qu'ils disent sur nous ? railla Thomas

- - Non, bien sûr. Mais les faits montre bien que ce n'est pas toujours l'amour fou entre nos deux classes.

Thomas eut un mouvement de recul.

- - Entre nos deux classes ?

- - Y a qu'à voir Teresa et Minho, continua Newt, sans remarquer le changement d'humeur de son « ami »

- - Tu es en Classe Art ?!

Ce fut au tour de Newt d'écarquiller les yeux. Puis d'éclater de rire à nouveau.

- - Ca t'étonnes ? Je pensais que ça se voyait à ma tête. Tu sais genre, grand dadais qui met toujours des pull à col V, celui qu'on choisit en dernier en cours de sport et le seul à apprécié les cours de philo.

- - Tu aimes les cours de philo ?! s'écria l'étudiant en sport

Et ils se mirent à rire, comme deux abrutis, mais trop hilares pour s'en faire la réflexion. Derrière eux, la porte s'ouvrit avec violence. Ils sursautèrent et firent volteface. Alby s'était brusquement figé sur le seuil de la porte. Le temps sembla se figer et les lèvres du grand noir se tordirent lentement en un sourire, tandis que Newt et Thomas virait au rouge tomate.

- - Et bien, et bien ! On dirait que j'ai enfin atteint mon but ! Ceci est le début du nouvelle ère !

- - Rêve pas trop Alby, répliqua Newt d'un ton moqueur. Tu n'as pas réussi à réunir nos deux classes tant que Teresa et Minho ne se seront pas réconcilier.

Le sourire d'Alby s'agrandit.

- - Tu ne crois pas si bien dire ! Venez-voir !

Intrigué, les deux Gladers échangèrent un regard avant de suivre leur ami qui déjà s'engouffrait dans la maison. A l'intérieur, la musique faisait trembler les murs, partout des gens dansaient, un verre à la main, certains s'embrassaient dans un coin, d'autres se disputaient. Mais la majorité des invités étaient entassé dans le salon. Avec peine, Alby, Newt et Thomas se frayèrent un chemin de la foule. Au milieu de la foule, chantant et riant, Minho et Teresa se tenait bras dessus bras comme les meilleurs amis du monde. Thomas sentit sa mâchoire se décrocher.

- - Je rêve ? souffla Newt à coté de lui.

- - Non, ils sont juste bourrés, répliqua Alby amusé.

En effet le teint de rouge de Teresa et le regard vague de Minho ne trompait pas, ils étaient saouls comme des trous.

- - On peut dire ta fête est véritable un succès Al', susurra une voix à côté d'eux

Les trois garçons se retournèrent pour tomber face à Brenda, dans tout son élément. La belle brune aux cheveux arborait un magnifique sourire digne d'une pub de Colgate, et une robe près du corps qui moulait exactement tout ce qu'il fallait moulé. Si Thomas n'avait pas été gay, il aurait déglutit.

- - Salut Thomas, lança la jeune femme

- - Salut Brenda… répondit vaguement le sportif cherchant des yeux un quelconque échappatoire

Sauf que Minho était bien trop occupé à faire voltiger Teresa pour lui venir en aide. Et lorsqu'il se tourna vers Newt, il ne vu dans ses yeux que de l'incompréhension.

- - On pourrait… minauda Brenda, feignant la timidité. Est-ce qu'on pourrait parler en privé ?

Thomas ne répondit pas vraiment, ne trouvant de manière polie pour refuser. Et à son plus grand désespoir, il vit une ombre passer sur le visage de Newt avant qu'il ne s'éloigne avec Alby. Brenda s'approcha de lui de la démarche féline, plongeant ses yeux dans les siens.

- - Ca fait longtemps qu'on ne s'est pas croisé. Tu m'as manqué Tommy.

Il sentit un goût amer lui envahir la bouche, c'était Newt qui l'appelait Tommy. La brune était dans son espace vitale maintenant, si près qu'il pourrait presque compter ses cils. Mais la foule l'empêchait de reculer et Brenda continuait de lui jeter ce regard indécent dont elle avait le secret. Il fallait que Thomas se sorte de la. Et il ne lui restait plus qu'une solution : la franchise.

- - Ecoute Brenda, je…

- - Chhh… souffla-t-elle posa son doigt sur ses lèvres, s'avançant encore un peu. Ne t'inquiètes pas. On a pas besoin de parler.

- - Non Brenda, tu ne comprends pas ! Je…

Thomas ne parvint pas à finir sa phrase. Enfin si, il l'a termina… contre les lèvres de Brenda. Car déjà la jeune fille l'embrassait à pleine bouche, enserrant son visage de ses mains pour l'empêcher de partir. Le garçon se raidit, littéralement choqué, les yeux écarquillés. L'air ne sembla revenir à son cerveau que lorsqu'il aperçut du coin de l'œil Newt quitter la fête en claquant la porte derrière lui. Et brusquement il retrouva sa mobilité et sa capacité à réagir. Il attrapa les poignets de Brenda, la repoussant avec tant de violence que la jeune fille trébucha et s'écroula sur le sol.

- - JE SUIS GAY OK ?!

Tous les regards se tournèrent vers eux et Thomas sentit son visage s'empourprer. Mais déjà Brenda bondissait sur ses pieds, les sourcils froncés, le regard cruel.

- - C'est quoi ton problème Thomas ?! Qu'est-ce qui cloche chez toi ?!

Il leva les yeux au ciel.

- - Je viens de te le dire ! Je suis gay.

Cela eu au moins l'effet de lui clouer le bec et elle resta plantée là avec un air d'idiote tandis que Thomas s'en allait à grande enjambée. Il fallait qu'il rattrape Newt.