Chapitre 2

Lorsqu'Arthur se réveilla à nouveau, le matin était entamé et quelqu'un tambourinait à sa porte. Reconnaissant la voix de son père, il soupira et se leva pour ouvrir la porte.

- Père.

- Bon sang Arthur, qu'est-ce que tu fichais ? Tu as manqué le conseil de ce matin !

Uther semblait furieux et Arthur soupira à nouveau. Il avait mal à la tête et les hurlements de son père n'arrangeaient rien.

- Je suis désolé, j'ai très mal dormi et…

- Je me fiche de tes raisons ! Tu es prince, Arthur, tu ne peux pas te permettre de manquer les conseils ! Cela n'a pas intérêt à se reproduire.

Arthur hocha la tête. Il avait prévu de parler à Uther de ses rêves, mais il préféra se taire. Ce n'était pas le genre de conversations qu'il voulait avoir lorsque le roi était de mauvaise humeur.

A la place, il décida alors d'en parler à Gaius. Le médecin haussa un sourcil en le voyant arriver.

- Sire ? Que puis-je faire pour vous ?

- Je me demandais si votre potion avait déjà pu faire effet.

Gaius se raidit légèrement, mais Arthur n'en tint pas compte.

- J'en doute très fortement. Pourquoi cette question ?

Arthur se passa une main dans les cheveux.

- J'ai très mal dormi, j'ai fait des rêves étranges, et… J'ai pensé qu'ils pouvaient être des souvenirs, mais j'ai probablement eu tort.

Il fit demi-tour pour quitter la pièce, mais la voix de Gaius le stoppa.

- Le fait que la potion ne puisse pas déjà faire effet ne signifie pas que ce n'était pas des souvenirs, sire.

Arthur se tourna à nouveau et fronça les sourcils.

- Que voulez-vous dire ?

- Simplement qu'il est possible que vous n'ayez nul besoin d'une potion pour vous souvenir. Il est courant que les victimes de perte de mémoire retrouvent des bribes de souvenirs par eux-mêmes. De quoi avez-vous rêvé ? Peut-être puis-je vous dire si vous les avez réellement vécus.

Arthur se raidit et regarda tout sauf le médecin.

- Euh… Des serpents ?

- Des serpents ?

- Oui, c'était… un combat je pense. Sans doute un tournoi, mais il y avait des serpents et…

- Oh. Il y a eu un incident en effet. Lors d'un tournoi, l'un des participants trichait, et il avait ensorcelé son bouclier pour y enfermer des serpents. C'est très étrange que ce soit cela dont vous vous souvenez… Avez-vous rêvé d'autre chose ?

- Rien qui ne soit de votre ressort. Merci Gaius.

Arthur ouvrit la porte, et entendit les derniers mots de Gaius avant de la refermer :

- Dans ce cas, vous devriez en parler à la personne qui pourra vous aider, Sire.

Il s'appuya brièvement contre la porte et déglutit. Si la partie sur les serpents était réelle, celle avec Merlin l'était-elle ? Il ne pouvait pas imaginer s'être autant lié avec lui, non seulement à cause de son genre et de sa position, mais aussi parce qu'il était strictement impossible que son père ait accepté une telle relation.

Cependant, il ne pouvait nier qu'il était pour une quelconque raison attiré par Merlin. Il était insupportable, n'avait aucune notion de respect, et l'insultait dès qu'il le voyait, mais Arthur ne pouvait s'empêcher de chercher à le pousser à bout. Merlin l'intriguait, et il voulait en savoir plus. Mais Morgana avait dit qu'il avait changé pendant l'année passée, et Merlin lui lançait des regards noirs dès qu'il le voyait, alors il voulait bien le croire. Après tout, même si ses rêves n'étaient pas réels –et quelque part, il vaudrait mieux –ils avaient au moins été amis, même Uther l'avait plus ou moins reconnu.

Il décida alors de tester les limites de Merlin. D'une part parce qu'il savait que cela l'amuserait, et de l'autre parce qu'il voulait savoir s'ils avaient été plus qu'amis, mais il ne pouvait pas simplement lui demander et exiger une réponse honnête. Ou plutôt si, il pouvait, mais il savait que Merlin mentirait.


Merlin était en chemin pour aller voir Gaius lorsque quelqu'un l'interpella. Il se retourna pour voir Arthur, qui avançait vers lui d'un pas décidé.

- Arthur ? Qu'est-ce que vous voulez ?

- Pourquoi toujours ce ton suspicieux, Merlin ? Je ne peux pas avoir simplement envie de passer du temps avec un ami ?

Arthur lui offrit un sourire radieux et Merlin leva les yeux au ciel.

- Vous êtes beaucoup trop arrogant pour penser que qui que ce soit puisse être aussi bien que vous. Gaius m'attend, alors si vous n'avez rien à me dire, merci de me laisser tranquille.

Arthur sourit de plus belle et le rattrapa en passant un bras autour de sa taille.

- Oh, allez ! Tu vas finir par me vexer, tu sais, dit-il d'une voix qu'il voulait séductrice, tout en se rapprochant de lui jusqu'à ce que ses lèvres soient quasiment collées à son oreille.

Merlin poussa son bras violemment quelques secondes après qu'il l'ait passé autour de lui, et le fixa d'un regard noir.

- Eh bien au moins vous me laisserez tranquille comme ça !

Arthur le regarda s'éloigner d'un pas énervé et se passa une main dans les cheveux. Merlin n'avait pas du tout réagit à ses avances, si ce n'est pour les rejeter, et Arthur était désormais sûr d'une chose : Il ne l'aimait pas. Ce qui était somme toute assez incroyable, étant donné qu'Arthur était persuadé que tout le monde était plus ou moins attiré par lui.

Quoiqu'il en soit, ses rêves ne pouvaient pas être vrais. S'ils l'avaient été, Merlin aurait probablement voulu retrouver leur relation, la faire renaître, il ne passerait pas son temps à le rejeter. Non, Merlin n'avait aucun sentiment pour lui, et, même s'il ne comprenait pas pourquoi, Arthur en était peiné.

Il secoua la tête et inspira profondément. Il se fichait que Merlin ne l'aime pas, il devait simplement être confus par ces rêves. Pourtant, cela n'expliquait pas le fait qu'il ait une soudaine envie de le trouver pour s'excuser, chose qu'il n'avait jamais faite de sa vie.


Merlin songea à aller voir Gaius, comme il était supposé le faire, mais changea d'avis et trouva Morgana à la place. Celle-ci renvoya Gwen, qui les regarda en fronçant les sourcils avant de partir.

- C'est Arthur, n'est-ce pas ?

Merlin haussa les épaules, acceptant le morceau de pain que Morgana lui tendait.

- Qu'est-ce qu'il a fait ?

- Rien. Enfin, il est…

Merlin fit un geste de la main et Morgana hocha la tête.

- Ecoutes, je sais que c'est difficile. Tu l'aimes et il est… Tellement différent. Ce n'est pas…

- Je ne l'aime pas, Morgana.

Elle leva la tête, surprise.

- Pardon ?

- Ce n'est pas lui que j'aime. J'y ai pensé, beaucoup et… La seule chose à faire c'est de les différencier. Cet Arthur et celui qui venait du futur, ce ne sont pas les mêmes. Ils ne viennent même pas de la même ligne temporelle. Arthur n'a pas su faire la différence, et c'était tout le problème, c'est pour ça que je l'ai renvoyé. Ce n'était pas vraiment moi qu'il aimait, c'était le Merlin de son temps. Je ne veux pas faire la même erreur. Arthur, celui qui est là aujourd'hui, ce n'est pas le même homme. Je préfère voir l'homme que j'ai aimé comme quelqu'un qui est parti et qui ne reviendra pas, et Arthur comme quelqu'un que je viens de rencontrer.

Morgana se mordit la lèvre et le regarda d'un air qui montrait clairement qu'elle ne le croyait pas.

- Tu ne serais pas là si tu arrivais à faire cette différence, Merlin.

Merlin haussa les épaules.

- J'essaie. Mais ce serait plus simple si Arthur ne passait son temps à m'ennuyer. C'est comme s'il ne pouvait pas s'empêcher de venir me voir quand je suis dans son champs de vision –pour m'insulter, en plus.

- Oh, il ne peut sans doute pas s'en empêcher. Arthur est… Très agaçant, et il prend un malin plaisir à ennuyer les autres. Je pense qu'il s'en prend à toi parce que tu ne te jettes pas à ses pieds comme les autres. Il n'est pas habitué à ce qu'on lui tienne tête.

- Dans ce cas, je me ferais un plaisir de lui obéir juste pour qu'il me laisse tranquille, si je ne pensais pas que ce serait une mauvaise idée.

- Pourquoi une mauvaise idée ? Il perdrait probablement tout intérêt pour toi.

Merlin haussa les épaules.

- J'ai peur qu'il ne devienne pas le roi qu'il est sensé devenir. L'autre Arthur disait qu'il avait changé grâce à moi, même si ça le tuait de l'avouer.

Merlin sourit en se le remémorant.

- C'était un autre monde. Peut-être que dans le notre, Arthur n'est pas sensé devenir roi.

Merlin fronça les sourcils.

- Qu'est-ce que vous voulez dire ?

- Je ne sais pas, j'essaie juste de… Tu es mon ami, Merlin, et je n'ai pas envie de te voir souffrir uniquement parce que tu veux qu'Arthur devienne le roi que tu le crois capable d'être.

Merlin hocha la tête, la prit brièvement dans ses bras et quitta la pièce pour rejoindre Gaius, qui devait être furieux qu'il soit en retard. Il savait que Morgana avait raison, et que ne pas abandonner Arthur risquait de le blesser, mais il savait aussi qu'il ne pourrait pas s'en empêcher. Le dragon avait dit que c'était sa destinée, mais surtout, il voulait qu'Arthur devienne un bon roi. Il en avait le potentiel, il l'avait vu avec celui du futur, et même s'il tentait de se convaincre qu'ils n'étaient pas la même personne pour s'éviter de souffrir, il savait qu'ils pouvaient le devenir.

Arthur était arrogant, égoïste et partageait certainement les vues de son père, mais si Merlin avait une chance de le changer, de l'aider à devenir un homme meilleur, il ne pouvait pas la laisser passer. Seulement, il n'avait aucune idée de comment faire.


Arthur avait passé près d'une demi-heure à s'entraîner, plus pour oublier Merlin que par réel besoin. Il était comme obsédé par l'apprenti de Gaius, et il ne savait pas pourquoi. Il n'arrivait pas à se l'enlever de la tête, et ça l'énervait. Il voulait se rappeler, retrouver ses souvenirs, pour comprendre pourquoi Merlin l'intéressait autant. Il décida alors de l'éviter. Avec un peu de chance, il l'oublierait s'il ne le voyait plus.

Finalement il laissa tomber son épée et rentra au château. Il fit quelques pas avant d'être pris d'un nouveau mal de tête, et lorsqu'il ouvrit les yeux, tout tournait autour de lui. Il se sentit perdre son équilibre et tomber, et émit un bruit surpris lorsqu'il ne heurta pas le sol mais se retrouva dans les bras de quelqu'un.

- Arthur ?

Arthur eut envie de rire. Il n'y avait que trois personnes qui l'appelaient par son prénom, et il était certain que cette voix n'appartenait ni à Morgana, ni à son père. De toutes les personnes qui vivaient dans ce château, il avait fallu que ce soit Merlin qui le rattrape.

Lorsque sa tête arrêta de tourner, il rouvrit les yeux et vit Merlin penché au dessus de lui, et réalisa qu'il avait la tête sur ses genoux.

- Vous allez bien ?

Arthur hocha la tête et voulut le pousser pour se lever, mais lorsqu'il vit son air inquiet, il sentit ses résolutions partir en fumée.

- J'ai… eu un malaise , ce n'est rien.

- Vous devriez sans doute aller voir Gaius.

- Non, je vais bien.

Arthur se leva et fuit le plus rapidement possible. Se retrouver dans les bras de Merlin lui avait procuré une sorte d'impression de déjà-vu, et avait fait battre son cœur d'une manière qu'il n'aimait pas. Il commençait à avoir peur de ce qu'il s'était réellement passé avec Merlin. Il avait peur que ses rêves ne soient non pas la réalité mais des fantasmes ? Aurait-il pu avoir des sentiments non partagés pour Merlin ? Arthur secoua la tête, il ne pouvait pas se permettre de laisser ses pensées aller dans cette direction.

Il venait de rencontrer Merlin, il n'était rien d'autre qu'un agaçant paysan, et Arthur n'avait aucune envie de passer du temps avec lui.

Arthur se passa une main dans les cheveux et se laissa tomber sur la chaise dans sa chambre. Depuis qu'il s'était réveillé en ayant oublié une année entière, il se sentait différent, et pas uniquement concernant Merlin. Il n'avait plus vraiment envie de s'amuser à lancer des couteaux sur les serviteurs, ou à les humilier.

Quelque chose avait du se passer pendant cette année, quelque chose qui l'avait profondément changé, et il était déterminé à découvrir ce que c'était.


Deux jours plus tard, il n'était parvenu à rien, trop occupé à assister à des conseils et à chercher des voleurs ou des sorciers par ordre du roi.

Alors que le bucher était allumé et qu'un sorcier y était attaché, Arthur réalisa que pour la première fois, il avait un drôle de ressenti. Il se sentait mal, comme s'il regardait quelque chose d'horrible. Mais il savait que les sorciers étaient des êtres maléfiques, la magie avait tué sa mère. Il inspira profondément et se concentra sur autre chose. Il ne pouvait pas laisser toute cette confusion l'emporter sur ses devoirs.

Merlin et Morgana regardaient l'exécution depuis la fenêtre de cette dernière, et échangèrent un regard inquiet. La situation leur rappelait que maintenant qu'Arthur haïssait la magie autant qu'Uther, ils étaient en grand danger. Si qui que ce soit les voyait utiliser la magie, Uther se ficherait de savoir ce pour quoi ils s'en servaient, et Arthur ne ferait rien pour les protéger.

Se sentant plus ou moins déprimé, Merlin décida de sortir en ville ce soir là, espérant que ça l'aiderait à oublier tout ses problèmes. Alors qu'il s'était assis par terre dans un coin isolé, et faisait apparaître un dragon fait de feu après s'être assuré qu'il n'y avait personne pour le voir, il entendit une porte s'ouvrir un peu plus loin et vit un homme se faire jeter dehors.

- J'ai pas intérêt à te revoir dans le coin ! Hurla l'homme avant de claquer la porte.

Merlin ouvrit de grands yeux et se leva pour aider l'homme à terre à se relever. Ce dernier sourit de toutes ses dents.

- Merci mon ami ! C'est dingue ce que les gens peuvent être susceptible dans ce royaume ! Je m'appelle Gwaine, déclara-t-il en tendant la main.

Merlin resta bouche bée pendant quelques secondes.

- Gwaine ?

Gwaine hocha la tête, sans perdre son sourire, et Merlin lui offrit un large sourire en retour.

- Merlin.

- Et qu'est-ce que tu fais dehors tout seul, Merlin ?

- Je voulais m'occuper l'esprit…Oublier certaines choses.

- Ah, je comprends ! C'est pour ça que je ne reste jamais longtemps dans un même lieu, ça m'évite de me retrouver avec des problèmes –enfin, des problèmes qui comptent !

- Et tu comptes rester à Camelot combien de temps ?

- Pas longtemps. Enfin, sauf si je trouve une raison de rester, ajouta-t-il avec un clin d'œil.

Merlin rit.

- Je te proposerai bien d'aller à la taverne, mais je crois qu'il vaut mieux que je l'évite pendant deux ou trois jours.

- Je te conseille plutôt deux ou trois mois, il est connu pour être très rancunier.

- Oh, comme si ça pouvait me stopper !

Ils rirent et se mirent à marcher, plaisantant à propos de tout et n'importe quoi. Merlin n'en croyait pas ses yeux. Il ne pouvait s'agir que du Gwaine dont Arthur lui avait parlé tant de fois, insistant qu'il ne comprenait pas comment Merlin et lui pouvaient s'entendre aussi bien –même si Merlin avait désormais son idée là-dessus. Pourtant il lui semblait qu'Arthur avait dit qu'ils ne se rencontreraient pas tout de suite, et qu'il était avec Merlin ce jour là. Mais après tout, il y avait bien des choses qui ne se passaient pas comme dans le passé d'Arthur, alors cela ne voulait rien dire. Il était simplement heureux d'avoir rencontré quelqu'un de nouveau, qui pourrait certainement l'aider à oublier ses problèmes, chose qu'il ne pouvait pas faire avec Morgana, ni personne d'autre puisque Lancelot était banni.

Merlin décida d'arrêter de réfléchir, et de simplement profiter de la distraction que lui offrait Gwaine. Après tout, rien de mauvais ne pouvait sortir de cette nouvelle relation.

Alors qu'il s'éloignait avec Gwaine, il ne remarqua pas Arthur, qui le fixait depuis sa fenêtre, les bras croisés sur la poitrine et la mâchoire serrée. Il ne vit pas non plus Uther, qui, lui, les observait avec un sourire satisfait.