Chapitre 3
Uther s'éloigna de la fenêtre, infiniment satisfait. Il n'avait aucune idée de qui était l'homme avec l'apprenti de Gaius, et il s'en fichait, mais il ferait tout pour qu'il reste. Avec un peu de chance, il s'agirait d'un noble et il pourrait même l'adouber, de manière à être certain qu'il reste à jamais. Arthur avait bien trop d'intérêt pour Merlin, et si cet homme pouvait permettre à ce que Merlin oublie Arthur, Uther serait prêt à tout pour lui permettre de vivre à Camelot. Plus Merlin serait occupé et loin d'Arthur, moins il y aurait de chances que son fils ne se rebelle à nouveau.
Lorsqu'Arthur se réveilla le lendemain matin, il était de mauvaise humeur. Etant donné que c'était de la faute de Merlin, il décida que lui aussi devrait être de mauvaise humeur, et se dirigea vers la chambre de Gaius avec la ferme intention de le secouer jusqu'à ce qu'il se réveille afin de s'assurer que lui aussi passerait une mauvaise journée. Il ouvrit la porte sans prendre le temps de toquer, ignora le haussement de sourcil de Gaius et se dirigea directement vers la petite porte qui menait à la chambre de Merlin. Ce n'est que lorsqu'il posa la main sur la poignée qu'il réalisa qu'il n'avait jamais demandé où Merlin dormait. Il n'était pas sensé le savoir.
Il secoua la tête, mettant ses pensées de côté et ouvrit la porte, prêt à réveiller Merlin le plus violemment possible, mais se stoppa lorsqu'il le trouva déjà réveillé, assis sur son lit et riant avec l'homme qu'il avait aperçu la veille. Sa mâchoire se raidit, et il s'apprêtait à exiger de savoir qui était cet homme lorsque Merlin le devança.
- Arthur ? Qu'est-ce que vous faites là ?
- Qui est-ce ? Demanda-t-il en désignant l'inconnu d'un mouvement de la tête.
L'homme s'avança vers lui et lui tendit la main.
- Gwaine. Et vous êtes…
- Le prince de Camelot, répondit Arthur en ignorant la main qui lui était tendue. Je peux savoir ce que vous fichez là ?
- Je l'ai rencontré hier soir, il a dormi ici, et ce ne sont pas vos affaires. Vous vouliez quelque chose ou bien vous vous en allez ?
Le ton de Merlin l'agaçait, mais ce fut le fait que Gwaine était de toute évidence en train de retenir un rire qui mit Arthur en rogne.
- Je t'ai déjà dit que tu ne pouvais pas me parler ainsi, Merlin ! Peut être qu'une journée entière au pilori t'aidera à t'en rappeler !
- Vous ne croyez pas que vous exagérez un peu ? Demanda Gwaine en levant les yeux au ciel et Arthur lui lança un regard noir.
- Et vous, vous n'avez rien à faire là ! Merlin n'aurait jamais du vous autoriser à passer la nuit ici, vous n'êtes pas le bienvenu dans ce château. Prenez vos affaires et quittez Camelot avant ce soir.
Sur ce, Arthur tourna les talons et partit en claquant la porte, mais il entendit tout de même le « Eh bien, c'est vraiment un crétin, ton prince ! » de Gwaine, et prit sur lui pour ne pas faire demi-tour et le transpercer de son épée sur le champ. D'ici quelques heures, Gwaine serait parti, et tout redeviendrait normal. Merlin lui en voudrait surement, mais il s'en fichait. Ce Gwaine était insupportable, et avec le temps Merlin comprendrait que c'était pour son bien. Non pas qu'il s'intéressait à ce que Merlin pensait de lui, cela dit. Il pouvait bien le haïr, Arthur s'en fichait.
Cependant, quelques heures plus tard, il réalisa que Merlin n'était pas au pilori. Non pas qu'il avait vraiment été sérieux lorsqu'il lui avait dit d'y aller, mais il s'était tout de même attendu à ce que ses ordres soient respectés.
Peu de temps après, il était informé que son père voulait le voir, immédiatement. Il fronça les sourcils en trouvant Merlin, Gwaine et Gaius devant le roi, et commença à se demander ce qu'il se passait.
- Ah, Arthur. J'ai entendu dire que tu avais banni ce jeune homme de Camelot, et envoyé l'apprenti de Gaius au pilori parce qu'il lui avait dit de dormir dans sa chambre sans prévenir personne, est-ce vrai ?
Arthur tourna la tête pour fusiller Merlin des yeux, mais ce dernier fixait Uther avec de grands yeux et semblait se demander lui aussi ce qu'il se passait.
- Eh bien…
- Ceci est inadmissible, Arthur ! Merlin est l'apprenti de Gaius, et par conséquent le futur physicien de Camelot, ce qui fait de lui un membre de cette cour, et lui donne le droit d'inviter qui il veut dans sa chambre. Il est bon de faire respecter la loi, mais j'apprécierai que tu n'abuses pas de ton autorité !
Arthur fronça légèrement les sourcils. Son père ne s'était jamais intéressé à ce genre d'histoires, et se fichait royalement de savoir qui était ou n'était pas un membre de sa cour dans ce genre de cas, il connaissait à peine le nom de ceux qui habitaient le château. Hors, il semblait particulièrement investi dans celui-ci, et Arthur ne pouvait s'empêcher de trouver cela étrange.
Uther s'adressa ensuite à Gwaine.
- Quant à vous, je suis prêt à vous dédommager pour le mal que mon fils vous a fait.
Gwaine le regarda comme si le roi avait deux têtes, avant de se tourner vers Merlin, qui haussa les épaules.
- Ce n'est pas la p…
- Etes vous un noble ? Insista Uther.
- Euh… Pourquoi ?
- Eh bien, s'il s'avère que vous en êtes un, j'aimerai vous faire chevalier.
Arthur manqua de s'étrangler.
- Pardon ? Père, vous ne l'avez même pas vu combattre !
- Il suffit, Arthur ! J'essaie de réparer tes erreurs, alors tais toi !
Arthur se tut, abasourdi, et s'il en croyait les regards de Gaius, Merlin et Gwaine, eux aussi. Gwaine sembla réfléchir un instant avant de se redresser légèrement.
- Je ne suis pas un noble, Sire, et je n'ai nullement besoin d'une récompense.
Arthur vit Merlin froncer légèrement les sourcils, et eut comme l'impression que Gwaine mentait. Mais pourquoi mentirait-il, surtout lorsque la vérité pouvait lui apporter bien plus que ce qu'il n'avait ?
Uther sembla contrarié par cette réponse.
- Oh, eh bien… Je vais organiser un combat. Demain. Vous, contre Arthur. Si vous le battez, ou tenez au-delà d'une limite de temps que j'aurai décidée, vous deviendrez chevalier. Vous pouvez vous en aller, tous.
Gwaine faillit répondre, mais Merlin secoua la tête et le tira vers la sortie, accompagné de Gaius. Arthur avança vers son père, bouche bée.
- Père, enfin ! Adouber un paysan est contre la première loi de Camelot !
- Oh, je t'en prie, Arthur, ce garçon a menti lorsqu'il a dit ne pas être de sang noble, c'était évident ! J'ignore pourquoi, et je ne veux pas le savoir. S'il est bon, il sera adoubé, un point c'est tout. Et tu ferais mieux de ne plus lui chercher d'ennuis, est-ce que c'est bien clair ?
Arthur avait envie de répondre que non, c'était loin d'être clair, mais il savait qu'il valait mieux qu'il se taise.
Furieux, Arthur se dirigea vers la chambre de Merlin. Il ouvrit la porte en trombe et se planta devant lui, ignorant Gaius, ou Gwaine qui semblait avoir décidé de suivre Merlin partout où il allait.
- Qu'est-ce que tu lui as dit ?
- Pardon ?
- Qu'est-ce que tu as dit à mon père pour qu'il s'intéresse autant à cette histoire ?
- Moi ? Mais rien du tout ! Qu'est-ce que vous croyez, que j'avais envie d'être convoqué par Uther ? De toute manière, vous m'aviez envoyé au pilori, je pouvais difficilement lui parler !
Arthur le fusilla du regard et se tourna vers Gwaine.
- Et vous ? Vous êtes noble, oui ou non ? Parce que si prétendre ne pas être noble était une stratégie pour attirer l'attention de mon père et qu'il vous adoube, je….
- Oh pitié ! Je ne veux pas être adoubé, et je ne tiens pas à rester à Camelot toute ma vie, d'accord ! Tout ce que je voulais, c'était rester ici un moment avant de partir ailleurs, et maintenant, grâce à vous, je risque d'être forcé de rester ici et de devenir chevalier, ce que je m'étais toujours juré de ne pas faire, alors ce serait bien si vous arrêtiez de hurler et que vous vous calmiez, princesse !
Sur ce, Gwaine le dépassa et quitta la pièce, laissant Arthur bouche-bée, et Merlin lui lançant un regard noir.
- C'est bon, vous avez fini ?
Arthur fusilla Merlin du regard, mais fit demi-tour et tourna les talons.
Un peu plus tard, Morgana toquait chez Gaius, ayant entendu parler de ce qu'il s'était passé, eg voulant voir Merlin.
- Je ne comprends pas, Uther m'a toujours détesté et maintenant il s'excuse pour ce qu'Arthur a dit et veut même adouber Gwaine ! Vous croyez qu'il est ensorcelé ?
Morgana se mit à rire et secoua la tête.
- Oh non, il ne l'est pas. C'est du Uther tout craché.
Avant que Merlin n'ait pu lui demander ce qu'elle voulait dire, Morgana était déjà partie. Elle se rendit directement vers la salle du trône, sachant qu'Uther y serait puisqu'il avait un conseil dans peu de temps.
Le roi fut surpris de la voir.
- Morgana ?
- Vous pensez vraiment qu'adouber Gwaine va éloigner Arthur de Merlin, n'est-ce pas ?
- Je ne vois pas de quoi tu parles, et ce ne sont en rien tes affaires, Morgana.
- Ca ne marchera pas, vous savez. Peut-être que ça éloignera Merlin d'Arthur, et encore, mais Arthur ne va pas rester gentiment assis à le regarder s'éloigner avec Gwaine. Vous connaissez bien mal votre propre fils si vous pensez que c'est ce qu'il fera. Il a peut-être perdu la mémoire, mais je suis prête à parier qu'il tient toujours à Merlin, même s'il ne s'en souvient pas.
Agacé, Uther se leva, et pointa un doigt menaçant vers elle.
- Il suffit, Morgana !
- Vous avez tellement peur de le voir se rebeller contre vous que vous êtes prêt à faire n'importe quoi, même aller contre vos propres règles ! Vous êtes pathétique, Uther, et j'espère de tout mon cœur qu'Arthur choisira Merlin plutôt que vous, et qu'il sera un meilleur roi que vous ne l'avez jamais été !
A peine avait-elle fini sa phrase qu'Uther lui serrait la gorge.
- Je te conseille fortement de t'excuser, et tout de suite.
Morgana ne répondit rien, et Uther appela les gardes.
- Si j'apprends que tu tentes de monter mon fils contre moi, je n'hésiterai pas à te le faire payer, est-ce clair ?
Morgana le fusilla du regard pour toute réponse, et suivit les gardes qui l'emmenaient en cellule sur ordre du roi. En chemin, ils croisèrent Arthur, qui fronça les sourcils et stoppa les gardes, exigeant de savoir ce qu'il se passait.
- A votre avis ? J'ai été à l'encontre de votre cher père.
Arthur soupira et affirma qu'il tenterait de lui parler pour qu'il la laisse sortir. Morgana ricana, sachant que rien de ce qu'Arthur dirait ne pourrait faire changer Uther d'avis. Elle s'était laissée emporter, et désormais il la surveillerait de près, elle en était consciente.
Lorsque Merlin se retrouva seul avec Gaius, il se dépêcha de lui parler de ce qu'il s'était passé.
- Gaius, qu'arrive t-il au roi ? Ce n'est vraiment pas son genre de s'occuper de ce genre d'histoires, et encore moins d'adouber quelqu'un sans raison !
- Non, en effet. Je pense que le roi a peur de toi.
- De moi ? Tu crois qu'il sait…
- Non, bien sûr que non, tu serais déjà mort si c'était le cas, Merlin ! Mais Uther n'a pas perdu la mémoire, contrairement à Arthur. Il craint qu'Arthur et toi ne deveniez proches à nouveau, et qu'il ne se rebelle à nouveau.
Merlin fronça les sourcils.
- Mais quel rapport avec… Oh… Il pense que si Gwaine reste à Camelot, je resterai avec lui et non Arthur, c'est ça ?
Gaius hocha la tête.
- Ce n'est pas tout. Tu te souviens certainement que j'avais prévu de donner au prince une potion qui pourrait l'aider à retrouver ses souvenirs. Uther m'a interdit de le faire, je n'ai donné à Arthur que de l'eau légèrement aromatisée. Il ne veut pas qu'Arthur retrouve la mémoire, et vous nouez une amitié à nouveau et qu'il s'en rend compte, Dieu seul sait ce qu'il fera.
Merlin déglutit et hocha la tête, avant de se lancer à la recherche de Gwaine, qui semblait affecté par ce qu'il s'était passé. Il le trouva facilement, assis sur des marches en haut du palais, et s'assit auprès de lui.
- Est-ce que ça va ?
- Bien sûr !
- Gwaine…
Gwaine soupira.
- Ce n'est rien, c'est juste que… Je ne veux pas être un chevalier. Mon père en était un, et il a été forcé de suivre son roi dans toutes les batailles, jusqu'à ce qu'il se fasse tuer. J'étais enfant quand il est mort, et je ne l'ai jamais vraiment connu. Les rois pensent que tout leur est dû, et qu'un chevalier doit sacrifier tout ce qu'il connait pour eux. Je ne veux pas être adoubé, et je ne veux certainement pas devoir quoi que ce soit à un roi tel qu'Uther.
Merlin acquiesça, il pouvait comprendre ça.
- Arthur sera peut-être différent.
- Et même si c'est le cas, Merlin, combien de temps va passer avant qu'il ne devienne roi ?
Merlin soupira, Gwaine marquait un point. Et par la même occasion, Morgana. Même si Arthur devenait l'homme que Merlin le pensait capable d'être, cela ne servirait à rien tant qu'Uther était roi.
- Dans ce cas, tu devrais peut-être perdre. Ce n'est pas comme si Arthur avait l'intention de te le laisser gagner, de toute manière.
Gwaine se mit à rire légèrement.
- Tu sais, la seule chose que je détesterai plus que d'être adoubé, ce serait de tricher. Je suis doué avec une épée, peut-être même plus qu'Arthur, et il est hors de question que je prétende ne pas l'être. Au moins, si je finis par devenir chevalier, tu pourras toujours me remonter le moral ! Et j'aurai assez d'argent pour passer mes soirées à la taverne !
Gwaine sourit, et Merlin ne put s'empêcher de rire.
Quelques temps plus tard, ils se levèrent, et tombèrent rapidement sur Arthur, qui leva les yeux au ciel en les voyant. Gwaine sourit à Merlin et s'éloigna, les laissant seuls.
- Merlin, dit Arthur froidement.
- Arthur, écoutez…. Je suis vraiment désolé pour ce qu'il s'est passé, je vous assure que je ne sais pas comment Uther en a eu vent. J'espère que vous n'aurez pas trop d'ennuis.
- Moi non. Morgana, en revanche…
- Morgana ?
- Mon père l'a envoyé en cellule, je ne sais pas ce qu'il s'est passé, mais il est furieux.
Merlin se mordit la lèvre. Il ne pouvait s'empêcher de penser à ce que l'autre Arthur lui avait, au destin que Morgana avait connu dans son monde. Il avait peur que sa haine envers Uther ne grandisse, qu'elle ne devienne obsessionnelle. Il se promit de faire plus attention à elle, mais pour l'instant, il devait déjà s'occuper d'Arthur. Il voulait essayer de l'aider, de le faire devenir le roi que l'autre Arthur était, et il savait que pour ça, il devrait se rapprocher du prince.
- J'espère qu'elle sortira bientôt.
- Moi aussi.
Merlin haussa un sourcil.
- Quoi ? Je ne peux pas la supporter, mais elle ne mérite pas de finir en prison pour autant. Et arrêtes de me regarder comme ça, je ne suis pas un monstre !
Merlin haussa les épaules et sourit lorsqu'Arthur lui lança un regard noir mais ne put s'empêcher d'esquisser un sourire.
- Et votre mémoire ?
Arthur haussa les épaules.
- Je fais des rêves, parfois. Mais je ne suis pas sûr que ce soit des souvenirs, pas tous en tout cas.
- De quoi vous rêvez ?
Soudain, Arthur se raidit et son visage se ferma.
- Peu importe. Il faut que j'y aille.
Il tourna les talons, laissant Merlin bouche-bée. Merlin leva les yeux au ciel face au tempérament d'Arthur et quitta le couloir à son tour.
Arthur retourna dans sa chambre énervé. Pour la première fois depuis qu'il avait perdu la mémoire, Merlin avait fait un pas vers lui, et il avait pris peur à cause des rêves et avait fuit. Il y avait peu de chances pour que Merlin ne veuille retenter une discussion amicale désormais. Agacé, il décida d'aller s'entrainer un peu, bien décidé à mettre Gwaine à terre avant le temps imposé par Uther, quel qu'il soit.
