Disclaimer : Les personnages de Miraculous appartiennent à leur concepteur, je ne fais que les emprunter le temps d'une fiction.

Avertissement : ce chapitre parle exclusivement de personnages n'ayant rien à voir avec Miraculous, mais il est nécessaire pour la compréhension de la suite. Vous pouvez le zapper si vous voulez, mais vous aurez plus de mal à comprendre ensuite.


Le cadeau du Papillon

Chapitre 3

Le garçon se détourna tristement de la fenêtre et s'éloigna en direction de sa chambre. Il évita le regard de l'homme qui veillait sur lui et se glissa dans le couloir qui menait à son refuge préféré. Il marchait sur la pointe de ses pieds nus, s'appuyant presque uniquement sur les orteils, ce qui attira l'attention de l'homme qui le connaissait assez pour savoir que cela n'était pas bon signe.

- Alexis... commença l'homme, mais le garçon l'interrompit immédiatement.

- Non Paul.

Le ton d'Alexis était doux mais impérieux, il ne laissait aucune place au doute.

L'homme soupira mais ne chercha pas à le retenir, ils étaient ensemble depuis assez longtemps pour qu'il sache quand il devait intervenir ou non.

Pour le moment Alexis avait besoin de passer un peu de temps seul dans sa chambre, pour surmonter ce qu'il ressentait, il irait le voir dans une heure ou deux.

Sans se rapprocher de la fenêtre il posa un regard sans indulgence sur le groupe qui se trouvait près du collège. Il voyait parfaitement au dehors de là où il se trouvait et cela faisait plusieurs jours qu'il surveillait son protégé et ceux qui avaient attiré son attention.

Il s'était tout d'abord réjouit de voir le garçon s'intéresser à des jeunes gens du collège voisin, surtout lorsqu'il l'avait vu se rapprocher assez de la fenêtre pour être visible.

Alexis avait désormais 16 ans, mais il ne l'avait jamais vu montrer le moindre intérêt pour ceux de son âge, d'ordinaire les seules personnes avec qui l'adolescent acceptait de communiquer étaient adultes et encore, il ne parlait pas à tous, rares étaient ceux à qui il accordait le privilège de sa conversation.

D'aussi loin que l'homme, Paul, puisque tel était son nom, s'en souvienne, Alexis avait toujours été à part.

Second enfant d'une riche famille parisienne il avait démontré très jeune un caractère qui avait fortement dérangé ses proches. Tout bébé il pleurait sans raison disaient ils et Paul, encore enfant à cette époque, avait plus d'une fois accompagné son propre père, qui était le médecin de la famille, lorsque ce dernier était appelé en urgence au chevet d'Alexis, le plus souvent ils repartaient sans que le médecin n'ait trouvé quoi que ce soit qui justifie ces pleurs.

Plus tard Alexis avait été un enfant craintif et timide, capable d'élans de tendresse envers des inconnus qui embarrassaient fortement ses parents, mais aussi de crises de larmes soudaines, quand ce n'étaient pas des crises de terreur, ou de colère, aussi soudaines qu'inexpliquées.

Ses parents l'avaient conduit chez plusieurs spécialistes, dont des psychiatres, afin de déterminer ce qui pouvait bien causer ce comportement problématique. Les avis avaient été aussi divers que contradictoires. Certains avaient mis en avant la jalousie de Sophie, la sœur aînée d'Alexis qui avait très mal vécu l'arrivée d'un petit frère lorsqu'elle avait quatre ans et n'avait pas changé d'opinion par la suite. Elle n'avait de cesse de traiter Alexis en parasite dont elle aimerait se débarrasser. D'autres avaient décrété qu'Alexis était autiste, d'autres encore qu'il était psychotique, d'autres l'avaient catalogué schizophrène ou borderline.

Malgré les conseils du père de Paul, qui était contre toutes ces visites et se refusait à valider les diagnostics, les parents d'Alexis avaient écouté les psychiatres et tenté traitements et thérapies, les enchaînant avec obstination dans l'espoir de voir leur petit garçon devenir enfin l'enfant idéal dont ils rêvaient.

Cela avait fait plus de mal que de bien au jeune garçon, Paul ne se souvenait que trop bien de ces jours sombres où il avait vu Alexis dépérir et devenir un enfant pâle, maigre et silencieux que ce qu'on lui infligeait tuait à petit feu. Du fait de ses crises et de ses élans d'affection mal venus il était cloîtré par les siens et cela n'avait fait qu'empirer son état. Le manque de soleil et d'exercice avait fait du jeune garçon un être pâle et sans forces qui se traînait dans les quelques pièces qui lui étaient autorisées et tombait malade au moindre virus entrant chez lui. Plus que jamais le père de Paul fut souvent sollicité sans qu'on lui accorde le droit de s'exprimer librement et de donner son avis. Il n'avait continué à venir que pour le bien d'Alexis qu'il souffrait de voir traité de la sorte et qu'il craignait de voir succomber sous ses yeux impuissants.

Il avait bien caressé l'idée de faire part de ses craintes aux autorités mais y avait renoncé, les parents d'Alexis étaient riches et influents, personne n'irait croire qu'ils puissent maltraiter leur propre fils et cela se retournait au final contre lui et contre l'enfant qu'il voulait tant aider. Paul partageait ses doutes et son impuissance avec une résignation quelque peu rageuse.

Au final Alexis n'avait du son salut qu'à la disparition de ses parents et au retour de sa grand-mère paternelle, depuis longtemps reléguée loin de l'enfant pour avoir osé traiter tous les grands médecins, en qui son fils et sa belle fille plaçaient leurs espoirs, de charlatans.

Étant la dernière parente en vie du jeune garçon, Alexis n'avait alors que dix ans, et de sa sœur de quatorze ans, elle en avait eu la garde et s'était aussitôt empressée de prendre des mesures pour assurer le bien être du frère et de la sœur.

Le peu d'affection de Sophie pour Alexis ne lui avait pas échappé et elle avait jugé plus prudent de les séparer. Une semaine après l'enterrement Sophie prenait la route d'un pensionnat pour jeunes filles de bonne famille où elle terminerait sa scolarité et qu'elle ne quitta que pour épouser le frère d'une de ses camarades, ce dont elle ne se plaignit jamais.

Le cas de Sophie réglé convenablement la grand-mère se mit en devoir de s'occuper de celui d'Alexis, infiniment plus complexe et difficile à solutionner.

A dix ans Alexis était si mis à mal par ce qu'on lui avait fait endurer que la vieille dame avait bien cru qu'il ne survivrait pas à la disparition de ses parents. Le jeune garçon avait très mal vécu ce deuil. Même si ses géniteurs ne se montraient pas des plus patients et affectueux envers lui il les aimait tout de même, il avait tout accepté de leur part et leur perte l'avait plongé dans un abîme de douleur qui avait bien failli l'emporter.

La vieille dame ne savait comment prendre soin de lui et était sur le point de renoncer et de se résigner à le perdre lorsque Paul venu une fois de plus accompagner son père au chevet du garçon avait, bien involontairement, fait basculer leurs destins à tous.

Sans que personne ne puisse déterminer pourquoi Alexis était brusquement sorti de la torpeur qui était sienne pour courir se réfugier dans les bras du jeune homme de dix-neuf ans.

Il y avait eu un silence prolongé, puis la vieille dame avait souri et avait fait à Paul une proposition des plus surprenantes qu'il avait cependant acceptée.

C'était ainsi qu'il était devenu le gardien d'Alexis, abandonnant sans regret des études de médecine commencées près de quatre ans plus tôt et où son jeune âge l'exposait à de nombreux déboires.

Il savait qu'il serait toute sa vie en charge d'Alexis, la vieille dame avait été catégorique à ce sujet, le jeune garçon avait besoin de stabilité et il était indéniablement le mieux placé pour lui apporter.

Certes, parfois ce rôle pesait à Paul, Alexis n'était pas toujours facile à garder même s'il était d'un naturel heureux il lui arrivait parfois d'entrer dans de violentes colères ou dans des crises de larmes pour quelque chose qui n'aurait pas affecté une autre personne, mais il n'aurait renoncé pour rien au monde.

Pour ne pas risquer de troubler Alexis qui ne la connaissait pas vraiment, la vieille dame les avait installés tous deux dans un immeuble qu'elle possédait non loin de celui où elle vivait et où elle avait donné carte blanche à Paul pour assurer à son petit fils tout le confort possible.

Elle leur rendait visite de temps en temps, pas trop souvent cependant pour éviter qu'Alexis ne s'attache trop à elle et soit affecté si elle venait à disparaître.

Elle avait mis un terme aux interventions des psychiatres et des psychologues, aucun n'ayant réussi à déterminer précisément ce dont souffrait Alexis ou ce qu'il était exactement.

Alexis était un défi constant, son esprit semblait toujours tourner à plein régime, un régime bien trop élevé pour la majorité des gens et le suivre n'était pas chose évidente. En quelques minutes il pouvait passer du rire aux larmes, se mettre en colère puis se remettre à rire, parler d'une chose et enchaîner directement sur un sujet qui n'avait rien à voir avec le premier, puis passer à autre chose et revenir sur le premier sans prévenir. Paul qui le connaissait depuis toujours était habitué à la chose, il avait parfois du mal à suivre, mais il réussissait le plus souvent soit à y parvenir soit à faire illusion. Si vraiment il n'y parvenait pas et qu'Alexis se mettait à lui parler de quelque chose dont il ne parvenait pas à cerner l'origine il n'hésitait plus à stopper le garçon pour lui demander de quoi il était exactement en train de parler.

Alexis le regardait alors avec un peu de surprise, mais, au fil du temps, il avait cessé de s'indigner de ce manque de compréhension et expliquait avec une complaisance parfois amusée et teintée de malice, de quoi il parlait et pourquoi il avait soudain éprouvé le besoin de le faire.

Dans ces moments là, malgré le fait qu'il soit lui même doté d'une intelligence assez élevée, Paul se sentait parfois dans la peau de quelqu'un qu'on prenait pour un idiot et devait faire un effort pour ne pas laisser transparaître sa frustration et sa colère.

Alexis savait de toute manière très bien ce qu'il en était et il avait parfois la délicatesse de sembler gêné et de s'excuser.

Par ailleurs, la curiosité de l'adolescent obligeait Paul à chercher régulièrement des moyens de le distraire et de le cultiver.

Si Alexis n'avait pas été si fragile et sensible ils auraient pu sortir et visiter des musés, hélas, les rares fois où Paul avait tenté d'entraîner son protégé dans les rues de Paris avait été des fiascos retentissants.

Alexis ne supportait ni la foule, ni le bruit, ni le soleil, ni le froid, ni l'humidité, ni les odeurs trop fortes. Tout ce qui dépassait un certain niveau d'intensité lui était insupportable et le plongeait soit dans un état de panique frénétique, soit dans un état de sidération absolue. Dans le premier cas il était capable de fuir à toutes jambes sans regarder où il allait, dans le second il se figeait et ne réagissait plus, ce qui était tout aussi problématique pour Paul qui devait alors soit le poursuivre et le calmer, soit le transporter comme un colis, à ceci près qu'un colis serait sans doute plus aisé à déplacer qu'un enfant ou un adolescent.

Paul avait fini par renoncer, il entraînait encore Alexis au dehors, mais cela était fort rare et dans Paris se produisait le plus souvent la nuit, lorsque les rues étaient calmes et désertes.

Parfois, lorsqu'ils quittaient la capitale et se rendaient dans des villes plus petites et donc moins peuplées, Alexis parvenait à surmonter l'angoisse que faisait naître en lui la proximité d'inconnus et à suivre Paul dans des lieux publics, mais cela ne devait pas dépasser un certain temps. Paul avait fini par apprendre à déceler les signes indiquant que son protégé atteignait ses limites et à le ramener avant qu'il ne soit trop tard.

Alexis affirmait apprécier ces sorties mais Paul savait que le garçon n'était jamais si heureux que dans le cadre rassurant de leur immeuble, sans personne pour venir troubler la paix ambiante.

Oui, Alexis aimait par dessus tout vivre chez lui, entouré de choses familières, il aimait découvrir le monde par le biais des livres et des écrans. Internet et la télévision le fascinaient, même si parfois ce qu'il y découvrait lui faisait mal.

Il aimait aussi discuter avec des personnes qu'il ne rencontrerait probablement jamais, vivant très loin de chez lui et ayant des vies très différentes de la sienne. Lui qui ne vivait pratiquement pas, il vivait d'autres vies grâce à ces gens et à ce qu'il pouvait apprendre d'eux.

Paul était parfois inquiet de ces amitiés virtuelles que nouait Alexis, il n'était pas sans savoir qu'elles n'avaient rien de concret pour la plupart et se défaisaient le plus souvent, à quelques rares exceptions, aussi vite qu'elles s'étaient construites, mais Alexis lui ne semblait pas en avoir conscience.

Pour lui l'amitié était une chose solide, presque sacrée et lorsqu'il se prenait d'affection pour quelqu'un il peinait à comprendre que cela ne soit pas réciproque et parfois, lorsque l'autre finissait par lui faire réaliser que tel était le cas, il en était cruellement blessé.

De la même manière, il offrait volontiers et avait du mal à accepter que tout le monde ne soit pas comme lui, confronté à l'égoïsme il ne savait comment réagir et en souffrait beaucoup.

C'était pour cette raison, qu'en cet instant précis, Paul fixait le groupe de collégiens avec un peu de ressentiment. Alexis était sur le point de progresser et ce qui venait de se passer l'avait arrêté net.

Paul espérait que cela n'aurait pas de conséquences.

Alexis se relevait juste d'une maladie qui l'avait cloué au lit plusieurs semaines, malgré toutes les précautions de Paul un virus avait réussi à l'atteindre, il n'avait pratiquement rien mangé au cours de sa maladie et avait donc perdu du poids. Il avait vraiment besoin de se refaire une santé, pas de rechuter à cause de son moral.

A suivre