Disclaimer : Les personnages de Miraculous appartiennent à leur concepteur, je ne fais que les emprunter le temps d'une fiction.
Le cadeau du Papillon
Chapitre 6
Marinette et Adrien auraient sans doute été bien plus alarmés s'ils s'étaient aperçus que monsieur Poirier se dirigeait vers la maison qui avait attiré leur attention un peu plus tôt et qu'il y était admis sans tarder.
Paul qui lui avait ouvert le conduisit dans un salon, ne tenant pas à ce qu'ils soient vus par les autres occupants de la maison, en particulier par Alexis.
Il ne voulait pas donner de faux espoirs à son protégé.
En vérité il n'était pas du tout certain lui même d'avoir vraiment raison d'avoir accepté ce qui était en train de se passer. Lorsque la grand-mère d'Alexis lui avait fait part de ses projets il n'avait pas voulu s'opposer directement à elle mais ce n'était pas l'envie qui lui avait manqué de le faire.
Il avait gardé un silence prudent pour plusieurs raisons.
Premièrement parce que même s'il était en principe engagé à vie, elle n'en n'était pas moins son employeur, elle lui payait un généreux salaire, elle avait donc le pouvoir de le renvoyer s'il venait à lui déplaire et il ne tenait pas à ce que cela se produise. Pas pour le salaire mirobolant qu'il touchait et qu'il ne dépensait pratiquement pas, la plupart de ses frais, comprendre ceux concernant la nourriture et l'hygiène, étant déjà pris en charge, il ne lui restait plus qu'à assumer les sommes nécessaires pour ses habits, il n'avait jamais été très dépensier à ce sujet, mais surtout pour ne pas blesser Alexis qui avait plus que jamais besoin de stabilité.
Secondement il avait une forte part de responsabilité dans l'état actuel d'Alexis, il avait fait une erreur qui avait eu des conséquences fâcheuses et il s'en voulait encore beaucoup de son manque de discernement.
Il avait laissé Sophie entrer chez eux et rencontrer Alexis. Elle avait débarqué un jour sans prévenir, avait insisté, supplié même, qu'on la laisse voir son petit frère et Paul pris de court avait accepté. Un moment de faiblesse, une erreur, dont il se faisait encore le reproche.
Comment avait il bien pu croire que les années avaient pu adoucir le caractère de la sœur d'Alexis et que cette dernière venait les voir avec de bonnes intentions ? Comment avait il pu faire l'erreur de la laisser rencontrer son protégé et de les laisser seuls, ne ce fut-ce que quelques minutes ? Il aurait du savoir que la visite de Sophie ne pouvait que mal se terminer. De fait, c'était exactement ce qu'il s'était produit. Il ne savait pas ce que Sophie avait bien pu dire à son cadet, mais lorsqu'il était revenu il avait trouvé Alexis en larmes, tremblant de tout son corps. Sophie avait affirmé n'être pour rien dans cette crise qu'entamait son frère, prétendu ne lui avoir rien dit de spécial et elle avait pris congé sans se faire prier, ce qui était plus suspect encore. Paul avait bien tenté de faire parler son protégé, mais Alexis s'était muré dans le silence, avant de s'enfermer dans sa chambre et de faire une tentative de fugue au cours de la nuit qui avait suivi. Ce comportement des plus inhabituels avait une fois de plus pris Paul par surprise et les avait conduit au troisième point qui tracassait Paul.
En effet, lorsque Alexis était revenu de lui même au petit jour, il était accompagné d'un curieux personnage dont Paul ne savait toujours trop que penser. Il venait tout juste de constater la disparition et s'apprêtait à prévenir la police et la grand-mère du garçon de ce qui s'était produit.
Paul avait raccroché le téléphone, sans finir le numéro qu'il était en train de composer, et s'était empressé de rejoindre son protégé pour l'examiner. Alexis avait passé plusieurs heures au dehors, il revenait trempé et transi, ce qui, au vu de sa fragilité, pouvait se révéler catastrophique. Paul avait alors agi en médecin, ne se souciant plus que d'Alexis.
Il l'avait vite changé, réchauffé et mis au lit, puis, faute de pouvoir faire plus, il s'était concentré sur celui qui avait ramené le fugueur.
Il avait vu au premier regard que l'individu n'était pas de leur milieu, loin de là, et il avait pensé qu'il allait sans doute se remplir les poches avant de filer pendant qu'il prenait soin d'Alexis. Cela serait quelque peu agaçant mais sans grande conséquence, il suffirait de renforcer les protections de la demeure et de rester vigilant quelques temps. Si comme il le pensait celui qui accompagnait Alexis était venu avec de mauvaises intentions et avait la tentation de revenir à la charge, il en serait pour ses frais.
Mais à sa grande surprise, lorsqu'il était retourné là où il avait laissé l'individu ce dernier se trouvait toujours à la même place.
Paul avait alors pris le temps de le contempler plus attentivement. Lorsque Alexis et lui étaient entrés Paul n'avait fait que l'effleurer du regard, notant en une seconde les habits usés et les cheveux noirs en désordre. Cela lui avait suffi pour se faire une idée mais il avait préféré prendre soin d'Alexis et de faire le nécessaire pour le reste plus tard.
L'homme, le tout jeune homme en vérité, avait soutenu son regard. Il avait des yeux gris et son expression indiquait clairement qu'il savait ce que Paul avait pensé et qu'il s'en moquait totalement.
- Comment va t'il ? Avait il demandé.
Il parlait français avec un léger accent qui trahissait ses origines étrangères, mais sans buter sur les mots.
- Il dort. Je peux savoir qui vous êtes et comment vous l'avez rencontré ?
- Mon nom est Liviu Anghel. Je l'ai trouvé pas loin, il errait derrière le collège. Comme j'avais fini de faire ce que j'avais à faire dans le coin j'ai décidé de le ramener chez lui, mais il est pas facile à convaincre, j'ai du le suivre un bon moment avant de réussir.
Paul avait préféré ne pas demander ce que le jeune homme pouvait bien être en train de faire derrière le collège en pleine nuit.
- Merci d'avoir pris soin de lui. Avait il dit d'un ton qui se voulait plus chaleureux. Si je peux faire quelque chose pour vous...
Le jeune homme s'était aussitôt raidi et son regard gris s'était fait glacial. Il s'était levé d'un bond, fusillant Paul du regard comme si ce dernier venait de lui faire une grave insulte.
- D'abord vous me prenez pour un voleur et à présent vous pensez que je veux une récompense ! Cracha t'il. Navré de mettre à mal vos certitudes mais je n'ai pas fait ça pour de l'argent, je l'ai fait pour lui. Parce que quand il m'a vu il m'a parlé gentiment, comme si nous étions déjà amis. Il n'a pas essayé de faire comme si je n'existais pas, ne m'a pas regardé d'un air réprobateur. Je suis dans ce pays depuis que j'ai quinze ans et c'est la première fois que je fais une rencontre pareille lorsque je sors la nuit. Cela méritait que je fasse un effort. Maintenant que c'est fait, je m'en vais, ne vous en faites pas, je ne reviendrai pas voler quoi que ce soit.
Il avait tourné les talons pour partir mais l'arrivée d'Alexis l'avait fait stopper net.
Alexis l'avait regardé puis s'était tourné vers Paul.
- Je veux qu'il reste ici. Avait il dit.
- Je ne crois pas que cela soit une bonne idée Alexis. Avait dit Liviu. Je ne suis pas à ma place dans cette maison. Mais si ton tuteur le veut bien, je passerai te voir de temps en temps. Je connais ton adresse à présent.
Alexis l'avait regardé d'un air malheureux et avait commencé à pleurer en silence avant de s'écrouler sur le fauteuil le plus proche et de cacher son visage entre ses mains tremblantes.
Liviu s'était empressé auprès de lui, visiblement soucieux et Paul l'avait laissé faire, un peu surpris que son protégé se montre si désireux de garder un quasi inconnu près de lui.
Il avait ensuite porté à nouveau Alexis dans sa chambre, malgré ses protestations, et l'y avait laissé en compagnie de leur visiteur qu'il avait invité à les suivre afin d'apaiser Alexis.
Un instant plus tard Liviu était ressorti de la chambre et était venu le retrouver.
- Il s'est rendormi mais il était très agité. Je crois que je ferai mieux de rester, ce n'est pas que cela me ravisse, mais je ne veux pas lui faire de peine.
Il glissa la main dans sa poche et en tira un porte feuille qu'il tendit à Paul.
- Voici mes papiers, vous n'avez qu'à les mettre sous clef ou les garder avec vous tant que je serai ici.
- Ce ne sera pas nécessaire, si Alexis vous fait confiance, alors moi aussi.
Il n'avait jamais regretté cette décision, une fois les premières tensions passées Liviu s'était montré plus détendu en sa présence, même s'il ne lui avait jamais fait de confidences. C'était d'Alexis que Paul avait obtenu plus d'informations. Contrairement à ce qu'il s'était imaginé Liviu n'était pas un vagabond, encore moins un possible voleur. Il était d'origine roumaine certes, mais appartenait à une très bonne, et riche famille, il était venu en France pour y finir sa scolarité et n'en était plus reparti. Il recevait de l'argent de sa famille et continuait à étudier tout en faisant des petits boulots à droite à gauche par curiosité plus que par nécessité. Paul avait rapidement compris qu'il était en quelque sorte comme Alexis quoi que dans un registre différent. Il était sensible, on pouvait même dire qu'il n'était pas loin d'être un écorché vif, et réagissait fortement en certaines circonstances, mais il savait lui aussi faire preuve d'empathie même s'il s'en défendait, et sa curiosité n'avait rien à envier à celle d'Alexis. Il était aussi très doué de ses mains.
Alexis avait appris à Paul que la nuit où ils s'étaient rencontrés Liviu était à la recherche d'inspiration pour un projet artistique.
Depuis ce jour Liviu faisait pratiquement partie de la maison. Il n'y vivait pas en permanence, n'en avait pas les clefs, ayant refusé obstinément de les prendre, mais il passait régulièrement, sonnait à la porte et restait quelques heures, parfois même la nuit pour tenir compagnie à Alexis. Il travaillait parfois sur un de ses projets en attendant qu'Alexis se réveille. Il transportait souvent avec lui une sacoche emplie de matériaux divers qu'il recyclait en œuvres d'art et en poupées surprenantes.
Paul lui en était reconnaissant, parler à quelqu'un qui avait presque son âge et qui venait d'un horizon différent faisait du bien à son protégé et l'avait aidé à guérir plus vite.
Il n'avait pas manqué d'en parler à la grand-mère d'Alexis qui s'était montrée ravie de l'information et cette dernière lui avait dit qu'il pouvait laisser le jeune homme venir quand il voudrait.
Mais elle avait aussi décidé que puisque son petit fils avait réussi à s'entendre avec un inconnu originaire d'un autre pays, il y avait des chances pour qu'il puisse faire bien plus et elle avait décidé d'initier une petite expérience, de faire venir plus de gens dans la maison qu'occupaient Paul et Alexis.
Elle avait donc fait appel au seul psychologue en qui elle avait confiance et lui avait donné une mission très précise qu'il avait accepté sans discuter et dont il apportait à présent le résultat.
- Voici votre exemplaire de mon évaluation, dit il à Paul en lui tendant le document en question, je vais sans tarder porter l'autre à celle qui me l'a demandé.
Il ne s'attarda pas et ne demanda pas à voir Alexis, ce qui était un soulagement pour Paul qui avait redouté une tentative de ce genre. Même s'il essayait de ne pas mettre tout le monde dans le même panier, le mal que d'autres avaient fait à son protégé l'avait quelque peu remonté contre cette catégorie de médecins.
Il se retrouva donc seul et soulagé, en partie du moins, dans l'entrée de la maison.
Alexis était dans sa chambre, Liviu on ne savait où, et pour l'heure Paul ne s'en souciait guère, il avait donc tout le temps nécessaire pour étudier ce qu'on venait de lui remettre.
Il s'installa confortablement, regardant le document qu'il avait posé sur une table devant lui avec un mélange de défiance et de résignation.
Il n'avait vraiment pas envie de l'ouvrir, aucun désir d'en prendre connaissance, mais il n'avait hélas pas d'autre choix. C'était lui qui était en charge d'Alexis, c'était donc à lui de s'assurer que les personnes que le psy avait pris le temps d'évaluer étaient le meilleur choix possible.
Bien sur, elles étaient celles qu'Alexis lui même désirait rencontrer, mais malgré tout, Paul n'était toujours pas convaincu que cela soit une bonne idée.
Il avait encore en mémoire comment son protégé avait semblé affecté par leurs attitudes alors qu'il n'avait fait que les regarder de loin. Les faire venir entre ces murs n'était il pas un trop gros risque ?
A suivre
