Yurio était toujours dans la maison de son grand-père, agenouillé à même le sol, toujours serré dans les bras de celui qui était incontestablement son modèle, même s'il ne le lui avait jamais avoué. Il hurlait de tout son être cette peine trop grande pour lui. Les cris qu'il rugissait étaient d'une détresse affolante. Jamais Viktor n'aurait pu imaginer voir son cadet dans un tel état un jour.
"Aide-moi... Viktor !"
Cette demande avait été formulé d'une voix éraillée, suppliante et désespérée. Viktor ouvrit des yeux ronds, les poils hérissés sur sa peau claire. Il ne savait pas quoi faire, il était désemparé. Il se sépara à contre coeur du plus jeune et s'accroupit face à lui. Il saisit son visage de ses deux mains après avoir dégagé les mèches dorées qui étaient imbibées d'eau salée et lui déposa un baiser sur le front.
"Je ne t'abandonnerai jamais."
C'était une véritable promesse qu'il comptait tenir coûte que coûte. Il se remit debout et tendit alors la main délicatement vers l'adolescent afin de l'aider à se relever. A sa grande surprise, Yurio repoussa celle-ci d'un geste quelque peu fébrile. Il se releva seul, prenant appui non sans difficultés sur ses membres endoloris. Quand le regard incrédule du plus âgé croisa celui de son disciple, Viktor remarqua immédiatement le changement qui venait de se produire.
"Ne fais pas de promesse que tu ne peux pas tenir !"
Yuri avait parlé d'une voix cassante, qui contrastait avec son visage angélique. Viktor ne pouvait pas lui promettre une telle chose... il ne le devait pas. Lui aussi, avait promis de ne jamais l'abandonner et il l'avait fait malgré tout. A quoi bon donner de l'espoir à ceux qu'on aime si c'est pour les briser ensuite ? Yurio sentit une pointe de colère s'emparer de lui à cette pensée. Il devait faire taire toutes les images assourdissantes qui broyaient ses entrailles s'il ne voulait pas succomber à cette flamme enragée qui menaçait de le consumer entièrement. Il tourna les talons et sortit de la maison qui avait réchauffé son coeur de glace pendant si longtemps. Il regretta quelque peu le ton qu'il avait employé à l'égard de celui qui venait de le sauver, mais ne s'en excusa pas pour autant.
"Spasiba, Vitya."
Il jeta un dernier regard sur ce qui avait été l'endroit le plus agréable qu'il ait connu avant d'enfouir ses mains dans les poches de sa veste et de traverser la rue lentement, sa capuche sur la tête. Yuuri, Yakov et Lilia les attendaient un peu plus loin mais n'osèrent pas la moindre parole lorsque le blond passa devant eux sans les voir, la tête baissée. Tous se tournèrent vers Viktor qui avait un air abattu.
Après s'être entretenus et avoir réglé ce qui devait l'être avec les policiers pendant de longues minutes, Viktor et Yuuri décidèrent de partir à la recherche du jeune Russe, n'étant pas à l'aise avec le fait de le laisser seul trop longtemps vu les circonstances et l'état dans lequel il se trouvait. Les policiers avaient proposé de les aider dans leurs recherches mais ils avaient poliment décliné cette offre. Si Yurio était retrouvé par la police, ils étaient sûrs que la situation s'envenimerait.
Quand Yuri avait quitté cette rue qu'il connaissait par coeur, il avait traîné un moment avant de prendre la direction de la plage, tandis que le soleil commençait doucement à se mêler à l'horizon. Il s'était accoudé à la rambarde qui faisait face à la mer, profitant doucement de la brise fraîche et du calme qui y régnait pour calmer ses tourments. Il était seul, il avait froid et il était anéanti. Plus personne ne l'attendait. En perdant son grand-père, il avait perdu son foyer, son bonheur, son agape. Ses yeux étaient toujours rivés sur l'horizon lorsqu'ils furent attirés par des silhouettes enfantines courant sur le sable. Deux enfants s'amusaient joyeusement avec leurs parents, leurs rires innocents résonnant à ses oreilles. Son regard se perdit alors dans des souvenirs qu'il croyait oubliés. Lorsqu'il sortit de ses pensées, le soleil était presque entièrement couché.
"Grand-père... Pourquoi tu m'abandonnes ?"
Il serra les poings autour de la rambarde, il sentait qu'il ne tiendrait pas le coup.
"J'ai tellement besoin de toi... Ne me laisse pas seul, sans toi, qu'est-ce que je vais devenir ?! GRAND-PERE !"
Il se surprit à hurler, déchirant le silence tranquille qui semblait régner depuis un moment déjà. Il respirait difficilement, les yeux grands ouverts. Il avait mal au ventre et il sentait que sa vision devenait floue. Il décida de fermer les yeux quelques instants et d'inspirer profondément afin de se calmer. Il voulait faire le vide, chasser ces flashs qui semblaient le hanter inlassablement. L'image de son grand-père en train de sourire lui apparut soudainement.
"TU M'AS ABANDONNE !" Il rouvrit des yeux pleins de rage, les sourcils froncés et la mâchoire serrée.
"T'AS PAS LE DROIT DE ME SOURIRE APRES CE QUE TU AS FAIT !"
Le vent soufflait de plus en plus fort face à lui, et avait fait retomber sa capuche, faisant virevolter ses longs cheveux blonds et envoyant ses larmes se répandre à son gré. Le tigre envoya un violent coup de pied contre une poubelle qui se trouvait là. Il décida de partir, sachant qu'il n'arriverait jamais à tenir tête à ses sentiments ravageurs. Il avait essayé pourtant. Mais le monde s'écroulait autour de lui et il était bien incapable de rester debout face à ça. Il se mit à courir, encore et encore, comme pour se fuir lui-même. Il ne gagnerait pas ce combat, il en était certain, mais il ne voulait pas céder aussi facilement à la destruction. Si il avait un regard de soldat, alors il devait se battre, non ? Otabek. Son nom s'imposa à lui et le stoppa net dans sa course. Il reprit doucement haleine, les bras prenant appui sur ses cuisses. Il voulait le voir, celui qui lui avait offert son amitié sans rien lui demander en retour. Le seul qui semblait le comprendre sans jamais le juger. Il chercha son portable lorsqu'il se rappela qu'il avait été brisé, lui aussi.
"Merde !"
Il n'était même pas sûr que son ami soit en Russie à l'heure actuelle. Il resta un instant, adossé à un mur, toujours les mains dans les poches. Le Kazakh n'était pas à ses côtés et pourtant, son coeur semblait déjà s'être apaisé. Il leva les yeux vers le ciel nocturne, un sourire en coin se dessinant discrètement sur ses lèvres délicates.
Deux heures que Yuuri et Viktor cherchaient sans répit l'adolescent. La nuit était tombée et leurs recherches n'avaient rien donné. Ils décidèrent de retourner sur leurs pas afin de vérifier que Yurio n'était pas retourné chez son grand-père mais c'est sans surprise et avec un pincement au coeur qu'ils ne trouvèrent personne. Yuuri s'inquiétait de plus en plus et s'arrêta net, se tournant vers son compagnon.
"- Viktor ! J'ai peur de ce que Yurio pourrait faire...
- Calme-toi Yuuri, le coupa le Russe en plongeant son regard dans celui du japonais. Il est sauvage et impulsif mais il n'est pas stupide. Il a simplement besoin de temps... et de soutien.
- Tu as sûrement raison mais..., il hésitait à poursuivre. Yurio n'a plus de famille maintenant, n'est-ce pas ? Où va-t-il aller ? On pourrait sûrement s'occuper de lui... au moins pour un temps ! Il avait dit ça d'un air sincère. On ne peut pas le laisser livré à lui-même !
- Jamais je ne l'abandonnerai, répondit doucement l'aîné. Je le lui ai promis... Peu importe qu'il ne m'ait pas cru. Son regard se voila légèrement. Les mots que lui avait adressé le tigre l'avait blessé plus qu'il ne voulait l'admettre.
- Tu l'as dis toi-même, Viktor, il lui faut du temps et du soutien !, s'exclama son fiancé. Je pense qu'il a surtout eu peur de croire en toi... Il vient de perdre son grand-père, il doit se sentir perdu... Yuuri sentit les larmes lui monter aux yeux. Il tenait beaucoup au blond et sa douleur l'affectait beaucoup.
- Yuuri..." Le Russe passa ses doigts sur ses joues humides et posa son front contre celui du brun.
Ils avaient reprit leur traque désespérée depuis une bonne heure lorsqu'ils décidèrent de rentrer chez eux, à contre coeur. Sur le chemin du retour, ils décidèrent de s'arrêter quelques instants devant la plage, leurs jambes commençant à les faire souffrir. Ils s'assirent côte à côte, fermant les yeux. Ils ne disaient rien, savourant le bruit doux des vagues qui les berçait.
"Yurio est forcément venu ici."
Viktor avait dit ça d'une voix tranquille, les yeux toujours clos, ses cheveux flottant au rythme de la brise fraîche. Yuuri se tourna alors vers lui, un air attendri sur le visage et lui saisit la main.
"Oui, je pensais la même chose."
Ils se relevèrent et continuèrent leur chemin, un peu moins inquiets. Ils arrivèrent finalement devant un immeuble luxueux. Ils passèrent les portes qui menaient à un grand hall et se dirigèrent d'un pas lent vers l'ascenseur. Ils avaient fait leur maximum afin de retrouver Yurio mais culpabilisaient tout de même de le savoir seul. Les portes automatiques s'ouvrirent alors sur un long couloir en T. Ils marchèrent jusqu'au bout de celui-ci et prirent sur leur gauche. C'est à ce moment qu'ils remarquèrent leur protégé, assis, devant la porte de l'appartement qu'ils partageaient depuis quelques mois. Lorsqu'il s'aperçut de leur présence, il leva un visage gêné vers eux.
"Je savais pas où aller".
Voilà pour le chapitre 2 ! N'hésitez pas à signaler des fautes si vous en trouvez et laissez un petit commentaire si ça vous a plu ! Le chapitre 3 devrait être publié rapidement, bisous les loulous !
