La douleur qui l'envahit est plus douce que celle qui tient son coeur. Plus chaleureuse. Et tout aussi intense.
Comment en étaient-ils arrivés là ? Tout ce que Yuri voulait, c'était sa présence.. Oui, il voulait simplement sentir la présence d'Otabek à ses côtés, parce que quand il est là.. Il se sent moins vide. Est-ce que c'est ça qu'il fait, refermer la plaie béante qui s'est ouverte en lui, remplir le néant qui l'habite et qui est en train de le faire disparaître ? Ca doit être ça.. Il sent ses doigts se perdre sur la nuque humide du Kazakh, son coeur accélérer dangereusement et ses lèvres, tout près de la peau hâlée. Ses yeux se ferment et il laisse la chaleur de leur proximité remplacer la douleur qui le tiraille, avant d'embrasser les lèvres qui lui font face. Leurs langues se frôlent, se cherchent et se trouvent finalement, pour se mettre à danser ensemble, tandis que leurs mains s'explorent. Leurs bouches haletantes, la sueur sur leurs corps. Le Russe se perd dans l'intensité écrasante de leurs gestes pressés, dans la folie fiévreuse qui l'assaille entièrement.
" Yuri ... "
Leurs fronts se touchent, leurs paupières sont closes, et leurs souffles saccadés s'entremêlent délicieusement, quand la main d'Otabek trouve la joue de son cadet. Il semble essayer de retrouver un souffle régulier avant que sa voix ne résonne à nouveau.
"Je t'aime".
L'adolescent sent ses dernières barrières s'effondrer et les larmes lui monter aux yeux, avant de glisser finalement sur ses joues rougies. Son coeur se met à tambouriner plus fort dans sa cage thoracique et il laisse échapper un sanglot malgré lui. Comment une telle situation pourrait-elle être réelle ? Et s'il était en train de rêver ? S'il allait se réveiller bientôt, et se retrouver seul et abandonné à nouveau ? Ses doigts s'enfoncent plus profondément dans le dos large à cette idée, comme pour s'assurer de la véracité de ce moment. Non, il est bien là, avec Otabek. Et peu importe la douleur, le plaisir ou tout autre sentiment qu'il ne peut nommer, l'amour qui l'emporte est plus fort.
"Beka, je..."
Sa voix se perd dans la folie de ses battements de coeur. Il ne peut pas vraiment y croire, et pourtant, la douceur de la voix d'Otabek est remplie de sincérité. Il n'a jamais ressenti un tel tourbillon de sentiments auparavant, et il est contraint de se laisser ensevelir par le bonheur de ces quelques paroles.
"T'arrêtes pas, s'il te plaît..."
C'est tout ce qui sort de sa gorge, comme une supplication. Il veut lui répondre, de tout son être, mais les mots se bloquent et il n'y arrive pas. Et pourtant, Dieu sait qu'il aimerait lui dire, lui murmurer et même lui hurler jusqu'à s'époumoner. Alors il ne comprend pourquoi il n'y arrive pas, et sa frustration rajoute un poids en plus à son coeur déjà lourd. Il ravale les larmes qui menacent à nouveau de se déverser sur son visage déjà ravagé et s'attarde un peu plus sur le visage mat qui lui fait face. Il ne comprend définitivement pas pourquoi il ne peut pas lui rendre ses mots emplis d'allégresse. C'est juste qu'il n'y arrive pas. Il n'y arrive pas malgré la douceur du regard marron doucement posé sur lui, malgré la rougeur adorable sur les joues du Kazakh et malgré ses gestes un peu timides. Malgré la pureté de sa personne toute entière, il n'y arrive pas... Il se sent finalement emporté loin de ses réflexions quand Otabek essuie délicatement une de ses larmes et qu'il dépose un baiser plein de tendresse sur ses lèvres. Yuri lui répond plus frénétiquement et de nouveau, leurs corps se mélangent sur les draps blancs qui les entourent. La notion de temps est complètement oubliée lorsque leurs respirations se font plus saccadées et leurs gémissements plus profonds. Yuri entend un "Beka" intense sortir de sa gorge. Il sent sa tête se renverser en arrière et son dos s'arquer, il sent un plaisir presque irréel l'engloutir, ses ongles traversant la peau dorée d'Otabek et ses poils hérisser au contact des mains posées sur lui. Il se sent attiré dans les bras du brun et ne peut que se laisser entraîner, encore brumeux. Ils restent enlacés quelques secondes, quelques minutes ou quelques heures, jusqu'à ce qu'ils reprennent pleinement possessions de leurs êtres.
"- Beka...
- Hmm ?
- Je suis désolé...
- Désolé pour quoi ? Tu n'as pas à t'excuser.. C'est moi qui devrais le faire."
Lui ? Yuri ne comprend pas.
"- Dis pas n'importe quoi, j'me suis jeté sur toi !
- Tu regrettes ?
- Je regrette seulement mon comportement, pas.. Pas d'avoir.. Couché avec toi."
Il se sent rougir sous ses propres mots. Il sait que le contexte n'était pas franchement idéal pour le faire... Mais la vérité, c'est qu'il en avait envie depuis longtemps. Il ne pourrait pas dire depuis quand exactement, il y avait pensé presque naturellement alors que son amitié avec Otabek devenait plus forte, plus intime.
"- Et toi ? Tu regrettes ?
- Non, j'en avais envie. Mais tu n'es pas encore majeur et j'aurais dû te repousser. Surtout vu ton état. J'ai l'impression d'avoir profité de toi, je suis désolé."
Son âge, évidemment. Yuri serre les dents et essaye de contenir des mots sûrement inappropriés vu la situation et la personne avec laquelle il se trouve.
"Imbécile."
Il a beau tenté de filtrer les mots qui flottent dans sa tête, il semble que certains passent à travers les mailles du filet malgré lui.
"Tu te fous de moi ? En arrivant ici je me suis jeté sur toi, peu importe dans quel état j'étais, si je l'ai fait c'est que j'en avais envie ! J'ai 16 ans oui, et alors ? Ca devrait m'empêcher de coucher avec toi ? Putain, Beka, j'suis plus un enfant ! Et j'te rappelle que t'es pas beaucoup plus vieux que moi ! Merde, c'est plutôt moi qui ai profité de toi dans l'histoire ! Mais tu sais quoi ? Je regrette pas, parce que.. Tch.. Beka ! T'es un trou du cul."
Je t'aime, est-ce vraiment trop dur dire ? Il semblerait en tout cas. Lorsque Yuri termine sa tirade, il croise le regard surpris d'Otabek. Le silence s'installe à nouveau dans la chambre d'hôtel, tandis que les deux se toisent prudemment. Le Russe brise finalement le lien visuel et décide de s'asseoir dos au Kazakh, à l'autre bout du lit défait. Il se sent coupable de ne pas avoir réussi à garder le contrôle de sa langue, et en même temps, il ne regrette pas complètement ses paroles. Il fallait que le brun les entende, qu'il sache que Yuri n'était plus un enfant et qu'il n'avait pas suivi une folie passagère. En tout cas, pas vraiment. Il sent le poids du regard encre toujours rivé sur sa personne et ne peut s'empêcher de parler.
"- Quoi ?
- Merci, Yura.
- Je t'engueule et tu me remercies ?
- Je m'en veux un peu moins. Tu sais, j'étais sincère tout à l'heure.. Quand je t'ai dis que je t'aimais. Mais je tiens à m'excuser pour ça aussi. Même si je le pense sincèrement, c'était pas le bon moment pour te le dire.
- Tais-toi... C'était sûrement le meilleur moment pour le dire. Tu sais, Beka... Si je te le dis pas, c'est pas parce que c'est pas réciproque... C'est juste que... Merde, j'y arrive pas."
- Je sais. C'est rien, t'en fais pas."
La courte conversation qu'ils ont semble calmer un peu les doutes qui les assaillaient quelques secondes plus tôt. Quand Yuri retourne finalement à ses côtés, Otabek ne peut s'empêcher de déposer un baiser sur son front. Il ne peut lutter contre le besoin de le protéger, de le préserver autant que possible du mal qui le rongera sans doute encore longtemps. Il sait que le Russe peut se briser à n'importe quel instant, et il sait combien Yuri compte sur son soutien. La simple pensée du tigre en larmes lui provoque un pincement désagréable et douloureux, mais il ne laisse rien transparaître et se dirige seulement vers sa valise encore fermée. Quand il revient vers son cadet, il lui tend quelques vêtements.
"- C'est peut être un peu grand mais ça devrait faire l'affaire. La salle de bain est là si tu veux. J'aimerais me doucher avec toi, Yura, vraiment. Mais je pense que tu as besoin de quelques instants seul, non ?
- Merci, Beka."
Ils se sourient simplement avant que Yuri ne prennent doucement les habits et qu'il se dirige vers la salle de bain.
Lorsque l'eau chaude s'écoule enfin sur sa peau, il se sent plus décontracté qu'il ne l'a été depuis longtemps. Chacun de ses muscles se détend l'un après l'autre et cette relaxation est un luxe qu'il n'avait pas cru possible vu les circonstances. Son dos glisse le long du carrelage froid, et il se retrouve assis, sous une pluie presque brûlante, les yeux fermés et l'esprit ailleurs.
Son grand-père était mort et il avait couché avec Otabek.
Plus rien ne serait jamais pareil après ça. Que devait-il ressentir ? Quelle émotion était celle qui devait triompher sur les autres ? Les yeux d'un soldat. Il n'est plus sûr que son regard reflète la même chose maintenant. Un rire désespéré franchit ses lèvres encore gonflées avant d'être recouvert par le bruit de l'eau qui se déverse au dessus de lui. Chaque goutte qui s'écrase sur sa peau le ramène à différents souvenirs. Pendant un instant, il se voit sous la cascade à Hasetsu, là où il a réalisé ce qu'était réellement son Agape. Aujourd'hui, il n'est plus certain de rien. Son grand-père n'est plus, et avec lui, tout l'amour qui l'habitait. N'est-ce pas ?
Salut les loulous !
Je tiens tout d'abord à m'excuser du fond du cœur pour l'attente que je vous ai infligé !
Malheureusement, j'ai eu une grosse panne d'inspiration et très peu de temps libre, ce qui n'a pas aidé..
J'ai vraiment peur de vous décevoir alors soyez honnêtes et n'hésitez pas à laisser un petit mot !
Gros bisous !
