"C'est dommage, commença Coïncidence, de se dire qu'on ne dépend que d'un livre et d'un stylo."

Castiel observa un peu plus les mouvements de l'homme. Mais ses yeux scrutaient principalement le dé qu'il avait en main et qu'il faisait tourner entre ses doigts fins et experts. Parfois, le cube blanc taché de noir s'envolait dans les airs et, étrangement, il en était quelque peu hypnotisé. Il avait connaissance de plusieurs choses, la Vie et la Connaissance lui avaient donné la possibilité de se nourrir de Culture et de Savoir. Encore une fois, il avait un carnet d'adresse bien rempli. Karma lui avait appris que, dans un sens, chaque personne avait une répercussion sur les autres. C'était bien grâce à la Création que Destin avait pu écrire l'histoire de Vincent Van Gogh.

"Jouer sur le hasard est bien plus dangereux."

Destin savait que des personnes aussi dématérialisées qu'eux ne pouvaient pas réellement mourir. Du moins, la Mort et la Vie avaient constamment besoin de chacun. Et finalement, c'était une bonne chose. Il pouvait observer les évolutions de tout le monde, comment les personnes se relèvent ou non des événements qu'il imposait à leurs vies. Il suivit du regard Coïncidence qui fit alors le tour du personnage. C'était toujours avec un regard malicieux qu'il observait le Destin mais il ne devait pas se laisser distraire. Car c'était ce qu'il voulait. Il le savait. Et malgré sa bonne apparence et son regard de braise, Castiel ne s'approchait jamais du feu. Du moins, pas tant que des lettres à l'encre noire n'apparaissent sur le carnet.

"Les seules choses que ton carnet prend en compte sont les pantins qui vivent dans ce monde et toi. Je suis encore mitigé, dois-je dire que tu es le ventriloque ou la marionnette à ton tour ?

-Mon carnet... rectifia Castiel, t'as pris en compte, Coïncidence.

-Pour la simple et unique raison que ça a un impact sur toi. Tu ne savais même pas que nous allions nous rencontrer. Ce n'était que le hasard."

En des années et des années d'existence, il avait ressenti des sentiments bien distincts et différents. Il ne savait pas si les humains les ressentaient comme lui avait pu les vivre mais une chose était sure, avec le fait qu'il avait pu, d'une certaine manière, assister à ces manifestions de l'amour que l'Echo portait à l'Abysse, il savait que ce qu'il éprouvait été amplifié. Et avec le ton taquin et insolent de Coïncidence, Castiel ressentit alors la frustration et une pointe de colère. Il serra les poings, il détestait l'idée qu'on puisse remettre en question son pouvoir, son devoir et son carnet.

"Je le savais. C'était écrit sur mon carnet.

-Mais tu as été surpris de me voir et tu l'as lu après que tu te sois écrasé contre moi."

Cette fois-ci, Destin fit face à Coïncidence et celui-ci lui adressa toujours un sourire. Il balança les dés vers les cieux et les rattrapa habillement. L'homme les observa un instant avant de sourire, de rajuster son chapeau qui, pourtant, été parfaitement placé sur sa tête. En se tournant, Coïncidence frappa le visage de Destin avec sa veste. Il en profita, peut-être que légèrement inconsciemment, en même temps, Coïncidence lui en imposa l'action, de sentir l'odeur de Coïncidence. Elle était atypique et collait parfaitement au personnage. C'était un mélange de tabac froid, de tarte aux pommes et de whisky.

L'odeur était aléatoire et significative. Il commença à s'éloigner en jetant un dernier regard de biais à Castiel, tout en jouant avec les dés qu'il avait en main. Frustré, Castiel observa son journal. Coïncidence était en train de s'éloigner et paradoxalement, il avait l'impression de ne pas avoir assez échangé avec lui. Ce n'était pas tous les jours que deux contraires entraient en contact et qu'une question, presque existentielle, et une remise en question s'imposaient de la sorte.

Destin rattrape Coïncidence.

Son sourire s'élargit aussi, il devait avoir écrit cette phrase, ce commande sans y avoir réellement réfléchit un peu plus tôt. Mais il se devait de suivre ce qui était dit et par chance, cette action l'arrangeait. Il était égoïste ce soir, le temps qui lui était accordé n'était que pour lui et il ne laisserait pas le hasard lui échapper.

"Attends !"

Castiel courut dans sa direction, se protégeant du vent en abaissant son chapeau et en remontant le col de son trench coat. Coïncidence se retourna avec une nouvelle fois un petit sourire. Les lumières de la ville se déposaient sur son visage et il en était d'autant plus attirant. Les sons qui les entouraient semblaient être sourds. Il se concentra sur les mots qu'il pourrait prononcer.

"On va se revoir ?"

Destin allait probablement se ridiculiser avec cette question. Il était le maître des actions et des événements et il se demandait s'il allait le voir. Mais cette question restait tout de même importante et se devait d'être posé. Il n'avait jamais rencontré Coïncidence de sa vie et il savait que, souvent, il déjouait les plans que Destin avait tissés. Il lançait des imprévus, sauvant parfois la mise de certaine personne ou le contraire pour d'autre. Il aurait pu croire qu'en le rencontrant, sa frustration aurait pris le dessus et il lui aurait clairement envoyé un poing dans le visage. Mais il était trop précieux pour être brisé.

"Si le Destin le souhaite... Je vais te dire. Le hasard fait bien des choses. Si mes dés me placent sur ta route alors, on va se revoir.

-Ne déjoue pas mes plans si je souhaite écrire dans mon livre que Destin retrouve Coïncidence.

-Je refuse que tu voles mon libre arbitre.

-Et toi, continua Castiel, que tu m'assommes d'imprévus."

Coïncidence attrapa dans sa poche un paquet de cigarette et il en déposa une entre ses lèvres. Il les pinça mais il avait eu le temps d'observer combien elles étaient rouges et pleines. Il se mordit rapidement les lèvres, espérant qu'il ne le remarquerait en aucun cas tandis qu'il alluma le bout de sa cigarette avec un magnifique zippo argenté.

"Et, tu veux me revoir ? Demanda Coïncidence, visiblement surpris.

-Oui.

-Tu me dragues ?

-Peut-être.

-Oh, je ne savais pas que Vérité était en toi. Si tu veux me revoir, je t'impose une condition. »

Castiel releva le menton, prêt à entendre ce qu'il allait dire.

"Ne te fie pas à ton carnet. Attends que nos chemins se recroisent. Ne m'impose pas une seconde rencontre.

-Mais tu vas m'imposer un imprévu si on se recroise.

-Et si on laissait l'Amour faire ses preuves ?"

Sans plus attendre, il tira sur sa cigarette avant de la lancer aux pieds de Castiel et il s'éloigna. Il ressentit comme une petite pointe au cœur mais il ne put s'empêcher de sourire. Sa voix s'éleva dans les airs pour qu'il l'entende de là où il se trouvait.

"Coïncidence ! C'est quoi ton prénom ?

-Dean."