Chapitre 4 :


Lorsqu'il se réveilla, Gakushuu avait les yeux qui piquaient. Avoir pleuré toute la nuit ne le réussissait pas. Le garçon aux cheveux roux se leva difficilement et se dirigea vers la salle de bain. Il regretta cependant quand il ouvrit la porte de la salle d'eau. Son père était là, par terre, en tenue légère et maquillé, presque totalement dénudé, avec un autre homme. Le jeune Asano referma immédiatement la porte. Quel horreur de voir ça de bon matin ! Néanmoins, il comprenait maintenant les bruits étranges qu'il avait entendu cette nuit …

Le rouquin retourna donc dans sa chambre pour se changer les idées et oublier ce qu'il venait de voir. En lâchant un soupire, Gakushuu se laissa tomber sur son lit. Il regarda alors ses bras. Quelques cicatrices ornaient ses poignets. L'adolescent n'espérait qu'une chose : que personne ne les remarque. Elles seront cachées par son uniforme, de toute façon.

Le jeune Asano attrapa ensuite son portable. Sur l'écran, il vit un reflet de lui qui paraissait très fatigué. En effet, des cernes violettes s'étaient dessinées sous ses yeux. Qu'est-ce qu'il pourrait bien dire si quelqu'un lui fait la remarque ? Et si Karma remarque ? Surtout qu'il remarque tout, celui-là …

Enfilant rapidement son uniforme, Gakushuu remarqua qu'on voyait un petit peu les cicatrices. Tant pis. Il ne pouvait rien faire d'autre pour les cacher. L'adolescent attrapa ensuite son sac et sortit de sa chambre en direction de l'entrée. Il enleva ses pantoufles puis les remplaça par ses chaussures habituelles. Enfin, le rouquin lâcha un « je vais en cours ! » à l'intention de son père. Même si c'était en vain.

Alors qu'il sortit, Gakushuu remarqua un groupe d'élève passer devant chez lui. Ces derniers, le regardèrent de travers puis se mirent à pouffer de rire et à continuer leur chemin comme de rien n'était. Alors comme ça, tout le monde est vraiment au courant. Gakuho était si indiscret que ça ? En fait, Gakushuu préférait ne rien savoir. Le voir dans cette accoutrement de femme faisant les trottoirs lui était déjà bien assez honteux. Il espérait vraiment ne jamais finir comme son père.

Rangeant le double des clefs dans sa poche au cas où son père ne serait pas là ce soir, le jeune Asano partit presque en traînant des pieds vers son lycée. A peine arrivait-il qu'il entendait – malgré la présence de ses écouteurs – déjà les insultes le concernant. « Fils de pute ». Ils n'avaient pas totalement tord. « Enculé ». « Pute ». « Salope ». Ils se trompaient d'Asano. Au départ, les insultes ne le dérangeait absolument pas. Sauf qu'elles continuèrent. De plus en plus. Et cela avait des répercussion sur lui, sur ses notes, sur sa santé. S'il aurait su, sans doute Gakushuu serait allé dans un autre lycée.

Les injures durèrent toute la journée. Elles étaient toutes du même genre. « Pute » revenait sans cesse. Mais le jeune Asano préférait faire comme s'il n'entendait rien. Mais au fond de lui, ça lui faisait terriblement mal. Le roux retenait ses larmes. S'il avait bien quelque chose dont il tenait encore à garder, c'était bien sa fierté, son honneur.

Avant dernière heure de la journée. La classe avait été séparée en deux groupes pour les travaux pratiques. Et, bien évidemment, Gakushuu se retrouva dans le même groupe que Karma. Magnifique ! De plus, tous se trouvaient déjà par deux. Et le professeur de Science ne voulait pas qu'un élève soit seul. Résultat : Akabane et Asano furent ensemble. Au fond de la salle.

Le prof annonça alors « l'expérience » qu'il vont devoir réaliser : dissection d'un poulpe. A cette annonce, le rouge se laissa tomber contre la table, sa tête laissant échapper un bruit pas possible. Tout les regards se tournèrent vers eux. Il avait quelque chose contre la dissection ? Bon, faut avouer que c'est bien dégueulasse quand même. Cette horrible odeur de sang se mêlant étrangement avec le métal des ciseaux, pinces, et autres trucs de scientifique.

- Pourquoi il a fallu que ça soit un poulpe ?! Lâcha Karma.

- T'es pas obligé de le faire, si tu veux pas … Mais t'aura une mauvaise note …

- Bah ! J'ai déjà butter un poulpe de toute façon. Enfin non, c'était Nagisa … Mais je lui tenais un tentacule tout de même !

Le rouquin leva un sourcil. Il ne comprenait absolument pas de quoi il parlait, et il ne voulait en aucun cas le savoir.

Alors que le jeune Asano fixait désespérément son voisin de table, le prof déposa le poulpe et les instruments de dissection. Gakushuu attrapa ce qui ressemblait le plus à un couteau. Il ressemblait étrangement beaucoup trop au sien. D'ailleurs, le rouquin se demanda si son père l'avait trouvé, ou pas …

- T'as jamais vu un couteau ou quoi ? Demanda sérieusement le rouge.

Gakushuu soupira et reposa l'arme. L'adolescent jeta ensuite un coup d'œil à la feuille qu'avait donné le prof. Soudain, il sentit quelque chose de visqueux et gluant sur sa joue.

- Blub, blub, blub …

Le jeune Asano enleva le tentacule et lança un regard noir à Karma.

- Repose immédiatement ce poulpe ! Ordonna le roux

- Dis bonjour à Koro-Sensei !

- Hein ?!

« Mais ce type est totalement dérangé ! » Pensa Gakushuu.

- Je suis un poulpe pervers qui adore les grosses poitrines !

- Alors tu devrais rencontrer mon père ! S'exclama Asano qui pour la première fois depuis longtemps rigola sans qu'il n'y soit forcé.

Oui, Karma avait vraiment le chic pour réconforter les gens ! Les deux adolescents reprirent ensuite leurs sérieux et se mirent à travailler sérieusement. Ou pas tout le temps. En même temps, avec Karma …

Peut-être était-ce son imagination, mais Gakushuu trouvait qu'il faisait de plus en plus chaud. Instinctivement, il remonta ses manches sans se rappeler de ce qu'elles devaient cacher. Et cela ne manqua pas aux yeux furtifs du rouge. Ce dernier lui attrapa violemment le bras et fronça les sourcils.

- Qu'est-ce que c'est ?! S'écria-t-il.

- T'en occupes pas.

- Tu te scarifies ?!

- Mêle toi de tes affaires, Akabane !

Le jeune Asano lui lançait un regard noir. Karma se ravisa. Certes, il voulait absolument savoir ce qu'étaient ces cicatrices, mais il ne voulait pas forcer son frère.

Le reste du cours se passa plutôt tranquillement. A part les quelques blagues débiles du rouge qui les firent se remarquer par le prof. En même temps, avec Karma qui s'amusait à insérer ses doigts dans le « sexe » du poulpe tout en murmurant « Je me demande comment il était quand il était à poil … » ça pouvait être que faire rire, non ?

Gakushuu hésita longuement à rentrer chez lui. Il ne voulait pas que le calvaire de tout les soirs recommence. Même si, avec un peu de chance, il ne serait pas là. Pourtant, il ouvrit tout de même la porte. Et comme il s'y attendait, son père se trouvait là, a l'attendre. Encore. Ca allait se répéter. Quelle raison allait-il trouver, cette fois ? Le jeune Asano remarqua alors le couteau que tenait son paternel dans sa main. Il y avait encore du sang. Son sang séché.

- Il est à toi. Tu a tenté un suicide.

- Qui te dit que je n'ai pas tué quelqu'un ?

- Tu n'en ai pas capable. Tu n'es qu'un raté.

A ces mots, son père lui lança la lame en pleine figure. L'adolescent essaya d'esquiver, mais le couteau parvint tout de même à le toucher. Sur la joue droite. Créant une profonde entaille. Mais le jeune Asano ne cilla pas. Et il continuait de soutenir le regard insistant de l'adulte. Ce dernier s'approcha de lui et leva son poing. Gakushuu n'esquiva pas. Il n'en avait pas envie. Résultat : il se trouvait maintenant avec une nouvelle marque bleue sur le visage.

Serrant les dents, le jeune Asano jeta toutes ses affaires à terre et sortit de chez lui. Il courut. Aussi loin que ses jambes pouvaient l'emmener.

Penché sur le pont au dessus des rails, le jeune Asano contemplait les trains passer à vive allure. Il se demandait si, à cette vitesse, il sentirait le moindre choc une fois totalement aplatit sur le wagon, ou même si quelqu'un remarquerait son corps.

Un léger coup de vent en ce début de soirée fit virevolter rapidement ses cheveux et lui caressa doucement la peau remplie de bleus, ecchymoses, et de cicatrices. Son regard n'exprimait rien. Aucune émotion. Quelques tâches de sang se trouvaient sur son uniforme, au niveau de ses bras. S'était-il battu ? Non. Loin de là. Il s'était fait battre. Le jeune Asano voulait s'enfuir. Loin, très loin. Là où il ne le trouverait pas. Mais aucun endroit sur Terre ne lui convenait. Donc, il n'avait plus qu'une seule solution : la mort.

Ne réfléchissant plus, Gakushuu déposa son sac à terre et se pencha au bord du pont. S'il sautait, il irait dans un monde meilleur. Alors, le jeune Asano s'élança. Mais il fut soudainement retenu et ramené les pieds au sol.

- T'allais tout de même pas faire quelque chose d'aussi stupide ?!

Gakushuu regardait droit des les yeux celui qui venait de lui sauver la vie. Karma.

- Qu'est-ce que tu fais là ?! S'écria le roux.

- Je viens de te sauver la vie et c'est comme ça que tu me remercie ?!

- Va t'en !

Gakushuu leva un poing pour frapper le rouge mais ce dernier le rattrapa facilement. Les jambes du jeune Asano fléchirent et il tomba, rattrapé une fois de plus par Karma.

- T'es pas en état de marcher. Je te ramène.

Le rouquin ne protesta pas. Il appréciait vraiment son aide.