Coucou !
Voilà le chapitre deux ! Il m'a donné pas mal de fil à retordre. Comprenez, je ne pensais pas manquer de temps à ce point quand j'ai posté le premier chapitre. Sauf que la première, c'est plus hard que la seconde (légèrement).
Ces vacances, je ne poste qu'un seul chapitre, je vais essayer de prendre un peu d'avance o/
Disclaimer : L'asile est inspirée des jeux Arkham, Tetch vient de Batman, comme l'inspiration du chef médecin. Alexander et Jérémiah viennent de mon petit cerveau (les pauvres) Quant à BB, L et l'univers de Death Note en général, ils ne m'appartient malheureusement pas.
Et je tenais à préciser que je ne suis absolument pas une experte des malades psychiatriques. Internet est mon meilleur ami. Je vous rassure, j'essaie de croiser au maximum mes sources durant mes recherches pour ne pas raconter d'ânneries, mais il est toujours possible que ce que j'écrive soit erroné. Si quelqu'un qui s'y connait s'en rend compte, prévenez-moi, s'il vous plaît o/
Bref Bonne lecture !
Chapitre 1 : Réveil
Malheur à celui qui rêve : Le réveil est la pire des souffrances
Primo Levi « Si c'est un homme », 1947
Pénétrer dans l'enceinte de l'asile était toujours toute une affaire, nécessitant tout un protocole. C'était d'ailleurs pourquoi la plupart des psychiatres, las de se faire examiner chaque matin à une heure pas possible, avaient accepté de loger dans le seul immeuble de logement de l'île servant de terrain à l'asile en semaine. Ce n'était évidemment pas le cas du Dr Messner. D'aucuns diraient qu'il s'estimait trop pour dormir avec les autres médecins, mais la vérité était que, malgré la « haute sécurité » du quartier d'habitation, dormir, isolé de l'extérieur, sur une île dont on rétractait le pont pour l'excellente raison qu'elle servait d'asile à des criminels psychopathes ne tentait pas trop le jeune homme.
Il lui fallait donc prendre la voiture dès six heures du matin, pour arriver au pont de l'île de BlackGates à six heures trente, heure du déploiement du pont. A moins d'un ennui, comme une évasion massive, le massacre de tous les abrutis qui dormaient sur l'île, ou encore une alerte tsunami.
Ce matin là, alors que l'aube commençait tout juste à teinter le ciel de rose et de violet, le pont ne descendait pas. Et il était six heures trente-deux du matin. Pas encore assez pour être inquiétant, mais trop pour être normal. En l'espace de deux minutes, Alexander avait appelé l'accueil de BlackGates, sans résultat, puis le numéro personnel du directeur, sans plus de résultats. Il se retrouvait donc coincé dans sa voiture, dans un bouchon. Parce qu'il n'était évidemment pas le seul à se méfier des malades et à refuser de passer la nuit sur l'île.
Avec un soupir, il arrêta la radio. La chanson, répétitive et désagréable au possible, commençait tout juste à lui taper sur les nerfs.
Que pouvait-il bien s'être passé ? Une évasion ? Non. Impossible. S'il y avait eu évasion, même minime, on verrait déjà les hélicoptères de police ratisser la zone, des voitures, gyrophares à plein volume, en train de griller tous les honnêtes travailleurs sur le périphérique, et la chaîne de radio régionale diffuserait un appel à témoins et non une stupide chanson. Même chose pour une quelconque catastrophe naturelle, l'information passerait à la radio. Il ne restait plus que peu de possibilités. La première, c'était que les prisonniers avaient réussi -par un des nombreux moyens déjà réussis ou pas encore testés-, à tromper la sécurité -encore une fois- et à massacrer tous les habitants de l'île avant qu'ils puissent appeler au secours. Bienvenue dans l'établissement psychiatrique le mieux sécurisé du monde.
Le pont descendit brusquement, laissant la courte file de voitures entrer dans le périmètre de l'asile. Ce pouvait être un piège des détenus. Après tout, certains étaient absolument géniaux... Mais tout le monde s'y rendait. Avec un autre soupir, Alexander pressa l'accélérateur. Autant faire comme les autres.
Aucune évasion à déclarer, même pas de mort à déplorer.
L'ahuri chargé d'abaisser le pont-levis avait juste oublié de mettre le réveil. Comment pouvait-on se permettre d'engager des incompétents pareils dans un endroit où séjournaient certains des tarés les plus dangereux du monde ?
Tout bien réfléchi, excuse non crédible. Il y avait forcément autre chose. Autre chose qui justifierait le retard dans l'abaissement du pont et la mine déconfite du directeur. Lorsqu'il avait accueilli ses employés, sa chevelure de moins en moins fournie n'était pas encore enduite de l'immonde gel qu'il mettait absolument tous les matins et qui lui donnaient l'air d'avoir plongé la tête dans un réservoir à huile de moteur. Il y avait vraiment un problème. Mais personne ne savait quoi, d'après les discussions de couloir qu'il put surprendre entre ses « collègues ».
La matinée s'écoulait tout doucement. Il n'y avait pas beaucoup de consultations dans la matinée, car les aides-soignants récupéraient le linge sale des patients, et leur administraient les médicaments du matin. Il n'y avait donc que deux entretiens possibles avant la pause déjeuner.
La plupart des médecins passaient la matinée dans leur bureau, à remplir des dossiers en retard, ou dans la salle commune, pour se raconter à quel point leur petite vie était terriiiiiiiible et à quel point ils se sentaient usés et affectés moralement par leur travail.
Fatigué des jérémiades exaspérantes de ces insupportables petites natures, Messner s'était -encore- isolé, dans son bureau, et faisait mine de lire un dossier. Passionnant dossier, mais passons. Il faisait juste mine. En réalité, la totalité de sa réflexion allait en direction du patient 127. Depuis presque sept jours d'internement, il n'avait pas manifesté le moindre signe d'activité, se laissant nourrir par perfusion, ne sortant de son lit que quand c'était obligatoire, et ne parlant jamais. Le reste du temps, il gardait les yeux ouverts, fixait le vide, ou dormait. Il semblait plongé dans une sorte de réflexion permanente.
Alexander s'était donc mis à lister les causes possibles de l'apathie de son patient. Trois possibilités. La première, la psychopathie, était tentante, mais, tant qu'il n'aurait pas discuté avec le patient, il lui était impossible d'éliminer l'obsession (ou introspection exagérée) et la névropathie. Dans tous les cas, l'apathie dont souffrait Birthday restait inoffensive pour lui. Le patient aux yeux rouges ne souffrait pas vraiment de troubles de l'alimentation, ni de troubles du sommeil. Et la non-reconnaissance de la maladie, ainsi que la maladie en elle-même, ne provoqueraient pas de pensée suicidaires.
Cependant.
S'il n'avait pas très vite quelque chose à rapporter à L, celui-ci penserait qu'il ne faisait pas de zèle et risquait de faire éclater au grand jour les cadavres sympathiques que le jeune psychiatre cachait dans son placard. Et ce ne serait pas bon du tout pour l'avenir et le petit confort personnel du jeune homme.
Les médicaments, bien que pris sans rechigner par le patient, ne semblaient pas provoquer de « réveil » probant… C'était plutôt exceptionnel. Alexander n'avait eu affaire que rarement à des cas d'apathie telle que celle de Birthday, mais un traitement approprié et des visites fréquentes faisaient effet dès la première semaine, diminuant faiblement les symptômes, puis finissaient généralement par triompher de la maladie au bout de deux ou trois mois. Le patient 127 était pris en charge depuis à présent deux semaines, recevait régulièrement les visites du Docteur Messner, et était traité exactement comme les manuels le prescrivaient, mais aucune amélioration de son état ne se laissait observer. La même fatigue mentale, le même silence.
C'était agaçant de n'arriver à rien.
Le jeune homme secoua la tête, las, et se laissa aller contre le dossier de la chaise à roulettes. Dans une dizaine de minutes, il serait obligé de passer aux consultations, et dieu savait qu'il n'en avait aucune envie.
-Bonjour docteur Messner.
Boris Heldévary, sympathique pyromane de 22 ans, aurait pu poursuivre ses études de sociologie, mais avait préféré mettre le feu à huit immeubles habités. Comme quoi, les personnes faisant primer le plaisir sur l'opportunisme existaient encore. Interné depuis à présent six mois, en même temps qu'Arnold Wesker, il avait le mérite de n'insupporter le jeune psychiatre qu'à moindre échelle. Peut être était-ce parce qu'inconsciemment, Alexander le comparait à Wesker.
-Bonjour.
Le jeune homme se laissa tomber sur la chaise prévue pour lui et se saisit de son bloc notes. Sans daigner jeter ne serait-ce qu'un seul regard à son patient, il déboucha son stylo et remonta ses lunettes sur son nez. Ceci fait, il leva enfin les yeux vers l'homme. Ce petit manège était nécessaire, sans être trop coûteux. Le but ? Agacer le malade.
-Bien, comment s'est déroulé votre semaine, mister Heldévary ?
-Assez calme, et la vôtre ?
Le visage grêlé du pyromane demeurait vide de toute émotion. C'était tout juste si un minuscule sourire aimable ourlait ses lèvres. Messner pinça les siennes. Il n'était pas prêt de faire sortir Heldévary de ses gonds. Et pourtant, ce serait un bon moyen pour instaurer un semblant de thérapie. Voyez-vous, le patient n°86 était ce que l'on peut vulgairement appeler un pyromane pervers. Assez semblable au pervers sexuel, ce genre de pyromane (les plus dangereux, bien entendu) était presque impossible à capturer car mettant extrêmement de soin dans la mise en scène de leurs « œuvres ». Le meilleur moyen de soigner ces malades était de leur faire comprendre leurs actes, puis de les détacher de leur fascination pour les flammes et, enfin, de leur permettre une certaine resocialisation.
-Comme les autres, répondit-il évasivement, passant sous silence le délicat sujet du patient 127. Vous avez fait votre première « récréation » hier, non ?
En effet, le jeune docteur avait décidé de commencer la chaîne de soins dans le sens inverse à celui des manuels, histoire de voir si ça faisait le même effet. Le chef médecin et lui avaient d'ailleurs parié sur l'efficacité de la modification.
-Je n'ai pas trop voulu m'approcher, soupira le malade. Vous savez, même si ce n'était « que » la récréation des patients du niveau 1, j'ai fait confiance à mon instinct de survie et je me suis contenté de regarder.
-Je vous accorde que les autres internes ne sont pas forcément très rassurants. Et encore, vous n'avez pas vu ceux du sous-sol. Vous avez tout de même pu parler à quelqu'un ?
-Une femme, je ne me souviens plus trop de son nom, a discuté avec moi une partie de la demi-heure libre.
-Vous avez eu le temps de l'apprécier ?
-Non.
Au moins, ça avait le mérite d'être clair.
-Mister Heldévary, nous savons tous les deux que vous souhaitez sortir d'ici, guéri de préférence. Et croyez-moi, pour cela, vous allez devoir fournir quelques efforts personnels.
-Je voudrais bien guérir, moi, si vous m'expliquiez pourquoi je fais flamber des immeubles.
Deux possibilités. Soit le patient se fichait de lui, soit il était vraiment inquiet. Alexander hésita, puis haussa les épaules.
-Techniquement, ça peut varier selon les individus. En pratique, vous êtes comme un pédophile ou un zoophile, le feu est pour vous un sujet de plaisir et, une fois que vous y avez goûté, vous devenez accro. Simple, non ?
-Donc je suis un pervers ?
Combien de fois avaient-ils déjà eu cette conversation exactement ? Impossible à déterminer. Rectification de jugement. Ce type était presque aussi exaspérant que Wesker.
-On peut voir les choses ainsi, en effet. Il me semble que nous en avions déjà parlé.
-Je ne suis pas comparable à un zoophile, trancha Boris.
-Si. C'est de la perversité dans les deux cas.
Peut être qu'effrayer le patient n'était pas la meilleure chose à faire, mais l'air dégoûté sur son visage d'habitude lisse comme de la pierre était assez amusante.
Le docteur Messner s'apprêtait à appuyer ce qu'il disait quand l'autre s'énerva :
-Je ne suis pas un monstre bon sang ! Je ne suis pas responsable de la mort de ces gens, je n'ai abusé de personne, alors lâchez-moi avec vos putain de comparaisons à deux balles !
Réaction type, aucune prise de responsabilité. Sauf que si la situation s'envenimait, elle deviendrait légèrement problématique.
-Vous savez, soupira le jeune homme, si vous continuez à vous énerver de cette façon, il se pourrait bien que je rajoute une case bipolarité dans votre dossier. A votre avis, combien de temps resteriez-vous ici dans ce cas ?
Les mots semblèrent refroidir le pyromane, qui se rassit.
-Bien, lâcha le médecin. Je ne pense pas qu'il soit bon pour nous deux de poursuivre cet entretien. Sur ce, je vous laisse. Comme vous n'avez en aucun cas été blessé hier, vous pourrez ressortir dans l'après-midi aux heures définies.
Porte fermée. Enfin. Le rendez-vous lui avait semblé interminable.
Tu te sens trop supérieur, Alex. Un jour, ça te jouera des tours.
« Oui oui bien sûr », répondit-il à lui-même. En réalisant ce qu'il était en train de faire, il secoua la tête, sourire moqueur aux lèvres. Il allait bientôt devoir se faire interner pour schizophrénie, si ça continuait.
Plus que deux patients à voir. D'abord Birthday, puis Sutcliff. Quelle fin de journée agréable. Il passerait du légume à la pile électrique.
-Docteur Messner ! S'exclama une voix, derrière lui.
Se retournant, le médecin put apercevoir deux collègues le rattrapant, côte à côte. Celui qui l'avait appelé –et qui lui adressait de grands signes de la main- se précipitait littéralement vers lui. Un peu en retrait se tenait le chef du service, aussi appelé chef médecin. Ou médecin chef. Un grand homme de presque deux mètres, maigre et sec comme un épouvantail le suivait, quelques pas derrière. Étonnamment, c'était cet homme, le professeur Crane, le collègue favori d'Alexander.
-Tu vas où Messner ?! J'allais faire ma pause quand j'ai croisé Mister Crane ! Viens boire un café avec nous ! Je pourrais te raconter ce qu'il vient de se passer avec Jason, tu sais, mon patient autiste ! C'est in-cro-ya-ble ! Figure toi qu'en plein entretien, il-
Fort heureusement pour la santé mentale du docteur Messner, une grande main, semblable à une serre, se serra sur l'épaule de Jérémiah Worthing. Le Professeur Crane eut une esquisse de sourire, plus semblable à un rictus qu'à un sourire, en réalité, et déclara, de sa voix froide et un brin désobligeante :
-Worthing, je pense que Messner a autre chose à faire que de vous écouter parler de vos fantastiques petits patients. Et si vous vous dépêchiez de vous rendre à la salle commune ? Peut être que Miss Alonso s'y trouve encore.
Les yeux de l'excité s'arrondirent et il partit en courant, lâchant un joyeux :
-Je vous garde le café au chaud professeur !
C'était Jérémiah Worthing, nouveau chez les médecins, à peine sorti de la puberté, selon ses collègues masculins. Le jeune blond était un (peu) subtil mélange d'intelligence, de naïveté et d'hyperactivité. C'était parfois très difficile à supporter.
-Que s'est-il passé ? On dirait qu'il va devenir papa, railla le jeune médecin.
-Son autiste lui a dit bonjour, marmonna Crane. Tu vas au sous-sol ?
-En effet.
-Moi aussi.
Alexander appréciait Jonathan Crane pour la simple et excellente raison que c'était un pur génie (professeur à 25 ans, c'est dire), mais aussi pour sa présence… non agaçante. Crane avait, comme lui, une nette tendance à ne pas aimer ses patients, voir à les détester, dans son cas. C'était ce qui leur avait permis de converser au départ. A présent, même s'ils ne s'estimaient pas amis, il leur arrivait de passer un peu de temps ensemble.
-D'ailleurs, professeur, avez-vous été mis au courant de ce qui se passe à l'asile en ce moment ? Le pont s'est abaissé tard ce matin.
S'il pouvait interroger quelqu'un, c'était bien le professeur. En effet, celui-ci bénéficiait d'une relation « privilégiée » avec le directeur. Crane haussa les épaules.
-On ne m'a rien dit. Je suppose que le gardien est sourd d'une oreille et qu'il n'a pas entendu son réveil.
Ils mirent l'ascenseur en marche.
-Certes, mais-
-Le reste n'est pas spécialement intéressant, trancha le plus grand, et ce ne sont que des rumeurs.
-Je me permets de te contredire.
-Si on décide d'accorder crédit aux rumeurs, je serais en couple avec Tetch, tu sais le patient nain des soins-intensifs, Stanislas serait en réalité âgé de quarante ans, et tu aurais eu des rapports avec la totalité des aides soignants et soignantes.
-N'importe quoi.
Il ignorait l'existence de telles rumeurs. Où Crane laissait-il traîner ses oreilles pour entendre des horreurs pareilles ?
-En effet, Jones ne t'aurait pas laissé faire.
Alexander grinça des dents à l'évocation de l'aide soignante tant haïe.
-Cessez vos inepties, j'ai compris.
-D'ailleurs, il paraît que tu as des problèmes avec un apathique, c'est vrai ?
-Qui vous a raconté ça ?
-Flemmings.
Évidemment. L'infirmière ne savait pas garder le secret. Même le secret professionnel. Cette femme était une plaie. Et aussi, il fallait avouer que Jonathan Crane pouvait être très convainquant, quand il en avait envie. D'ailleurs, s'il ne lui répondait pas, son supérieur trouverait bien le moyen de savoir.
-Les médicaments ne semblent pas faire effet.
-Pourtant tu sembles t'y connaître en médicaments.
Le plus jeune haussa les sourcils. Était-ce un pauvre sous-entendu ?
-Vous aussi.
Juste retour à l'envoyeur.
Les portes métalliques de l'ascenseur s'ouvrirent, empêchant le professeur de répondre. Sans un mot, les deux hommes s'engagèrent dans le couloir.
On avait beau s'habituer aux ambiances parfois franchement angoissantes de l'asile, celle du couloir des soins intensifs en plein après-midi aurait fait fuir le plus courageux des médecins.
Des gloussements, des hurlements, des rires hystériques, des sanglots, des chuchotis et des murmures pressés se faisaient entendre, différents à chaque porte passée, en fonction du patient. Ces bruits continus ne cessaient que lorsque les néons s'éteignaient pour la nuit. Et là, encore, on pouvait entendre les malades geindre, chanter ou ricaner dans leur sommeil. Le bruit du sous-sol en lui-même pouvait suffire à rendre fous les dingues qui ne l'étaient pas encore totalement. Il aurait fallu installer des cellules insonorisées, au moins chez les soins intensifs, mais Sharp avait repoussé la demande des docteurs Worthing, Williams et Alonso. « Manque de moyens », avait-il opposé à leurs demandes répétées.
Soudain, Crane s'arrêta devant la chambre 8. Par politesse, Messner l'imita.
-Si le traitement chimique ne fonctionne pas, essaies autre chose, lâcha le professeur. Un choc psychologique peut fonctionner aussi.
-Quoi ?
-Avec ton patient, essaies de lui provoquer un déclic. J'ai dû faire ça avec Tetch, au début.
Sur ces mots, il ouvrit la porte 8. Alexander s'éloigna. Il eut juste le temps d'entendre un joyeux « Bien le bonjour, cher lièvre de Mars ! Vous voilà juste à l'heure pour le thé ! » avant que la porte métallique ne se referme dans un claquement sec. Pour qui se prenait Crane ? Il gérait très bien la situation seul, et n'avait absolument pas besoin d'aide.
Distraitement, sans s'arrêter de marcher, le jeune psychiatre se saisit du gel désinfectant, et se nettoya les mains. Tout le monde appuyait sur les boutons de l'ascenseur. Y compris les aides-soignants, et les patients en pleine tentative d'évasion. Et il était certain que Stanislas, le technicien de surface, ne prenait jamais la peine de nettoyer les boutons.
Porte 2.
La cellule était toujours la même. Toujours blanche, toujours camisolée, toujours le même lit et le même patient dessus. Sans un mot, il se laissa tomber sur le côté du lit.
-Bonjour, Mister Birthday.
Rien. Bien entendu. Il n'y avait aucune raison que la situation du malade change en l'espace de quatre jours. Alexander était bien parti pour monologuer pendant une demi-heure, comme de coutume. Il entama donc, abordant des sujets bateau, tels que les dernières actualités des États-Unis, ou la sortie d'un quelconque film d'action au cinéma. Le jeune homme était extrêmement frustré par le silence du patient. Et devoir commenter la météo face à un homme aussi réceptif qu'une boîte de clous mettait un sérieux coup à son amour propre.
Essaies de lui provoquer un déclic, suggéra la voix plate de Crane à son oreille.
Hors de question. Ce serait encore plus rabaissant de suivre les conseils d'un autre médecin. Tout professeur qu'il soit. Et puis, il n'avait absolument rien qui puisse provoquer un déclic. Tout ce qu'il savait sur le 127 était qu'il était particulièrement instable. Il était tout simplement inenvisageable de demander des informations à L, ce dernier n'attendait peut être que ça. Mais, d'un autre côté, pour « couver » (autant qu'on puisse le faire d'un malade mental) cette silhouette prostrée, il fallait tout de même que le grand détective la connaisse un peu, non ? En outre, malgré son investissement dans l'affaire, L n'avait pas été évoqué dans les rapports.
Minute.
Si L était à ce point préoccupé par Birthday, se pouvait-il que ce soit réciproque ?
Se pouvait-il que Birthday soit lui aussi intéressé par L ?
Dans ce cas, il suffisait peut être de parler du détective anonyme…
Oui mais écouter la suggestion de Jonathan Crane ne le tentait absolument pas.
Le docteur jeta un regard froid à son patient, forme molle et recroquevillée sous le drap blanc. Il ne prit pas la peine de vérifier, mais était presque sûr que les deux yeux écarlates étaient encore écarquillés.
Après tout, qui d'autre saurait qu'il avait été conseillé ?
-Vous savez, c'est un peu embêtant que vous ne parliez pas.
Silence.
-C'est vrai, poursuivit-il. L a insisté pour que je vous prenne en charge, il doit s'inquiéter.
Rien. S'y était-il mal pris ? Il avait essayé la carte de l'affection. Si Birthday n'avait rien à faire du détective, cette tentative s'écraserait pitoyablement comme les médicaments. Alors qu'on nouveau soupir lui échappait, le patient remua légèrement. D'abord, ce fut presque imperceptible, mais suffisant pour attirer le regard d'Alexander. Les épaules de 127 tressautaient doucement, puis de plus en plus vite, de plus en plus fort. Mais le malade restait silencieux. Pleurs ? Rires ?
Précautionneusement, réprimant une grimace, Alexander agrippa l'épaule couverte par le tissu blanc du drap et retourna le taré sur le dos.
Il riait. Ses lèvres gercées étaient étirées en un large sourire, mi-railleur, mi-hilare, au risque de rouvrir les plaies dues à la sécheresse. Ses yeux étaient étroitement fermés, luis s'ouvrirent d'un seul coup.
-Par… ce.. que… vous croyez… vraiment… ça ? haleta-t-il.
C'était la première fois que Messner entendait la voix de son patient attitré. Elle était rauque, à cause de son mutisme prolongé et des diverses irritations. Le malade se redressa sur le lit, fixant d'un œil intéressé un point au dessus du visage d'Alexander.
Ce regard fou lui aurait donné des frissons.
-Vous souvenez-vous de nos discussions ? interrogea-t-il.
Théoriquement, le brun devrait en avoir souvenir. L'apathie n'entraînait aucune amnésie. Les deux prunelles cramoisies revinrent sur son visage, et se plantèrent dans les iris bleus du psychiatre. Il remonta lentement ses genoux contre sa poitrine, se mettant ainsi en position accroupie.
-Vous voulez parler des heures de torture durant lesquelles vous me lisiez le programme télévisé ? ironisa-t-il.
-Je vous rassure, c'était une torture réciproque.
Le jeune docteur devait encore assimiler le fait que son patient s'était mis à rire. Avait parlé. Ce n'était pas simple.
-Vous avez l'air choqué, Alexander.
Comment savait-il ? Ah, oui, il l'avait dit au premier rendez-vous.
-J'essaie d'admettre que j'aie pu vous réveiller aussi simplement.
-Vous n'y êtes pour rien, ne vous torturez pas, ricana l'autre.
Un coup d'œil à sa montre. Trop tard pour discuter, il avait un emploi du temps chargé, et encore un patient à visiter. Ce pouvait être frustrant, Birthday avait vraiment l'air intéressant.
Alexander se leva.
-Je suis au regret de vous annoncer que j'ai encore une consultation au programme. A une prochaine fois.
-A bientôt, Alex, susurra l'autre.
Le médecin, qui était déjà à la porte, se figea à l'entente du surnom. Ridicule. Il se tourna vers le malade, remonta ses lunettes et déclara d'un ton froid au possible, ignorant le regard sanglant ancré sur lui :
-Alexander pour vous. Ou Docteur Messner.
Fermer la porte.
Dès qu'il fut sortit, le jeune homme réalisa qu'il avait oublié de respirer. Le patient aux yeux rouges dégageait une sorte de… magnétisme. Alexander avait déjà géré des criminels charismatiques, mais celui-ci n'avait même pas eu besoin de se lancer dans quelque discours enflammé pour provoquer une réaction physiologique. Sa présence seule avait suffi.
D'un geste nerveux, Messner enfonça ses mains dans les poches de sa blouse et se remit en marche. Restait Sutcliff.
De : Alexander Messner
A : L
Objet : Patient 127
Votre ami s'est réveillé, à première vue il semble saint d'esprit. Pas d'enregistrement néanmoins. Son réveil n'était pas prévu.
De : L
A : Alexander Messner
Objet : RE : Patient 127
Birthday n'est pas mon ami. Méfiez vous des apparences, elles peuvent être trompeuses, sutout avec lui. Comment l'avez-vous « réveillé » ?
De : Alexander Messner
A :L
Objet : RE :RE : Patient 127
Les médicaments.
De : L
A : Alexander Messner
Objet : RE :RE :RE : Patient 127
Félicitations, je commençais à m'impatienter et à douter de votre motivation. J'attends l'enregistrement.
Personnellement, je trouve ce chapitre très long et pas forcément intéressant. On dirait un patchwork de scènes sans rapport –' Mais si ça peut rassurer ceux à qui ça ne plairait pas, la présentation du personnel de l'asile est nécessaire et se poursuivra sûrement, au vu de ce que je prépare :3
Réponses aux reviews :
Denshitoakuma : Merciii pour ta review, j'espère que la suite t'a plu ^^
Shadows Of Liberty : Meuh non, BB souffrira pas trop (pas trop) en revanche, il va faire souffrir pas mal de monde ce vilain. En tout cas merci pour ta review, elle m'a fait très plaisir
Guest : Je reconnais qu'Alexander n'est pas très aimable xD Mais il est comme ça le pauvre, on peut pas lui en vouloir ^^ Je ne prétendrai pas avoir les connaissances nécessaires, mais j'essaie de me renseigner au maximum avant d'écrire n'importe quoi (cf la note du début) En tout cas je te remercie d'avoir reviewé !
Lou Celestial : Merci pour la review, ça fait plaisir :D Ca me rassure que mon personnage soit apprécié (ou pas), j'avais super peur de faire un Gary-Sue trop intelligent et parfait :')
Froshe : Il a parlé ! Et il parlera encore plus bientôt !
Naitaa : Ouiiiii je vois qui tu es ! A vrai dire, l'énigme «était plutôt difficile, il m'a fallu un peu de temps pour tilter (ou alors je suis stupide, à voir XD) Contente de lire que tu aimes mon style d'écriture, et encore plus si tu as pu rigoler en lisant x) Je poste un seul chapitre ces vacances, mais je m'attaque à la suite dès maintenant, promis (ouais chui une folle 8D) Et ne t'en fais pas pour la taille de la review, les reviews longues c'est le bien, et personnellement je suis incapable d'en faire des courtes xD A la prochaine !
N'hésitez pas à appuyer sur le sympathique bouton « reviews » ! Regardez ! Il vous fait de l'œil ce petit chou ! Et ça fait plaisir à l'auteure, aussi ^^
Sur ce, à bientôt pour la suite :D
Et profitez bien de vos vacances ! (Pour ceux qui en ont ^^)
