Bonjouuuuuuur ! Et bonne année ! Bonne santé ! Bla bla bla !

Comme on se retrouve !

Ce chapitre a été assez galère à écrire, détails en bas.

Disclaimer: Death Note ne m'appartient pas, pas du tout. L'asile ressemble à Arkham, et Crane est librement inspiré de l'Epouvantail. Ils appartiennent à DC comics. Lees autres personnages viennent de moiiiiiiii o/

Bonne lecture vous tous


Chapitre 4 : Soupçons


« Quand les gens se montrent pleins de soupçons à votre égard on se met à être soupçonneux envers eux. »

Aldous Huxley, Le meilleur des mondes, 1932


Une crise cardiaque ? Impossible. Wesker n'était pas cardiaque. C'était consigné par Flemming dans le dossier qu'Alexander feuilletait distraitement.

Arnold Wesker n'était pas cardiaque. A trente ans à peine passés, on ne décède pas de crise cardiaque.

Pourquoi son cœur s'était-il arrêté dans ce cas ?

Et, en envisageant l'hypothèse ô combien convaincante que la fragilité cardiaque du patient n'ait pas été consignée par la si consciencieuse et sympathique docteur Flemming, pourquoi le malade, au moment où son organe vital allait lâcher prise, se serait-il frappé le crâne contre le pied de son lit jusqu'à briser la fine structure osseuse ?

Le jeune psychiatre leva les yeux de ses papiers, histoire de voir où en était la conversation. Conversation des collègues de l'aile Nord qui avait des airs de conseil de guerre, de son humble avis.

Tout ça parce qu'un membre d'une communauté négligeable, voire nuisible, avait épargné à ses contemporains la souffrance de le savoir en vie plus longtemps.

Avec un peu de recul, on pouvait apprécier l'utilité du geste.

Le docteur aurait quelques heures libres supplémentaires par semaine.

La salle commune avait été réaménagée, les tables avaient été disposées en forme de U. Face à tous les médecins de l'aile, Quincy Sharp soliloquait sur à quel point la mort d'un patient était tragique, qu'il ne fallait sous aucun prétexte prévenir la famille (si famille ce pauvre type avait). Juste en face de lui, Jérémiah Worthing écoutait, les yeux ronds comme des billes de billard. Entre ses doigts, le stylo ployait dangereusement, ne demandant qu'à se briser dans la main tremblante du jeune homme. A ses côtés, Bélen Alonso faisait nerveusement tourner son propre stylo bic entre ses longs doigts fins. A chaque cercle, le plastique de l'objet heurtait l'ongle du pouce, verni de blanc, dans un petit bruit détestable.

Flemming se tenait à l'écart, son teint flirtait gracieusement avec le vert kaki comme elle s'humectait les lèvres presque compulsivement. Elle était de toute évidence prise de nausées, au bord du vomissement. Pauvre d'elle. L'examen du corps lui reviendrait sûrement, et lui était peut être déjà revenu, puisqu'elle était le seul médecin généraliste de BlackGates.

A droite de Messner, le professeur Crane écoutait pensivement le discours du directeur. Du bout de son stylo, il tapotait sèchement la surface de la table en un rythme lent, rappelant vaguement la marche funèbre de Chopin.

Sharp aurait pu ânonner sur les emplois du budget de l'asile, il n'aurait pas manifesté plus d'intérêt.

Soudain, une main se dressa. Sans surprise, celle de Worthing. Il se croyait encore dans un amphithéâtre, cet adorable jeune premier. A la droite d'Alexander, la marche funèbre s'interrompit.

-Je ne commenterai pas votre décision de cacher la mort de Mister Wesker à ses proches. Néanmoins, Wesker n'était pas cardiaque. C'est dans son dossier enfin ! Il faudrait au moins contacter la police, autopsier le corps. C'est une mort suspecte ! On devrait lancer les investigations, au moins examiner le cadavre !

Merci, maître Worthing, d'avoir formulé tout haut ce que toutes les personnes présentes pensaient tout bas. Quincy Sharp fronça les sourcils, desserra légèrement son hideuse cravate -orange, quelle idée-, et arbora un mince sourire, aisément qualifiable de nerveux. En effet, un minuscule tic agitait le coin gauche de sa bouche. Il déclara d'un ton hypocrite qui ne lui allait pas du tout :

-A votre avis, Worthing, comment se portera la réputation de cet établissement, si on y ouvre une enquête pour mort suspecte ?

Le tapotement funèbre reprit, Alexander lança un coup d'oeil à son voisin. Crane souriait narquoisement, apparemment perdu dans des pensées loin, très loin de la salle commune.

Perplexe, le jeune médecin fronça les sourcils. A ses côtés, Alonso avait cessé de faire tournoyer son stylo et tortillait une de ses mèches brunes du bout des doigts, une expression profondément agacée gâchant ses traits réguliers.

Voyons... Tiendrait-t-elle tête à Sharp, juste pour les beaux yeux de l'autre bleusaille ? Ou alors garderait-elle sa bouche fermée comme on s'attendait à ce qu'elle le fasse ?

Pas simple à déterminer, il faudrait attendre.

-Une mort suspecte ruinerait dé-fi-ni-ti-ve-ment la réputation de cet établissement.

Le ton du directeur était mielleux à souhait, comme un écoeurant coulis qu'on répandrait à la surface d'un gâteau horriblement sucré, histoire d'assurer à tous les consommateurs de l'hideuse pâtisserie la déclaration future d'un quelconque cancer de l'estomac ou diabète, voire d'autres petits plaisirs de la vie, tels que le cholestérol. Ou la dilatation pure et simple des artères. Que du bonheur.

-Le minimum, insista Worthing avec plus de volonté suicidaire que de courage, selon Alexander, ce serait d'appeler la police.

-Avec tout le respect que je vous dois, Docteur Worthing, intervint Flemming, manifestement irritée, en prétendant la mort suspecte, vous remettez mon examen du corps en doute. Je sais ce que j'ai diagnostiqué, poursuivit-elle. Arnold Wesker est décédé des suites d'une crise cardiaque et d'une fracture de la boîte crânienne. La crise cardiaque me paraît naturelle, il n'y a ni traces de vomissements, ni d'injection. Quant aux plaies à la tête, il se les est lui-même infligées, je n'ai remarqué aucune autre lésion. De plus, je me permets de rappeler qu'on est dans un asile, l'automutilation est assez répandue parmi les patients dérangés.

Oui, bien sûr. Wesker ne s'était jamais mutilé. C'était son patient à lui, il l'aurait su. Les seuls coups qu'il portait, ils lui avaient été causés par deux autres détenus durant une sortie. On voyait bien que Flemming n'avais absolument pas planché sur le sujet. Si le patient avait eu des tendances à l'automutilation, il aurait conservé des marques, des lésions, celles que Flemming n'avait pas remarqué dans son examen minutieux du corps.

A côté de Messner, la marche funèbre s'était accélérée, et un large sourire moqueur étirait les lèvres de Jonathan Crane. Alexander n'avait pas besoin d'un miroir pour savoir qu'un sourire identique fleurissait sur ses propres lèvres. C'était toujours agréable de voir les autres se quereller sur des sujets aussi insignifiants que les résultats d'un examen post mortem. Sauf que le professeur, lui, ne fixait ni Flemming, ni Worthing, ni même Sharp. Non non non. L'oeil gris et aiguisé du génie était accroché à Bélen Alonso qui, après examen, semblait au bord de l'explosion. Spectacle plutôt comique, en effet. Elle grinçait de toute évidence des dents et hésitait à prendre la parole. Crane entama alors un compte à rebours en tapotant la table de son stylo.

Tap. Cinq.

Tap. Quatre.

Tap. Trois.

Tap. Deux.

Tap. Un.

Elle prit une grande inspiration.

Tap. Zero.

A cet instant précis, la brune se redressa et s'exclama, sans vraiment chercher à brider son agacement :

-Excusez-moi vous tous !

Silence. Même Crane avait cessé ses tapotements intempestifs.

-Certes, Wesker n'était pas cardiaque ! Mais il existe des médicaments qui augmentent le rythme cardiaque, pouvant aller jusqu'à arrêter le cœur de certaines personnes.

Silence. Curieusement, le docteur Messner se sentit visé, peut être à cause du regard brun de la femme, fixé sur lui. Il se redressa, joignit les mains et interrogea, de sa voix la plus imperturbable et indifférente :

-Qu'essayez-vous d'insinuer, Bélen ? Développez, je vous en prie.

Le silence en ajoutait à la tension. Et Jonathan Crane n'avait même pas l'amabilité de faire une petite musique d'ambiance stylo sur table.

-Très bien Alexander, je vais détailler. Ce ne sera pas long. Vous étiez le médecin du mort, vous lui prescriviez ses médicaments, il est donc logique de soupçonner que vous l'ayez assassiné. Il ne me semble pas que la prise de médicaments laisse des traces décelables en surface.

Alexander fronça les sourcils une fraction de secondes. Cette déduction était simpliste, évidente. Depuis quand le crime était-il évident ? Il ajusta ses lunettes pour reprendre contenance et adressa un petit rictus, le moins crispé possible, à la femme.

-Certes, j'étais son médecin. Et, en tant que tel, je sais ce que je lui ai prescrit. Des calmants, pas des stimulants.

-Et alors ? Les calmants peuvent aussi provoquer des arrêts cardiaques ! Vous êtes sensé le savoir, docteur.

Son ton était à présent clairement accusateur. Elle se croyait de toute évidence sénatrice à la tribune, accusant un coupable en l'accablant d'arguments aussi virulents que pertinents et indiscutables. Alexander se permit de soupirer. Se montrer touché par ce réquisitoire risible ne pourrait que lui nuire.

Alors il laissa son visage se fendre d'un rictus faussement amusé, déposa silencieusement et doucement le dossier sur la table (il l'avait pris pour le feuilleter et ainsi montrer son désintérêt total alors qu'elle parlait) et croisa les bras sur sa poitrine.

-Réfléchissez un instant, Bélen. Si Wesker avait été tué, accidentellement ou intentionnellement. Si j'étais le meurtrier, pourquoi aurais-je délivré cette loque de sa folie furieuse ? A ces mots, quelques expressions choquées se peignirent sur les visages de certains de ses collègues. Je suis son médecin, je le sais. Wesker était une véritable épave, il allait bientôt mourir, se suicider ou être tué par un autre détenu. Je le savais, alors pourquoi l'aurais-je tué ? Il serait stupide de tuer un de mes patients, poursuivit-il alors qu'elle ouvrait la bouche pour l'interrompre. Enfin, si vous prétendez que le traitement qui l'a tué, vous devez également soupçonner celle qui le lui a administré, l'aide soignante Emily Jones.

Sans trop vouloir se vanter, il venait de réduire méthodiquement en poussière le beau discours d'Alonso. Cependant, elle s'accrochait de toutes ses capacités.

-Vous le haïssiez ! Vous haïssez tous vos patients ! Vous auriez parfaitement pu croire votre supérieure personne bien au dessus de tout soupçon ! De plus-

La psychiatre fut interrompue par le professeur Crane, qui avait bruyamment posé son stylo sur la table, s'éclaircissant délicatement la gorge, le regard fixé sur Sharp.

Dans un silence général, il regroupa précautionneusement les feuilles de son dossier et se mit debout ce qui, pour ses collègues assis, était assez impressionnant, puisque le professeur faisait bien deux mètres, tout en angles, en os et en misanthropie. Il ajusta silencieusement sa blouse sur son corps rachitique et se dirigea vers la porte d'un pas nonchalant.

-Je suis désolé de vous quitter, lâcha-t-il, la main sur la poignée. Mais il est seize heures, et Tetch n'est disposé à suivre une thérapie qu'à l'heure du thé. Bonne après-midi.

Le grand échalas passa la porte, mais se ravisa et conseilla au directeur, une étincelle de moquerie dans le regard:

-Vous devriez leur en parler, Monsieur.

Et, à ces mots, il quitta la pièce en claquant la porte, sans sourire. Alexander était certain que son collègue avait perçu le bref éclair de détresse dans les yeux de Quincy Sharp, et que ça avait dû beaucoup l'amuser.

-Que voulait-il dire, monsieur le directeur ? interrogea-t-il, mimant une curiosité qui lui paraissait toute légitime.

-Rien. Il ne voulait RIEN DIRE DU TOUT, martela Sharp, devenant des plus cramoisis, comme si sa calvitie allait sauter, à l'image d'un bouchon de champagne sous pression.

Le silence s'installa, tous les participants du « conseil de guerre » fixaient le directeur, qui semblait proche de la suffocation. Au moins, il détournait efficacement l'attention des autres d'Alexander.

-Bon, bon, bon, il se trouve que… Le professeur voulait parler de … hum. Nous avons déjà eu affaire à des… cas de ce genre.

-Des morts suspectes ?! s'étrangla Alonso.

-Vous plaisantez ?! s'étonna Worthing.

-Pourquoi le professeur était-il au courant et pas nous ? s'offusqua Flemming.

-Combien de morts ? questionna Messner.

Etrangement, sa question sembla heurter la sensibilité de ses collègues. Le directeur, quant à lui, passa la main dans ses cheveux gras en un tic nerveux, s'humecta les lèvres et répondit :

-Le professeur Crane était présent lors de la découverte du second corps. Seul Mister O'Connor, et lui étaient au courant. Enfin, on compte à présent cinq morts, tous victimes de crises cardiaques et de blessures du même type que celles de Wesker.

Il parut réfléchir quelques secondes, puis énuméra, en comptant sur ses doigts :

-Lester Doulhmaker, Alicia Kaynes, James Standford, Nexie Johnson et maintenant Arnold Wesker ont trouvé la mort et reposent à présent dans le cimetière de l'île.

Charmant, n'est-ce pas ? En entrant sur l'île de BlackGates, vous n'étiez même pas sûr que la mort vous permette de la quitter. Le cimetière de l'asile se trouvait sur l'une des berges de l'îlot, et ne comptait qu'une dizaine de sépultures. Celles de ceux qui n'avaient pas eu la chance d'être réclamés par leurs familles après leur décès.

Alexander fronça les sourcils. Il n'avait jamais pris en charge l'un de ces patients. Ils n'appartenaient certainement pas au service des soins intensifs, qui comptait huit internes pour douze places de telle sorte que, si l'un des grands malades venait à disparaître, tout le monde s'en apercevrait. Ces défunts devaient être des cas « normaux », à l'image de Wesker. Des patients parmi tant d'autres entités négligeables. Leur disparition ne se remarquerait pas facilement.

Et certains médecins d'autres services n'en auraient rien à faire si on leur retirait quelques patients. Il suffisait de prétexter un transfert ou de présenter les choses comme l'avait fait Sharp pour Wesker afin de leur faire définitivement oublier leur patient. L'île était à elle seule un petit monde, où la valeur de l'individu frôlait des extrêmes parfois surprenants, et où l'honnêteté restait sur l'autre berge, avec les amis et le cercle privé.

-Et, pour autant de morts, vous n'avez exécuté aucun examen des corps? Ouvert aucune enquête ? Vous n'avez même pas contacté les proches ? questionna Jeremiah, interloqué.

-C'était inutile, la cause du décès était évidente, les plaies n'étaient pas mortelles, mais restaient suffisamment graves pour causer des crises cardiaques, et le docteur Crane, qui a examiné le cadavre de Nexie Johnson a conclu le décès par crise cardiaque. Elle était de santé fragile, se privait de nourriture, et, selon lui, souffrait de carences. Il est presque sûr que les autres, Wesker compris, souffraient de ce genre de choses.

-Il faut appeler au moins la police, trancha Worthing, empêchant Alexander de lâcher une remarque quant à la masse graisseuse de Wesker et sa prétendue anorexie extrême.

-Je suis d'accord avec Jeremiah, appuya Alsonso.

Quelle surprise.

-Si chacun tient à exprimer et à faire respecter son avis, on n'en finira jamais, soupira Sharp. Je trouve aussi que vous avez une fâcheuse tendance à vous répéter, Jérémiah. Quant à vous, Bélen, vos accusations à l'encontre de votre collègue seront mises sur le compte d'une défaillance nerveuse. Jamais vous ne vous attaqueriez à un collègue de la sorte, n'est-ce pas ?

-Mais-

-Ca suffit !

C'était presque impressionnant… Leur limace fondue de directeur semblait reprendre du poil de la bête. Il avait presque l'air autoritaire et sûr de lui. Alexander ne l'avait pas vu aussi déterminé depuis la grande invasion de cafards, un an auparavant, quand il avait fallu gérer la vieille Megara Dawson, ancienne psychiatre (aujourd'hui à la retraite) et apparente phobique des blattes. On gardait encore le souvenir d'un Quincy Sharp bien viril en total contraste avec une Megara paniquée et un professeur Crane demandant poliment si on lui permettait de prendre une photo.

La voix sèche du directeur le tira de ses rêveries nostalgiques.

-Cette réunion avait pour but de vous mettre au courant de la politique que nous avons adopté, et que nous poursuivrons, par rapport à ces accident… déplorables. Le petit homme prit alors une petite moue hypocritement désolée qui ne trompa personne. De plus, je comptais vous signaler que toute fuite concernant ces évènements serait de votre responsabilité. Il me semble être votre supérieur. Vous pouvez disposer.

Bon gré mal gré, Worthing et Alonso quittèrent la pièce à la suite de Flemming, dans un silence pesant. Alors qu'il s'apprêtait à faire comme les autres, après avoir soigneusement rangé sa chaise, Alexander entendit très distinctement la remarque de son supérieur :

-Je vous ai à l'œil, Messner. Est-ce bien clair ?

-Limpide, répliqua-t-il avant de quitter les lieux à son tour, en toute dignité.

Parfait. En plus des petites recherches supplémentaires sur l'affaire de Los Angeles à commencer, il allait devoir trouver un moyen de démontrer son innocence à un troupeau d'ahuris aussi perspicaces qu'un gratin de cucurbitacées. Et, pour l'Amour Du Dieu Des Psychiatres Maltraités, il n'avait pas la moindre idée de la façon dont il devrait s'y prendre.

Après tout, pourquoi s'escrimerait-il à prouver quelque chose a ces monstres d'illogisme et de préjugés simples ? Rien de plus simple que de poursuivre son travail, ses diverses thérapies, tout en évitant précautionneusement de se montrer affecté par l'ambiance sûrement de plus en plus tendue au sein du personnel de l'asile, en particulier entre les collègues de l'aile des grands tarés.

Les talons du jeune homme claquaient sèchement sur le carrelage du rez-de-chaussée, il arpentait le couloir, à présent désoeuvré. En temps normal, il aurait dû être en train de subir les lamentations de Wesker, mais le patient rondouillard reposait à présent sur une table en métal, dans le cabinet de Flemming. Ou alors il gisait entre quatre planches, sur un lit de velours de mauvaise qualité, tout dépendait de la vitesse à laquelle Sharp ferait disparaître le corps. Au vu de la rapidité et de la discrétion exceptionnelle dont il avait fait preuve jusque là, le cercueil devait déjà être fermé. Ou alors… Non. Wesker était à présent pris en charge par Isabel Flemming. Et elle ne permettrait certainement pas qu'on enterre l'homme tout de suite, s'accrochant désespérément à ce qui lui restait d'orgueil et d'amour propre.

Ses pieds, manifestement plus décidés que sa tête, l'avaient naturellement dirigé vers l'infirmerie de l'asile, idéalement située au sein de la bâtisse, au rez-de-chaussée, entre la minuscule aile des détenues femmes, et l'aile des détenus hommes, juste en dessous du bout de couloir dédié aux malades mineurs. Oui, parce que l'administration, dans toute sa perfection, avait estimé non dangereux de détenir des enfants au même étage que des adultes dérangés.

Bref. A présent qu'il se trouvait là, face à la porte close de l'infirmerie, Alexander fut pris d'une hésitation. N'avait-il pas décidé à l'instant de ne pas s'escrimer à démontrer aux autres son innocence ? De plus, aux yeux du médecin, la mort en elle-même n'était pas suspecte le moins du monde. C'était un accident. Ce qui la rendait suspecte, en revanche, c'était le fait qu'elle s'inscrive dans une série d'accidents. Pas de quoi hurler au meurtre, comme l'avaient fait les autres. Après tout, peut être que la fréquentation de criminels tendait à rendre ses collègues paranoïaques…

De la paranoïa, exactement.

Mais dans le doute…

Le docteur Messner tira la manche de sa blouse jusqu'à ce qu'elle recouvre toute sa main, doigts compris, et abaissa la poignée en évitant soigneusement tout contact avec le plastique infecté, couvert de millions de germes invisibles, et ouvrit la porte de l'infirmerie, jamais verrouillée, toujours ouverte au pauvre et au nesséciteux. Après tout, on n'était pas en environnement dangereux…

Les lumières blanches étaient allumées, et il n'y avait que deux lits occupés. Dans le lit à la droite de Messner, un patient inconnu se débattait contre les sangles qui le retenaient sur la couchette, manifestement en proie à une fièvre maligne. Le pauvre. Sur le second lit, à l'autre bout de l'infirmerie, se trouvait un petit garçon occupé à lire un album illustré. Tout ce petit monde était plutôt calme.

-Où est le docteur Flemming ? demanda-t-il au gamin

Il leva silencieusement les yeux de son livre, et détailla son visage.

-Je sais pas, lâcha-t-il. T'es qui tu veux quoi ?

Arg. Sourire.

-Je lui amenais un prélèvement fait à l'un de mes patients, lâcha-t-il, souriant presque douloureusement tant ça lui paraissait faux et inutile.

Etonnament, le gosse goba son mensonge sans qu'il ait à appuyer son affirmation.

Ce fut donc avec la certitude que personne ne le dérangerait que Messner ferma doucement la porte de la petite salle attenante derrière lui. Dans cette pièce, un seul lit, entouré de diverses tables à roulettes, sur lesquelles reposant de nombreux instruments médicaux, impeccablement propres. Sur la table, au centre de la salle (sûrement une salle de consultation à l'origine), une house blanchâtre dissimulait le macchabée.

Pourquoi faisait-il ça exactement ? Le doute justifiait-il ce qu'il s'apprêtait à exécuter ?

Couvrant toujours sa peau du tissu rêche de la blouse, le jeune homme ouvrit les tiroirs des meubles, en quête d'une seringue. Quand il eut enfin trouvé son bonheur, il s'approcha du corps, et tira lentement la house, découvrant le haut du corps de l'autre.

La peau avait été considérablement blanchie par la mort, il n'y avait plus de trace des rougeurs suantes de Wesker. Curieux, le psychiatre saisit une pipette de sa main libre et l'utilisa pour appuyer sur la chair froide de la bouche du mort. Les lèvres étaient gercées, comme asséchées par de l'air trop sec. Et l'intérieur de la bouche était très asséché, lui aussi. Pas trace de salive. Le regard d'Alexander balaya le torse nu, remonta le long des épaules, en quête de choses qui auraient pu échapper à l'examen de Flemming. Il détailla les poignets, effectivement marqués de fines cicatrices, mais bien antérieures à la mort. Ces plaies dataient d'avant l'asile, quand il n'était pas « pris en charge ». En revanche… Le minuscule trou, à l'intérieur du coude, il semblait récent. Et Messner n'avait jamais prescrit d'injection à Wesker, le malheureux avait peur des piqures. La marque était propre, semblait avoir atteint la veine du premier coup. L'action avait été professionnelle, celui qui l'avait exécuté savait s'y prendre.

Comment Flemming avait-elle pu passer à côté d'une marque pareille ? Les cicatrices, passe encore, mais ça !

De plus, le corps était très rigide. Et le ventre commençait tout juste à se marbrer de tâches un peu plus sombres. Tâches qui ne seraient jamais apparues sur un corps datant de moins de douze heures. Hors, Emily Jones était sensée avoir administré soin traitement à l'homme bien vivant cinq heures auparavant.

Quelque chose clochait.

Ou alors non. Il se laissait simplement gagner par la paranoïa ambiante. Quand tout le monde vous soupçonnait, il n'était pas difficile de soupçonner tout le monde en retour. Et puis, un prélèvement, ça ne coûtait rien.

La seringue était propre, pour ce qu'il pouvait en juger. Restait à choisir le meilleur emplacement pour un prélèvement. Techniquement, après cinq heures de repos éternel, la position des fluides du cadavre ne devraient pas être altérée, seulement… Tout laissait à croire que le décès était plus lointain. Bon. Selon les manuels, au bout de plus de douze heures après la mort, le sang descendait, naturellement attiré par la gravité… Où était-il sensé piquer ? Avec des gestes mesurés et professionnels, il souleva un bras gros comme un jambonneau –évitant tout contact physique, cela va de soi- et enfonça l'aiguille de la seringue à la jointure du bras et de l'omoplate, en dessous de l'aisselle. Le liquide épais remplit alors très vite le réceptacle prévu à cet effet dans la seringue. C'était terminé. Déjà. Imperturbable, Messner rabattit le drap sur son ancien patient et sortit de la pièce en prenant soi d'éteindre la lumière. Le gamin lui jeta un coup d'œil, puis revint à son livre. Après une légère hésitation, le jeune homme s'arrêta et lâcha, tentant de paraître le moins froid possible.

-Ne lui dis pas que le suis passé, j'ai déposé un cadeau pour elle dans son tiroir.

Les enfants adoraient Flemming. Celui-ci ne ferait pas exception, n'est-ce pas ? Il ne dirait rien, parce qu'il penserait que la surprise rendrait sa bienfaitrice et distributrice de bonbons heureuse.

De sa démarche la plus silencieuse, Alexander Messner quitta la pièce.


La porte de l'appartement claqua sèchement derrière Alexander. Il retira ses chaussures sur le paillasson, et s'avança dans la pièce principale de son logis : la pièce « à vivre », où il cuisinait, travaillait, et, occasionnellement, dormait. Il n'avait pas jugé utile d'équiper son logement d'un lit, le canapé lui suffisant amplement. Il n'aimait pas les lits. De plus, il souhaitait économiser le plus de place possible.

Pour la plupart des gens, la maison, l'appartement, le domicile était un abri, un refuge, un temple dédié au repos et à la paix après une dure journée –ou nuit- de travail acharné. On y dormait, on s'y détendait. Mais Alexander Messner n'était pas de ces gens. A ses yeux, le logis n'était pas un refuge. C'était juste une plateforme où il était obligé de stationner pour assouvir ses besoins. On n'y était pas en sécurité. C'était stupide et illusoire de croire qu'une porte et un verrou vous protégeaient du monde extérieur. Il avait rencontré assez de fêlés pour savoir qu'un battant de bois était bien la dernière préoccupation d'un assassin ou d'un cambrioleur.

Tout d'abord, s'alimenter. Le frigo était presque vide, à l'exception d'une salade encore fraîche, de trois tomates, d'un pot de piments et d'un autre pot, de confiture. Alexander se figea à la vue de ce dernier et, précautionneusement, balaya la salle du regard. Canapé. Télévision. Bureau. Etagère. Gazinière. Rien d'autre. Un frisson désagréable lui parcourut l'échine. Résolument, le psychiatre repoussa le pot de sa vue, déposa la seringue encore pleine dans la porte du réfrigérateur et s'empara de la salade.

Il devait encore rédiger son rapport à L, et, peut être, commencer ses recherches sur Beyond Birthday.

Assis sur son canapé, son assiette de salade reposant en équilibre précaire sur l'accoudoir, son ordinateur sur les genoux, le jeune homme poussa un long soupir, excédé d'avance.


De : Alexander Messner

A : L

Sujet : Compte rendu.

Birthday est cohérent dans ses paroles, même si, personnellement, je le trouve puéril par certains aspects. Il a réclamé de la confiture de fraises. Pour le moment, je ne parviens pas à isoler une pathologie, il faudra attendre.


De : L

A : Alexander Messner

Sujet : RE : Compte rendu.

Ne lui accordez rien, il n'attend que ça. Méfiez vous, c'est un excellent manipulateur. Tenez moi au courant pour la pathologie.


Terminé !

Ce chapitre a été difficile à écrire parce qu'il n'y avait pas Beyond. Bizarrement, les passages où il est présent sont ceux où je m'éclate le plus. La deuxième raison, c'est que j'ai passé toute l'écriture du chapitre à batailler sur la vraisemblance, sur les éléments scientifiques et des tas de trucs qui m'ont massacrée :'( Mais bon, faut bien ça quand on veut écrire un truc qui veut se dérouler dans un contexte pareil x'D

Et, pour celles que ça inquiète (oui, je vous vois, bande de fangirls !) BB revient dès le prochain chap ;)

Laissez moi une review, histoire de me donner votre avis ! Si la cohérence vous paraît trop branlante, prévenez moi aussi, c'est un des gros points faibles, je crois.

RaR

PxdxlF: Walala... Je vais répondre à tes trois reviews en une fois, mais sache qu'elles m'ont fait énormément plaisir ^^. En effet, Alex a un passé plutôt intéressant, que je prendrai mon temps pour développer, tout comme l'affaire de Los Angeles. Une dernière chose, pour le mail de L, je me suis un peu inspirée de Another Note, quand L envoie un mail à Naomi Misora ^^ Mais ton idée est vachement bien pensée aussi :) J'espère que la suite ne te déçois pas, et encore merci pour tes compliments et ton avis !

Slange: C'est vrai, BB est beaucoup trop peu présent sur le fandom :') SIGNONS UNE PETITION ! Pour l'entente d'Alex et Beyond... Bien sûr, ils vont s'entendre ! Mais ça demandera du temps, ils vont pas faire ami-ami d'un seul coup comme ça xD En tout cas merci pour ta review, elle m'a franchement fait plaisir !

Shadow (c'est vrai que c'est plus court): Merci pour ta review et tes compliments, ils m'ont fait chaud au coeur ! Pour la confiture de fraises... Bah moi j'aime pas xD Trop sucré ! Mais je peux comprendre que partager ce genre de chose avec Beyond doit être génial 8D

Ange Dmoniaque cherche hache: Merci pour ta review ! Les citations sont parfois galère à trouver, mais j'adore ça ^^

Naitaa: La galanterie, la courtoisie, autant de choses qui se perdent, de nos jours ! La jeunesse alors ! Mais c'est cool les lecteurs qui se prennent au jeu ! Ca rend le récit un peu plus interactif ;) Et moi aussi j'adooore BB 8D Merci pour ta review et tes compliments ! J'espère que ce chapitre t'a plu, bisous et bonne rentrée ~

Lou Keehl: Euh... Un petit peu de Light, effectivement ! Si tu veux tout savoir, dans ma tête, Messner a un caractère qui fait un mélange entre Dexter Morgan, Docteur House, et, effectivement, Light Yagami. Bravo pour avoir deviné xD Merci pour ta review :3

Roronoa-saki: Toi je sais pas si je vais répondre à ta review... Mais comme je suis gentille... MERCI ! J'espère que tu auras le temps de lire ce nouveau chapitre dans la journée, et bonne rentrée à toi, mademoiselle :D (P.S: VINCENT C'EST LE MEILLEUUUUUUUUUUUR \o/ \o/ \o/)

A bientôt tout le monde ! Pour un nouveau chapitre ;D