Coucou les p'tits loups !
…
Ca va bien ?
Surprise ! Un chapitre ! Bon, il aurait du être prêt beaucoup plus tôt, mais comme je suis à peu près aussi organisée qu'un troll des montagnes, j'ai réussi à perdre ma FUCKING clé usb au lycée =^= Après moult panique (héhéhé), on m'a retrouvé mon bébé et tout s'est bien fini.
Voilà c'était la partie où je vous racontais ma vie nulle ! Cordialement, bisous :3
Pardonnez moi '-'
Si je vous dis que ce chapitre ne me satisfait pas blahblahblah vous allez me juger donc je ferme ma gueule '-'
Essayez juste de ne pas trop me haïr ;-;
Disclaimer : Death Note ne m'appartient pas, et Disney non plus, et plein de bidules non plus '-' En fait je ne possède rien, en dehors de deux trois personnages ;-;
Je me dois aussi de préciser que je ne suis qu'une humble profane qui fait des recherches, en particulier à propos des notions médicales, psychiatriques, des thérapies ou philosophiques. Nah.
CECI EST UN REPOST, J'AVAIS OUBLIE UNE PETITE MERDE A LA RELECTURE MAIS J'AI CORRIGE. MERCIIII A LA LECTRICE HARGNEUSE. ET JE SENS LA ROSE. JE PUE PAS.
..re-repost. J'ai corrigé trop vite et il y a des fautes caca. Merci PxdxlF !
Ceci dit, profitez si vous y parvenez~
Chapitre 9 : Secret
« Un secret reste un secret uniquement parce que peu de gens sont au courant. »
Haruki Murakami, La Fin des Temps(1985)
Le grand bâtiment se dressait sous les yeux écarquillés d'Alexander. La façade salie, passée du blanc au gris, comme un épiderme malade. La pelouse jadis verte presque artificielle se faisait sèche et clairsemée, à cause des chaleurs estivales, des gelées hivernales et craquait sous les épaisses semelles des Docs Martens. Messner sentait son cœur s'accélérer alors que son regard paniqué balayait la bâtisse du rez-de-chaussée au cinquième étage.
Qu'est-ce qu'il faisait là ?
Pourquoi était-il debout, sur cette pelouse, alors que le soleil ne s'était pas encore levé ?
Tu es venu me chercher ?
-Non, souffla-t-il. Non, personne...
Ses yeux parcouraient les lieux comme des oiseaux paniqués, accrochant, reconnaissant toujours plus de détails. Les vitres intactes, couvertes d'une fine couche de graisse, les escaliers de secours en métal, qui se cramponnaient au flanc de l'édifice, l'arbre tordu bizarrement, le béton craquelé, parsemé de pissenlits, de la « promenade ».
Et les appels, les appels inidentifiables de cette voix trop connue, qui lui vrillaient les tympans.
Viens, reste ! Ne me laisses pas par pitié.
Il serra fébrilement ses bras contre lui, agrippant de son mieux les pans de sa veste en cuir. Minute, veste en cuir ?
Il n'avait plus mit de veste en cuir. Plus depuis quatre ans. Que faisait le vêtement sur ses épaules ?
Ta veste est fraîche, je l'aime bien...
Ne pas paniquer. La dernière fois qu'il avait été « conscient », il lisait les dossiers envoyés par l'agent Loud, dans son canapé, avec un reportage sur les koalas comme seul fond sonore. Et il se retrouvait là...là.
Hé ?
Je ne vois rien ?
Je suis là, respires.
On rentre à la maison. Calme toi. Respires. Je suis là. Respires. Respires.
Respires !
Alexander prit une grande inspiration. La nuit, à peine débutée lorsqu'il avait allumé la télévision, touchait à sa fin. Le ciel, à l'Est, commençait à pâlir, passant du bleu sombre au lavande.
On rentre à la maison.
Lentement, précautionneusement, le jeune psychiatre quitta la pelouse, se heurta au panneau indicateur de la rue « Hans Berger » et, d'un pas hésitant et désorienté, il reprit la direction de son immeuble.
On rentre à la maison.
Merci.
Tout va bien mon cœur.
Lorsque le jeune homme revint dans son appartement, la porte était ouverte, les feuilles du dossier soigneusement empilées sur les coussins du sofa. Il les rangea avec le même soin dans sa mallette, et estima qu'une douche l'aiderait à se remettre les idées en place.
Et à se nettoyer, accessoirement.
La douche n'avait servi à rien du tout. Alors qu'il arrivait au travail -en retard-, son esprit était encore déformé, dans tous les sens, confus.
Ce ne pouvait pas être une sorte de crise, n'est-ce pas ?
Il se rappelait avoir été installé sur son canapé. Il avait pu s'endormir, et aurait fait une... crise de somnambulisme. Oui. Il était tomé endormi, puis, pendant sa période de sommeil profond, il avait mis ses chaussures, cherché et enfilé une vieille veste, puis s'était rendu rue Hans Berger. Toute cette situation était due à un manque de sommeil, une accumulation. Le manque de sommeil pouvait être dangereux, voir rendre paranoïaque.
Alexander ne pouvait se permettre de voir sa perception de la réalité altérée.
Tu peux rester dormir ?
Le lit est trop petit.
Restes. Restes avec moi.
Un frisson agita l'épiderme d'Alexander. Il sentait presque les draps froissés glisser contre sa peau.
-Je crois que c'est la première fois que je te vois en retard depuis que tu travailles ici. Tout va bien Messner ?
La voix venait de sortir d'une salle, juste à la gauche du jeune psychiatre. Une chemise bleue sous le bras, gobelet fumant dans la main. Le plus jeune examina son collègue, des chaussures cirées à la tignasse raide et sombre. Abîmée. Et c'était tout. La blouse flottait autour du corps maigre et desséché, ne dévoilant que les jambes d'un pantalon trop court.
Ah. Crane.
-Bonjour, professeur, lâcha-t-il du bout des lèvres.
Il n'avait pas vraiment apprécié l'invitation forcée et contrainte imposée par Jonathan Crane.
Ce dernier inclina légèrement la tête sur le côté en une expression d'intérêt mielleux et poli.
-Mal dormi ? Une nuit agitée ? Sans vouloir paraître indiscret, cela va de soi.
-Pas pire que les autres, professeur. Vous avez touché à votre café ?
-Pas encore. Rassures toi, ce n'est pas contaminé. Mais tout aussi toxique, si tu veux mon avis.
Sourire.
Sans s'abaisser à commenter la remarque de son agréable collègue, le docteur Messner saisit le gobelet plastique du bout des doigts et, du bout des lèvres, prit une gorgée de café. Il savoura le choc de la caféine sur son organisme, retenant une grimace au goût de boue effervescente sur ses papilles.
-Et vous ? Votre soirée ?
Beurk. Conversation banale. Pourquoi se mettait-il à faire la causette à l'irritant psychiatre ? Devoir d'animal social ? A d'autres. Ni lui ni Crane n'appartenaient à cette espèce.
-Soirée compta avec Cruella. Très agréable.
Crane et sa petite amie faisant paisiblement la compta en couple. C'était... aussi vraisemblable qu'un tétraplégique qui ferait du vélo.
-Très excitant.
-Tu n'imagines pas à quel point. D'ailleurs, deux semaines sont passées depuis notre petit pari, tu as perdu. Je me permets donc de conserver ta monnaie.
-Ça marche.
Tétraplégique, ça marche, vous pigez ? Hilarant.
Tu es méchant Alex.
Les deux hommes se mirent donc en marche le long du couloir, dans un silence neutre mais pas inconfortable. Le professeur feuilletait le dossier contenu dans la chemise bleue. Cependant le silence devenait de plus en plus désagréable, comme peuplé des murmures des patients de l'étage.
« Je ne suis pas fou... Il... Il m'insultait vraiment ! »
« Il y a quelqu'un ? »
« J'ai faim. J'ai soif. »
« Je suis Jésus Christ, que vous le croyiez ou pas j' m'en fous ! »
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Seigneur Jésus, Fils du Dieu vivant, viens nous recouvrir de ton Précieux Sang versé pour notre salut à la sainte Croix.
-Messner ?
La voix rauque du professeur pouvait paraître polie, mais Alexander percevait surtout l'arrière ton moqueur qu'il donnait à son nom. Un simple hochement de tête suffisait, comme réponse.
-Vous serait-il déjà arrivé d'apporter de la nourriture ou des objets extérieurs à un patient ?
Les lèvres du plus jeune furent agitées d'un léger tic. Fort heureusement, Crane était derrière lui. Pas pour longtemps, à l'entente de ses pas de géant. Impossible de savoir s'il était sérieux. Le vouvoiement en donnait l'impression. Formalité. Pourtant, ce respect appuyé et la politesse inhabituelle laissaient entendre l'amusement.
Amusement ou investigation ?
De toute manière, Messner n'avait rien fait de répréhensible. Il avait tout simplement prêté des livres à un détenu. Le jeune homme haussa les épaules.
-Des livres à un patient, parce qu'il s'ennuyait, et de l'argile à un autre, pour essayer l'art-thérapie.
-L'art-thérapie ? Et ça a fonctionné ?
-Je ne sais pas. Je ne pense pas. Vous fournissez des choses à vos patients vous aussi, non ?
-Je m'en doutais. De base, les patients aliénés ont une conscience dégradée, voir parfois absente, d'eux-mêmes et du monde. On les enferme ici parce qu'ils ne sont pas considérés comme responsables de leurs actes. Je fournis du thé, des biscuits et des muffins à Tetch. Il n'accepte de discuter avec moi que dans un contexte courtois, autour d'un thé, à l'heure du thé.
Des énergumènes. Des patients. Des malades mentaux. En effet.
-Même si « l'art-thérapie » n'a pas beaucoup aidé, je dois l'admettre. Cependant, le fait de créer une « œuvre » les occupe, les satisfait. Enfin je suppose. Un patient qui s'ennuie trop est dangereux. Biscuits et muffins maison ?
-Préparés avec amour par Lucifer ? Non. Autant empoisonner mes patients. Et puis vous savez Messner, il n'y a pas que les patients qui subissent les sévices de l'ennui.
Le ton insidieux et narquois du professeur provoqua une désagréable impression de malaise chez le jeune homme.
Je t'ai attendu tu sais
Tu aurais pu me réveiller
Je ne veux pas dormir !
-Messner.
On lui avait à nouveau claqué des doigts sous le nez.
-Quoi ?
-Tu m'écoutes ? Je disais que Bates a terrifié Worthing.
Prévisible.
-Il a demandé à ce qu'on lui retire le patient ?
-Tu penses. On parle de Worthing, Messner. Il est persuadé qu'un malade schizophrène ou sociopathe va lui raconter son enfance en pleurant alors qu'il l'accueillera à bras ouverts. C'est risqué, de câliner ses patients.
Alexander se contenta de lâcher un bruit d'approbation.
-Vous êtes bavard aujourd'hui professeur. La compta vous stimule à ce point ?
Un bref rire sec, sans humour.
-Pardonne-moi Messner. J'apprécie particulièrement le ciel gris et nuageux en hiver. Ce soir il neigera peut être.
Il a neigé !On fait un bonhomme de neige Alex ?
Non.
-Et vous ferez des bonshommes de neige ? Vous porterez un bonnet rouge ?
Il ne pouvait retenir l'ironie qui suintait entre ses mots, mais imaginer Crane célébrer une stupide fête chrétienne et commerciale lui semblait hilarant.
-Prends garde, Messner. Tu pourrais être amené à le porter, le bonnet rouge.
Il était inutile pour Messner de se tourner vers son collègue. Il pouvait sentir son sourire de requin et sa jubilation. Détestable souvenir de son futur séjour chez le professeur.
-Vous n'avez pas un patient à aller voir, Mister Crane ?
Pour toute réponse, le grand homme pressa le bouton de l'ascenseur.
D'accord.
La thérapie de John Doe avait plutôt bien progressé. Après moult crises de nerfs et de larmes -pendant lesquelles le psychiatre s'était contenté de battre froid-, le patient avait commencé à se rappeler de sa vie. Pas de son identité. Ils en étaient encore loin, mais il y avait un avancement.
-Donc ? Vous souvenez-vous où nous nous en étions arrêtés ?
L'amnésique gratta distraitement une des bosses de son crâne dégarni. De toute évidence, il s'était déjà gratté ce point précis, et le sang ne tarderait pas à couler.
Répugnant.
Tu crois que j'ai des poux ?
Bien sur que non. Rien de ce genre ne peut entrer ici.
Ré. Pu. Gnant.
-J-je crois qu'on parlait...de mes années lycée...
Oh, oui. Les meilleures années de la vie. Les années des amis, des histoires de cœur, des notes nulles et du diplôme à passer.
Pour les plus chanceux, cela va de soi.
-Exactement.
Alexander passa distraitement le bouton poussoir du stylo bille contre son menton, savourant le léger tic qui agita l'œil du patient lorsque le claquement désagréable parvint à ses oreilles. Était-ce systématique ?
-V-vous avez demandé à la police s'ils avaient retrouvé l-les noms du lycée ?
Claquement, bouton poussoir.
Tic.
Je ne veux pas entrer.
Il faudrait plus de données pour établir le systématique de la réaction. Pas de quoi dresser un tableau de valeurs, évidemment, mais ça pourrait d'avérer intéressant n'est-ce pas ?
-Non, je crains que votre mémoire n'ait été falsifiée. Ou du moins que les informations ne soient altérées.
Mensonge, mensonge éhonté. Il ne remettait absolument pas en doute la véracité des affirmations de l'amnésique lorsqu'il s'agissait de noms, la probabilité qu'ils soient faux était infiniment faible. En réalité, Alexander avait tout simplement eu d'autres préoccupations bien plus nocives pendant la semaine.
-Je...je vois. E-et mon procès ? C-c'en est où ?
Bouton poussoir.
Tic.
Messner ouvrit soigneusement la pochette violette attribuée à John Doe et en tira d'un geste expert une feuille, compte rendu du procès d'appel, rapport hebdomadaire envoyé par l'avocat de Doe, Maître Lind L. Taylor. Un homme beaucoup trop arrogant aux yeux d'Alexander, une vermine méritant de mourir de manière humiliante sous les yeux de toute la population mondiale, selon Crane. Autant dire que le courant était passé entre l'homme de loi et les deux aliénistes. En effet. Il était clair que ce sinistre individu était aussi authentique que la chevelure rousse flamboyante d'une nonagénaire sur le retour. Bon acteur, avocat oblige, mais détestablement faux.
-Maître Taylor pense pouvoir réduire votre peine, en soutenant que vous n'étiez pas conscient lors du meurtre. Avec un aussi bon avocat, vous passerez certainement le reste de votre vie dans cet établissement et non en prison.
Alexander remonta la fine monture métallique de ses lunettes sur l'arrête de son nez et leva leva les yeux du papier, juste à temps pour apercevoir le désespoir qui assombrissait le regard de l'amnésique avant qu'il ne se cache pitoyablement le visage de ses grandes mains.
Pitoyable.
Pas pour Alexander Messner.
Je ne veux pas faire pitié. A personne.
Bouton poussoir.
Tic.
L'homme écarta ses mains.
-On ne peut rien faire docteur ? Rien du tout ? Vous ne pouvez rien faire ?
Très honnêtement, en tant que docteur psychiatre en charge du suspect, Alexander serait très certainement contraint de fournir son expertise au service de la défense.
-Justement, il fallait que nous en parlions.
Afin d'appuyer ses propos, le jeune homme croisa les mains sous son menton et planta son regard le plus froid dans celui de Doe, qui se figea.
-Je peux affirmer que vous êtes sain d'esprit. Vous n'avez manifesté jusqu'ici aucun symptôme de maladie mentale. On revanche, il est pour l'instant impossible de déterminer si vous étiez ou non dans votre était dit « normal » lorsque vous avez confondu votre petite amie et un sashimi. Vous iriez donc en prison. Si je déclare que vous êtes aliéné, vous restez ici. A vous de voir, je n'ai pas à l'impliquer dans votre choix.
Et c'était vrai : Alexander ne commettait pas de faute professionnelle, quoi qu'il fasse. Et il n'avait pas particulièrement envie de se conformer aveuglément aux requêtes de maître Taylor. Comme l'avocat avait le devoir de se plier aux exigences de son client, l'enregistrement ferait office de preuve.
-Mais vous n'avez pas un avis ? Un conseil à me donner ?
Bouton poussoir.
Tic.
Amusant.
-Je ne peux pas influencer votre choix, ni vous conseiller. Je n'ai jamais été emprisonné, je ne sais pas si les conditions de vie des détenues en prison sont meilleures qu'en asile.
Il fut difficile pour Messner de ne pas sourire alors qu'il ajoutait :
-En tout cas, si vous êtes sage, en prison, on vous laissera sortir de l'établissement. Pendant ces sorties vous pourrez voir vos proches -si vous vous souvenez d'eux- ou rencontrer d'autres personnes bénévoles dans un cadre plus libre. Vous savez ce que vous voulez faire ? Je suis censé rédiger ma déclaration dans les jours à venir, c'est notre dernier entretien, si vous optez pour la prison.
-J-je ne sais pas.
Bouton pressoir.
Tic.
Oh, et pli de bouche également.
-E-ecoutez, j-je ne sais pas ce qui s'est...passé. Ça pourrait se reproduire... J-je me sentirais plus à l'aise si je me trouvais à l'hôpital, je pense...
-Parfait. Cependant, il y a quelques formalités et changements administratifs dont je dois vous faire part, si vous restez parmi nous.
Le patient leva les yeux vers lui, le soulagement dégoulinant par chacun de ses pores en même temps que la sueur qui lui faisait luire la peau.
Infâme.
Bouton poussoir.
Tic.
(hehe)
-Je vous écoute docteur.
Alexander rangea calmement la feuille en reprenant la parole, de son ton le plus formel.
-Vous serez transféré à l'étage de l'aile gauche, on vous autorisera quarante minutes de promenade dans le « parc » tous les deux jours, accompagné d'un garde ou d'un aide-soignant. Vous bénéficierez également de délais variables durant lesquels vous pourrez profiter de la salle commune avec d'autres patients. Il y a une télévision, des jeux et des livres. La nourriture reste de même qualité, cependant.
Et oui, dommage. Ce n'était pas parce qu'on changeait d'étage et qu'on gagnait le droit de disposer d'une lucarne pour voir le magnifique paysage qu'on allait se faire alimenter par la cantine d'un cinq étoiles. Il ne fallait pas trop rêver non plus. Le patient soupira. Pauvre chou. Lui au moins avait la décence de la fermer. Le patient 127 aurait au moins râlé.
-E-et vous me prendrez toujours en charge ?
Ne me laissez pas
Bouton poussoir.
Tic.
-Ce genre de détails ne relèvent pas de mon autorité. Il serait judicieux que je continue de superviser votre traitement, cependant, je n'ai plus aucun patient dans cette section de l'établissement. Tout dépendra de mes supérieurs.
Et, même s'il n'avait aucune envie de dépenser l'énergie pour monter les escaliers, ni même d'user sa patience dans un ascenseur, il était très probable que ses supérieurs, Sharp notamment, n'en tiennent pas compte. Ou l'ignorent délibérément. Possible aussi.
-Je vois. Vous me tiendrez au courant docteur ?
Alexander adressa un bref hochement de tête à son patient.
-Bien évidemment.
Bouton poussoir.
Tic.
Ne pas sourire.
-Bien. Si nous avons terminé cette agréable parenthèse administrative, j'apprécierais que nous dédions les quinze minutes qui nous restent pour évaluer votre état psychologique.
-Ou-oui docteur.
Ne pas sourire.
-Et si nous reprenions cette photographie ?
Bouton poussoir.
Tic
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur le couloir désert du rez-de-chaussée. Oh. Pas si désert que ça.
Sur l'un des sièges en formica, une femelle aussi pulpeuse qu'un bâton sanglotait, lunettes à la main, marquant de brèves pauses afin de remettre artistiquement en place quelques mèches. Mèches d'une sublime teinte brune, assez semblable à la teinte d'une mouette tombée dans une marée noire.
Sanglots bruyants.
-M-mais vous ne comprenez pas monsieur ! J-je dois voir le professeur Crane, o-ou le docteur Alvez !
Voix insupportable.
Voix de femme.
Aiguë, aigre, acide.
Vieille peau décérébrée
-Je suis désolé mademoiselle. Les docteurs Crane et Alonso sont actuellement très pris dans des entretiens, tenta de répondre calmement Maximilien Cordano, aide-soignant de l'aile droite.
-M-mais je ne comprends pas... Je dois voir Lucas...
Et une cruche, avec ça.
-Ecoutez, je ne peux pas passer la matinée à vous expliquer encore et encore mademoiselle. Le jeune homme semblait vaguement irrité. J'ai deux tests à faire passer.
-C-c'est normal que je comprenne pas ?
-Oui.
Vous avez la capacité cérébrale d'un pichet vide.
Pendant que l'aide soignant luttait pour garder son calme, le docteur Messner passa discrètement derrière eux.
Direction l'infirmerie.
S'arrêtant sur le pas de la porte, Alexander explora lentement les poches de sa blouse, en quête de l'ordonnance qu'il avait pensé à prendre le matin même. Ordonnance pour des somnifères, remplie par lui même bien entendu. Mais Flemmings ne pourrait pas aller à l'encontre de sa requête. C'était une ordonnance signée et tamponnée par un vrai psychiatre. Pas de risque.
Le jeune homme tendit brièvement l'oreille, au cas ou l'infirmière serait occupée avec un client. Il n'entendit qu'un silence long et vide. Bien. Peut être même que la jeune femme n'était pas là.
Et comment était-il censé se procurer légalement du Mogadon, somnifère très efficace grâce aux benzodiazépines, son principe actif. Il connaissait bien ce médicament, malheureusement il avait vidé son ancien stock deux ans auparavant, et devait donc se remettre à l'approvisionnement de l'hôpital.
C'est dangereux. Je n'aime pas quand tu joues avec les médicaments Alex...
Avec un minuscule soupir, le psychiatre pressa la poignée de la porte et pénétra dans l'infirmerie. Tout à fait vide, évidemment.
Excepté un patient, apparemment endormi. Alexander examina de loin l'adolescent bouclé qui somnolait passivement. Coup d'oeil au petit écriteau qui surmontait l'arrière du lit. « T. Langdon. Auto-mutilation. » Patient inconnu. Inutile de s'en inquiéter.
Très silencieusement, Messner traversa l'infirmerie. Peut être que l'infirmière se trouvait dans l'annexe de la salle. Là où se trouvait auparavant le cadavre pourrissant de Wesker.
-C'est un cliché des années 50 ça ! Genre vieille pub sexiste !
Alexander se figea.
Une voix venait directement de l'annexe. Et pas celle de Flemmings. Une vois plus grave. Masculine. C'était problématique.
Oh et puis tant pis. Il ne faisait rien de mal, il venait retirer une ordonnance à l'infirmerie. Et s'il tombait sur quelque chose de choquant, il raconterait l'anecdote juteuse à Crane, qui en parlerait à ses « contacts », et, en l'espace d'une semaine, toute l'asile saurait et il serait vengé. Ça semblait équitable.
Sans frapper -pourquoi s'embarrasser de cela?-, Messner poussa la porte.
Pas de commérages en vue. Dommage. O'Connors était juste assis sur un tabouret, une seringue plantée dans la veine de son coude. Flemmings arrangea sa queue de cheval et se tourna vers Alexander, manifestement surprise.
-Docteur Messner, vous auriez pu frapper.
Haussement d'épaules. Où se croyait-elle ? Chez elle ? Et quand bien même. Alexander avait une perception assez personnelle de la sécurité et de la protection apportée par un foyer, mais nous avons déjà abordé ce sujet.
-Excusez moi d'avoir interrompu la séance dopage de O'Connors. Il est vrai que manier la serpillère est épuisant et nécessite l'apport de substances extérieures.
-Je peux savoir ce que vous désiriez docteur ?
L'infirmière avait croisé les bras et le dévisageait d'un air mi-agacé, mi-inquiet, mi-méfiant. Elle cherchait sûrement la raison de sa venue. Aussi sortit-il le papier soigneusement plié et le tendit-il à la jeune femme, tenant la feuille par un coin.
-Des somnifères ?
-De toute évidence. Il me semblait qu'il était de votre métier de savoir ce qu'est le Mogadon.
Infime tressaillement de la lèvre supérieure couverte de gloss. Amusement. Sérieusement ? C'était sensé être blessant.
-Je vais vous chercher ça. C'est pour un patient ?
Alors que la jeune femme en blouse lui tournait le dos pour pénétrer dans la réserve, un grand placard sur la droite, Alexander jeta un coup d'oeil à Stanislas et déclara platement :
-Ce ne sont pas vos affaires. Nous sommes tous deux tenus au secret professionnel.
Une vingtaine de secondes plus tard, une petite boîte verte et violette tomba dans sa main. Messner s'empressa de faire disparaître l'objet dans sa poche.
-Si vous voulez docteur.
Sans répondre ni remercier, le jeune psychiatre quitta ses deux subordonnés.
Le patient Langdon s'était réveillé entre temps, et son regard vide suivit Alexander durant toute sa traversée de l'infirmerie. Charmant.
Coup d'oeil à sa montre.
12h10.
Il avait exactement vingt minutes pour manger son repas froid et ranger le médicament dans son bureau avant de devoir se rendre à l'entretien avec 127.
La scène qui accueillit Alexander Messner lorsqu'il poussa la porte de la cellule 127 aurait pu être tirée d'une adaptation cinématographique de Gargantua, dans un ton horrifique. Les longs doigts de Beyond Birthday, pareils à des becs d'oiseau, piochaient les petits pois un par un comme un corbeau picorerait les tripes d'une charogne. Le jus jaunâtre des légumes en conserve ruisselait le long des mains osseuses de l'aliéné, laissant sur sa peau blafarde de fines traînées sales.
Manges proprement, je t'en prie.
-Bonjour, Mister Birthday.
Évitant soigneusement de regarder le festin répugnant de son patient, le jeune psychiatre tira la chaise qui lui était destinée et s'y installa, prenant le temps de sortir le dossier 127, ignorant délibérément les infâmes bruits de mastication produits -sûrement intentionnellement- par le patient.
Lorsque le plateau compartimenté fut terminé, vidé, le malade aux yeux écarlates tamponna ses lèvres gercées à l'aide de la serviette en papier. Il se tourna ensuite vers Alexander, plateau en mains, et laissa sa bouche s'étirer en un sourire moqueur, de manière volontairement lente et agaçante.
-Bonjour Alex. Tu as vraiment une sale mine aujourd'hui !
La voix railleuse et rauque tira presque une grimace à Messner.
-Vous aussi. L'infirmière vous a bien donné le baume à lèvres et les suppléments vitaminiques que je vous avais prescrits ?
Lèvres déchirées et teint cireux, il était presque sûr de la réponse qu'il obtiendrait.
-Oh oui elle est venue ! Gel blanc et pilules marron !
-Et vous ne les avez pas prises ? Vous avez appliqué le gel ?
Le sourire du patient s'étira encore plus. Tellement large qu'il semblait trancher son visage en deux. Il éloigna le plateau de lui et souleva le matelas. Birthday saisit mécaniquement quelque chose et le déposa sur le sol à côté de la couchette. Trois pilules rondes et brunes, une petite boîte de plastique transparent.
-Comme tu peux le voir, Alex.
Viens me chercher !
Pouce entre les dents.
Alexander fronça les sourcils.
-Je vois oui.
-Je suis désolé de te décevoir Alex, mais, comme tu dois sûrement le savoir si tu es parvenu à obtenir le dossier, j'avais l'habitude de droguer mes victimes. Il y a probablement des séquelles.
Le sourire diminua légèrement, et le patient inclina la tête. Cela ressemblait beaucoup à un prétexte, aux yeux d'Alexander. Ou peut-être s'agissait-il d'une situation paranoïaque. A noter. On ne savait jamais.
Quoi qu'il en soit, il ne pouvait pas forcer le malade à ingérer les cachets, ni lui étaler de force le baume sur les lèvres. Il se contenta alors de glisser les pilules et la boîte dans la poche gauche de sa blouse.
Viens me chercher !
Il alluma le dictaphone.
-Qu'est-ce que tu as mangé ce midi Alex ?
Le retour des questions agaçantes et stupides. Le patient posait toujours les mêmes, à chacun de leurs entretiens.
-Il ne me semble pas que cela vous concerne.
-Joues le jeu ! Je fais des efforts moi ! Si on n'en fait pas tous les deux, ça ne peut pas marcher !
Avec un soupir intérieur, le psychiatre rendit les armes -en apparence- et suivit le chemin que suggérait le malade.
-Un sandwich.
-Passionnant.
-Votre question était passionnante.
-Joli...
Ironie narquoise, détestable.
-Passons. De quoi souhaitez-vous que nous parlions Mister Birthday ?
Question mécanique, connue plus que par cœur. Par le psychiatre, par le patient, qui adopta une position en tailleur, main sur les chevilles, et se pencha vers le médecin.
-Le vois que le dossier est très rempli. De toute évidence, tu as déjà prévu notre entretien. De quoi voulais-tu parler ?
A vrai dire, Alexander avait plutôt hésité à aborder le sujet des meurtres de Los Angeles avec Beyond Birthday. En effet, la situation avec le patient 127 était instable, pour ne pas dire bancale. Mais il faudrait bien en discuter un jour ou l'autre, de toute façon.
-J'aimerais que nous parliions de l'affaire BB des meurtres de Los Angeles, aussi appelée l'affaire des Wara Nyngos, dans le dossier du F.B.I, en tout cas.
Beyond Birthday cligna deux fois des yeux, une étincelle trop connue dans le regard. Pouce entre les dents. Peau molle et blafarde piégée, coupée par l'ivoire teintée et dure. Ombre rouge sur l'émail: le sang avait perlé.
Le criminel tendit le bras.
-Je peux voir ? Histoire de me remettre tout ça dans la tête.
Son pouce saignait encore. Alexander aurait parié qu'il allait tartiner généreusement son hémoglobine sur le carton de la chemise.
La pochette changea de mains, rapidement dépouillée, effeuillée par le malade mental, qui déposa sans un regard supplémentaire photographies et documents dans un ordre chronologique sur sa couchette. Photos de cadavres mutilés, abdomen tailladé, cavités orbitales sanglantes, corps démembré, appartement brûlé. Code. Mots croisés. Les éléments glissaient sous les iris vermeilles comme des bouts de papier vierges sous les yeux d'un enfant. Intérêt bref. Désintérêt. Passage au suivant.
Pas de choc.
Pas de commentaire.
Pas d'expression.
Clairement pas de remords. Personnalité psychopathique ou sociopathique ? Inutile de le noter. Il le savait déjà.
-Vous reconnaissez, n'est-ce pas ?
Le patient lui adressa un large sourire amusé.
-Évidemment. Absolument toutes. Je suis déçu Alex, je pensais que tu glisserais un faux pour me tester.
Clin d'œil.
-Je suis votre psychiatre. Je ne peux pas perdre de temps en amusement.
Tu ne t'amuses jamais ?
Il y avait pensé. Le pire était qu'il avait pensé à mettre la photographie d'une autre affaire, que rien ne reliait au cas de Los Angeles, juste pour voir. Voir si BB s'en apercevrait. Vois comment il réagirait. Vexé, amusé, agacé, blasé. Mais il avait abandonné son idée. Il n'était plus dans la cour sablonneuse, caché derrière le garage à vélos jamais ouvert. Il ne pouvait plus tester les contemporains intéressants. Il devait se conformer à la sécurité. La sécurité. Il la détestait assez.
On n'a pas le droit de faire ça.
Et alors ? Qu'est-ce qu'ils vont faire ? Dire que je suis dingue ?
Ricanement de Beyond Birthday.
-Peut être. Mais avoues au moins que c'est plus intéressant que d'essayer de tirer quatre mots à des paranos apathiques et dyslexiques.
-Dyslexiques, pas nécessairement. Je n'ai pas à me préoccuper de ça à vrai dire.
Sourire.
-Je vois. Disons des paranos apathiques et nidoreux.
-Déjà plus correct. Donc. Vous les reconnaissez.
-Oui. Là c'est Believe Bridesman. Domicilié sur Insist Street, à Hollywood. Je l'ai étranglé avec une corde le 31 juillet 2002. Nouvelle photographie, tendue du bout des doigts. La photographie des yeux crevés. Elle c'est la petite Quarter Queen. Le 4 Août 2002, ses parents étaient partis, la laissant seule à l'appartement sur la troisième Avenue. Je l'ai frappée avec une batte de baseball jusqu'à ce qu'elle meure. Photographie du corps découpé. Et ça, c'est censé être Backyard Bottomslash. Je l'ai découpée et elle s'est vidée de son sang au milieu de ses peluches, dans son appartement dans le West Side. C'était le 13 août 2002.
Alexander prit soin de garder le silence, alors que son patient prenait du bout des doigts la dernière photographie, celle de l'appartement brûlé.
-Rue Ryuzaki. Dans l'appartement 404. Brûlé. Aurait dû mourir.
-Je suppose qu'il serait stupide de vous demander pourquoi vous avez ôté la vie à trois personnes innocentes.
-En effet. Ce serait très indélicat de ta part.
Le regard de Birthday descendit lentement vers le dictaphone, posé sur les genoux de Messner.
-Voyez-vous, docteur Messner, il me semble qu'il existe une version officielle des faits. Une version qui, il me semble, est passée à la télévision.
Le malade se tapota le menton. Regard fixé sur le plafond.
-Pourquoi un tueur fou tue-t-il ? Chantonna-t-il d'une voix volontairement aiguë et ridicule. Une question tellement tordue, tellement fascinante, n'est-ce pas ? Pourquoi le monstre existe-t-il ? On se le demande. On s'interroge. Pourquoi est-ce que j'ai crevé les yeux d'une gosse de treize ans. Pourquoi j'ai tailladé une banquière devant sa peluche Dumbo ? Pourquoi la motivation d'un tueur ne peut-elle pas se résumer à « a+b=c » ? Ou mieux, à « Il voulait prouver qu'il était le meilleur, il voulait vaincre un gros cerveau » ?
-Pour certains, tuer est une pulsion. Pour certains, c'est un devoir, une sorte de... mission divine. Pour d'autres, un moyen comme un autre d'attirer l'attention sur leur petite personne.
Tellement de cas étaient ainsi. Tentaient de montrer, de prouver qu'ils avaient quelque chose dans le ventre. Alexander avait lu sur eux. Les avait écouté. Avait écouté Crane se plaindre d'eux. Ces tueurs inintéressants. Nombreux. Trop.
-Oh je t'en prie, Alex. On se connaît bien maintenant. Je pense même être la personne qui te connaît le mieux. Ou une d'entre elles. Tu ne vas pas me faire l'affront de me comparer à des cas d'école. Je ne suis pas un Ted Bundy. Je ne suis pas un B.T.K. C'est insultant.
Narcissique. Très narcissique. Très haute opinion de lui même. Peut être psychopathie.
-Je ne commenterai pas, mister Birthday. Et je ne perdrai pas mon temps à vous demander vos motivations, j'ai l'optimisme de penser que nous sommes d'accord sur ce point. Cependant, j'aurais aimé parler des moyens de donner la mort que vous avez élu, pour commencer.
-Augmentation de la violence, proximité grandissante avec la victime, augmentation de la rage meurtrière. C'est ce que tu as conclu ?
-En partie. Puis je me suis documenté.
-Intéressant. A quel sujet ?
-Les mythes et légendes.
Immédiatement, les yeux de Beyond Birthday s'écarquillèrent, un tout petit peu. Une langue désséchée passa sur les lèvres gercées. Sourire encore plus large. Chat de Cheshire affamé, les dents semblaient presque pointues.
-Tu me vois surpris... Et ? As-tu découvert des choses intéressantes sur lesquelles tu voudrais attirer mon attention ? Pour me soigner, évidemment. Pas pour obtenir une quelconque forme de reconnaissance pour ton intelligence.
Ignorant délibérément la pique lancée sûrement à mauvais escient par le malade, Alexander remonta ses lunettes sur son nez et commença, d'un ton monocorde :
-La manière dont vous donniez la mort à vos victimes. Les mutilations post-mortem, tout ça avait un sens, non ?
Sourire en croissant de lune.
-Évidemment.
-Qu'est-il arrivé à Antigone ?
-Détailles moi ton raisonnement, je te prie. Je voudrais voir comment s'est déroulée la ficelle de ton raisonnement. Il y a tant de raisonnements différents. Les rouleaux de scotch, comme les flics, les fils dentaires, comme Lachésis, les cordons de velours, comme notre Alfred de service, les ficelles à rôti, comme cette pute de Misora...
Beyond Birthday avait il prit des substances illicites ? Impossible de savoir de toute façon. Lachésis, c'était L. Presque certitude. Environ 99 pourcent. Comment Birthday pouvait-il décrire et connaître le raisonnement de L ? En l'ayant connu. Lachésis et BB s'étaient connus dans l'enfance. Lachésis = L. CQFD.
« Alfred de service » restait inconnu au bataillon, jusqu'alors jamais mentionné. Peut être s'agissait-il d'une allusion faite à L par le biais du dictaphone. Quoi qu'il en soit, l'image des cordons en velours sous-entendait une intelligence opulente et raffinée.
Quant à la ficelle à rôti, grossier outil dédié à un usage pratique, il était attribué à Naomi Misora, celle qui avait servi d'intermédiaire à L pour capturer Birthday. Ce dernier ne semblait pas la porter dans son cœur, ça pouvait se comprendre. La vulgarité était cependant assez inattendue. Véritable rancœur ? L n'avait pas prit l'affaire en personne. Blessure à l'ego peut être. Vanité.
-J'ai relu les dictionnaires mythologiques. Antigone est la fille d'Oedipe. Elle est morte pendue. Suicidée. Strangulée avec une corde exactement de la même manière que vous avez strangulé votre première victime. Quant à Oedipe, il s'est auto-mutilé en se crevant les yeux face au corps pendu de sa mère, qu'il avait épousée. Vous avez crevé les yeux de Quarter Queen. Ce que je n'arrive pas à saisir, c'est la manière dont vous avez mis à mort votre troisième victime. Mais peut être s'agit-il d'un message destiné à une personne en particulier, comme une private joke.
Plus Alexander parlait, plus Birthday se penchait, chouette grotesque. Ses iris dévorés par les pupilles dilatées. Il passait son pouce sur ses lèvres usées, semblant ignorer le fait qu'agissant ainsi, il les recouvrait de sang. Immonde. Infâme. Lorsque le psychiatre eut fini son laïus, le patient se laissa partir en arrière, la surprise odieusement figée de manière caricaturale et grinçante sur ses traits fins.
-Pelote de laine ! Laine rouge, évidemment ! Ton raisonnement est juste, c'est excellent !
Désagréable impression d'être face à un professeur. Birthday s'étira souplement, perdant son sourire comme la tension qui subsistait auparavant dans ses épaules.
-Donc je suppose que nous allons pouvoir aborder le sujet d'Antigone plus profondément à présent, Mister Birthday.
-Tu peux m'appeler Beyond tu sais.
-Alors ?
-Eh bien, disons que... c'était un clin d'œil sympathique que j'adressais à une personne que je tenais en haute estime.
Le « tenais », au passé, avait été appuyé. Et le sourire en coin, légèrement puéril et sale gosse, sous entendait clairement « plutôt un doigt d'honneur, en fait », aux yeux d'Alexander. Peut être extrapolait-il, mais il avait l'impression de saisir les insinuations de Birthday de plus en plus rapidement et facilement.
-Je vois.
-Qui est la personne que tu as en plus haute estime Alex ?
Question extrêmement personnelle, même si elle n'en avait pas l'air. On admire une personne parce qu'elle soutient des valeurs et possède des qualités que l'on admire. Auxquelles on aspire. Donner son modèle consistait en quelque sorte à révéler ses priorités.
-Et vous ?
Le regard du patient se fit lointain, un mince sourire dansant sur les lèvres.
-...je ne sais plus. Tu n'as pas répondu.
Qui était la personne que Alexander admirait le plus ? S'il était contraint de citer quelqu'un, il aurait cité Crane. Le professeur lui avait toujours semblé extrêmement talentueux, dès le jour où il avait commencé à travailler pour lui en tant que stagiaire. Néanmoins, ce n'étais pas de l'admiration. Juste de la reconnaissance. Reconnaissance des capacités du professeur. Pas d'admiration. Envers personne.
Jamais.
-Je n'admire personne.
-Même pas moi ?! Moue choquée, masque de tragédie, burlesque. Je pensais que tu admirerais ma haute intelligence, ma beauté, ma répartie-
-Votre modestie, votre saleté, votre impolitesse, votre narcissisme, et votre casier judiciaire...
Difficile de retenir une torsion des lèvres. Vite réprimée. Le patient semblait n'avoir rien vu. Il fixait un point au dessus de la tête d'Alexander. Puis revint au médecin, et sourit, narquois.
-Hey, on sait jamais, l'hybristophilie ça existe tu sais.
Hybristophilie. Attirance sexuelle pour les personnes ayant commis un crime. Appartient aux paraphilies. Aussi appelée « syndrome Bonnie et Clyde ». Répulsif. Abject. Juste... Tellement... Innommable. Ne pas grimacer. Rester de marbre.
-Cessez de vous faire des films.
Soupir du patient.
-Je tente de m'amuser, qu'est-ce que tu croyais. C'est horriblement ennuyeux ici, tu es ma seule source de distraction. Mes voisins ne varient pas dans leur blablabla et impossible de changer le disque. Il est fendu. Fenduuuuuuuuu. Comme un crâne. Crâne fendu. Dufenseur. Défenseur de la justiiiiice.
Mimique ironique. Ridicule agitation des mains, sourire tremblant. Crise ? Puis Birthday redevint un homme calme, lisse et sans accroche.
-Et ? C'est tout ce dont tu voulais parler concernant les meurtres ?
-Qu'avez vous éprouvé en tuant vos victimes ?
-Pas de bonheur, si c'est ce que tu pensais que je te réponde.
Regard au loin. Visage plat. Pas d'émotions, clairement.
-Je ressentais, une forme de normalité. Une sorte de sens logique des choses. Tu vois, c'est à peu près la même sensation que quand tu coupes ton jambon en morceaux. C'est un geste nécessaire. Pour te nourrir.
L'action n'était pas perçue comme un meurtre, mais comme une action obligatoire pour atteindre un objectif, à savoir : laisser un message. Ou un doigt d'honneur.
-Je vois.
Noté. Objectivisation d'autrui. Peut être psychopathie. Le dictaphone arrêté.
-Juste une dernière chose. Souhaitiez-vous venger Antigone ?
-Pourquoi la vengerais-je ?
Tête inclinée sur le côté. Incompréhension presque enfantine en apparence. Comique.
-Tout semble lié à elle, et le sujet de la destinée semble largement sous-entendu, pour ne pas dire souligné puis surligné en gras, mister Birthday.
-La vengeance est un sentiment très loin de moi, docteur. Réduire les choses à un mot, c'est bien un truc d'attardés, tu ne trouves pas ? Rivalité, vengeance, meurtre, admiration, intellect, crime, délit, mensonge.
-Je ne pense pas atteindre votre degré de spiritualité, Birthday, aussi ne m'attarderais-je pas. Sachez simplement que je crains de ne pas pouvoir vous prendre en charge pour la prochaine séance, on m'a donné les congés.
Moue boudeuse.
-Je vois. Bonnes vacances. Oh, tiens au fait, les livres.
Quatre livres atterrirent dans les mains d'Alexander. « Le journal de Bridget Jones », « Misery », « Le crime n'est jamais parfait », et « Phénoménologie de l'esprit ».
-Reposez vous et prenez vos médicaments Birthday.
Alexander se leva, et se dirigea vers la porte. Main sur la poignée.
-Alexander ?
Les syllabes sonnaient tordues, distendues et convulsées dans la bouche du malade.
-Oui ?
127 s'était levé, et regardait au dessus de la tête d'Alexander, courbé comme un vieil homme. Se tenait-il toujours de cette manière ? En tout cas, cette posture le ratatinait, lui donnait un air négligé et malsain. Le petit sourire flottait toujours au coin des lèvres du patient.
-A-lex-an-der...
Un pas vers le psychiatre. Il pouvait ouvrir la porte quand il voulait.
-Ce serait dommage de ne pas te dire...
Il pouvait, quand il voulait. L'autre ne le quittait plus des yeux. Prunelles cramoisies, moqueuses et jubilantes. Gencives dévoilées.
-Me dire quoi ?
Ils n'étaient qu'à quelques pas l'un de l'autre, de telle sorte que le praticien entendit très distinctement le chantonnement de son patient.
-J'aime bien ton nom. Il est drôle.
Silence. Tout le corps d'Alexander se raidit d'un coup. Non. Impossible.
-Alexander Addams. Comme la famille à la télévision. Alexander A-ddams. Tu aurais pu faire partie de mes victimes du coup. Ça aurait été un gâchis...
Loufoque
Alexander Addams.
Alexander.
Addams.
ADDAMS
-Pourquoi avoir changé de nom, Alex ? Qu'est-ce que tu as fait ? Tu as tué quelqu'un ? Tu voulais juste repartir à zéro ?
-Ce sont des questions personnelles. Passez de bonnes fêtes, mister Birthday. Nous nous reverrons après mon congé, à bientôt donc.
Le patient se laissa tomber sa couchette, sans aucun sourire aux lèvres.
-C'est ça Alex. A la prochaine. Amuses toi bien.
Le patient commença alors à ignorer totalement Alexander, chantonnant ce qui ressemblait à une comptine, ponctuée de claquements de langue. Son regard rouge fixé sur le mur en face de lui.
-Nous le pendouillerons nous le pendouillerons. Et l'on pendouilla Pierre, tralalalalalalalalalala
L'air était volontairement altéré, et le regard en coin, presque rieur, que lui adressa Birthday signifiait qu'il n'était nullement victime de quelque absence ou crise due à une maladie mentale, mais qu'il jouait bel et bien la comédie pour signifier que la conversation était close de son côté. Parfait, elle l'était aussi du côté d'Alexander.
Claquement de porte.
Retour à la réalité.
-Ne vous inquiétez pas Bélen ! Ce n'est qu'on petit rhume ! Stanislas m'a prêté un paquet de mouchoirs !
-Mais je ne m'inquiète pas docteur Worthing. Je me permets tout simplement d'espérer que vous serez rétabli pour le réveillon, le vingt-quatre décembre.
-C'est dans deux jours ! J'ai largement le temps de me soigner !
-Vous avez intérêt.
Tous les médecins titulaires de l'aile faisaient une pause plus ou moins bien méritée dans la salle commune. Crane, ses longs membres de criquet affalés sur la chaise la plus proche de Messner, n'avait pas manqué de faire une remarque sur la proximité physique de Worthing et Alonso, dont les genoux ne cessaient de se frôler. Alexander avait vaguement marmonné une réponse à propos du nouveau rouge à lèvres plus marqué de Alonso. Ils avaient ensuite machinalement porté à leurs lèvres leurs gobelets remplis de thé à la cerise apporté par Crane -pour Tetch-, sans quitter les tourtereaux des yeux.
La déclaration de Birthday hantait toujours le jeune psychiatre. Il avait du mal à se concentrer, alors que les mots du patient voletaient dans sa boîte crânienne, comme de dangereux charognards qui débitaient sa réflexion en miettes.
« Alexander Addams. »
« Tu aurais pu être une de mes victimes »
« Un gâchis. »
Addams. Depuis combien de temps n'avait-il pas été appelé ainsi ? Plus important : comment Birthday avait-il su ? Alexander était persuadé que sa couverture était infaillible. Les papiers avaient été maintenus en « règle », aux « normes ». Il n'y avait aucun moyen pour que l'information soit arrivée à la cellule 127 de l'asile de Blackgates. Mais un bluff ne pouvait pas tomber juste n'est-ce pas ? Pas sur un nom ?
Aux côtés du psychiatre torturé, Jonathan Crane prenait des photographies de ses pages couvertes de pattes de mouches à l'aide de son téléphone portable. Devant eux, Alonso coinçait une mèche sombre échappée de son chignon derrière son oreille. Petite mèche luisante. Tentacule fin, il ne manquait que les ventouses.
Tu es sûr de pouvoir me couper les cheveux Alex ?
Ils ressemblent à un poulpe, ça devient urgent trésor.
Worthing se mouchait bruyamment dans un carré de papier blanc. Personne ne devrait accepter les mouchoirs de O'Connors. Ce dernier ne se lavait sûrement jamais les mains. Et ça se prétendait technicien de surface. Et ça réclamait un salaire. Tsk.
Worthing se leva. Il était vraiment enrhumé, et il se permettait d'infecter tout l'hôpital avec ses microbes. Nuisible. Sûrement contagieux. Le teint blafard, la voix tremblante, les pupilles dilatées et les yeux. Jérémiah Worthing, mouchoir en main, se dirigea vers la poubelle, à quatre ou cinq pas de lui.
Dans un quelconque film, ce moment aurait été en slow motion. Chaque fraction de seconde ralentie, détaillée, disséquée sous les yeux du spectateur. Sauf que nous sommes dans la vie d'Alexander Messner. Ou Addams, au choix. En tout cas, nous ne sommes pas dans un film, c'est pourquoi tout se déroula très vite. Tellement vite qu'Alexander ne put en saisir tous les détails.
Worthing s'écroula d'un seul coup sur le sol carrelé, avec un glapissement d'horreur. Sous les yeux écarquillés de ses collègues, le jeune homme se replia en position fœtale sous l'effet d'un violent spasme et commença à se tordre, émettant des hoquets et paroles incohérentes.
Il ne fermait pas la bouche.
La salive gouttait sur le carrelage.
Crane et Alexander se levèrent pour mieux voir ce qui se passait. Messner avait l'impression que ce qu'il voyait n'était pas réel, juste une illusion. Le jeune médecin, yeux exorbités, tremblait comme une feuille.
ALEX
Des sanglots résonnaient dans la salle.
-Elles me grimpent dessus ! C'est gluant ! ENLEVEZ LES ! ENLEVEZ LES ENLEVEZ LES ENLEVEZ LES ENLEVEZLESENLEVEZLES
Il gargouillait, s'écorchait la peau, blafard.
ALEXANDER
Crane, smartphone en main, semblait filmer ce qui se passait. Alonso tombait à genoux à côté du docteur et lui palpa la gorge.
-Son pouls est incroyablement rapide !
Tout tourbillonnait.
-Écartez les meubles, il ne faut pas qu'il se blesse.
Ton froid. Posé. Tellement différent de ce qui se passait à l'intérieur.
Alonso leva les yeux vers lui, méfiante, mais s'exécuta rapidement.
La sueur gouttait dans le nuque du jeune docteur, envahissant l'air d'une odeur musquée immonde et sale. Il fallait lui faire adopter une position latérale de sécurité, ou il s'étoufferait.
ALEXANDER
LACHEZ MOI
« Je suis sûrement la personne qui te connaît le plus Alex »
Seule Alonso s'agitait autour de son collègue, qui sanglotait, alternant hurlements et murmures.
-Gluant... GLUANT. Partout partout partout partout
Alonso le maintenait en P.L.S, jusqu'à ce que, soudain, la forme entière du jeune homme devienne rigide, ses iris marrons relevés vers le ciel, prunelle étrécie.
La collègue se jeta en arrière, comme si elle s'était brûlée. Alexander s'accroupit à côté du corps et, avec toute la répulsion du monde, déposa les bouts de son index et majeur contre la jugulaire.
-Il est mort.
Crane hocha la tête, le regard vide et indéchiffrable. Il détaillait la scène de haut, son téléphone rangé dans la blouse. Son regard, intéressé, glissa sur la e cadavre et il s'accroupit à côté d'Alexander. Alonso quant à elle l'écarta de force, et se jeta sur le macchabée, tremblante.
-Jérémiah ?
Les larmes traçaient des rivières noires de mascara sur ses joues bronzées. Cheveux ébouriffés par l'action, elle ressemblait à une pleureuse égyptienne de seconde main.
Monsieur Messner ?
-Un arrêt cardiaque, ajouta Crane.
Il avait touché un mort.
Avec ses doigts. Ses doigts.
Il devait absolument passer aux toilettes. Son estomac se contractait douloureusement et il sentait les morceaux de pain remonter dans sa trachée, sensation désagréablement parallèle à l'impression collante et poisseuse qui étouffait les bouts de ses doigts. Epiderme infecté. Il n'allait pas pouvoir se contenter de désinfectant en flacon.
On avait appelé la police. Forcément. Et les urgences. Là, ce n'était pas un ridicule patient sans famille qui décédait mais bien un médecin sain d'esprit. Des heures de conversations s'étaient ensuivies. Qu'avait-il fait juste avant. Juste après. Comment savait-il qu'il fallait écarter les meubles -le bon sens n'était apparemment pas une raison valable pour les policiers adeptes de gros beignets-. Tout ça pour conclure à une mort accidentelle en attendant un rapport médical plus poussé. Un accident. Une crise cardiaque, précédée de tels délire. L'explication aux délires ? Une crise, venue d'une schizophrénie enfouie. Les experts médicaux devaient connaître la psychiatrie et son univers par le biais de séries télévisées stupides, il ne voyait que ça. Jamais un asile n'emploierait un schizophrène comme médecin psychiatre. Réfléchissez un peu.
Pour Alonso, comme pour Crane et Messner, il s'agissait d'un autre meurtre. Les délires rapprochaient la mort des décès de patients. Restait à voir d'où venaient les injections, les produits, les hormones... Et la police n'accorderait aucun crédit aux déclarations de lui-même ou Alonso. Meurtre signifiait enquête. Et ils étaient paresseux. Et enquête reviendrait à voir son propre passé retourné comme une crêpe sur une poelle. Très franchement, il n'y tenait pas du tout. Les vieux squelettes restent dans l'armoire, merci bien. Les policiers ne savaient pas être discrets lorsqu'ils enquêtaient et risquaient fort de ruiner la vie professionnelle et sociale -inexistante- d'Alexander. Ses intérêts seraient ruinés par une enquête. Il fallait empêcher cette idiote énamourée d'Alonso d'engager un détective privé. Même problème. Le détective privé lui rapporterait toutes les crasses qu'il trouverait sur lui.
Conclusion: il ne pouvait rien faire du tout. Il devait attendre, et éventuellement avoir une discussion à ce propos avec Crane ou Sharp. En admettant qu'ils soient tous les deux extérieurs à ce qu'Alexander pensait pouvoir appeler des meurtres en série.
La bicyclette de Véronica, l'écologiste du quatrième, encombrait tout le hall d'entrée de l'immeuble. Sac de pharmacie en main, Alexander le contourna, ignora l'appel du concierge et gravit l'escalier. Dans quelques secondes, il pourrait se faire une compresse ultra désinfectante et un bain de bouche de qualité. Et manger. Et se reposer. Aussi.
Pourquoi tu ne veux pas me toucher ? Tu as peur ?
Ne sois pas bête.
Alexander poussa la porte de son appartement en tremblant. La journée l'avait affecté. Trop affecté. Beaucoup trop. Lorsqu'il pénétra dans son domicile, une odeur inhabituelle envahit ses narines. Odeur métallique. Après quelques pas, son pied buta sur quelque chose. Quelque chose de blanc, de porcelaine, mou, sur le sol.
Sursaut. Cri.
Sa sacoche tomba à terre.
Il n'y avait rien sur le sol. Toujours le même carrelage étincelant. Pas d'odeur métallique, juste le parfum de l'antiseptique. Alexander récupéra les livres éparpillés par terre et alluma la télévision. Un jeu télévisé stupide. Les voix meublèrent l'appartement.
Compresse faite, bouche rincée. Il pouvait se reposer, seul.
Sur le sofa, une barquette de lasagnes aux épinards sous la main, Alexander laissa son esprit errer vers le jeu qui se déroulait sous ses yeux, sur l'écran. Candidat après candidat. Cliché après cliché. Homo efféminé. Pouffiasse stupide. Macho musclé.
On regardera un dessin animé ensemble la prochaine fois ?
Promis. Il louerait un Disney à la médiathèque.
Son regard tomba sur Misery. Livre ramassé. Feuilleté distraitement. Tout allait bien BB avait laissé le livré en état. Minute. Non. Des tâches jaunâtres, étonnamment semblables à celles qui couvraient les mains de Birthday, marquaient certains mots.
Certaines lettres. Étonnant d'ailleurs que la sauce ait été appliquée suffisamment pour indiquer des lettres en particulier. BB devait avoir de la pratique.
Un message ?
Mais un message destiné à qui ?
La bestiole ? Noooooon... A lui ? Encore moins probable. Et égocentrique, avec ça.
Le psychiatre, intrigué, reporta les lettres marquées sur un post-it. Ce qui donnait une suite sans aucun sens.
« OYXZTPGZHVMRRUNIIVVRLSWLVRVWCFIGRLKHVIRNIVFJGZVILHIF »
…
Beyond Birthday était une énigme. Et celle-ci serait certainement intéressante à déchiffrer.
Une seconde. Devait-il en parler à L ? C'était lui, le génie briseur d'énigmes... Et après tout, n'était-il pas capable de décoder cette chose lui même ? Ce n'était pas tant le fait de trahir Beyond Birthday qui le dérangeait, c'était surtout de faire du zèle auprès de son maître chanteur. Puis, il n'était pas censé avoir trouvé cela, non ? Le fait de ne pas avoir découvert un code bien caché ne lui serait pas imputable. Pas du tout.
De : Alexander Messner
A: L
Objet : 127
L'entretien a été assez constructif vis-à-vis des motivations de Birthday, mais je suppose que vous saisirez certains aspects mieux que moi.
De: L
A: Alexander Messner
Objet : RE : 127
A l'écoute de l'entretien, je dois admettre qu'il était constructif, et ne peux m'abstenir de vous enjoindre à rester strictement professionnel lorsque vous vous trouvez en présence de Birthday. Dans le cas contraire, les conséquences pourraient être déplaisantes pour vous. De plus, pourriez-vous me fournir une explication autre que "AVC" à propos de l'appel en urgence de la police sur l'île de BlackGates ?
De : Alexander Messner
A: L
Objet : RE : RE : 127
Je me suis comporté de manière professionnelle. S'agit-il d'une menace ?
Un collègue a fait une crise cardiaque. Les causes ne sont pas claires, mais rien qui devrait atteindre à la vie de votre protégé.
De : L
A: Alexander Messner
Objet : RE : RE : RE : 127
Vous comprenez vite. Je vous laisse une dernière occasion. Si vous ne la saisissez pas, j'enverrai une pièce jointe aux autorités, et à votre employeur.
Une dernière fois, BB n'est pas mon "protégé", et j'ose espérer que vous m'épargnerez l'embarras de chercher un autre psychiatre compétent mais tristement inadapté pour le prendre en charge.
De : Alexander Messner
A: L
Objet : RE : RE : RE : RE : 127
Parfait. Les choses sont claires. Passez de bonnes fêtes,
Cordialement.
De : L
A: Alexander Messner
Objet : RE : RE : RE : RE : RE : 127
De même.
Cordialement.
Vous êtes encore là ? Très bien '-'
Je suis très anxieuse par rapport à votre avis vis à vis de ce chapitre... N'hésitez pas à me laisser un petit mot pour me donner votre avis, ça m'aiderait pas mal... Merci aux follows et favoriseurs '-'
R&R
Naitaa :...Tu sais qu'il est tard et que je n'aurai probablement pas le loisir de répondre à tout, mais je vais faire de mon mieux pour t'éclairer quelque peu, et saches que les longues reviews font quand même plaisir ^^ Donc ! Comme on a discuté de vive voix, j'ai déjà répondu à presque tout en fait 0-0 Tu es une fille intelligente, je te laisse te forger ton avis mistinguette ;3~
PxdxlF : Tu me vois ravie que mes chapitres te fassent autant plaisir '-' Niveau tension désolée, j'y suis allée aussi subtilement qu'une vache obèse dans ce chapitre TTHTT J'espère que ça t'a un peu plu quand même x'D
Diamly : Coucou ! XD Et oui, j'ai regardé le point culture sur les fantômes '^' Ash River est bien reliée à qui tu crois, et Alex était vraiment un petit thug par le passé '-' un thug à Doc Martens '-' En espérant que ce chap ne te décevra pas jeune fille;3
Xio Fujiwra Malfoy Hyuuga : Oh oui, il ne se gêne pas pour envoyer des pipiques le Beyond~C'est un petit choupi après tout ! Merci pour la review **
JOYEUX HALOWEEN BANDE DE COLEOPTERES
