JOYEUX NOEL MES AGNEAUX !

(j'espère que vous apprécierez ce cadeau, qui vient du fond de mon cœur) (non j'en fais pas trop) (chuuuuuuuuuuut)

Bref, j'espère que vous passez les fêtes avec des gens que vous ne tenez pas trop en horreur, que vous vous amusez bien, que les petits fours ont bon goût et que votre bûche de Noël n'a pas fondu sur le chemisier de votre tata.

Et si l'une de ces malheureuses mésaventures vous est arrivée, PIRE, si elles vous sont TOUTES arrivées, que vos cadeaux de Noël sont aussi fantastiques qu'une graine de courge... Ben déjà je vous plains, je vous offre ce chapitre pour Noël (oui parce que quitte à être en retard, autant tomber pour Noël), et je vous fais un gros câlin (^o^) là, là, c'est presque le nouvel an ^=^

Disclaimer : JE NE POSSEDE RIEN BLA BLA BLA

Ah, autre chose, pour ceux qui seraient inquiets de l'absence de BB dans ce chapitre, prenez le comme une sorte de « bonus », une petite pause dans la fic, histoire de vous faire découvrir d'autres paysages que Blackgates. Beyond revient au prochain chapitre, soyez-en assurés ;3

je sais aussi qu'il peut paraître plus creux, moins travaillé, que les autres. Néanmoins, il est nécessaire. Pour l'auteure, qui ne peut pas toujours maintenir le niveau de tension, et pour l'histoire, qui a besoin de réalisme. Or, dans la vraie vie, s'il y a de véritables descentes en enfer, où la vie semble très très intense, il y a aussi de accalmies, des moments out.

Sur ces mots, je vous laisse avec Alex, Jonathan et tous leurs amis !

je repost à cause des fautes de frappe qui sont un fléau =^=


Chapitre 10 : Noël

« La solitude, l'errance, supportable et même parfois crânement portée le reste de l'année, paraît brusquement un infâme déshonneur. Noël jette l'opprobre sur les esseulés. »

Fred Vargas, Coule la Seine (2002)


Alexander se targuait d'être une personne logique, calme et modérée. La plupart du temps. Il ne pouvait certes pas se vanter d'avoir la patience d'un professeur de philosophie dans le secondaire cependant, quand le sujet l'intéressait, il devenait l'équivalent d'un pêcheur de saumon, capable d'attendre sa proie pendant des jours, à se geler le séant sur un étang glacé. Et le code que lui avait -indirectement- soumis Birthday l'intéressait. Comme tout type d'énigme, tout bien réfléchi.

Mais il arrivait malheureusement à cours d'idées de combinaisons, concernant les lettres. Il les avait remplacées par leur position dans l'alphabet , il avait inversé les symboles, avait fait des calculs pouvant aller de la simple addition à la racine carrée.

Rien.

Rien du tout.

Frustration intense.

Il fallait sûrement chercher un autre point de vue. Aborder le problème sous un autre angle, un autre mode de pensée. Celui de Beyond Birthday.

Comment penserait Beyond Birthday ?

C'était un personnage spectaculaire, une drama queen. Birthday était arrogant, il voulait démontrer sa supériorité intellectuelle et humilier les autres, surtout ceux qui lui tenaient tête. Comment pouvait-il humilier l'intercepteur ? Comment le rabaisser, lui donner honte de ne pas avoir trouvé la clé du code ?

En employant une clé simple, puis en la compliquant monstrueusement. Mais Alexander avait déjà tenté de décaler et mélanger les lettres, il avait cherché des mots clairement présents, mais n'avait obtenu que « RUN », sûrement une fausse piste, une illusion de saisie. Rageant. Aucun résultat satisfaisant.

Le jeune homme soupira et froissa la feuille portant jusque là ses idées avant de la jeter adroitement dans la corbeille à papiers du salon de Crane.

Panier.

Dix points si tu es a dix pas. Deux à deux pas, egzétéra

Et caetera.

Oui c'est pareil.

Ah, oui. Parce qu'il travaillait sur le code de Beyond Birthday dans le salon de Jonathan Crane et Holly Keats, assis dans un sofa marron, la veille du réveillon.

Cela faisait exactement une heure, six minutes et quarante sept secondes que Crane avait poussé la porte de l'appartement, situé au troisième étage d'un immeuble quelconque, sur une grande avenue. Le logis, quoique confortable et soigné, avait mit l'invité très mal à l'aise. Peut être à cause de la forte odeur de peinture, peut être à cause de l'immense poster représentant l'anatomie annotée du cerveau humain, dans l'entrée, de la moquette sûrement poussiéreuse qui couvrait le sol, les volets fermés ou les guirlandes japonaises en papier qui ornaient les murs. Il n'en savait rien.

En tout cas, la fonction de psychiatre respecté du professeur se voyait un peu partout, sur l'étagère remplie de livres de psychiatrie, anatomie et physiologie qui couvrait le mur du couloir, par les couleurs étudiées de l'appartement. Couleurs chaudes dans le salon et froides dans le bureau. Mais il n'avait pas encore pu regarder, le bureau était fermé à clé.

Dès qu'ils étaient entrés, le professeur avait jeté son trench marron sur un porte manteau métallique biscornu et avait commencé à trier tous ses dossiers de la journée sur la table basse. Avec un certain malaise, Messner avait fait de même, avec ses dossiers en cours, qu'il n'avait pas eu le temps de traiter en une première journée de vacances. Très honnêtement, il s'interrogeait sur la nature de Holly Keats, a.k.a Cruella, encore au travail. Tout ce qui semblait venir d'elle dans l'appartement étaient les guirlandes en origami, les cadres représentant des paysages urbains, les dessins et livres d'enfants empilés sur le plan de travail de la cuisine et la montagne de Cds variés empilés autour de la télévision antique.

On peut regarder la télé ? Juste trente minutes !

Non. C'est interdit.

Il faut économiser l'électricité tu comprends.

-Tu as dit quelque chose Messner ?

Le regard de Crane, posé sur lui, était suprêmement nonchalant. Alexander fixa quelque secondes les yeux sombres du professeur. Etait-il normal que ses yeux soient aussi injectés de sang ? Ou cela venait-il de la consommation de substances quelconques ? Que se passait-il avec la drogue et son entourage ? Se faisait-il -encore- des idées ?

-Hein ?

-Tu as dit quelque chose à propos d'électricité.

L'électricité ? Non. Non il n'avait rien dit de tel. A voix haute en tout cas.

Tu me les présenteras ? Dis tu me présenteras tes amis ?

-Pardonnez moi professeur, il ne me semble pas avoir dit quoi que ce soit.

Sourire crispé, que Jonathan Crane ne sembla pas prendre au sérieux.

-Oui, oui bien sûr. Au fait, Messner, quand Baby Jane entrera, s'il te plaît, appelles moi Jonathan. Je t'appellerai Alexander. Et tutoies moi. Je ne voudrais pas qu'elle imagine que j'invite -encore- des SDF pour les faire passer pour mes amis du travail.

Hein ? Oh, oui. L'image. L'image que Crane devait sûrement maintenir auprès de ses voisins, et peut être même de sa petite amie. Enfin, Alexander n'avait aucune idée de la relation exacte qu'entretenait le psychiatre avec cette dernière.

-D'ailleurs, que fait votre petite amie dans la vie, professeur ? Il ne me semble pas que vous l'aiyez formulé lorsque vous m'avez briefé sur votre vie de couple.

Briefing était un mot bien supérieur à ce qui s'était vraiment passé. En réalité, Crane s'était contenté de lui dire qu'il sortait avec une certaine Holly Keats depuis près de deux ans, qu'ils vivaient ensemble et qu'elle n'aimait malheureusement pas les films d'horreur mais qu'il n'en avait rien à faire, il regardait ce qu'il voulait, point barre.

-Elle enseigne à des enfants dérangés. Enfin, ça c'est ce qu'elle voudrait faire. Pour le moment elle est seulement en stage. Mais le courant semble plutôt bien passer. Bref elle t'expliquerait mieux que moi.

Donc ça expliquait les dessins et livres d'enfants. Vraisemblablement des restes de son lieu de travail, et des document pour ses études. Curieusement, la sensation de malaise d'Alexander, loin de s'atténuer, augmenta. La tapisserie jaune clair glissait dans sa tête, découvrait une tapisserie verte.

Tu vas où Alex ?

Tu dois rester avec moi.

Clignement des yeux. Retour à Crane, qui avait étiré ses longues jambes sur tout l'espace restant du sofa.

-D'ailleurs, Messner. Elle est un peu spéciale, ne prends pas peur.

Cette déclaration fut accompagnée d'un clin d'œil tellement ironique qu'il semblait presque venimeux.

-J'avais deviné. La plupart des hommes ne surnomment pas leur chère et tendre « Cruella » sans raison.

-Oh mais ça c'est simplement affectueux.

-Je vois.

Affection, moyen. La plupart des couples, dans les livres ou les séries, s'appelaient par des petits noms beaucoup plus niais et clichés. Chaton. Poussin. Chéri. Trésor. Mon amour. Sucre d'orge, et autres joyeusetés.

Beurk.

Alex c'est mon amoureux.

Non.

Si.

C'est pas possible

L'amour était une chose stupide, dangereuse et futile. Sans oublier l'aspect évidemment immonde des contacts physiques. Depuis tout petit, cette seule idée de devoir toucher « l'élu de son cœur » avec sa bouche lui donnait envie de vomir, et l'avait poussé à toujours éviter de prendre ce risque hautement bactérien.

Non, vraiment. Beurk.


La porte s'ouvrit avec fracas. Presque jetée contre le mur de l'entrée, comme l'avait fait Crane lors de leur arrivée. Finalement, il fallait admettre que les tourtereaux avaient moult points communs. Alexander posa calmement le verre de jus d'orange -pressée, merci grand Dieu- que lui et Crane s'étaient servi en attendant le retour de la dulcinée du professeur.

L'individu qui pénétra dans la demeure fit presque sursauter le plus jeune des deux psychiatre tant Holly Keats différait de l'idée qu'il s'était fait d'elle.

Tout d'abord, elle était minuscule, elle devait arriver une tête en dessous des épaules de Jonathan Crane. Mi-nu-scule. Le minimoys qui sortait avec le Titan. C'était assez atypique. Ensuite, ses mèches bleu électrique tranchaient violemment avec le tee-shirt Bob l'Eponge rouge qu'elle arborait fièrement. Un véritable cauchemar pour épileptiques. Alexander serra la mâchoire. Il décida de ne pas plus s'attarder sur l'étrange personnage à partir de l'instant où son regard tomba sur un piercing en anneau à l'arcade sourcilière. Non. Il ne pouvait pas. Perforation de la peau, dans un cabinet sûrement vétuste, non merci. Comme pour les tatouages et autres horreurs. Pas question. Propreté. Trop de risques d'infection.

Tu t'égares encore Alex...

Pardon.

-Hey, il m'écoute ou pas ?

Ton féminin, voix minuscule, très aiguë et douce. Timbre agacé, presque tyrannique. Comment pouvait-on donner cet accent à une voix de petite fille pareille ?

Réponse narquoise de Crane :

-Alexander a des difficultés de sociabilisation. Tu lui as sûrement fait peur avec ta dégaine de sauvage.

-C'est toi qui parles là, espèce de girafe ? Parce que j'ai des doutes. Regardes moi ces tifs. On dirait un nid de moineaux.

-Bonjour miss.

Deux paires d'yeux marrons se tournèrent vers lui, rondes et surprises.

-Il a parlé.

Les mots avaient échappé à celle qui devait être Holly. Un mince sourire étirait enfin ses lèvres. Elle lui tendit une main. Verni vert et violet. Viol pour les yeux.

-Holly Keats. Enchantée.

Ignorant délibérément la main tendue, Alexander se contenta de hocher la tête.

-Alexander Messner. De même.

La jeune femme haussa légèrement les sourcils face à son comportement -sûrement considéré comme une belle impolitesse dans tout le continent- et désigna du menton les sacs de course déposés sur le plan de travail.

-Jonathan m'a dit que tu étais végétarien. Je suis passée chez le traiteur en sortant de l'école.

En deux pas, elle approcha du plan de travail et ouvrit les sacs, posant des plats sous cellophane à côté.

-Donc. J'ai une salade de chèvre chaud et des lasagnes aux légumes. J'espère que t'aimes la bûche parce que j'en ai acheté deux.

Elle parlait très, très vite. De sa petite voix fluette et avec la grâce d'un charretier. Les mots sortaient de sa bouche comme les balles d'une mitraillette.

Crane esquissa un large sourire narquois et s'adressa à Alexander en souriant largement :

-N'hésites pas à lui demander de répéter si tu ne comprends pas ce qu'elle baragouine. Elle parle plus lentement au travail.

Échange de regards noirs. Presque comique à cause de la taille.

Tu as encore grandi Alex ! Il va falloir te trouver des vêtements plus grands !

Odeur de moisi qui lui picotait les narines. C'était curieux et inattendu, il lui avait semblé que la demeure du professeur et de sa compagne était plutôt aérée et employait des brumisateurs pour diffuser des odeurs, comme de l'eucalyptus (sérieusement, qui pouvait bien trouver que l'odeur de l'eucalyptus embaumait? La menthe était beaucoup mieux, si on voulait que sa maison pue les herbes.). Froncement de sourcils.

Tu recommences Alex...

Les yeux s'ouvrirent sur une nouvelle dispute de couple. Encore. Déterminer s'ils regardaient un film de Noël ou pas. Comment les deux compagnons pouvaient-ils se disputer s'ils partageaient l'avis que les téléfilms de cette période de l'année étaient absolument inintéressants ?

Tu ne m'aimes plus !

Mais si, arrêtes de faire des histoires !

Tu ne me touches plus !

Besoin urgent de vomir. Impression de graisse dans la gorge, de gras animal qui obstruait sa traché fatigue lui fit battre des cils, le monde tournait un peu autour de lui. La fatigue.

-Messner ?

-Je vais bien.

-Oui bien sur.

Non vraiment, le couple avait le don du sarcasme suintant en commun. Que c'était romantique.

-J'ai vu des Hitchcock sous la télévision, v- tu as Fenêtre sur cour ?

Haussement de sourcils, puis petit sourire. Le retour du coach ès sociabilisation.

-Tu aimes Hitchcock Alexander ?

Haussement d'épaules.

-Certains films sont bons, il y en a à prendre, il y en a à laisser.

La filmographie d'Alfred Hitchcock faisait partie de l'univers culturel d'Alexander depuis suffisamment longtemps pour qu'il puisse connaître ses propres goûts en la matière.

-Va pour Hitchcock. On mange au salon, mettez la table les clampins.

Non vraiment, il aurait du mal à suivre.

-Je peux utiliser mon ordinateur quelques minutes ?

Un petit geste de la petite femme lui indiqua qu'il y était autorisé.


De : Alexander Messner

A: L

Objet : Urgent.

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C'est un code trouvé dans les affaire de Birthday. J'ai pensé que vous seriez intéressé.

Cordialement


-Alexander est un enfant troublé, mais il fera des efforts pour s'habituer à vous, ne vous inquiétez pas.

Une main blafarde et osseuse était refermée sur le poignet d'Alexander. Elle n'emprisonnait pas l'articulation étonnamment étroite. Elle se contentait de la tenir.

-Aucun problème !

La voix criarde et aiguë varia, se modula, et devint sournoisement la voix bien trop connue du prisonnier 127. Le cadre s'effaçait lentement. Les tableaux de bégonias disparaissaient, une forte odeur de caramel remplissait la pièce.

-Je vous suivrai tout de même, il faut le garder à l'œil.

Alexander leva les yeux vers le plafond de la cellule face à une telle méfiance inutile.

-Alexander me fait confiance. Pas vrai Alex ?

Infime flexion de voix, moqueuse, mauvaise et subtilement dérangée.

-Tu me fais confiance Alex ?

-Alex ? Tu peux tout me dire ! Petite vois, petite main.

-C'est ton travail, c'est ça ? Tu es trop jeune, c'est dangereux c'est ça ?

Le travail. La main de Birthday autour de son poignet le démangeait.

-Alex-chou, tu as déjà mangé des gâteaux de riz ?

Non.

Atterrissage dans le salon de Crane, sur Beyond Birthday. Corps sec, nerveux et tendu, coincé sous le sien. Dégoût du contact physique immédiat. La peau d'Alexander se couvrait de bubons, brûlait. Reculant prestement, le jeune psychiatre s'appuya sur l'angle de la table basse, posant sa main sur une surface poisseuse, à la forte odeur cuivrée.

Du sang. Ses mains et ses genoux se couvraient de sang.

Est-ce que tu as tué quelqu'un Alex-chou ?

Tu voulais prendre un nouveau départ ?

ALEXANDER ADDAMS

Terrifié, Messner baissa précautionneusement les yeux sur le cadavre sous lui, qu'il avait d'abord pris pour BB. Marionnette cassée, gisante. Bouche ouverte, muscles tous tendus à l'extrême, yeux exorbités. Worthing.

-Messner ? Tu sembles distrait.

Crane, vêtu d'une longue blouse blanche, se tenait debout sur le canapé.

-Ca ne va pas ?

-Alex est fatigué.

Une main glacée lui dissimula les yeux.

Ne pleures pas Jeannette, tra lalalalalalalalalalalala. Ne pleures pas Jeannette, nous te pendouillerons nous te pendouillerons.

La voix du tueur en série se mêlait à une petite voix plus aiguë, moins malsaine.

Prenant une grande inspiration, Alexander ouvrit les yeux. Il était propre -si on omettait la fine pellicule de sueur qui s'était formée sur son épiderme- et seul sur le sofa. Enfin presque. Une minuscule silhouette lui faisait face.

-Ju- Qui est là ?

-Holly.

Ah Oui.

-Tu faisais un cauchemar ?

-Pour quoi es-tu réveillée ?

Haussement d'épaules.

-Je suis insomniaque. J'allais me chercher des restes du réveillon et je t'ai entendu appeler à l'aide.

Le silence s'installa lentement, coulant entre le psychiatre et la jeune femme comme une mélasse sale et écœurante. Jusqu'à ce que la plus petite prenne la parole, faisant de toute évidence un bel effort pour ralentir son débit verbal.

-Tu veux boire quelque chose ?

Il n'eut pas le temps de répondre. La petite amie de Crane le traînait déjà vers la cuisine et mettait deux tasses, remplies d'un liquide dont il n'avait pas eu le temps de distinguer les composants, dans le micro-ondes.

-Inutile d'en faire une histoire. Tout le monde fait des cauchemars Miss Keats.

Le regard blasé qu'il rencontra le surprit.

-Tu as vu ton état ? Ça devait vraiment être un sale cauchemar dans ce cas.

Perplexe, Alexander palpa son propre visage. Oui, il était en sueur. Mais c'était tout, il ne voyait pas...

Pas de la sueur.

Des larmes.

Alexander Messner avait pleuré dans son sommeil. Rapidement, le psychiatre saisit quelques feuilles d'essuie-tout et les imbiba d'eau minérale venue du frigo -eau du robinet ? Pas question.- avant d'appliquer les feuilles humides et glacées sur ses yeux et ses joues. Ça aiderait à dégonfler, ça rincerait son visage.

-Donc c'était vraiment un sale cauchemar.

La petite voix aigue semblait plus douce, plus compatissante. Holly avait sorti un bocal plein de poudre brune et l'avait déposé sur le plan de travail. Elle lui tournait le dos et semblait attendre la sonnerie du minuteur.

-Oui, probablement. Mais pas un mot au professeur, je vous prie.

-Comptes là dessus.

Il était bête. Bien sûr qu'elle savait y faire. Elle travaillait tous les jours avec des enfants dérangés, elle devait souvent entendre parler de cauchemars. Même s'il n'était pas très agréable pour l'amour-propre de se voir traiter comme un enfant. Messner jeta l'essuie-tout à la poubelle tandis que les mugs tintaient sur le plan de travail.

C'est du chocolat ?

Tu as fait du chocolat juste pour moi ?

Merci !

-C'est du chocolat ?

Mince sourire.

-Oui, à la cannelle. C'est ce qui marche le mieux pour les gosses.

Une tasse chacun, ils sirotèrent la boisson brûlante et poisseuse en silence. La petite jeune femme aux cheveux bleus était assise sur le plan de travail alors que le psychiatre était appuyé contre le meuble, à ses côtés. Il pouvait sentir une chaleur, probablement due à la boisson, envahir lentement sa poitrine, calmant les battements erratiques de son cœur et sa respiration irrégulière. Soudain, Holly lui adressa la parole, d'une voix étonnamment désinvolte :

-D'après ce que j'ai cru comprendre, Jonathan et toi vous connaissez depuis longtemps ?

-Quelques années. J'ai été son stagiaire quand j'avais dix-neuf ans, puis j'ai été employé dans le même asile que lui deux ans plus tard.

Pourquoi prenait-elle la peine de lui poser ces questions ? Pour qui se prenait-elle ? Que cherchait-elle exactement ? Il fallait qu'Alexander reste de marbre, qu'il réponde à ses questions avec exactitude, sans détails. C'était ce qui représentait le minimum syndical avec les autres. Trop de méfiance.

-Je vois. Désolée si je parais intrusive, mais il n'aime pas fréquenter ses cadets en général, et ne tisse jamais d'amitié avec des collègues plus jeunes, il les méprise généralement.

Que de nouveautés.

-Il n'est pas beaucoup plus âgé que moi, il va faire vingt-huit ans. Nous n'avons que quatre ans d'écart.

Toux violente, changée en éclat de rire. Miss Keats semblait sur le point de s'étouffer avec son chocolat. Hilare, elle leva les yeux vers Alexander et balbutia, d'une voix coupée, pour ne pas faire trop de bruit.

-Vingt-huit ans ? Il t'a dit ça ? Et tu l'as cru ?

-J'ai trouvé ça étrange, mais je suis parti du principe que le métier était suffisamment usant pour lui « voler sa jeunesse ».

-Qu'est-ce que tu es naïf, ça m'étonne d'un psy dont Jonathan vantait les mérites à ce point, gloussa-t-elle. Puis, face au regard vide-vexé du psychiatre, la jeune femme explicita en tentant de contrôler son rire de son mieux, Jonathan a trente-neuf ans, il va sur sa quarantaine en janvier prochain.

Ah oui. Tout de suite ça ressemblait plus à l'allure sèche et imposante du professeur, ainsi que son expérience et ses connaissances de dinosaure. Minute.

-Et quel age avez-tu ? Mince. Erreur de vouvoiement. Tant pis. A mettre sur le compte de la fatigue.

-J'ai vingt-quatre ans. On s'est rencontrés à une conférence, ajouta-t-elle avec un sourire.

Seize ans d'écart. C'était assez grand, sans être trop. Quoique, on pouvait se poser des questions quant aux motivations de Crane, au vu de la plastique de sa compagne, digne d'une planche à pain.

-Je suppose que nous sommes devenus « amis » de circonstance, il n'avait plus de souffre-douleur parmi les membres du personnel.

-Oh, si, il y a un certain O'Connors il me semble.

Sourire retenu.

-Oui, mais ce n'est pas exactement la même chose.

Le chocolat refroidissait, Messner prit une autre longue gorgée. La cannelle lui réchauffa le palais.

-Il faut que tu dormes, tu sais ? Jonathan dit que t'es insomniaque.

Gorgée retenue, gorge nouée.

-Pardon ?

-T'es psychiatre, tu dois savoir que c'est mauvais pour le mental, de ne pas dormir.

Nonchalante, la jeune femme prit une longue lampée de la boisson chaude.

-'Fin après je suis mal placée pour parler, je m'occupe de merdeux autistes battus par leurs parents parce qu'ils pissent au lit.

Elle gloussa, comme si elle était ivre , et Alexander laissa un maigre sourire de circonstance étirer ses lèvres.

-Bon, faut que j'aille rejoindre l'autre échalas. S'il me trouve pas de mon côté du lit, il va nous faire une crise de parano.

La petite femme sauta du plan de travail, serra brièvement Alexander dans ses bras et s'éloigna d'un pas rapide. Les organes du psychiatre étaient noués, contractés par le contact étranger. Il se sentait compressé comme une canette de soda qu'on aurait serré avec le poing.

Aïe.

-Bonne fin de nuit Alexander !

-...Bonne nuit.


Il n'avait pas le courage de se recoucher. Le sofa ressemblait à la gueule d'un monstre qui n'attendait qu'une chose : qu'il adopte une position allongée pour le dévorer. Alexander ouvrit donc l'ordinateur. Une nouvelle notification allumait la petite icône rouge sur l'écran. Un mail.

De : L

A: Alexander Messner

Objet : RE : Urgent.

« BLACKGATES INFIRMERIE HOODIE DEUX TROIS PREMIER QUATRE SO U R »

C'est la signification du code que vous m'avez transmis. Il ne fait aucun doute qu'il émane de votre patient. Quatre est une référence à BB. B + B, 2+2. 4. Quant au reste, avez-vous une idée du destinataire ou de la signification des autres termes ?

Cordialement.

L.

Malgré l'allure désintéressée du courrier électronique, quelque chose se sentait dans le message du détective. Pas de l'inquiétude, mais peut être de l'empressement. De la préoccupation. Alexander avait-il un devoir d'honnêteté envers cet homme ? Aucune idée. Tout comme il n'avait aucune idée de ce que signifiait la grande majorité du message, excepté les termes « Infirmerie », « Hoodie », et le nom de l'asile. Le sens des autres mots devaient être clairs aux yeux seuls du destinataire. De qui pouvait-il s'agir, justement ? La bibliothécaire ? Peut être. Quoi qu'il en soit, Misery n'avait pas été ramené à la bibliothèque. Le lieu jouait probablement un rôle important dans les échanges que tentait de faire Birthday.

Echange qui n'avait donc certainement pas eu lieu.

Alexander rédigea sa réponse au détective et se rallongea.


Le taxi qui avait récupéré Alexander et Crane à l'aéroport de Philadelphie avait disparu depuis seulement quelques minutes que des pass avaient été donnés aux deux hommes. Alexander était manifestement l'invité de Crane, qui était lui-même l'invité d'on-ne savait qui.

Le congrès de psychiatrie se composait de multiples stands et salles de conférence. La conférence de Jonathan Crane avait lieu à dix heures quinze, dans la salle quatre, juste après une séance sur les effets de la consommation de cannabis sur la schizophrénie. Le maître de conférence, un petit homme enrobé aux cheveux bouclés et à l'air enfantin, terminait son long discours visant uniquement à prouver -aux yeux d'Alexander- que la consommation de cannabis ne pouvait qu'augmenter les risques de déclenchement d'une schizophrénie latente, et ne participait pas à la création de la maladie.

Passionnant. Du réchauffé. Mr Wilson, le docteur sur l'estrade, semblait se croire à une séance de prévention contre la cannabis dans le secondaire, et oublier qu'il se trouvait face à un parterre de psychiatres émérites et non de lycéens fumés comme du bacon.

Le parterre en question semblait d'ailleurs aussi passionné par le discours qu'une classe de viande fumée le serait pour un cours d'économie. Dommage. Pendant que le professeur Wilson déblatérait ses inepties cultivées, les psychiatres jouaient distraitement avec leurs pass plastifiés , consultaient leurs téléphones portables ou notaient un mot de temps en temps.

Retour à l'Université.

Le tour de Crane arriva. Le professeur rondouillard quitta l'estrade. Quelques spectateurs quittèrent la salle, d'autres entrèrent. Lentement, le professeur Jonathan Crane se leva et gagna l'estrade dans le silence général. Ses jambes de criquet se dépliaient en de grades enjambées et le mince sourire de son visage allongé, ajouté à son aura impressionnante, closait les bouches de tous les membres de l'assistante.

Alexander soupira.

Tout allait encore être long et inintéressant. Il n'avait jamais été absorbé par les cours, en psychiatrie. Il se passionnait seul pour les sujets, et complétait seul ses connaissances accumulées. Les professeurs ne l'avaient jamais capté.

-Bien le bonjour à tous. J'avais l'habitude de tirer un coup de feu pour commencer mes cours et introduire le sujet de la peur. Mais on m'a menacé de me retirer le titre de professeur, et le droit d'enseigner. C'est pourquoi vous vous contenterez d'un long discours introductif. Je souffre autant que vous.

Crane ajusta le microphone à sa taille et prit position, souriant derrière le socle professoral. Il déposa les mains sur le bord du socle et repris la parole, d'une voix forte, quoique évidemment ennuyée :

-Chez les animaux, la peur est présente dès la naissance, on la nomme la « peur innée ». Généralement, il s'agit d'un instinct de défense. On peut prendre comme exemple le papillon, qui, lorsqu'il ressent le danger, déploie ses ailes pour faire fuir ou intimider l'ennemi.

Pendant que Crane développait son introduction autour de la différence entre peur innée et peur acquise chez leurs cousins les animaux, Alexander balaya l'assistance du regard. A sa droite, une jeune femme aux longs cheveux blonds et au décolleté plongeant faisait mine d'écouter, mais avait encore un écouteur dans l'oreille gauche. Pour le coup, on ne voyait pas vraiment la différence avec une lycéenne.

-Cependant, la peur chez l'Homme n'est pas la peur d'un élément, mais de la représentation de cet élément que l'on a. C'est là la différence entre peur et angoisse. Voyez-vous, l'angoisse est la sensation diffuse d'oppression dur à l'inconnu, comme la fameuse « peur du noir », par exemple. La peur, en revanche, est liée à un stimuli, extérieur. Par exemple, si j'avais tiré au pistolet, nous aurions eu quelques crises d'incontinence dans la salle.

Large sourire.

Alexander sourcilla à peine. Crane ne devait pas être un enseignant ennuyeux. Mais, si les plaisanteries vaseuses permettaient d'instaurer un climat spécial dans l'amphithéâtre, il fallait voir si le professeur parviendrait à captiver l'attention du public durant toute la conférence. La blonde souriait et agitait son stylo au dessus de sa feuille, mimant l'action d'écrire.

-Cette vulgaire introduction bouclée, nous allons pouvoir passer au plus intéressant, le sujet de cette conférence : la phobie. Quelle est la différence entre peur et phobie ? Et bien, mes chers confrères, comme vous le savez, la phobie prête un danger à un stimuli, une perception ou un élément qui n'est pas nécessairement, voir pas du tout, dangereux. Que de banalités, me direz-vous. Ne vous inquiétez pas, nous allons très vite passer au « concret ». Mais d'abord, laissez moi définir la phobie selon les deux points de vue déjà existants.

Messner croisa les jambes et fit à nouveau abstraction du « cours », pourtant intéressant. Un jeune homme, à sa gauche, fixait le maître de conférence de ses deux yeux ronds, tout en notant scrupuleusement ses dires sur un calepin. Wahou. Du cœur à l'ouvrage. Il le faisait presque penser à l'enthousiasme de feu le docteur Worthing. Presque.

-Donc, soit issu d'un traumatisme, soit venant du transfert d'une angoisse originelle sur un élément donné. Quelle que soit la théorie véridique, on remarque que la phobie est intimement liée à l'individu, qu'elle lui est propre et donc qu'il est impossible d'en établir une forme de régularisation. La seule méthode d'étude qui trouve grâce à mes yeux serait...

Le professeur avait accéléré son débit, tout en articulant chaque mot. L'assistance semblait vraiment intéressée, choses fort rare, pourtant.

L'œil désœuvré de Messner se posé sur deux personnes, devant lui, qui dégageaient une aura assez semblable à celle de Crane. Un homme aux cheveux soignés, châtain clair mêlé de gris, et une femme, aux savantes boucles dorées. Peut être une teinture. Mais bien faite, dans ce cas. La tête blonde se tourna, dévoilant un profil bien conservé, nez pointu, presque crochu, aux lèvres pincées. Elle souffla quelque chose à son voisin. Ce dernier hocha la tête. Dommage. S'ils s'étaient tournés, Alexander aurait pu savoir à quoi ressemblait exactement don profil. Il devait se contenter de leur probable haut niveau de richesse, à en juger par le costume et le tailleurs sur mesure qu'il distinguait au dessus des dossiers.

Alexander, fixer les gens est impoli.

Tu es encore parti Alex ?

Focalisation. Cela ne lui ressemblait pas. Il était plus concentré d'habitude. Et le discours de Crane était loin d'être ennuyeux. Peut être son rêve le perturbait-il trop. Il avait tout de même été envahi de sang, de malades et autre joyeusetés. S'il croyait à de telles fadaises, le jeune homme serait allé se documenter. Mais il n'était pas un fervent admirateur de Freud. Merci beaucoup.

-Cette phobie portant sur le nombre treize et tous ses multiples, est une des meilleures illustrations. Le patient est terrorisé par des nombres, il se contraint à les apprendre pour les éviter de son mieux. Comme dit précédemment, il n'y a pas de raison concrète à cette phobie. Et je n'ai pas perçu de traumatisme lié au nombre treize, chez ma patiente, Miss X. mais à quelque chose que ce nombre représente dans son for intérieur. C'est cette chose qui la terrifie. Selon une interprétation personnelle, subjective. Intime.

Ce dernier mot avait été souri. Alexander s'était presque senti atteint dans son amour-propre. Manque évident de subtilité. Sans volonté de subtilité.

T'as peur de la contagion.

Nous savons tous que certains maux de l'espèce humaine sont héréditaires et ne se transmettent pas par le toucher.

Crane dérivait sur les effets physiologiques de la peur. Si on suivait le plan de son exposé tel qu'Alexander l'avait vu dans l'avion, ils allaient bientôt passer aux divers traitements et à leur efficacité. Le jeune psychiatre avait probablement manqué la partie la plus intéressante du long laïus. Distraitement, Alexander se nettoya les mains à l'aide de son flacon de désinfectant. Il s'installa ensuite plus confortablement sur sa chaise, croisant à nouveau les jambes, et tenta de reporter son attention sur l'estrade, sans succès.

Vous êtes jeune, très jeune, pour aspirer à devenir psychiatre.

Alexander a le niveau. C'est largement possible.

Birthday comptait-il s'évader ? La question perturbait beaucoup Alexander. Il n'aimait pas être coupé de son lieu de travail, isolé. C'était quelque chose qui le dérangeait -à juste titre d'ailleurs-. Il ne pourrait être averti, en cas ce nouveau meurtre, par exemple. Ou encore, il ne serait pas mis au courant de la progression de la procédure d'enquête sur le décès de Worthing. Il était enclavé, loin de son univers de confort relatif.

Tout serait bientôt terminé de toute façon. Alexander tourna le regard, et se figea d'un seul coup. Un homme était assis sur un siège (dont il débordait sur les bords), enserré dans un costume vert olive sûrement très cher. Ses cheveux bruns bouclaient sur les côtés de son crâne dégarni, et une fine paire de lunettes surmontait l'arrête courbée de son nez aquilin.

Aristide Champelgru.

Alexander avait été stupide de penser qu'ils ne risquaient pas de se croiser en allant à cette conférence internationale de psychiatrie. Pas étonnant. Doucement, le jeune homme se tassa sur son siège et fixa résolument son regard sur Crane. Cependant, son regard glissait fréquemment sur le professeur ès psychiatrie, devant.

-La thérapie comportementale et cognitive, dite TTC, est donc le traitement le plus répandu existant...

Presque fini. Alexander se leva discrètement, bénissant le Seigneur des Psychiatres Maltraités pour l'absence quasiment totale de regards en coin de la part des psychiatres qu'il dérangeait par son passage. La bonne stratégie consisterait à s'approcher de l'estrade, hors de vue, et à attendre que Crane descende pour qu'ils rejoignent le reste du congrès tranquillement.

Alexander baissa les yeux sur ses mains. Il tremblait.

Tu as une idée de l'heure qu'il est mon garçon ?

Les gens sont des ignares.

Tu as lu Shining ?

Alex, j'ai peur

J'ai peur

Son regard se releva en vitesse lorsque les applaudissements envahirent l'amphithéâtre, pour croiser les pupilles brunes et humides du docteur Champelgru. Etait-il reconnaissable ? Oui. Sûrement, oui. Il avait les mêmes yeux, les mêmes pommettes, les mêmes cheveux. L'homme grassouillet se leva de sa chaise et entreprit de s'approcher du jeune psychiatre, qui s'orienta subtilement vers l'escalier de sortie, évitant ses confrères avec une agilité toute différente de celle de l'hippopotame en costume vert olive qui tentait de le suivre.

-Messner ? Nous vous cherchions.

Alexander se retourna, pour tomber nez à nez avec Crane et les deux inconnus, la blonde aux jolies boucles et l'homme sans profil. Qui s'avérait avoir un visage... perturbant. Incroyablement symétrique, aux arcades sourcilières marquées et aux yeux froids comme ceux d'un serpent, malgré un fin sourire aimable.

Carnassier

Ils vont nous manger Alex. J'ai peur.

Ne jamais s'inquiéter d'inconnus. Ils étaient tous inférieurs, au premier abord.

Le jeune homme haussa les sourcils.

-Tiens ? Nous déjeunons avec des amis à vous professeur ?

-En effet Messner. Je vous présente les docteurs Du Maurier et Wyman. D'éminents psychiatres, évidemment.

-Enchanté.

Il allait falloir serrer des mains. Ils souriaient aimablement, mais Alexander allait devoir toucher leurs mains répugnantes, qui avaient probablement traîné sur les accoudoirs des sièges de la salle de conférence, voir pire. Mais il serra les mains. Et, juste ensuite, se les désinfecta, tête haute et regard désintéressé posé sur ses trois interlocuteurs. Les deux premiers étonnés par son comportement sûrement considéré comme excentrique,Crane qui, de son côté, ricanait sous cape. Hilarant. Birthday et lui pourraient se lancer dans un spectacle comique.


Le repas était extrêmement intéressant. Les deux invités étaient cultivés et polis -un peu trop-, et savaient de quoi ils parlaient. Crane et Wyman s'étaient engagés dans un fier débat portant sur les troubles empathiques, Alexander mangeait sa pomme tout en parlant mégalomanie avec Bedelia du Maurier, une femme fort cultivée, malgré ses expression insupportables et ses regards de biche traquée qui avaient le don de hérisser les poils de la nuque d'Alexander. Il n'appréciait nullement cette femme, mais entre converser avec elle à propos de l'utilité de l'acupuncture et écouter Crane et Wyman commenter l'exposé qui avait précédé celui du grand épouvantail débraillé.

-Je n'en ai aucune idée, pour être honnête, souriait Le docteur Lloyd Wyman. Selon moi, un tueur en série peut se considérer comme un artiste indépendant.

-En effet, ricana Crane. Quel dommage qu'il n'existe pas de galerie pour ce genre d'œuvres.

Ils parlaient toujours de cannabis ?

-Voyons très cher, inclinaison de la tête de Wyman. Il avait croisé les jambes et étendu les bras sur les accoudoirs. Position de domination et d'assurance, il me semble que l'établissement dans lequel vous travaillez peut être considéré comme tel.

-Il n'y a pas tant de tueurs en série intéressants. Je vous ai déjà parlé de Tetch. Alexander soigne Beyond Birthday, il me semble, qui est manifestement intéressant.

Tous les regards se tournèrent immédiatement vers Alexander. Des fauves ayant repéré un autre condamné.

-Docteur Messner ? Quel est votre avis quant au patient Birthday ?

Froncement léger de sourcils. Il ne faisait pas du tout confiance à cet homme.

-Contradictoire. Au début, je pensais qu'il s'agissait d'un psychopathe, mais à présent je doute beaucoup. Il est affectable. Son comportement est irrégulier sans être illogique. Il présente des signes de bipolarité et de schizophrénie. Je l'ai déjà vu marmonner ou chanter seul. C'est une source de perplexité.

Bedelia échangea un regard en coin avec Wyman, qui haussa presque imperceptiblement les épaules, avant de croiser ses mains sous son menton et de fixer Alexander.

-Il pourrait simuler.

-J'y ai pensé, ça lui aurait évité la peine de mort. Mais je ne sais pas. Il y a quelque chose de vraiment malsain chez cet homme.

Une aura. Quelque chose de sale et de malade qui lui collait à la peau, qui empoisonnait l'air qu'il respirait, qui contaminait tout ce qu'il touchait de ses longs doigts blafards.

-Ce n'est pas parce qu'un homme est malsain qu'il est malade, sourit Wyman, mielleux et condescendant.

Alexander pencha légèrement la tête et croqua dans sa pomme. Il détestait qu'on le traite comme un enfant superstitieux. Le jeune psychiatre adressa un vague hochement de chef à son confrère plus âgé et sourit intérieurement.

-Non en effet. Sinon il n'y aurait que moi de sain à cette tablée.

L'autre sourcilla à peine.

Oulà, c'est qu'il mordrait, Alex-chou

Pas maintenant.

-En effet, je suppose qu'il faut une once de folie pour décider de consacrer sa vie aux maladies mentales, ricana Crane. Il posa ensuite sa main sur l'épaule de Alexander et poursuivit : Nous sommes donc tous malsains, sauf Alexander et Lloyd, qui sont timbrés.

Regards assassins, venant de Messner et Wyman.

-Aucun humour.

-Ce n'était absolument pas drôle.

Crane s'apprêtait à défendre son sens de l'humour face à un docteur Wyman toujours souriant, mais aux yeux toujours aussi froids, lorsque la fameuse chanson des Bee Gees, Stayin' Alive, résonna dans le café que les quatre confrères avaient élu. Crane se leva et, souriant à ses collègues, décrocha.

-Jonathan Crane.

Ses longs doigts étrangement pelés enroulés autour du combiné se serrèrent légèrement. Il leva les yeux au plafond et se mit debout.

-Ravi d'avoir de vos nouvelles pendant mes congés. Comment se porte Blackgates ?

Le directeur probablement. Mais pourquoi Quincy Sharp appelait-il Jonathan Crane, en personne, pour lui parler de l'asile ? Ne pouvait-il pas attendre la fin des congés. Non, probablement pas . Ce devait être ainsi que Crane pouvait être tenu au courant des moindres événements de BlackGates, peut-être même que les appels de Sharp étaient réguliers et prévus. Le professeur s'éloignait lentement de leur table, balançant ses jambes dans le vide comme une marionnette géante. Alexander le suivit des yeux quelques secondes, puis se concentra à nouveau sur ses deux collègues. Wyman lui adressa un léger sourire du côté droit.

-Donc, Jonathan m'a dit que vous avez commencé le travail de psychiatre à l'âge de dix-neuf ans. C'est jeune. Pourquoi étiez-vous aussi motivé ?

Sujet de conversation bateau pour tenter de mieux le connaître. Compréhensible, Lloyd Wyman n'avait peut être pas envie de voir le silence s'éterniser et ne connaissait pas personnellement son interlocuteur. Il se devait donc de composer avec les éléments à sa disposition.

-La part obscure de l'esprit humain est quelque chose que je trouve fascinant et complexe.

Honnête, pas trop détaillé. Parfait. Une fossette se creusa sur la joue rasée de frais de Wyman.

-Je vois. Je peux comprendre votre point de vue. La conversation se relançait progressivement, l'homme plus âgé avait réussi à orienter subtilement la conversation vers le syndrome de Dieu, un sujet académique quoique complexe, qui aurait intéressé Alexander, si Crane n'était pas revenu quelques minutes ensuite, l'expression absente.

-Quelles nouvelles ?

Quelque chose de négatif ? Un nouveau mort ? Une évasion ?

Sous les paupières d'Alexander, une série de lettres majuscules, sur un écran, se succédaient. B-L-A-C-K-G-A-T-E-S-I-N-F

Non. BB ne pouvait s'être évadé. Il extrapolait parce que Beyond Birthday et son code avaient grignoté tout son raisonnement. Volontairement ? Non. Non. C''était tout simplement, un tour de son esprit qui, harassé par l'ennui, cherchait un échappatoire.

-Pas vraiment. Nous serons interrogés à notre retour à l'asile, et Tetch me réclame. C'est tout. Je n'ai pas demandé de nouvelles de tes patients, tu es en congé.

Menteur. Ses pupilles grises étaient curieusement dilatées. Signe de mensonge.

-Il s'est passé quelque chose de grave ?

-Tien qui doive gâcher notre congé Messner. Rien qui vaille le coup.

Les deux hommes échangèrent un regard point trop affectueux, prunelles bleues dans iris gris, jusqu'à ce que le docteur Wyman questionne de sa voix de velours :

-Et comment va Holly ? Je n'ai plus de ses nouvelles depuis que vous vous êtes installés ensembles.

Crane serra légèrement la mâchoire puis soupira.

-Elle va bien. Beaucoup de travail, les astreintes sont ce qui la mine le plus je pense. Je n'ai jamais travaillé avec des enfants mais ça semble assez usant.

-Je suis certain que ça l'est.

Alexander adopta une position plus confortable sur sa chaise et soupira. La journée se terminerait vite. Elle devait se terminer vite.


Voilà c'est terminé ! Je vous prépare le chapitre suivant aux petits oignons (onions ? Héhé)

Dites moi ce que vous avez pensé du chapitre, ce qui vous a plu, pas plu, les questions que vous posez, dites moi tout en review ^^ Ou ne reviewez pas, si vous le souhaitez ._.

Merci aux followers et favs, vous gérez

RaR :

Naitaa : Outch 0-0 Trois fucking patés '-' tu t'es surpassée très chère '-' J'ai déjà répondu à la plupart de tes questionnements, je te laisse donc le nouveau chapitre, tel un quartier de viande fraiche (avec une truffe à l'intérieur). Bisous~

PxdxlF : Yep, t'as bien trouvé. Quand j'écris, je m'axe sur tous les sens que je peux, ça permet de l'immersion, je trouve, et je trouve ça plus agréable à écrire et à décrire. Bref, j'espère qu'il y avait moins de fautes dans ce chapitre que dans le précédent x) Le comportement d'Alex n'est pas professionnel aux yeux de L parce qu'il entre dans le jeu de BB, adopte des comportements, des non-dits et des insinuations qui le rapprochent du patient au lieu de lui permettre de le traiter sans investissement personne;3 c'est l'explication in a nutshell :'3

Ilonadark : Merci pour le compliment sur le chap, déjà, ça m'a rassurée quant à la qualité ^^ ' merci pour la review !

Saki-R : moi je t'aime '-' merci pour ces compliments au fait, ils ont atteint mon kokoro;- pour Wothing, quelqu'un devait payer pour les péchés de l'asile, héhé. Et puis la symbolique, toussa toussa. Plus t'es tordu, plus tu survis, pour le moment~ Ne te sens pas comme une merde. S'ils te méprisent, c'est parce que c'est des soi-disant génies qui se sentent plus pisser =-= tartes les de ma part s'ils rigolent =^=

S Ryuzaki : Salut, merci pour la review pour commencer :D Merci aussi pour les compliments, ça me touche beaucoup ** Tu dois absolument lire Another Note, même si spoilée, ça vaut le coup ** Et pour le livre ou roman, j'aimerais bien, j'aimerais beaucoup mais je n'ai pas de manuscrit ni d'idée bien construite pour histoire longue :'3Merci en tout cas ^^

skylark18 : ….Merci pour la review et les compliment, ça fait vraiment plaisir !

LaPouufyPaume : Merci pour la review, je suis contente que la fic te plaise ^^ Pour le code, je ne donne que la solution, à vous de trouver la clé si vous le voulez ou si vous y arrivez ^^

JOYEUX NOWELL LES GENS 3