Bonjour mes agneaux !
Euh
Je suis en vie ? Coucou ? J'espère que vous vivez encore aussi ! Et que vous allez bien '-'
Bref, je ne vais passer une éternité à justifier l'espacement des publications, ce serait stupide, pas utile et répétitif, puisque des retards de ce type risquent de se multiplier. Je ne suis jamais satisfaite de mon travail, que ça concerne les chapitres de cette fic comme le travail scolaire, c'est pour ça que je mets toujours beaucoup de temps à écrire ou à travailler,(ouais parce que mine de rien, l'écueil "BACCALAUREAT" se profile à l'horizon chers lecteurs). J'ai fait de mon mieux pour produire un chapitre de qualité, j'espère y être parvenue ^^'
Je voulais tous vous remercier pour vos adorables reviews qui remontent le moral quand j'ai l'impression de faire de la merde, et aussi vous souhaiter une bonne lecture, parce que c'est le minimum de la politesse, chers lecteurs.
Sur ce, je vous laisse vous servir une petite tasse de thé, ouvrir votre jolie boîte de biscuits au gingembre et profiter de mes lourdes envolées non lyriques.
Enjoy~
Repost, paniquez pas les pt'tits loups, y'a toujours 11 chapitres. Merci Naitaa
Disclaimer: je n'ai pas écrit Death Note, je n'ai pas écrit Batman, je n'ai pas écrit Bates Motel, je n'ai pas écrit Split (mais je vous le conseille, il est trop bien !), je ne possède qu'Alexander, Worthing (mais ça sert plus à rien, héhé) et quelques autres humbles personnages '-'
Chapitre 11: Dialogue
"Ta vraie muse pour la prose, c'est le dialogue, car dans celui ci tu peux faire dire des saillies absurdo-ingénuo-mythiques qui interprètent hypocritement la réalité. Ce que tu ne pourrais faire en poésie. »
Cesare Pavese, Le métier de vivre, 1952
Alexander était proprement et simplement choqué. Les nouveaux emplois du temps, récupérés à l'accueil de Blackgates, étaient absolument horribles. Planté face au bureau de l'accueil, le jeune homme parcourut une énième fois ses grilles des semaines à venir, de plus en plus ébahi par les modifications qui y avaient été apportées. Il leva les yeux vers le visage disgracieux de l'employée de l'entrée.
-Il doit y avoir un problème, miss. Ce n'est pas mon emploi du temps, je suis censé voir Beyond Birthday, le patient 127, cette semaine. Et je n'ai aucun patient numéro 249 à voir cette semaine, en fait je n'ai pas de patient 249 tout court.
La femme continua de mâcher son chewing-gum, à la manière d'une vache, et lui lança un regard marron, aussi expressif que l'oeil maquillé à saturation d'un bovin lobotomisé. Son rouge à lèvres pâteux collait ses lèvres ridées.
-J'en sais rien moi. C'est vous le docteur Messner, non ? Voix grinçante et molle, infiniment désagréable.
Alexander Addams ? C'est on tour mon garçon.
-Oui, c'est moi.
Ton dubitatif. Elle n'avait pas besoin de confirmation, non ? Il portait son badge.
Un index fripé et boudiné s'invita sur la feuille d'emploi du temps, pointant le titre du document du bout d'un ongle vert vomitif raillé de rose flashy,taillé en pointe. Mais malgré le soin apparemment porté à la « teinte » de la griffe en question, on pouvait voir, sous les couleurs agressives, une fine ligne marron camouflée. La saleté qui se nichait sous l'ongle.
Absolument
Révulsant.
-Ben c'est écrit là. « EDT Docteur Messner ». Donc c'est votre emploi du temps. Je suis pas responsable moi.
CQFD
Alexander planta son regard bleu dans les yeux humides de la femme, exigeant plus que cette réponse télégraphique et simpliste. Soudain, une sonnerie de téléphone résonna, copie électronique du thème principal d'un quelconque blockbuster. La secrétaire fit lentement rouler sa pauvre chaise et promena ainsi son derrière mou vers le combiné, le plus à gauche sur le guichet. Parfait. Bien décidé à obtenir des explications, Alexander resta en place, tapotant distraitement sa cuisse, balayant les lieux du regard.
Sur les sièges en plastique destinés aux visiteurs, une petite fille balançait ses jambes d'avant en arrière. Son regard était obstinément fixé sur le sac de sport violet dont elle serrait les poignées dans ses petits poings. Un homme, probablement le père, lui tapotait doucement l'épaule, tout en gardant une distance respectable. Le regard vert de l'enfant croisa celui du psychiatre, qui se contenta de le soutenir sans flancher, et de hausser un sourcil, pour la forme.
-Messner, le directeur Sharp vous veut dans son bureau, immédiatement.
Voix traînante, le retour de la vache normande.
-Merci, répondit-il, pincé.
La secrétaire ignora totalement sa réponse. Alors qu'il quittait le hall d'entrée, le jeune homme entendit la voix flasque de la femme interpeller les deux autres personnes.
-Miss Evans ? Le professeur Crane est indisponible, vous passerez donc uniquement votre examen avec la pédopsychiatre, le docteur Grant. Aile droite, troisième étage.
Enchanté, je suis docteur.
On ira souvent chez le docteur ?
Ça dépendra.
La porte de l'ascenseur se referma sur Alexander. Que voulait encore Sharp ? Était-ce en lien avec les meurtres à l'asile ? Fausses preuves ?
Seul dans la cabine, le psychiatre rongeait silencieusement son frein. Il s'était produit des choses, durant l'absence de Crane et lui. Quelqu'un aurait pu l'accuser ? Il aurait pu arriver quelque chose à l'un de ses patients ?
La porte du directeur était en bois, le bureau était étonnamment cozy, pour l'antre du propriétaire d'un asile psychiatrique.
Dès que la porte s'ouvrit, le nombre de personnes présentes frappa Alexander. Sans compter Quincy Sharp, ils étaient quatre invités. Jonathan Crane, assis et replié dans le fauteuil en cuir, ainsi que deux personnes en uniforme, de toute évidence des policiers. Le premier fouillait dans un dossier. Coupe en brosse, épaules larges, visage tanné et carré, le cliché du militaire. L'autre, de manière assez inattendue, était une femme, à en juger par sa longue queue de cheval brune, même si son absence totale de formes féminines pouvait instiller le doute. Sa position clairement irrespectueuse -appuyée contre le coin du bureau en chêne du directeur-, mit Alexander très mal à l'aise. Lorsque la porte se referma derrière lui, elle quitta son appui et, en deux grandes enjambées, se planta juste en face du psychiatre.
-Enchantée, je suis le lieutenant Rhez, de la police de San Francisco ! Le lieutenant Einsberg et et moi sommes ici pour enquêter et recueillir les témoignages à propos des morts suspectes dans cet asile. On n'attendait que vous.
Bonjour, je suis Mrs Ackermann, fonctionnaire, tu as du en voir pas mal des comme moi mon garçon !
Mon garçon.
Alexander prit calmement place sur la seule chaise en bois, très rébarbative, que Crane lui avait gracieusement laissé. Pourquoi n'interrogeait-t-on que Crane et lui ? Ils n'étaient pas les seule mêlés à l'affaire. Pourquoi Sharp devait-il être présent ? Etaient-ils soupçonnés de quelque chose ?
-Ne devrions-nous pas être interrogés séparément ? Je trouve aussi qu'il n'est pas très judicieux de n'interroger que deux employés dans toute l'aile des criminels atteints.
Crane sourit légèrement, et lissa les plis de sa verste brune. On ne lui avait manifestement pas laissé le temps de passer sa blouse.
-Votre collègue nous a posé exactement la même question, ricana la policière. Nous avons interrogé vos collègues pendant votre absence, et même si les faits qui se sont produits entre temps auraient normalement dû vous disculper, je préfère prendre toutes les précautions du monde.
Du coin de l'œil, Alexander vit Quincy Sharp manipuler quelques boutons de son ordinateur dernier cri. Ses petits doigts boudinés frappaient le clavier, tremblants, comme soumis à une autorité autre. Un démon peut être, cet asile avait bien besoin d'être hanté.
Saisissant avec un léger retard la portée de ce que venait d'annoncer le lieutenant Rhez, le psychiatre se tourna à nouveau vers elle et questionna du ton le plus neutralement curieux dont il soit capable :
-Je viens à peine d'arriver, je n'ai pas eu l'occasion de prendre des nouvelles de l'établissement. Que s'est-il produit en notre absence ?
Il allait enfin savoir ce dont on avait informé Crane le jour de la conférence. La policière remonta ses lunettes sur son nez, peut-être décontenancée par la nonchalance du suspect, puis expliqua, feuilletant son dossier.
-Jervis Tetch, patient du docteur Crane, a été retrouvé décédé dans les mêmes circonstances que Jérémiah Worthing et d'autres patients avant lui, selon une source intérieure.
Jervis Tetch. Il s'agissait de l'un des patients « préférés » de Jonathan Crane. Celui avec lequel il buvait régulièrement du thé. Messner examina son supérieur. Ce dernier, visage tendu, sec et pincé, quoique neutre, jetait régulièrement des coups d'œil à sa montre-bracelet, comme s'il craignait d'être en retard à un quelconque rendez-vous, ou s'il était simplement pressé de quitter la pièce. Tenait-il à ce patient ? Pouvait-on s'attacher à un malade au point de souffrir de son décès ? Le sujet attristait-il Crane ?
Perdu dans ses considérations relationnelles complexes, Alexander n'avait pas entendu le lieutenant l'appeler. Lorsqu'elle lui agita la main devant la face, il cligna un instant des yeux avant de retrouver contenance et attitude blasée.
-Oui ?
-Je vous demandais si vous pouviez me donner votre version des faits, docteur Messner. Que faisiez-vous le 26 ?
Balayant la pièce du regard une nouvelle fois, le jeune homme remarqua l'absence nouvelle de Crane et de l'autre policier. Ils avaient été séparés ? Il fallait vraiment qu'il se réveille. Vraiment.
-J'étais à Philadelphie avec le professeur Crane, au congrès de psychiatrie. Nous sommes restés avec deux collègues et amis du professeur, Lloyd Wyman et... -brève hésitation sur le nom- Bedelia Du Maurier, ils pourront confirmer je pense.
-Vous pouvez épeler les noms s'il vous plaît ?
Messner plissa le nez, et répliqua, du ton le plus méprisant de son répertoire, comme si la réponse allait de soi.
-Bien sur que non, nous avons été présentés par le professeur, à l'oral.
-Vous avez une excellente mémoire auditive, dans ce cas.
S'agissait-il de ressentiment ? Ou de suspicion ? En tout cas, la remarque avait eu une consonance étrange à l'oreille d'Alexander.
-Pas particulièrement. Le professeur nous a présenté, nous avons déjeuné ensemble. Il est normal que je retienne leurs noms, afin de tenir une conversation.
La conversation est la base du contact social.
La femme plissa légèrement les lèvres. Il avait eu le dernier mot, ne lui déplaise.
-D'accord, cela semble aller de soi. Bien, ensuite, on peut remarquer que la majorité des décès ont eu lieu dans cette aile de l'établissement. Vous comprenez donc que nous ayons fait de notre mieux pour exploiter toutes les informations données sur les suspects.
-Et ?
-Avez-vous tué ces patients et votre collègue ?
La question fit à Alexander l'effet d'une douche froide. Pourquoi lui posait-on la question aussi directement ? On ne le ferait pas face à un quelconque suspect. Il y avait forcément eu quelque chose.
-Bien sur que non. Mon travail dépend de mes patients, et je n'avais aucun grief à l'encontre de Jérémiah Worthing.
-Il y a pourtant eu des déclarations différentes.
Alonso ?
-L'un de vos collègues a émit des doutes quant à votre honnêteté et à votre santé mentale, lors de nos entretiens.
Loufoque.
On avait dit qu'il était fou. Et ces agents imbéciles le prenaient peut-être pour acquis. C'était innommable.
-Pardonnez-moi, mais s'il s'agit du témoignage d'un seul de mes collègues, qui nourrit probablement de la rancune à mon égard, d'autres psychiatres ou membres du personnel ont-ils confirmé ces accusations ?
-Je me charge des questions, merci.
Bref silence, la policière soupira, avant de reprendre :
-Vous comprenez bien, docteur Messner, que je ne pouvais négliger des informations, si subjectives et faibles soient-elles. J'ai donc pris la liberté de lancer des procédures pour contrôler vos achats, virements et autres.
D'une main experte, la femme tourna quelques pages d'un dossier, pour finalement en sortir une feuille, qui ressemblait très fortement à un relevé bancaire. Alexander inspira silencieusement. L avait doublé son salaire pour indemniser la prise en charge de Birthday, et le jeune homme n'avait pas encore eu le temps de mettre en place des procédures pour créer un second compte ou verser un salaire sur deux, et éviter les soupçons.
-Votre salaire a doublé ces derniers mois, peu après le début des crimes. Presque au moment du meurtre de votre propre patient, Arnold Wesker.
Génial. Il allait devoir trouver un nouvel échappatoire. Il ne pouvait évidemment pas mentionner L. Coup d'œil à Sharp, ce dernier remuait nerveusement les bras, fixant aléatoirement l'écran, Alexander, la policière et l'écran. D'accord. Le directeur replet ne souhaitait pas non plus être inculpé pour corruption ou fraude. Surtout que L ne devait pas être son seul fournisseur de pots-de-vin et de torts en matière de monnaie frelatée. Tant pis.
-Je ne suis pas responsable de mon salaire. Si mister Sharp a jugé bon de m'augmenter d'une manière très gratifiante, libre à lui, il a ses raisons.
Le regard de la femme de loi se tourna vers le directeur de l'établissement comme une girouette disgracieuse.
-Pourquoi avoir augmenté le salaire du docteur Messner sans pour autant lui avoir accordé de promotion ?
Quincy Sharp suait clairement, tortillait ses doigts graisseux et mordillait sa lèvre inférieure inexistante.
-Je...Je fais ce que je veux du salaire de mes employés.
-Je ne vous reproche rien, j'essaie simplement d'éclaircir le dossier d'Alexander Messner, qui est très nébuleux, vous l'avouerez.
-En effet.
-Donc, quelle serait la raison de cette augmentation ?
Alexander se retenait à grand peine de demander poliment à la représentante de l'ordre d'aller traîner sa queue de cheval ailleurs, lorsque la sonnerie d'un téléphone fit tressaillir cette dernière.
-Je croyais l'avoir éteint, marmonna-t-elle, scrutant l'écran d'un air dubitatif, qui parut vite intrigué, plus totalement contrarié, très inquiet même.
Le jeune psychiatre détaillait sans aucune gêne les expressions de la policière, savourant intérieurement sa décrépitude bien méritée. Il n'avait aucune idée de ce que pouvait contenir le message qu'elle avait reçu, mais il percevait cette dégradation chez la femme comme une sorte de « revanche personnelle ».
Lèvres serrées, la brune tourna son regard vers Messner, puis vers l'écran, puis vers Messner, puis à nouveau vers l'écran. Quoi que contienne le message, il avait une influence sur le traitement qui allait être réservé au jeune homme. Elle soupira, comme si elle rendait les armes.
-Pardonnez moi directeur Sharp, docteur Messner. Je comprends que le métier de psychiatre soit très corrosif et nécessite d'être justement rémunéré.
Revirement trop rapide pour être crédible. Le message avait sûrement incité la femme à abandonner ses investigations dangereusement « poussées ». Ou peut être un peu forcé. On avait pu contraindre la représentante de l'ordre à laisser tomber sa mission « légale ».
Le responsable devenait assez aisé à deviner.
Bref regard à l'ordinateur, face à Sharp. La LED du microphone brillait d'une lueur verte. Il avait compris.
-Excuses acceptées. Le professeur Crane souhaite-t-il s'entretenir en privé avec vous, mister Sharp ? Je souhaiterais éclaircir certains problèmes à propos de mon nouvel emploi du temps.
Reprenant du poil de la bête -de l'éléphant de mer, selon Alexander- le directeur referma l'écran de l'ordinateur et adressa au psychiatre un bref hochement de tête professionnel.
La policière sortit, vraisemblablement pour retrouver son collègue, qui devait en avoir fini avec le professeur, et Alexander se laissa à nouveau tomber -sur le fauteuil cette fois- et fixa Quincy Sharp d'un œil expectatif.
Le petit homme poussa un soupir excédé, se laissa tomber sur son grand fauteuil moelleux, et éteignit le micro de l'ordinateur. Son ventre grassouillet formait un repli sur ses cuisses, tendant à l'extrême le tissu vert de la chemise à carreaux du directeur. Immonde tumeur qui avait hideusement gonflé. Alexander détourna les yeux de l'énorme difformité pour se concentrer sur les yeux de son interlocuteur.
-Durant vos congés, un des patients du professeur Crane est décédé, comme on vous en a informé. De plus, on a réparti les patients du docteur Worthing entre vous autres, ses collègues.
-Ashley River est une patiente de Jonathan Crane. Pas de Jérémiah Worthing.
-Laissez moi terminer. Le professeur Crane a prit trois nouveaux patients. Le premier remplacera Jervis Tetch, le second est celui qui lui a été attribué, et le troisième est celui qui vous avait été attribué, vous confiant donc sa patiente, Ashley River.
-On ne m'a pas demandé mon avis.
Un éclat de malice passa dans les prunelles obscures du directeur rondouillard.
-On peut annuler toutes les mesures prises à l'initiative du professeur. Vous perdez Miss River. En revanche, vous récupérerez votre patient originel, Norman Bates si je ne m'abuse.
Norman Bates ? Un tueur, psychotique. Il avait traumatisé Worthing. Peut-être que Crane avait demandé à le prendre en charge pour tenter de « protéger » Alexander. Et en profiter pour le jeter en pâture à Ashley River, donc il voulait à l'évidence se débarrasser depuis un moment. Messner voulait-il rendre service à son collègue ? Il fallait admettre qu'il lui en devait une, pour l'avoir conduit au Congrès de Psychiatrie et accueilli sous son toit. S'il y avait vraiment un problème avec la prise en charge de River, il pouvait bien faire ça pour le professeur. Et il était aussi curieux de savoir ce qu'avait cette patiente qui faisait fission avec le si parfait et professionnel professeur Crane.
-Je peux me charger de River. Un patient ne reste qu'un patient, après tout.
Bref silence. Alexander décida d'aborder le second sujet qui le préoccupait vis-à-vis des emplois du temps.
-De plus, Beyond Birthday n'apparaît pas dans mon emploi du temps de cette semaine. J'aimerais en connaître la raison.
Quincy Sharp tapota nerveusement le rebord lustré de son bureau, et reprit la parole, d'une voix assez aigre.
-Le patient 127 a tenté de mettre fin à ses jours.
Je veux mourir !
Beyond Birthday ? Une tentative de suicide ? La révélation fit à Alexander l'effet d'un direct droit dans l'estomac. Suivit l'inquiétude. Une angoisse que le psychiatre se hâta de refouler, il n'avait pas pour habitude de se sentir touché par une quelconque nouvelle. Il n'était pas dans le caractère de Birthday de porter atteinte à sa propre vie... Quoique, il avait déjà essayé par le passé...
-Pardon ? Mince, son ton n'avait pas été aussi impassible qu'il l'avait souhaité.
-Il a tenté de se pendre avec les draps de son lit. Miss Jones l'a trouvé évanoui, quand elle est passée récupérer le linge sale. Il est confiné à l'infirmerie pour les jours à venir et ce, jusqu'au premier janvier. Mais une camisole de force sera à prévoir.
La chansonnette que poussait Birthday lors de leur dernier entretien se rappela au bon souvenir de Messner, comme un serpent insidieux « Ne pleures pas Jeanette, nous te pendouillerons... ». Pendu. Strangulé. S'agissait-il d'un appel ? D'une forme d'avertissement vis-à-vis du suicide prévu ? Comme une sorte d' « appel à l'aide » ? Le suicide était, dans a plupart des passages à l'acte qui réussissaient, l'ultime recours d'un individu plus que désespéré. Beyond Birthday n'avait pas paru désespéré à Messner. Il avait peut-être été au bord du gouffre lorsque l'affaire de Los Angeles était arrivée vers sa fin, et qu''il avait vu l'œuvre de sa vie -selon ses propres dires- échouer à cause de L. Cependant, il n'avait pas manifesté de pareil sentiment depuis son incarcération. De plus, Birthday avait déjà strangulé auparavant, sa première victime. Se pendre soi-même reviendrait à se mettre au niveau de cette victime, à se rabaisser au point de partager son sort... Difficile pour un ego aussi développé que celui de BB.
De plus, le suicide avait échoué, pour une raison vraiment évitable. Il aurait suffit d'observer les horaires de l'aide soignante et de se suicider avec succès juste après son départ. Cet échec était intrigant. Le malade était bien assez intelligent, pardon, génial, pour au moins réussir à se suicider ou à calculer à quel moment l'aide soignante ne risquait pas de passer par sa cellule.
Je ne suis pas stupide, arrêtez de me traiter comme un incapable.
Restaient alors deux seuls scénarios plausibles : soit Beyond Birthday s'était volontairement mutilé, dans un but encore obscur aux yeux de Messner, soit quelqu'un avait tenté de l'éliminer, en faisant passer le meurtre pour un suicide, mais avait échoué.
Sans s'en apercevoir, le jeune psychiatre s'était perdu dans ses réflexions et avait planté ses ongles dans le cuir qui recouvrait les accoudoirs du fauteuil. Il fut ramené sur le plancher des vaches par une aimable parole du directeur.
-Messner ? Je ne vous paie pas à rêvasser.
Même si la moitié de ses honoraires ne venait plus de la poche de Quincy Sharp. Alexander retint la réplique piquante qui lui chatouillait le muscle buccal et se redressa calmement.
-Parfait, je vais donc visiter mon patient de la journée. Au revoir.
Lorsque la porte du bureau du directeur se referma dans le dos de Messner, comme s'il avait simplement été congédié après s'être vu attribué une heure de retenue, le jeune psychiatre se retrouva seul dans le couloir aseptisé et chauffé. Parfait, il n'avait plus qu'à aller voir son patient, probablement.
S'il se dépêchait, il aurait le temps de passer à l'infirmerie à la pause déjeuner.
Le patient qu'Alexander devait rencontrer était justement Boris Heldévary, pyromane récidiviste, qui avait déjà menacé Alexander de le brûler par le passé. De le réduire en cendre, plus précisément. Aux yeux du psychiatre, il était essentiel, pour son intégrité physique, qu'il s'assoit assez loin du malade. Aussi la chaise sur laquelle il prenait habituellement place s'était vue reculée d'environ trois pas de la couchette qu'élisait généralement le pyromane pour s'installer, durant leurs discussions. Ce jour là ne faisait pas exception à la règle. Messner avait croisé les jambes, confortablement installé dans une chaise, à une distance respectable du malade qui, pour sa part, semblait avoir connu une remarquable détérioration durant l'absence du practicien. Il était appuyé, bien plaqué contre le mur blanc de la cellule. On aurait pu le prendre pour un grand rat famélique. Ses yeux balayaient la pièce, comme les mains d'un alpiniste en train de tomber grattant la paroi en quête de prises. Ses cheveux châtains étaient plaqués contre son crâne, couverts d'une fine plaque de sueur. En fait, le patient semblait en proie à une crise de manque toxicomaniaque.
Comme
Comme Stubbs.
Mais en plus léger, plus estompé, plus pastel, délayé.
-Mister Heldévary, vous m'entendez ?
A l'aide !
Silence. Le regard aphasé du malade continuait de virevolter à droite et à gauche. Le patient semblait totalement coupé du monde réel, de la cellule et de l'appel du docteur Messner. Ce dernier fronça immédiatement les sourcils, et approcha lentement du malade, à l'instar d'un animal dangereux. Et en un sens, c'est ce qu'il devenait potentiellement. Lorsqu'il perd ses repères, l'être humain revient à son état d'origine, un animal sauvage réagissant à l'instinct. Une bête ridicule, toutefois, car l'homme, dans toute la grâce de son « évolution » s'était retrouvé dénué de tous les attributs fort justement offerts à la faune. Pas de griffes, pas de crocs, rien du tout.
Bref, Alexander avança précautionneusement et, retenant un spasme de désagrément, saisit fermement le menton du patient pour lui renverser la tête en arrière. Ignorant les piètres glapissements que poussa le pyromane en guise de protestation, il lui écarta les paupières à l'aide du pouce et de l'index de son autre main -poisseuses de sueur, il pouvait même sentir les iris remuer sous la fine membrane épidermique et veineuse, comme un fœtus dans le ventre d'une femme gestante-. Les iris bruns du patient disparaissaient aléatoirement sous une pupille agitée de spasmes.
-Boris Heldévary, est-ce que vous entendez ma voix ?
Est-ce que tu m'entends ? Clignes des yeux si c'est le cas.
Léger mouvement de tête, presque spasmodique, presque nerveux. Mais Alexander l'avait senti.
-Avez-vous consommé des stupéfiants ? Que voyez vous ?
Tu t'es fait mal ?
Délires hallucinogènes, ils pouvaient être liés à une prise de médicament inadaptée, une erreur de dosage, ou alors... Hallucinations paniquantes... C'était bien le produit qui avait poussé Arnold Wesker au suicide, non ?
Des flashes blancs ! BLANCS !
Messner saisit en hâte le poignet du patient et tordit le bras afin d'avoir une belle vision du creux du coude, en pleine lumière. Le fin duvet s'éclaira d'une lueur blanchâtre, et la peau déjà blanche à cause du manque d'exposition aux ultraviolets devint diaphane, comme du papier de soie. D'un œil aussi acéré qu'un scalpel, Alexander balaya le repli de chair, suivit les veines violacées qui se dessinaient comme des rivières pourpres sous le parchemin de peau. Pas de marque de piqûre, même minuscule. Le jeune homme ajusta ses lunettes et examina de la même manière la jugulaire, et la nuque. Ses lèvres étaient pincées face à son échec, elles ne formaient qu'une ligne droite et fine. Il n'y avait pas de trace d'injection de quelque sorte que ce soit. Ne restait que la voie orale. Un effet secondaire des médicaments en trop grande dose. Mais venait un problème. C'était lui-même, Alexander Messner, qui avait à charge la conception de l'ordonnance de Heldévary. Il ne se souvenait pas avoir prescrit quelque médicament que ce soit pouvant potentiellement provoquer des hallucinations paniquantes ou aussi stimulantes que celles qui semblaient assaillir le pyromane. Voyons, qu'avait-il prescrit déjà ? Des calmants, à cause de son pic de violence. Des neuroleptiques, aussi appelés antipsychotiques. On les employait généralement pour traiter la schizophrénie et la bipolarité, mais pour une pathologie lunatique telle que celle du malade, le Zyprexa devait faire effet. Et, dans le cas contraire, rien de plus utile que l'empirisme pour vérifier une théorie. De plus, un antipsychotique aurait dû calmer les hallucinations, pas en créer de nouvelles.
Un accident ? Un mélange des boîtes sur le chariot de l'aide soignante ?
Possible.
-Monsieur Heldévary ?
Claque solide sur l'épaule de l'homme, fort heureusement couverte par le tissu rêche de l'uniforme. Mais, au moment où on entendit le bruit de la claque, originellement destinée à arracher le malade à ses hallucinations et à lui redonner un petit contact (certes aussi agréable qu'une thérapie par électro-chocs) avec la réalité, les yeux du malade s'écarquillèrent et son regard se fit honteux. Totalement, pleinement, monstrueusement honteux. Comme un enfant qui a cassé une vitre avec un ballon et qui prie pour que la rencontre amicale entre la paume de sa mère et sa joue rondelette n'ait jamais lieu. Alexander, toujours à une distance respectable, fronça les sourcils pour signifier au malade mort de gêne qu'il ne comprenait absolument pas la situation.
Puis l'odeur parvint à ses narines.
Odeur chaude, acide. Safranée.
Odeur connue, répandue dans le métro, dans les ruelles, dans la salle de bains de la maison.
Odeur sale.
Odeur d'urine.
Alexander ?
En cas de forte panique, probablement provoquée par la légère claque sur l'épaule, les muscles de la vessie se relâchaient violem- Alex !
Non.
Alex fit deux pas en arrière, il sentait l'odeur s'agglutiner sur lui, comme une seconde peau, poisseuse, collante, répugnante.
Aides moi s'il te plaît , je ne veux pas avoir de problèmes...
Il fallait garder son calme.
Garder. Son. Calme.
-Je... vais vous envoyer une aide soignante.
Il faut nettoyer. Viens.
-Je suis désolé docteur... Ça va mieux maintenant. Vous pouvez rester avec moi s'il vous plaît ?
Et puis quoi encore. Le regard qu'Alexander posé sur le malade immonde était polaire.
"Restez" ? "S'il vous plaît" ? Si Alexander avait été dans son état normal, il aurait sûrement remarqué le changement d'attitude radical dont faisait preuve le patient. En effet, Heldévary était autrefois totalement hostile, voir menaçant, envers le docteur. C'était comme si l'humiliation en avait fait un petit chien terrifié et soumis. Mais Alexander n'était pas dans son état normal. Aussi, peut être que la partie inconsciente de son organe cognitif en prit note, et mit cette information de côté pour plus tard, comme il arrive à chacun d'entre nous de temps en temps, mais quoi qu'il en soit, la partie consciente d'Alexander Messner était trop occupée à conserver les digues de sa conscience en état pour y penser.
Rester ?
Aides moi Alex
Sans rire.
Et puis quoi encore.
Trois pas de recul. L'odeur le collait, elle s'enroulait autour de lui, l'asphyxiait comme une seconde peau. Une mue empoisonnée, qui tuait sa peau, son corps, son esprit et son pouvoir de discernement.
Le cœur qui accélère.
-Non. Je vais chercher... une aide soignante.
Le cœur qui s'affole.
Boum boum.
Porte claquée.
Boum boum.
Alex ?
Boum boum.
L'ascenseur était trop étroit, la saleté ricochait contre les parois métalliques. Alexander ne savait plus trop comment respirer ou tenur debout, mais hors de question de s'appuyer contre les murs.
ALEX CA ME LE REFAIT
Boum boum.
Il savait où aller. Il y avait, dans les vestiaires du personnel, une douche commune, ainsi que des vêtements de rechange, qu'il entreposait là en cas de besoin. Sur son chemin, il entendit vaguement une voix féminine, probablement Jones.
Merde...
-Heldévary. Il faut le nettoyer...
Tout tanguait, et le corps de Alexander se retrouvait emprisonné dans un exosquelette de crasse, d'odeur nauséabonde et de douleur presque physique.
Il allait exploser.
Alexander, tu ne peux nier que ce n'est pas normal.
On n'est pas normaux Alex...
C'est pour ton bien.
Tu te fais des films.
Porte ouverte
Porte verrouillée.
Boum Boum.
Alexander écrasa le bouton de la douche, encore habillé. L'eau glacée commença à ruisseler, blouse, chemise, cravate et pantalon devenaient lourds, comme autant de poids morts qui faisaient couler le jeune homme.
Quand ça arrive, je n'arrive plus à bouger, je vois des flashes blancs, je ne sais plus rien, c'est terrifiant.
C'est fini, je suis là.
Retirer la peau épaisse formée par les vêtements, laisser l'eau glaciale griffer son épiderme, arracher l'enveloppe diaphane de saleté et d'impureté.
Boum
Le froid envahissait la tête d'Alexander, calmait la panique, alors que l'eau et le gel douche éloignaient toutes les impuretés de la peau du psychiatre.
Boum.
Frotter avec la serviette, fort, quitte à arracher la fine épaisseur épidermique.
On aura des ennuis si c'est découvert ?
Oui. Ça restera notre secret.
Coup d'œil à l'heure, midi quinze.
Et ça passera avec le temps, en grandissant.
A midi et demie, une fois n'était pas coutume, Alexander Messner ne déjeunait pas dans son bureau. Boîte de salade complète en main, thermos dans l'autre, il prenait la direction de l'infirmerie. Le jeune psychiatre était désagréablement conscient de l'absence totale de professionnalisme de sa démarche. De plus, au vu des événements très récents, ce qu'il s'apprêtait à faire ne pouvait qu'empirer son instabilité émotionnelle. Cependant, il se devait de vérifier l'état de Beyond Birthday, après ce qu'on lui avait dit, n'est-ce pas ? De plus, il lui fallait des réponses quant au mot laissé par le malade.
Le jeune homme poussa la porte de l'infirmerie, plongée dans le silence. Ses narines furent immédiatement frappées par l'odeur âcre des médicaments et de la lessive bon marché. Sur la droite, un enfant, au crâne rasé et aux orbites violacés mangeait sa purée en silence, enfonçant dans sa petite bouche d'énormes cuillerées. Toujours le même mouvement. Automatique. Hypnotique. La cuillère en plastique plongeait dans la bouillie blanchâtre et était enfournée inlassablement dans l'orifice buccal de l'enfant, auquel manquaient quelques dents, d'ailleurs.
Tu crois que la petite souris passera pour nous ?
Mettre ses dents sous l'oreiller c'est idiot, je ne le fais pas.
Depuis combien de temps n'avait-il pas géré des enfants ? N'avait-il pas parlé à des enfants ? Grâce à Crane, il avait été positionné au plus loin de l'aile pédo-psychiatrique. Depuis au moins trois ans, peut être quatre, il n'en avait pas vu un seul. Et c'était pour le mieux. Alexander Messner n'aimait pas les enfants, ni les adultes. Il n'aimait personne.
-Alexander ?
Le jeune homme fut tiré de ses méditations par une voix mille fois trop connue. Railleuse. La surprise amusée de la voix était complexe. Difficile de distinguer si elle était totalement jouée ou simplement appuyée. A la gauche de Messner, sur un lit blanc et bien fait, Beyond Birthday massacrait à la fourchette en plastique son malheureux steak haché, cadavre étripé au creux du compartiment du plateau. Le regard d'Alexander remonta le long des avants-bras brûlés du patient, sur les coudes noueux, l'uniforme gris sale de Blackgates. Gorge. Identique à l'habitude, peau laiteuse, épiderme fin tendu sur la pomme d'Adam, non. Une longue et épaisse marque rosâtre mêlée de violacé sciait le cou du patient 129. La chair était tirée, remuée, et vaguement boursouflée, comme distendue.
Pas de doute, il y avait eu tentative de pendaison, les plaies étaient vraies.
-Comment-allez vous ? Demanda Alexander.
Question idiote, la réponse est sous tes yeux.
Tais toi Alex.
Le regard de Birthday se perdit dans le vague, ou plutôt dans les restes de steak.
-Je ne sais pas Alex... Je ne sais plus... Les jours et les semaines se succèdent sans aucun sens, ma vie n'a pas de but. Je croyais être spécial, je croyais que tuer ferait de moi une personne à part entière, comme si gober la vie des autres pouvait m'en conférer une propre. Mais je demeure un clone, un être vain...
Plantant la fourchette dans le steak, le malade garda les yeux baissés, lèvre inférieure légèrement tremblante. On aurait vraiment dit un petit enfant malheureux. Alexander serra la mâchoire et, sans commenter, apporta un tabouret auprès du lit du patient avant de tirer le rideau autour dudit lit, pour préserver l'atmosphère calme et paisible de l'infirmerie des frasques et des mauvaises ondes de son patient régulier. Devait-il aborder le sujet du code dès à présent ? Non. Même si le psychiatre doutait de la sincérité de ce qu'exprimait son patient, il allait commencer par jouer à son jeu.
-On m'a fait part de ce que vous aviez tenté de faire.
Contre son gré, le regard de Messner glissa sur la marque rouge, provoquant un mince sourire, fragile ou difficilement retenu, sur les lèvres de B.B.
-Oui. Mais je n'ai même pas réussi. Tu y crois à autant de malchance Alex ? Je n'arrive pas à me faire des amis, je n'arrive pas à commettre la parfaite série de crimes, je n'arrive pas à mettre L en échec, je n'arrive pas à me suicider une première fois, et là, j'échoue une deuxième fois...
Le patient écrasait à présent les lambeaux de steak sur son plateau, leur arrachant un jus aqueux d'un rosé nuancé de gris. Immonde.
-Je crois surtout à beaucoup de calcul de votre part, Mister Birthday.
Le sourire du malade s'étira beaucoup plus. Ah. Alors il le retenait à l'instant. Alexander l'avait quelque peu vu venir. Le patient souriait tellement fort qu'une légère fente, verticale et sèche, ouvrit sa lèvre inférieure.
-Je ne vois absolument pas de quoi tu veux parler, chantonna-t-il en une parodie de candeur, sourire faussement angélique, regard transpirant le malsain et la malice.
-Vous aviez prévu de vous pendre. Vous aviez même prévu de rater votre coup, j'en suis certain.
Birthday émit un bref claquement de langue, humecta la coupure nouvellement formée et dessina des arabesques sans aucun sens dans le jus de steak à l'aide de sa fourchette.
-Oh, tu as percuté pour la chansonnette, Alex-chou ! C'est bien ! Gazouilla Beyond Birthday, d'un enthousiasme trop exagéré pour mettre à l'aise.
Alexander leva exagérément les yeux au plafond, s'attirant un gloussement du malade. Il ouvrit sa boîte d'un geste sec et planta ses yeux dans ceux de Birthday.
-Écoutez Beyond. Nous ne sommes pas en consultation, je n'ai donc pas à enregistrer, et nous sommes certainement ici loin de toutes oreilles indiscrètes, puisque Flemmings n'est pas venue me jeter dehors à mon arrivée. Aussi, je serai franc avec vous. J'attends que vous le soyez également avec moi.
Le fou sembla s'apprêter à dire quelque chose, mais abandonna et se contenta de hausser les sourcils et de ricaner.
-Si tu veux on peut tenter Alex. Mais je te préviens, n'utilises pas ma grande mansuétude contre moi .
Mansuétude. Qualité des bons monarques. Beyond Birthday n'était certainement pas bon. Et il n'était même pas monarque. Encore heureux.
-Parfait. Croyez bien que je n'abuserai pas de cette fleur que vous me faites gracieusement.
Fourchette en métal à la main, le jeune homme commença d'un ton monocorde:
-Sur le mot codé dissimulé dans Misery -et ne niez pas son existence, ce serait une insulte- vous mentionnez les chiffres deux, trois et un. Vous avez "tenté" de vous pendre le 23 décembre, et l'infirmière a inscrit sur la feuille d'information accrochée à votre lit que vous serez apte à regagner votre cellule au plus tôt le premier janvier. Vous souhaitez vous évader, n'est-ce pas ?
La langue de Beyond Birthday pointa, et glissa sur les lèvres gercées, pelées, comme une limace dans le désert. Son regard pétillait. Le patient se positionna en tailleurs et inclina la tête, la reposant sur la paume de sa grande main osseuse.
-Pas mal Alex. Pas mal du tout. Tu t'es bien amusé pendant ces vacances à ce que je vois... Mais admets que rester dans ce sous-sol glauque et maussade n'est pas forcément très bon pour le moral et l'épanouissement personnel... Alors que la mort, la mort, Alex, c'est la libération ultime. C'est la fin de la souffrance, c'est la fin de l'ennui étouffant et oppressant...
-Vous êtes tout à fait imputable de votre présence ici, Birthday. Il fallait penser aux conséquences avant de partir assassiner vos congénères.
Difficile de retenir un mince sourire en coin. Birthday haussa un sourcil, Alexander fourra une feuille de salade dans sa bouche et laissa le goût de la vinaigrette envahir ses papilles.
-Je suis fou, tu te rappelles ? Je n'avais pas vraiment prévu de me retrouver en prison ou en asile, tu vois.
Mensonge ou vérité ? Birthday semblait avoir une bonne faculté de discernement, et être un minimum lucide. Beaucoup trop lucide du point de vue d'Alexander. Le jeune psychiatre déglutit, attendit que sa bouche ne contienne plus de laitue avant de prendre à nouveau la parole, haussant un sourcil à son tour, réponse miroir au geste de B.B.
-Il vaut mieux finir à l'asile que sur la chaise électrique, n'est-ce pas ? Au moins on peut manger et se plaindre, quand on est vivant. Le calcul est vite fait.
Sourire était bien entendu exclu, trop de familiarité. Aussi Alexander se contenta-t-il de cligner innocemment des yeux.
-Certes.
-Donc vous aviez l'intention de vous évader ?
Claquement de langue. Ah. Peut être que Birthday avait tenté de l'éloigner du sujet original.
-Voyons, si je m'évadais, je ne pourrais plus converser avec mon psychiatre préféré ! Nous n'avons pas envie que ça arrive, n'est-ce pas ?
Le "n'est-ce pas" sonnait comme une désagréable caricature des affirmations précédentes du psychiatre. Enfournant une nouvelle feuille de salade, le jeune homme qualifia son patient de son regard le plus blasé et répondit, après avoir avalé.
-Il vous fallait forcément un complice. Le message devait être adressé à quelqu'un.
-Tu as dit à L d'où venaient les livres ?
Question sérieuse. Ça faisait longtemps. Mentir ou rester honnête ? BB avait mentionné L sérieusement et à voix haute. Optant pour l'honnêteté, puisqu'ils n'étaient pas enregistrés, Messner annonça:
-Non. Souhaitez-vous que je lui en fasse part ?
Le regard du malade mental se fit absent, vide. Le sourire se figea une fraction de seconde, comme un cliché instantané, puis reprit un semblant de vie. Le ton de Birthday était calme, posé, presque blasé.
-Je ne crois pas que ça soit une bonne idée. Ça ne lui plairait pas vraiment, ton salaire dépend de lui, nous ne voulons pas que mes déboires causent d'ennuis à une personne extérieure.
Une personne extérieure. Il pouvait parler d'Alexander comme d'un potentiel complice.
Mais une personne extérieure à quoi ?
J'aime pas les autres.
Toi non plus hein ?
A leur relation psychiatre patient ? A l'asile ? A ce qui se tramait entre L et Birthday ?
-Extérieure à quoi Birthday ?
-C'est impoli de parler la bouche pleine, je sais que nous ne sommes pas en consultation, mais quand même, avales ta salade mon petit Alex !
Gloussement.
Gloussement d'homme.
Tes manières jeune homme !
Inadapté !
Alexander piqua une tomate cerise et la fourra dans sa bouche.
-D'ailleurs, j'ose espérer que vous prenez les médicaments prescrits pour apaiser la douleur dans votre cou au minimum.
Les yeux vermeille de Birthday s'écarquillèrent et les paupières glissèrent doucement de la position ouverte vers la position fermée, puis s'ouvrirent à nouveau en une pose qui se voulait innocente au possible. Aussi innocente que la vipère qui vient de naître. Alexander leva les yeux au plafond.
-Flemmings est d'un autre type que les petites aides-soignantes qui font confiance aux malades mentaux -il déglutit-. Comment avez vous pu échapper aux injections et autres médicaments ?
Le sourire de Birthday sembla s'incurver légèrement, il se courba un peu vers l'intérieur en une moue franchement effrayante, comme si le meurtrier se léchait mentalement les babines.
-Il y a d'excellents moyens de repousser une personne Alex, de la pousser à éviter les endroits où l'on se trouve...
Il inclina très légèrement la tête et ses yeux prirent une dimension toute autre, prenant un air enfoncé dans les orbites et accentuant les cernes du malade. Il avait l'air encore plus malade. Alexander enfourna une autre feuille de salade.
-Lui faire peur... Tu sais Alex, on a tous des tiroirs qu'on ne veut pas voir ouverts, des boutons qu'on ne veut pas voir pressés. Ceux de Flemmings étaient simples à trouver. On caresse sur les complexes, on menace à demi-mot, on titille l'autre pour le pousser à se poser des questions sur nos propres limites et sur les siennes, à tout remettre en doute. Il n'a plus aucun sens critique, parce qu'il doute trop, il est piégé. C'est ça le danger de la prudence à l'excès et du doute en permanence, ça s'utilise.
Birthday s'était penché en avant, avançant radicalement son visage du jeune psychiatre, qui se contenta de cligner platement des yeux, de mettre une fourchetée de soja dans sa bouche et de mâchonner lentement en fixant le malade avant de lâcher, nonchalamment:
-Je vois, vous manipulez les sens et l'instinct de survie afin d'utiliser la confusion que provoque le dégagement d'hormones de panique et une plus grande ouverture à la suggestion, entre autres.
-Parfaitement. Et j'utilise aussi l'instinct de préservation présent en tout être humain. Tu es végétarien ?
Changement de ton immédiat, comme s'ils étaient passés d'une discussion d'importance à propos d'un dossier à un inintéressant bavardage sur les migrations des canards à col vert. Alexander se concentra une fraction de seconde sur la tige de soja qui explosait entre ses molaires et répandait son eau dans sa bouche et rafraîchissant son palais. Il revint ensuite au patient 127, qui le fixait en souriant depuis son lit d'infirmerie.
-Il ne me semble pas qu'il soit très judicieux que je me confie personnellement à vous.
-Il ne me semble pas qu'il soit très judicieux de votre part de venir me rendre visite en dehors des horaires convenus.
Soupir.
-Je suis végétarien, oui.
-Végétarien ou végétalien ?
-Végétarien.
-Pourquoiiiii ? Tu as été le témoin d'un meurtre sanglant et tu ne supportes pas d'avoir du cadavre dans ton assiette ?
Alexander leva les yeux au ciel. Cliché ô combien répandu. Parce qu'il avait choisi de ne pas manger de steak, il avait été traumatisé par une scène violente.
-C'est juste une préférence personnelle.
Beyond planta sa fourchette dans son steak et prit une expression d'accablement avant de se tourner vers Messner.
-Je te comprends tellement, qui croirait que cette infâme bouillie grise fut autrefois un splendide bovin galopant dans une étable pleine de bouse.
-Assez ri, soupira Alexander. Je vous pensais en danger, je vois que je me suis trompé, vous savez très bien vous gérer.
Birthday plissa les yeux.
-Et toi Alexander, tu sais te gérer ?
Avant que son interlocuteur n'ait eu le loisir de répondre, il ricana aigrement:
-Quels sont tes boutons pression, Alexander Addams ?
Le véritable nom d'Alexander avait été juste chuchoté. Le psychiatre serra la mâchoire au point de sentir les racines de ses dents s'enfoncer dans ses gencives.
-C'est pour ça que je t'ai surnommé dès le début, je ne voulais pas faire comme les autres abrutis que tu bernes et t'appeler par le nom que tu te donnes...
-Comment avez-vous su ?
Sérieusement, sur ses papiers, il s'appelait Messner, et ce depuis presque 4 ans. Il avait ses études sous le nom de Messner, il travaillait ici sous le nom de Messner, son logement était loué au nom de Messner, et il essuyait les blagues vaseuses de ses collègues sur Messmer depuis des années. Personne n'avait le moyen de remonter dans son passé ainsi. Et sûrement pas ce patient qui ne savait absolument rien de lui.
Alexander enfourna une autre fourchetée et haussa un sourcil interrogateur en direction de son patient.
-C'est un secret Alex... On ne se connaît pas encore assez pour ça...
-Bien, dans ce cas que diriez vous d'échanger à propos de nos amis ? Votre ami à qui était destiné le message travaille à la bibliothèque ? Elle a une verrue sur le front ?
Froncement de sourcils.
-Euh non, je ne crois pas. J'ai des critères physiques par rapport à mes fréquentations quand même Alex...
-Je vois.
Devait-il se sentir flatté ? Dans le doute, il ne commenterait pas.
-Tu as posé une question, c'est mon tour. Ton empressement à venir lorsque tu as appris ma tentative de suicide m'a légèrement pris de cours, est-ce que tu as eu ce genre d'antécédents ? Idées noires ? Pensées suicidaires ?
-On a tous des moments difficiles et une façon particulière d'y faire face. Certains tuent des gens pour résoudre leurs problèmes existentiels.
D'autres prennent des petites pilules, n'est-ce pas Messner.
Alexander secoua la tête et revint à la réalité à temps pour entendre la réponse de son malade.
-Tu ne sais rien de mes problèmes existentiels.
On aurait dit un adolescent en pleine crise. Fantastique. Mais en plus inquiétant et glauque, il fallait se l'avouer.
-Parce que vous ne m'en avez pas parlé.
-Si.
-Non, vous niez que vous avez des problèmes existentiels parce que ça diminue l'image inhumaine que vous voulez donner de vous. Je ne suis pas stupide. La folie, l'absence de compassion ou de pitié, ça va avec l'envie de se distinguer, d'aspirer l'admiration. Qui admire une personne qui lutte dans une quête d'identité ?
-Donc pas d'autre diagnostic qu'une quête d'attention docteur ?
-Non, pour le moment, dans votre cas, je ne peux que procéder par élimination, et cela prouve que vous n'êtes pas un psychopathe, vous êtes lucide quant à vos problèmes et vous êtes capable de vous remettre en question. Ne niez pas, votre comportement extravagant manifeste un besoin d'exister par rapport à autrui, de vous distinguer, d'écraser les autres pour vous sentir exister.
-Qu'est-ce que tu crois savoir ? Tu ne connais pas ma vie Alexander.
Birthday était clairement sur la défensive, fatigué, et montrait légèrement les crocs. Situation rare. Alexander décida de calmer le jeu.
-Beyond, je suis là pour vous soigner, je dois vous cerner un minimum, c'est mon métier.
-Je ne t'ai rien dit pour que tu conclues une telle chose.
C'est parce que je vous comprends.
-C'est parce qu'il y a plusieurs éléments que je peux reconnaître sans que vous m'en parliez.
Le patient inclina légèrement la tête, à la manière d'un enfant, et glissa son pouce entre ses lèvres, pour titiller ses gencives. Ses jambes maigres se replièrent, lui faisant adopter une position fœtale accroupie. Les yeux étaient écarquillés en une innocence fatiguée et pensive.
Le changement dans le regard heurta immédiatement Alexander, qui manqua d'avaler de travers.
-Dans le langage corporel ? Qu'est-ce que j'ai laissé échapper ?
-Votre langage corporel est trop confus, ce n'est pas mon métier, je ne suis pas Sherlock Holmes. C'est votre attitude en général. Vous êtes lunatique, vous voulez toujours tout contrôler de ce que l'autre sait et comprend de vous, de l'atmosphère et du ressenti que vous imposez à l'autre. Dans mon métier, ce genre de comportement peut aisément être rapporté à des insécurités vis à vis de vous même.
Hochement de tête.
-Vrai. Mais tu es du même type.
-Je vous demande pardon ?
Hein ?
Birthday ne pouvait pas avoir déduit quoi que ce soit de lui. Il était exemplaire de professionnalisme.
-Tu fais comme si tu avais une relation strictement professionnelle avec ton travail, mais tu en as besoin, tu as besoin d'être stimulé. C'est pour ça que tu réponds à toutes mes piques et que tu t'intéresses autant à moi, je n'irai pas jusqu'à dire que tu tiens à nos entretiens mais presque. Ils maintiennent ton cerveau en vie. Je n'ai aucune idée de la raison pour laquelle tu t'emprisonnes dans la routine, mais tu es conscient que ça te tue plus lentement que le mal en lui même... Tu t'annihiles de toute façon.
-Votre analyse est erronée.
-Qu'est-ce que tu fais le soir après le travail ? Laisses moi deviner. Tu rentres chez toi, dans ta maison toute propre, tu manges, tu travailles, tu te laves et tu dors. Ensuite, tu retournes au travail.
Exact. Douloureusement Exact. Mais c'était un automatisme, Alexander n'en souffrait pas, que racontait-il. Il ne s'agissait nullement de quelque anihilation, mais d'un choix de vie. C'était tout.
-Je suis libre de vivre comme je l'entends.
-Qui est le plus suicidaire de nous deux ? Hum ?
Le patient accompagna sa remarque enjouée par un mouvement de la main en direction d'Alexander, mouvement que le psychiatre évita par un petit mouvement rapide et sec, fourchette entre les lèvres.
-Vous.
Réponse puérile, il fallait l'avouer. Mais la conversation qu'ils entretenaient depuis l'arrivée d'Alexander n'avait rien d'un dialogue entre deux adultes responsables, de toute façon.
-Oooh, je ne crois pas, gloussa Birthday. Alexander, il y a moult façons de se détruire, tu sais.
-Je vous propose qu'on en discute dans votre cellule, quand vous y reviendrez.
-Vous voulez qu'on parle de mes tentatives de suicide ou des vôtres ?
-Je n'ai jamais tenté de mettre fin à mes jours.
-Mais métaphoriquement !
-Vous êtes le patient. Les entretiens sont faits pour parler de vous.
Beyond Birthday roula lentement des yeux.
-Certes. Je suppose que L entendra parler de ce qu'il s'est passé ?
-Évidemment. Vous avez tenté de vous suicider, si je ne le lui dit pas, ce sera consigné dans les registres tôt ou tard.
Et ça ne plairait pas au détective, c'était certain.
-Je ne suis pas vraiment étonné, L est encore pire que toi ou moi, il a ce besoin compulsif d'être omniscient.
L'amertume de la voix n'était pas feinte, s'il n'avait pas été pleinement explicite jusqu'à lors quant à ses sentiments -ou plutôt son ressentiment- à l'égard de L, le patient aux yeux rouges venait de l'exprimer rien que par ce ton, et par la manière presque destructrice dont il arracha un bout de peau de son pouce, jusqu'au sang.
Auto-mutilation. Encore. Mais la violence venait-elle de Birthday vers L, ou de Birthday vers lui même ? La question se posait raisonnablement.
-Avez-vous envie de parler de vos rapports avec L ?
-As-tu pensé à regarder ta montre ? Ce n'est peut être pas une excellente idée de t'attarder.
Le regard de BB était sérieux et équivoque. Alexander baissa les yeux sur le petit cadran. Treize heures quarante cinq. Fantastique, un quart d'heure de retard sur son programme.
-Je suis en retard en effet.
-Et tu n'as même pas fini de manger, je suis si intéressant que ça ? Se gaussa sèchement Birthday.
Il reçut un regard glacé qui parut lui glisser dessus comme un moustique sur un pare-brise. Messner referma soigneusement sa petite boite hermétique, afin d'éviter que de la vinaigrette se répande sur ses affaires, et la fourra dans la poche de sa blouse.
-Oh, et, Alex...
Cette interpellation à la fin de chaque conversation allait devenir une habitude à force.
-Oui ?
-Pourquoi est-ce que tu as prit une douche en milieu de journée ? Je sais que la propreté t'obsède, mais là, tu empestes le savon et e désinfectant. Tu t'es renversé à manger dessus ? Tu as marché dans du vomi ?
Oh, la douche et le nettoyage violent. Alexander était... momentanément passé à côté. Au souvenir de la cause de cette panique passée, le jeune homme sentit un désagréable frisson de répugnance couler le long de son échine.
C'est dégueu.
-Ce sont les aléas de travailler avec des malades mentaux instables. On ne bénéficie pas uniquement de conversations intellectuelles.
Et, afin d'enfoncer un tout petit peu le clou, Alexander appuya légèrement sur le dernier mot, laissant ainsi planer le doute sur le sens de la phrase, ironique ou pas.
-Je vois, à bientôt alors Alexander.
-A bientôt.
Alexander ne répondit au large sourire écru, tartreux et rougeoyant de Birthday que par un léger hochement de tête et écarta le rideau d'un geste sec. Il balaya brièvement la salle des yeux. Personne. Pas d'infirmière indiscrète ou d'homme de ménage poil de carotte. Cependant, rien n'assurait le psychiatre qu'il n'y avait pas eu de visiteurs durant sa visite à 127. Il allait falloir rester prudent.
C'est comme un cache-cache ?
Quand je vais pas bien, je prends les petites pilules.
La pharmacie, au fond de l'infirmerie, n'était jamais verrouillée. On y entreposait tous les médicaments dans des petites boîtes en plastique alignées. Antidépresseurs, anxiolytiques, calmants en tous genres, pilules de toutes les couleurs.
Mais on tenait un registre.
L avait effacé les données une fois, pas deux. Crane l'avait couvert et dissimulé une fois, mas deux.
La porte était entrouverte, il pourrait juste jeter un coup d'œil. Et peut être même contrôler les médicaments qu'avait reçu le pyromane. Mais évidemment.
Il allait être en retard, Kevin Wendell Crumb, le patient envoyé pour remplacer Wesker, placé depuis peu de temps dans le sous sol des soins intensifs, était inscrit à treize heures sur l'emploi du temps. Fort heureusement, c'était le tout dernier patient. Ensuite, il aurait juste de la paperasse à remplir, et retour à la case appartement.
-Alors ? Comment s'est passé ton dernier entretien Messner ?
Alexander croisa les bras sur sa poitrine et s'appuya un peu plus contre la paroi de l'ascenseur, lançant à Jonathan Crane, occupé à couvrir une page de carnet de pattes de mouche baveuses.
-Assez spécial. 158 est un patient très instable, un vrai sac de nœuds à démêler.
-Trouble dissociatif de l'identité c'est ça ?
Alexander soupira.
-Oui. C'est un spécimen unique, je suis certain que vous seriez intéressé.
Crane ôta son stylo de sa bouche fine et sèche avant de claquer de la langue froidement.
-J'ai d'autres préoccupations en ce moment Alexander.
-Je sais. Norman Bates ?
Le professeur leva les yeux au plafond.
-Un cas d'école. Complexe d'Oedipe, psychose, schizophrénie et hallucinations. Je ne comprends pas pourquoi les médias en ont fait toute une histoire de cette manière.
-Je vois.
Le silence s'installa dans la cage d'ascenseur, Crane écrivait toujours, Alexander réfléchissait. Il pouvait confronter Crane à son mensonge par omission à propos de la tentative de suicide de Birthday ou de la mort de Jervis Tetch, il pouvait également lui demander conseil sur le comportement à avoir face à Heldévary, demander son avis vis à vis de la crise d'angoisse très violente qu'avait fait le patient.
C'est vous Messner ? Enchanté, je suis votre maître de stage. Vous êtes très jeune.
Si vous êtes incompétent venez me voir, j'éviterai la catastrophe.
Mais Alexander Messner n'était pas incompétent.
Il pouvait très largement gérer ses problèmes seul.
Les portes s'ouvrirent sur le rez-de chaussée. Alexander emboîta le pas à son supérieur. Il cherchait vainement une explication au comportement de Heldévary. Ce qui lui venait le plus facilement était un empoisonnement. Cependant, les symptômes qu'il avait présenté était très proches de ceux présentés pas Stubbs.
Crane avait une allure de roi dans les couloirs étroits de l'asile. Sa blouse flottait derrière lui alors qu'il décrochait les écouteurs de O'Connors, qui passait par là, ou chantonnait un "bonne fin de journée" sadique aux collègues de garde, enfermés dans des salles communes, réserves du sacro-saint café, boisson immonde mais seul soutient lors des nuits de garde.
Quand est-ce qu'Alexander était de garde d'ailleurs ? Il devrait vérifier dans son emploi du temps.
Bref. Les mêmes symptômes que Stubbs. La même dangerosité. Sur deux de ses patients. Il pouvait croire que ce point commun justifiait ce qu'il se passait. Leurs hallucinations semblaient d'ailleurs de nature effrayantes, comme celles que devaient avoir eu Wesker et Worthing. Wesker était aussi l'un de ses patients. Etait-il possible que le coupable des meurtres ne vise que ses propres patients récemment ? Pour le faire accuser de ses méfaits ? Mais c'était peu intelligent... Ou alors... On pouvait chercher à lui nuire. Les patients atteints étaient plus instables, plus imprévisibles, plus violents. En tant que psychiatre, il était directement exposé à leurs frasques. Et mis en danger en cas de pépin.
Ou alors il y avait eu remue ménage sur le chariot de l'aide soignante, des modifications de médicaments, de commandes dans le stock dans la pharmacie et il n'y avait aucun responsable. Il fallait toujours envisager le meilleur.
Tu as des ennuis Alexander.
Toujours.
Le sachet en papier atterrit sur le plan de travail dans un froissement assourdissant, par rapport au silence de l'appartement du docteur. Pourquoi avait-il fait ça ?
Pour me faire plaisir ?
Évidemment. C'était sa seule priorité dans la vie.
Très calmement, ignorant le fumet de chocolat qui envahissait l'appartement froid et vide, le jeune homme ouvrit le sachet, sortit une assiette immaculée et y déposa les victuailles fraîchement achetées.
Rentrer dans ta petite maison bien propre, manger, et travailler.
Pain aux raisins, croissant et beignet à la confiture se retrouvèrent disposés dans le plat, et le sachet termina sa vie palpitante dans la poubelle. Alexander n'en revenait toujours pas. Il était passé à a boulangerie, sur un coup de tête, et avait acheté les trois premières choses qui lui étaient passées par la tête.
Tu prendras celles que je préfère ? Tu promets ?
Je n'ai rien à promettre.
Tu les as achetées !
Je n'avais pas promis.
Le regard bleu de Alexander Addams glissa sur l'assiette. Il soupira. Certainement une impulsion stupide, il restait humain après tout, il avait comme tout le monde une petite dent sucrée, et l'agréable fumet qui pouvait émaner des boulangeries avait dû appâter sa nature instinctive et primaire qui cherchait le confort et la nourriture au goût délectable.
Inspiration.
Odeur de beurre, de sucre, de crème. Il n'en avait pas mangé depuis une éternité.
Quatre ans. Il n'allait pas réussir à consommer ça. Il allait être écœuré, il allait vomir. Le goût devait être horrible.
-Alexander ?
Il fut arrêté dans sa contemplation gastronomique par une voix aiguë bien trop connue, sur le palier. Mrs Bugel. Et son empilement éternel de cuisine graisseuse, infâme et toxique censée le maintenir dans une alimentation saine.
Elle est gentille quand même
Verrou, poignée.
Oh oui, une grosse truie obsédée par le tissage de liens entre voisins, une malade qui voulait se tisser une toile de fréquentations un peu partout, des amis.
Tu n'es pas dans ton assiette, on dirait que tu es malade.
Juste de la fatigue.
Eurk. Visage blafard en forme de lune, bras jambonneaux, le retour de la femme charcuterie. Alexander adressa une grimace qui se voulait aimable à l'intruse qui occupait son palier. On était vendredi soir, après tout. Elle lui adressa un sourire resplendissant, et le jeune homme ne put s'empêcher de remarquer la miette de gâteau aux fraises coincée dans ses dents, entre la canine et la première incisive. Ce n'était pas en soi une marque de saleté, mais ça restait perturbant à entrapercevoir quand la malheureuse personne vous parlait.
-Alexander, tu es sur que ça va mon petit voisin ? Tu ne réponds pas !
-Pardonnez moi, la fatigue.
-Pas grave ! Je t'ai fait des crêpes et des lasagnes au saumon, histoire de varier, tu dois en avoir marre que je te donne de la viande rouge tous les vendredis.
Les mains osseuses de Messner saisirent les boîtes Tupperware encore tièdes. Remplies de poison, à jeter aux toilettes dès qu'elle serait partie. Encore heureux, il avait acheté de l'eau de Javel, au cas où il faudrait déboucher les W.C.
-C'est très aimable à vous.
-Tu ressembles à un cadavre tu sais jeune homme ! Il faudrait que tu dormes un peu.
Un doigt boudiné fut brandi juste sous le nez d'Alexander.
-On dirait que tu ne tiens pas debout ! Tu as intérêt à bien manger les calories que je t'ai préparé.
-Promis.
-Bien ! Bonne soirée ! Je crois qu'ils passent le dernier blockbuster sur la quatre, tu devrais regarder ça, ça vide bien l'esprit, tu verras.
Oui c'est ça, bonne soirée chère vache.
Messner regarda le large derrière disparaître dans l'appartement en face et claqua sa propre porte.
De: Alexander Messner
A: L
Objet: Remerciements professionnels.
Je suppose qu'il est de mon devoir de vous remercier pour la policière, ce matin.
Merci, donc, même si je suppose aussi qu'il s'agissait pour vous d'une mesure de survie.
Cordialement.
De: L
A: Alexander Messner.
Objet: RE: Remerciements professionnels.
Je n'attendais pas de mail de remerciement, vous avez raison, c'était d'ordre strictement pratique. Cependant, comme vous avez engagé la conversation, cela m'évite de vous saluer. Vous m'avez tu la tentative de suicide de Beyond, vous avez transgressé une partie du contrat.
De: Alexander Messner
A: L
Objet: Birthday.
Je n'étais pas au courant de sa tentative de suicide, je l'ai appris ce matin. Selon les diagnostics, il sera sorti de l'hôpital dans quelques jours, je continuerai de vous envoyer nos enregistrements.
De: L
A: Alexander Messner.
Objet: RE: Birthday.
Il vous avait paru déprimé ? Vous savez pourquoi il a tenté une chose pareille ? Avez vous parlé avec lui en dehors des enregistrements ?
De: Alexander Messner
A: L
Objet: RE:RE: Birthday.
Ne vous en faites pas, il n'est pas dépressif. Je ne l'ai pas vu, mais il n'a pas été diagnostiqué. On lui appliquera certainement une camisole de force à son retour en cellule, pour prévenir toute autre tentative.
De: L
A: Alexander Messner
Objet: RE:RE:RE: Birthday.
Je m'arrange toujours pour ne pas avoir à m'inquiéter, docteur. J'espère obtenir des informations sur cette tentative lors du prochain enregistrement.
Cordialement.
De: Alexander Messner
A: L
Objet: RE:RE:RE: Birthday.
Évidemment.
Cordialement.
Alexander fixa brièvement son ordinateur. L était lui aussi un cas à part. Il était heureux de ne pas avoir à traiter un type pareil, qui, juste par mails, transpirait la mégalomanie, le narcissisme et la manie du contrôle. Une sorte de dictateur de l'ombre. Il ne l'aurait pas supporté.
Mais tu as besoin d'ordre pourtant...
D'ordre, pas d'exploitation.
Bien, il fallait à présent qu'il prépare l'entretien avec Birthday, dans quelques jours.
Parler du suicide, parce que L l'avait réclamé, peut être aborder la fin de l'énigme mythologique. Et se préparer mentalement pour le casse tête qu'allait lui préparer Birthday, certainement frustré par l'immobilisme imposé par la camisole de force.
Entre ça et l'arrivée de Ashley River, il allait s'amuser.
On va jouer !
Bon ben voilà, j'espère que ça vous a plu...
Pour ce qui est du prochain chapitre, j'ai déjà quelques idées sur son contenu, mais je ne veux pas prendre le risque d'avancer une date, je peux juste promettre qu'il sortira, et que je n'ai pas l'intention d'abandonner cette fic ! Merci pour le suivi ;u;
RàR :
Winniebolton: Bonjour :3 Je suis contente que ma fic t'aie plu, et que tu aies réussi à accrocher à mes personnages (il y a toujours cette angoisse de créer de mauvais personnages, ou de mal les interpréter). Bref, je suis heureuse que tu aies lu, et oui, la fin de BB est un peu prévisible, mais il a vécu avant de mourir quand même ^^ Merci pour la review !
Saki-R : '-' t'excuses pas pour ton retard, t'as vu le mien baka ? Bref bref bref, merci pour les compliments, ça fait plaisir '-' et je prends « tordue » pour un compliment, oui oui '-' pour ce qui est de Holly '-' Ben... tu verras 8D j'ai pas encore décidé de son sort mais si ça peut te rassurer, elle est genre, extra secondaire, quel intérêt à tuer les personnages extra secondaires ?:D
Pxdxlf : Salut:D Désolée d'avoir fait attendre pour ce chapitre là aussi xD pour te petite déduction, oui, BB sait quelque cose, mais il n'en fera pas n'importe quoi, il est pas idiot:33 Ne te casses pas la gueule sur le hoodie, crois moi ça ne vaut pas tes cellules grises xD j'ai très très peur d'être incohérente dans ce que j'écris, parce que vous analysez tout, un seul faux pas et je m'écrase xD Les lettres en italique tenaient de la private joke, rien d'important non plus xD Nan , Alexander a choisi un film que j'apprécie, c'est tout ^^ je ne validerai ni n'infirmerai ton hypothèse, et tu comprends certainement pourquoi... Vous en saurez plus sur Aristide Champelgru, promis~ J'es père que tu as passé un bon réveillon, et joyeuses pâques !
Brave Bambou : je viens de réaliser que tes initiales ça fait BB, j'ai un peu honte de ne pas l'avoir noticé plus tôt TTHTT je ne prends pas les âmes, je ne prends que les reviews et les cartes bancaires '-' oui, des fois Alex parle tout seul, et ce n'est pas signalé par un personnage, mais impossible de savoir quand ça arrive~ je te remercie pour les compliments et la review, et j'espère que tu n'es pas déçue par la suite :') Amicalement !
Diamly : Salut jeune flemmarde~ les lettres en italiques sont une private joke, don't worry, et n'a aucun rapport avec l'intrigue de la fic '-' c'est vrai il y a des fautes :') j'essaie de corriger et ma beta aussi, mais il y a des trucs qui passent :') Cependant, je crois que « rasé de frais » est une expression existante, je l'ai toujours utilisée '-' à vérifier '-' ton analyse du code est assez juste, tu n'es pas stupide t'en fais pas xD tu as réussi à te procurer Another Note ? Parce que je te le conseille aussi, ce bouquin est un trésor ** je suis désolée pour le stress occasionné par la lecture de mes chapitres, pardonnes moi;-; ce chapitre est plus léger je trouve, peut être moins stressant ? XD C'est une review miss, pas une dissertation, tu seras pas notée dessus, et le simple fait de la faire est super gratifiant pour la personne qui te relit derrière xD T'excuses pas ! Encore merci, bisous et joyeuse pâques !
BB Beyond Birthday: Resalut ! Bien sûr que BB sera là à nouveau, que serait la fic sans lui ?~ Entre la publication de ce chapitre et celle du précédent, tu dois avoir fini Another Note, il t'a plu ? :33 Merci pour la review !
Naitaa : bon, ton cas est un peu particulier, parce que je suis très consciente de ta situation et du fait que tu ne pourras pas lire ce chapitre le jour de sa parution. Don't worry mademoiselle, il reste là, il bouge pas, et je mets dans cette réponse à review (un maigre message mais osef) tout plein de câlins et de bonnes ondes ! J'espère que ton voyage de retour s'est bien passé et que personne ne t'a faite exploser, ce serait dommage et je serais triste sinon. Oui, BB est très intelligent, mais je pense que ce qui donne l'impression qu'il est encore plus intelligent, c'est son esprit tordu, qui fait qu'il a une intelligence non seulement supérieure, mais décalée. Un peu comme L, mais décalée d'un autre côté, et je trouve justement ça fascinant à retranscrire (et merci pour le compliment, btw). Bedelia est certes dans Hannibal, mais pas que~une petite recherche wiki s'impose ma chère~ mais je crois que nous en avions parlé à l'oral d'ailleurs, honte à moi '-' Alex suscite plus d'empathie et d'identification chez le lecteur que BB, parce que tout est raconté de son point de vue, et que sa propre perception de Beyond n'est pas toujours très reluisante, après ce n'est que mon humble avis... JE ME FAIS TOUJOURS DU SOUCI POUR LA QUALITE TTHTT rien n'est jamais assez bien;-; je suis gomene :') brefouille, jai hâte de débattre à nouveau avec toi, bye ma très chère~
Marquise aux Serpents : HEYY, ne t'excuses pas, tu n'as pas d'obligation de review, et le fait que tu en aies laissé une me fait très plaisir, vraiment très plaisir ^^ xD tu as grillé mes références et inspirations xD je n'ai pas vraiment pensé à Harley en créant Alex, mais je dois avouer que BB partage certains points avec le joker, je suis une grande fan de ce personnage. Après le résumer à ça serait réducteur, il y a une grosse nuance, mais je suis contente que tu aies fait le rapprochement. Holly est en effet un peu inspirée de tonks, un peu de personnes de mon entourage, et un peu de fanarts punk trouvés sur internet '-' et pour les bee gees... Evidemment ** T'en fais pas, je comprends. La relation qu'ils entretiennent est ambiguë, parce que les deux sont des specimens à part xD Merci d'avoir lu, merci d'avoir reviewé, à bientôt j'espère ^^
Voilààààà
Donc le prochain chapitre arrivera un jour, c'est promis, je souhaite bon courage à tous ceux qui passent des examens, révisez bien, je vous patpat, et sinon, bisous à tous mes petits agneaux, je reviendrai un jour ! en attendant portez vous bien et buvez plein de thé au citron '-'
