2- In your world

Je n'ose pas ouvrir mes yeux tant que je ne suis pas sure que tout va bien. Toujours recroquevillée sur moi-même, je respire profondément, tentant d'évacuer mon angoisse. Lorsqu'enfin je sens les battements de mon cœur se calmer, je décide d'ouvrir les yeux.

Résumé de la situation : je suis assise dans l'herbe, de toute évidence, planquée sous une table, et j'entends des bruits de conversation tout autour de moi. C'est insensé, il y a deux minutes, j'étais dans le métro. De toute manière, le seul moyen de comprendre, c'est de sortir de dessous la table. Je retire mes écouteurs qui sont restés accrochés à mes oreilles, et à quatre pattes, j'avance le plus discrètement possible, pour atteindre le bout de la table. En essayant de ne pas provoquer de catastrophe, je m'extirpe de là. Lentement, je me relève en époussetant mes genoux.

C'est alors qu'un cri hystérique me fait relever la tête, juste à temps pour voir une foule de gens me regarder avec méfiance et peur. Certains ont même sorti des genres de bouts de bois et les pointent dans ma direction, comme s'il s'agissait de baguettes magiques. Au moins, personne ne semble avoir d'armes, c'est déjà ça. Mais il n'empêche que je me trouve dans une situation plutôt délicate.

Lentement, je lève les mains, comme j'ai vu faire dans les séries télé, quand un innocent se fait arrêter. Surtout, bien montrer que je ne suis pas armée, ne pas faire de gestes brusques.

« Euh, Bonjour ?

-Comment êtes vous entrée ? Qui est vous ? Qu'est ce que vous venez faire là ? Répondez ! »

Ok, là, franchement, je crois que mes yeux ne sont pas loin de jaillirent de mes orbites. Faut qu'il se calme le gus, je ne suis pas une criminelle non plus !

- Euh… veuillez m'excuser, je ne sais pas vraiment comment je suis arrivée là. Est-ce que quelqu'un pourrait me dire comment rejoindre le centre de Londres ?

- Elle se moque de nous ?!

- James, calmez vous. Miss, veuillez me suivre s'il vous plait, il faut tirer cette affaire au clair.

L'homme qui vient de me parler est étrange. En fait, à bien y regarder, ils sont tous bizarres. Ils portent des vêtements assez… inhabituels, certains ont même des chapeaux pointus. Je ne sais pas où j'ai atterri, mais aussi bien je suis au milieu d'une secte. Et je suis sure que le vieillard qui m'emmène est leur gourou. Il porte une sorte de grande robe violette, avec un chapeau pointu, et il a une longue barbe blanche. C'est marrant, mais attifé comme ça, et avec ses lunettes, il pourrait être Dumbledore, ou Merlin. En fait, c'est peut être ça, je suis au beau milieu d'une secte adoratrice d'Harry Potter. Oh merde ! Je ne savais pas que ce genre de chose existait.

Je suis le gourou vers la maison (un joli cottage, très campagne anglaise), escortée par un homme… euh, ça va paraître excessif, mais alors lui, il est encore plus bizarre que les autres. Il porte même un genre de cache œil, comme les pirates. Et puis il n'a pas un air aimable. Hey, souris, t'es pas un monstre ! Enfin je crois.

Je pénètre dans la maison. C'est plutôt joli comme intérieur… un peu vieillot comme style mais pas mal. Et chic aussi, c'est gens là ont du fric, c'est clair.

Alors le vieux se retourne vers moi et m'indique du revers de la main un large canapé. Docile, et un peu inquiète, je m'assoie.

« Bien, nous pouvons commencer. Qui est vous ?

- Mon nom est Tallis. Mackenzie Tallis. Euh, j'habite à Londres.

- Très bien miss Tallis. Maintenant, pourriez-vous nous indiquer comment vous avez réussi à pénétrer dans la propriété?

- (soupir) Ecoutez, j'ai jamais voulu mettre ne serait ce qu'un orteil dans votre propriété. Je me suis retrouvée là sans trop savoir comment… enfin merde ! J'étais à Londres ! Dans le métro. Et c'était le milieu de l'hiver, le matin.

- Elle ment, j'en suis sûr !

- Je ne mens pas ! Il y a eu… je ne sais pas trop ce qui s'est passé, mais tout est devenu noir, les gens se sont mis à hurler. Et puis ça a tremblé, de plus en plus fort et… c'était la panique, tout le monde avait peur. On était coincé dans le wagon, sous terre, dans le noir, et on ne comprenait rien. Et il y a eut un flash et… et tout s'est arrêté, et quand j'ai rouvert les yeux, j'étais sous cette table. Je vous en prie, croyez moi, je ne sais pas comment j'ai atterri là.

- Qu'en pensez-vous ?

- J'en pense qu'il faut se méfier, son histoire est étrange. Et l'ennemi serait bien capable d'inventer un tel stratagème pour nous atteindre.

- Je ne suis pas certain. Elle semble être sincère.

- S'il vous plait, ramenez-moi à Londres.

- Pardonnez moi miss Tallis, mais cela ne sera pas possible tant que nous ne serons pas certains que vous dites la vérité.

- Mais… qu'allez vous faire de moi ? Je ne sais même pas qui vous êtes et… et si vous êtes une espèce de secte, ça me rassure encore moins.

- Une secte ? Non, pas à ma connaissance, rassurez vous. Je me nomme Albus Dumbledore.

Hein ? Albus Dumbledore comme…euh, comme le Albus Dumbledore de ? Et l'autre qui me dit que je n'ai pas à m'inquiéter, que ce n'est pas une secte. Je le savais que c'était des adorateurs d'Harry Potter !

Abasourdie, j'éclate de rire. Et pas un petit rire, comme ça, qui ne dure pas. Non, non, un vrai bon gros fou rire nerveux. Et tout ça sous les regards surpris des deux fous.

- Tout va bien miss Tallis ?

- Vous vous foutez de moi ? Hé, faut garder les pieds sur terre. Albus Dumbledore… dans deux minutes je vais voir débarquer toute la clique tant qu'à faire ! Hahaha, Albus Dumbledore ! Et pourquoi pas Merlin tant qu'on y est ! Je ne sais pas ce que vous fumez pendant vos petites réunions, mais c'est de la bonne !"

Finalement, je finis par me calmer devant le silence de mes interlocuteurs. Ils ont l'air d'y croire en plus !

"Prouvez le moi.

- Pardon ?

- Prouvez-moi que vous êtes Albus Dumbledore.

- Avec plaisir."

Sous mon regard sceptique, le barbu sort de sa manche une baguette magique (huhuhu, une baguette magique ! Huhuhu !) et l'agite devant lui. Et le livre qui se trouve sur la table basse s'envole pour se poser dans sa main tendu. Mes sourcils se froncent. Où est le truc ? Bien décidée à comprendre, je me lève et passe une main autour du livre. Pas de fils. Je prends le bouquin, et l'ouvre, à la recherche d'un quelconque mécanisme. Toujours rien.

Alors, petit à petit, une idée fait son chemin dans mon cerveau. Se pourrait il que… non, c'est impossible ! C'est un roman ! Cela ne peut être vrai ! Dumbledore ne peut pas exister pour de vrai ! La magie n'existe pas ! C'est insensé ! Peu à peu, le rire fait place à l'angoisse, et je sens une boule se coincer dans ma gorge. Je voudrais parler clairement et fermement, mais ce n'est qu'une petite voix enrouée qui s'échappe de ma gorge.

" Quel jour sommes nous ?

- Nous sommes le 15 août 1979.

- 1979 ?

- C'est exact.

- Et… où suis-je ?

- A Godric's Hollow, dans la propriété de Monsieur et Madame Potter.

- Godric's Hollow ? C'est impossible… ça ne peut pas être vrai… Alors, vous êtes vraiment Dumbledore ? Le Dumbledore ? Le directeur de Poudlard ?

- C'est exact. Mais vous, vous ne pouvez pas y avoir été comme élève, je m'en souviendrais.

- A mon grand regret. Je ne suis pas une sorcière. Oh merde alors ! Je suis en 1979 ! A Godric's Hollow ! En train de parler à Dumbledore !"

Ce n'est pas possible, je dois rêver ! Je dois me pincer, il faut que je sois sure !

"Aïe !

- Tout va bien ?

- Je n'en suis pas sure. Mais de toute évidence, je ne dors pas. "

Soudain, la porte s'ouvre et laisse passer un groupe de personne. Maintenant que j'ai établi que tout ça était vrai, je n'ai pas trop de peine à reconnaître tous ces gens. C'est facile. Celui avec les cheveux en bataille « tel un cactus de l'Arizona », et les lunettes ne peut-être que James Potter. La femme en blanc à côté, c'est probablement Lily anciennement Evans et nouvellement Potter.

Châtain, fatigué, des cicatrices, celui-ci est Remus Lupin. Pas mal le Lupinou. A ses côtés, plus petit, plus rondouillard, c'est Pettigrow. Et le meilleur pour la fin. Sublime dans son costume, un regard d'acier envoûtant, les cheveux sombres comme la nuit, un corps à se damner, un visage à tomber… c'est le seul, l'unique, le magnifique, l'extraordinaire, l'incroyable, le charismatique Sirius Black. Ben quoi ? Faut assumer un peu. Je l'ai déjà dit, cet homme est au centre de 99,99% de mes fantasmes les plus inavouables.

Mais comme je suis très orgueilleuse, je me débrouille pour cacher ce trouble qui m'envahit soudain… comme c'est bien dit. En gros, j'suis trop fière et trop bien élevée pour montrer que s'il n'y avait que lui et moi, je me jetterai sur lui pour lui arracher sa chemise avec les dents.

« Professeur ? Quelle est la situation ?

- Il semblerait que cette jeune fille n'ait aucune explication quand à sa présence ici. Quand au reste, c'est plus compliqué.

- Le reste ? Que voulez vous dire ?

- Ce que je veux dire, c'est que cette jeune fille a manifestement un gros problème.

- Euh, un gros problème comme dans problème psychologique ?"

Gaaaah, il a une voix trop sexy … ben quoi ? C'est pas ma faute !

" Non Mr. Black, plutôt comme dans problème magique.

- Comment ça ?

- Ce n'est pas une sorcière.

- Ah, effectivement."

En quoi c'est un problème ? Oh, j'y suis, la maison est protégée un minimum, donc surement entourée d'un sortilège repousse moldu.

" Comment a-t-elle pu pénétrer alors ?

- De toute évidence, cette jeune personne a été victime d'un phénomène magique.

- Pouvez-vous être plus précis ?

- Il est fort probable que notre invité ne vienne pas de notre époque… et je pense même qu'elle ne vient pas de notre monde.

- J'ai comme dans l'idée que lorsque vous parlez d'un autre monde, ce n'est pas du monde moldu qu'il s'agit.

- Exact Mr. Lupin, vous supposez bien. "

Bon, ça commence à bien faire. Ça fait cinq minutes qu'ils parlent de moi comme si je n'étais pas là. Et vous savez quoi ? Je ne supporte pas ça.

" Oh ! Eh oh ! Loin de moi l'idée de paraître impolie en vous interrompant de la sorte, mais dans l'immédiat, vous auriez une solution à mon problème ? Genre, comment je rentre chez moi ?

- Hélas, je n'ai aucune idée du genre de phénomène qui vous a conduit ici, je ne peux donc pas vous renvoyer. Vous m'en voyez désolé."

Il est désolé. Super ! Ça me fait une belle jambe ! Et moi, dans tout ça ? Qu'il soit désolé ne changera rien, je suis toujours coincée ici. Peu à peu, je sens l'angoisse revenir et mes yeux s'embuer.

" Mais qu'est ce que je vais faire ? Je… je n'ai rien, je ne suis rien ici. Je n'existe pas dans votre réalité, je n'ai aucun moyen pour m'en sortir. Je n'ai même pas de pouvoir magique ! Je m'en fiche de savoir quel est le phénomène qui m'a envoyé ici, je veux juste rentrer chez moi ! Allez en cours, passer mes partiels, réclamez du fric à ma mère, sortir avec mes amis, faire comme tous les étudiants de mon époque… je veux rentrer chez moi.

- …

- De quelle époque tu viens ?"

Surprise, je relève ma tête que j'avais enfouie dans mes mains. C'est James qui parle.

" 2010. Ce matin, j'étais en Décembre 2010, le 12.

- C'est quoi ton nom ?

- Mackenzie Tallis.

- OK Mac, tu restes ici.

- Pardon ?

- Je vais t'aider. Et pour ça, tu peux rester ici, dans cette maison."

Ce mec est génial ! Abasourdis, je le regarde sourire, tout fier de sa trouvaille. Ce qui n'a pas l'air d'être du goût de sa chère et tendre.

" Mais enfin, James ! Tu te rends compte de ce que tu fais ? On ne la connait pas cette fille ! Aussi bien, c'est une espionne de Voldemort. Tu y as pensé ? Et si elle nous assassine dans notre sommeil ?

- Raison de plus Lily. Au moins, tu pourras la garder à l'œil. Et si elle est innocente, nous lui aurons permis de se sortir de cette situation. De toute manière, j'ai pris ma décision. Avec ou sans toi, je l'aiderai.

- Très bien, fais comme tu veux ! Mais ne compte pas sur moi pour l'accueillir à bras ouverts tant que je ne suis pas sure de sa sincérité. "

Sympa. Déjà, elle, elle m'énerve. Mais je m'en fiche, parce que James est trop chou ! Il va m'aider. Et il a même pris ma défense devant sa dulcinée. C'est y pas trop gentil ça ?

" Bien, la question est donc réglée. Miss Tallis, vous resterez chez James et Lily, le temps de trouver une autre solution. Il va de soi que vous serez surveillée. Et de mon côté, je vais étudier votre affaire et essayer de trouver une solution.

- Merci, professeur.

- Allez Mac, viens par là, que je te montre tes quartiers !