3- Citizen erased

Doucement, j'émerge de mon sommeil, m'étirant allègrement entre les doux draps de satins. Des draps de quoi ? Soudainement, les souvenirs remontent à la surface, et ce que je croyais n'être qu'un cauchemar est en fait la réalité. Machinalement, je cherche le réveil des yeux… évidemment, il n'y en a pas. Mais à quoi s'attendre d'autre dans un monde où la magie règne. Sortant péniblement du lit, je vais récupérer mon portable qui est resté dans la poche de mon jean hier soir. Midi passé. Je grimace. Par habitude, je n'aime pas me lever après dix heures. Mais il faut dire que le décalage horaire additionné aux révélations de la veille ne m'a pas aidé à trouver le sommeil.

M'asseyant sur mon lit, j'observe mon nouvel environnement. La chambre est plutôt grande, et luxueuse, à l'image du reste de la maison. Le lit est immense. En tous les cas, bien plus grand que celui qui se trouve dans mon appart à Londres. Le rouge domine partout dans la pièce, des draps du lit aux rideaux, en passant par le tapis posé sur un plancher de bois sombre. En face du lit, contre le mur, se trouvent un large bureau et une imposante bibliothèque. Et contre le mur de droite, à côté de la porte, il y a la commode, surmontée d'un magnifique miroir. Par curiosité, je m'avance vers la bibliothèque et commence à parcourir les rayonnages du regard, laissant mon doigt filer sur les couvertures des ouvrages. Aucun titre ne m'évoque quoi que ce soit. D'ailleurs, ils ont tous des noms bizarres et tordus que je ne comprends qu'à moitié : « La vélane et le chasseur », « La dresseuse de magyar à pointes », « Le collectionneur de Botruc ». Bref, pas des bouquins que je pourrais trouver chez moi.

Reposant le roman à sa place, je me décide à sortir de ma tanière et à affronter la situation. D'un geste vif, j'écarte les rideaux et ouvre en grand la fenêtre. L'air est frais, mais déjà le soleil d'août repousse ma chair de poule naissante. Attrapant mon jean et mon corsage, je me réfugie derrière le paravent pour ôter le t-shirt prêté par James. Il faut dire que sa femme a refusé de me céder un pyjama pour la nuit, et j'ai donc dû me rabattre sur un des t-shirt de James.

Je me recoiffe rapidement devant le miroir, souffle un bon coup et sors de la chambre. Les bruits de voix me mènent assez rapidement à la salle à manger où les maraudeurs au complet, ainsi que Lily, sont attablés et parlent avec animation. Conversation qui s'interrompt dès mon entrée dans la pièce.

Aussitôt, les attitudes changent. Lily se renfrogne, Sirius me détaille consciencieusement, en louchant sans vergogne sur ma poitrine. Les yeux de Remus se teintent de méfiance, et Peter m'observe de manière craintive. Seul James semble heureux de me voir, et m'accueille avec un grand sourire.

" Salut Belle au bois dormant ! Tu as bien dormi ?

- Bonjour. Oui, merci, le lit était très confortable, j'ai eu du mal à en sortir. "

Mon nouvel ami se lève et me pousse jusqu'à une chaise vide, où il me force à m'assoir.

" Lily, amène une assiette pour Mac.

- Oh non, ne vous embêtez pas, vraiment. J'irais juste prendre une pomme tout à l'heure, ça suffira.

- Sottise ! Tu n'as rien mangé depuis hier après midi, et si je te garde pas en un seul morceau, Dumbledore risque de m'en vouloir. "

Devant l'air enjoué de son mari, Lily se lève rageusement, et revient quelques minutes plus tard, faisant voltiger vers moi une assiette pleine, ainsi qu'un verre et des couverts. Pendant quelques secondes, l'idée qu'elle fasse atterrir mon repas sur moi plutôt que sur la table m'effleure l'esprit, et ce n'est que lorsque la vaisselle arrive enfin à destination (c'est-à-dire sur la table) que je relâche l'air que j'avais inconsciemment retenu dans mes poumons.

Affamée, je me jette sur mon repas, qui, je dois l'admettre, est absolument savoureux. Ce n'est que lorsque je sens les regards de mes compagnons posés sur moi que je stoppe. La bouche pleine et la fourchette à mi chemin entre celle-ci et mon assiette, je relève les yeux, les observant un à un. Tous me regardent. Ou plutôt, tous alternent entre moi et mon assiette. Mais ce qui m'inquiète surtout, c'est leur air particulièrement sérieux. Lentement, je déglutis, ne pouvant décemment pas recracher ma bouchée sur la nappe. Je crois que Lily m'en voudrait encore plus.

" Vous avez mis du veritaserum dedans, c'est ça ?

- …Quoi ?

- Ben, vous me regardez comme si vous attendiez quelque chose. Alors, comme je suis toujours suspectée d'être une pro-voldy, je me suis dis que peut être…

- Oh non, pas du tout. Enfin, je ne crois pas. Lily, t'as pas mis de veritaserum dans ton ragoût ?

- Tu me prends pour une imbécile Potter ?"

Oula, si Lily appelle James par son nom de famille, c'est qu'elle est vraiment très très énervée. Et à voir James rentrer sa tête dans ses épaules, il va déguster.

" Hum. Donc, y'a rien dedans ? Enfin, en dehors de ce qu'il doit y avoir dans un ragoût.

- Rien. Au fait, comment tu l'as appelé ?

- Qui ?

- Voldemort.

- Ah, Voldy ? Oups, désolée, ce sont les vieilles habitudes, C'est difficile à perdre.

- Les vieilles habitudes ? Je croyais que tu ne venais pas d'ici. Que tu n'étais même pas sorcière.

- C'est le cas. Mais, il n'empêche que je le connais. Et vous tous ici aussi.

- T'es en train d'avouer que t'es une espionne ?

- Relax, Mrs Potter. Je n'avoue rien du tout. J'affirme juste que je vous connais tous déjà, et que je sais quelques trucs sur vous. C'est tout. "

C'est bien Mac, continue ! Comme ça, ils seront tous persuadés que tu es une barje au service de Voldemort. Bien, Bravo !

" Hé, Mac ! J'ai une idée ! Ça te dit d'aller faire un tour cet après-midi ?

- Euh…Carrément ! Mais, j'ai le droit ?

- Tant que c'est avec l'un de nous, aucun souci. Et puis j'ai pensé que tu ne devais avoir en tout et pour tout, que ce que tu portais hier en arrivant, et que donc quelques achats ne seraient pas de refus.

- Ouai, sauf que je doute que ma carte bancaire fonctionne ici.

- Ta quoi ?

- Ma carte banc… aire. Autant pour moi, j'ai oublié que la technologie moldue, c'est pas trop votre truc. Euh, une carte bancaire, c'est… une carte… euh, qui sert à retirer mon argent qui se trouve à la banque. Sauf qu'il y a peu de chance que mon compte bancaire existe ici. Donc, concrètement, je dois avoir deux livres cinquante dans mon porte monnaie, et c'est tout.

- C'est pas grave ça, je te prête ce qu'il faut. Tu vas pas rester dans tes fringues ?!

- Et bien, j'avais pensé me trouver un job… dés que j'en aurais eu l'occasion.

- Oui mais pour le moment, t'es coincée avec nous, donc…

- Ok. Mais je te rendrais tout quand j'aurais du travail !

- Marché conclu ! Alors, tu préfères quoi ? Moldu ou sorcier ?

- Euh…j'ai rien contre la mode sorcière, mais je ne suis pas sure que…

- Oh allez ! Je suis sure que tu crèves d'envie d'aller faire un tour au chemin de traverse.

- … le chemin de traverse… j'ai toujours rêvé de pouvoir y aller un jour. Tout comme à Poudlard, ou Pré- au- lard tiens ! Oh ! Je pourrais goûter à une bièraubeurre ? Et monter sur un balai, tu crois que je pourrais ? Avec quelqu'un bien sur. Et oh ! On pourra aller au magasin de créatures magiques ?

- Mac ? Tu deviens bleue, respire.

- Désolée. Mais je n'arrive pas à croire que c'est possible, que je vais pouvoir voir tout ça !

- Ben alors file ! Dés que t'es prête, on y va."

D'un bond je me lève et me rue vers les escaliers. Au dernier moment, je fais demi-tour et viens déposer un baiser sonore sur la joue de James. Puis, je repars en quatrième vitesse jusque dans ma chambre. Une toilette rapide plus tard, je saute dans mes chaussures, attrape mon sac et dévale les escaliers.

" J'suis prête ! On y va comment ? Transplanage, cheminée, ou magicobus ?

- Euh… et bien c'est-à-dire que Remus n'aime pas vraiment le magicobus, alors on s'est dit que le transplanage…

- Super ! Bon, on y va ?"

Tout sourire, James m'attrape par le bras, et c'est comme JKR le dit dans ses bouquins. La compression, la nausée, la peur de perdre un bout en chemin, etc.

Et quelques secondes plus tard, j'y suis. En plein milieu de Londres, sur le chemin de Traverse. J'aurai tué pour être là, et finalement, je n'ai même pas eu besoin d'occire quelqu'un pour réaliser mon rêve (ouf!). Merlin existe et il m'a entendu ! Vive Merlin !

De tous côtés, je croise des gens bizarres. Enfin, c'est-à-dire qu'en lisant Harry Potter, on devine bien qu'ils sont tous bizarres, mais en fait, on est loin d'imaginer à quel point. J'ai même croisé une femme qui portait un chapeau pointu recouvert d'étoiles clignotantes et tintinnabulantes. Tout est coloré, bruyant…étrange. On se croirait un jour de carnaval, et j'adore ça ! Soudain, je sens une main m'agripper le bras.

" Hey Mac ! Reste un peu avec nous. Si tu te perds, je ne donne pas cher de ta peau !

- Désolée. Mais c'est tellement… j'vais dire un truc stupide, j'en ai bien conscience, mais…c'est tellement magique.

- Alors ? Tu veux commencer par quoi ?

- Aucune idée, j'ai envie de tout voir !

- Très bien ! Alors Remus fera le guide, et Sirius et moi, on te tiendra compagnie."

Notre premier arrêt se fait devant le magasin d'animaux magiques. Moi qui l'avais toujours vu comme dans le film, c'est-à-dire composée exclusivement de hiboux et de chouettes, et bien détrompez vous. Cette boutique regorge de bestioles étranges et plus ou moins suspectes (parfois plus que moins).

" Oh Jay, regarde !

- Jay ?

- Ouai, je trouve ça plus fun que James. Mais regarde comme ils sont mignons !

- …euh, ce sont des serpents.

- Ouai ! J'adore ! Regarde le celui là, le petit bleu et vert, il est trop chou !

- Mais…ce sont des serpents.

- Ben mince, moi qui pensais que les sorciers seraient plus ouverts d'esprits que les moldus sur les animaux de compagnie…

- Ce n'est pas le problème, c'est juste…enfin c'est un serpent ! Qui aime les serpents à part…

- A part les faces de serpent, tu veux dire ?

- Ouai. Enfin, j't'aime bien, mais c'est pas un bon point pour nous convaincre que tu n'es pas dans le camp des méchants.

- (soupir). Ecoute, mettons les choses au clair. J'aime les serpents, j'aime le vert, et si j'avais été à Poudlard, je n'aurais probablement pas été à Gryffondor, mais peut être plutôt à Serpentard. Maintenant, je suis tolérante, et les histoires de pureté du sang, franchement, c'est un ramassis de conneries. Je ne suis pas de celles qui se battent. Je suis plutôt du genre à me planquer en attendant que ça passe. Mais je suis loyale, et quand je choisis un camp, j'y reste. Et le fait que j'aime les serpents ne fait pas de moi un monstre…ni une ennemie.

- …D'accord….alors, comment ça se fait que tu aimes les serpents ?

- Je les trouve jolis. Et, j'aime bien leur contact. C'est froid, et mou, mais, en même temps, c'est tellement vivant… en cette manière de se déplacer…y'a un côté très sensuel là dedans.

- Hun hun, si tu le dis. Bon allez, viens, c'est inutile de se torturer, Lily ne voudra jamais d'une de ces bestioles à la maison. En fait, elle déteste les serpents. La dernière fois qu'elle en a croisé un, il a fini fracassé contre un arbre. Pauvre bête.

- Quelle charmante épouse tu as, Jay-jay."

Le second magasin est celui de Mrs Guipure. Après quelques mots de Jay, elle m'entraîne sur un tabouret.

" Hem, Mac ? On va te laisser le temps que…enfin voilà. On revient après.

- Vous me laissez toute seule face à cette dingue du dé à coudre ?

- Relax Mac, Remus reste avec toi.

- C'est vrai ?

- Oui. Et pas de bêtise hein ? Tu la surveilles Remus ?

- Oui, t'inquiète, je ne la quitterais pas des yeux ta petite protégée.

- Bon, ben à tout à l'heure."

Ouai, c'est ça.

D'un geste brusque, Mrs Guipure m'écarte les bras et commence à prendre mes mesures, faisant virevolter les mètres rubans autour de moi. C'est fabuleux. Mais passé cinq minutes, mon enthousiasme s'estompe, et mon intérêt se porte sur mister Lupin. Le Lupinou a l'air de se faire braire sérieusement, et j'ai un peu pitié de lui.

" Tu sais où ils sont allés ?

- Hum ? Euh non, pas vraiment. Probablement au magasin de quidditch, ils ont tendance à y passer un temps fou quand on vient ici.

- Oh.

- Je t'y emmènerais tout à l'heure si tu veux.

- J'aimerai beaucoup, merci. Oh, et …merci d'être resté avec moi, même si c'est pour me surveiller.

- Aucun problème. Le quidditch ce n'est pas trop…

- Ah oui, le mal de l'air. J'avais oublié.

- Comment tu… c'est stupéfiant ! Comment peux-tu connaitre autant de choses sur nous !

- En fait, je ne connais que quelques détails. La surface en quelque sorte. Le reste est un mystère pour moi.

- Comment est ce possible ?

- Je ne crois pas que ce soit judicieux d'en parler. Enfin je veux dire, je pense qu'il faudrait d'abord que j'en parle à Dumby… euh, Dumbledore.

- Très bien. "

Après ça, un silence bien lourd s'installe dans la pièce, pendant que la folle furieuse du dé à coudre s'agite autour de moi, faisant voltiger tissus, aiguilles et ciseaux. Remus est méfiant. Ça se voit sur son visage. Après tout, il n'a pas tort. Il ne sait pas qui je suis, ni d'où je débarque. Il ne connait rien de moi, mais moi j'en sais pas mal sur lui. Et j'imagine qu'il doit se demander jusqu'où j'en sais sur lui.

" Alors ? Parle-moi de toi ?"

Surprise, je relève les yeux vers lui. Bien que toujours méfiant, il s'interroge à mon sujet. Mon histoire l'intrigue, et il est curieux.

" Que veux- tu savoir ?

- Je ne sais pas… quel âge as tu ?

- 19 ans.

- Comme nous.

- Je sais.

- Ça m'aurait étonné. Mackenzie Tallis, 19 ans. Ok. Et tu fais quoi dans la vie ?

- J'étudie l'Histoire, au King's College, à Londres. Je suis en première année. Enfin, j'étais.

- Et tu as de la famille ?

- Mon père et ma mère. Je suis fille unique.

- Et sinon, tu aimes faire quoi ?

- Lire. Ecouter de la musique. Et chanter. Quand je n'ai pas de musique à écouter, je chante…mal, mais je chante. Et j'aime bien me promener sur le bord de la tamise le soir. Et faire des desserts. Je déteste faire la cuisine, d'ailleurs, je suis nulle en cuisine. Mais j'adore faire des desserts. Et j'aime la neige aussi. Et la magie. Enfin, je ne savais pas que ça existait vraiment mais…

- Ton plat préféré ?

- Les spaghettis.

- Ton dessert préféré ?

- Le clafoutis aux abricots.

- Ta couleur préférée ?

- Le bleu je crois.

- Ton animal préféré ?

- Le loup."

Ma réponse trouble Remus. Un sourcil se lève, mais il reprend rapidement contenance et continue son interrogatoire.

" Ton odeur préférée ?

- Le musque.

- Ta plante préférée ?

- La rose.

- Ton livre préféré ?

- Orgueil et Préjugés, de Jane Austen.

- Ton personnage masculin préféré ?"

Oups. Je le dis tout de suite, il est inenvisageable que je lui réponde la vérité. Non mais franchement, vous me voyiez lui dire que c'est son meilleur copain ? Soyons sérieux deux minutes voulez-vous !

" Alors ?

- Euh, je ne préfère pas te le dire.

- Ah bon ? Pourquoi.

- Je ne peux pas te donner mon deuxième préféré plutôt ?

- Tu es bizarre quand même. Mais va pour le deuxième.

- Merci ! Alors, John Thornton, de North and South d'Elizabeth Gaskell, à égalité avec Mr Darcy d'Orgueil et Préjugés, de Jane Austen.

- Euh, voyons voir, qu'est ce que je pourrais te demander d'autre… ta créature magique préférée ?

- La sirène.

- Drôle de choix.

- Ah bon ? En même temps, je ne sais pas de quoi elles ont vraiment l'air les sirènes, donc bon…

- C'est vrai. Je te montrerai…Enfin, pas en vrai, mais dans des bouquins.

- Cool, merci!

- Alors, voyons… Rouge ou vert?

- Vert.

- Gauche ou droite?

- Gauche.

- Nord ou sud?

- Sud.

- Pas mal.

- Voilà miss ! J'ai terminé. Et comme me l'a demandé Mr Potter, je ferais tout livrer chez lui.

- Merci Mrs. Au revoir."

Rapidement, je descends de mon tabouret, et je rejoins Remus qui m'attend devant la porte.

" Tu me montres le magasin de Quidditch ?

- Très bien, allons y, il n'est pas très loin."

Au final, le magasin n'était peut être pas très loin, mais on a bien mis vingt minutes à y arriver. Il faut dire qu'à force de m'arrêter à chaque étalage de boutique, forcément...

Et enfin, on y arrive. Il est là, devant moi, la vitrine pleine de balai haut de gamme, lustrés, ciselés, bref, une merveille.

" Tu sais Remus, si j'avais été une sorcière, je crois que j'aurai adoré voler sur un balai. Mais je crois aussi que j'aurai été une quiche en quidditch.

- Ah oui ?

- Oui. Soyons lucide, les sports collectifs n'ont jamais été mon fort. Et j'ai des réflexes déplorables. Je crois que j'aurais fini par avoir une carte de fidélité de l'infirmerie."

Et sur ces mots, je m'élance dans la boutique. Il y a du monde à l'intérieur, et beaucoup de bruit. Rapidement, je perds de vue Lupinou, et je me retrouve toute seule, au milieu d'une foule de sorcier. Sans trop m'inquiéter (après tout, Remus est loup garou, il finira bien par retrouver ma trace), je flâne dans les allés, observant avec avidité chaque modèle de balai. Ils sont magnifiques.

Je me retrouve face à l'un d'entre eux. Une étoile filante 78. Vu le numéro, ce doit être un modèle récent. Le manche est fin, en bois rouge, et légèrement tordu vers le haut. Plusieurs accessoires en bronze sont également exposés. Obéissant à une irrésistible envie de le toucher, je tends la main. Celle-ci n'arrive jamais à destination, car je suis soudainement interrompue par une voix ultra sexy.

"Notre invitée mystère serait-elle fan de quidditch ?"

Ok, laisse- moi quelques secondes pour reconnecter mes neurones avant de pouvoir te répondre.

"Aucune idée, je n'ai jamais vu de match de ma vie. Mais j'imagine que ça doit être merveilleux de pouvoir voler là-dessus… tant pis.

- Tant pis ?

- Je ne suis pas sorcière, je n'ai aucune chance de pouvoir un jour voler sur un balai.

- Je te montrerai, moi.

- Tu ferais ça ?

- Ouai. Toi et moi sur un balai, ça peut être…intéressant."

Dit-il avec un sourire à tomber. Probablement celui qu'il doit réserver à ses futures conquêtes.

Sauf que je ne suis pas stupide. Bien que ce soit flatteur de se faire draguer par Sirius Black, je ne suis pas sure que ça me plaise vraiment. Après tout, mon temps ici est limité. Vous allez me dire que justement, je devrais en profiter. Mais franchement, vous m'imaginez regagner mes pénates après avoir goûté à mon fantasme absolu ? Après ça, plus aucun mec ne sera à la hauteur, et il est inenvisageable que ma vie sentimentale se termine à dix neuf ans, sous prétexte que je n'aurai pas pu résister à Sirius. Et puis, un fantasme doit rester un fantasme. Point.

" Sirius, je parlais de pouvoir voler toute seule. Jay m'a déjà proposé de m'emmener sur un balai.

- Tu vas encore faire enrager Lily, ce serait plus judicieux de venir avec moi.

- Laisse tomber Sirius, je crois que ton charme légendaire ne fait pas effet sur Mackenzie."

Ouf ! Merci Jay ! Sans son intervention, je ne suis pas sure que j'aurais réussi à me tenir à mes résolutions. Il s'agit quand même d'une nuit avec Sirius Black, je n'aurai pas pu résister indéfiniment.

" Quoi ? Ce n'est pas possible ! Aucune fille n'a jamais pu résister !

- Euh, si, Lily. Et maintenant, Mac aussi fait aussi partie du club très fermé des insensibles au charme de Sirius Black."

S'il savait, mon dieu, s'il savait ! Bougon, Sirius se détourne de moi, après m'avoir jeté un regard suspicieux et peu sympathique. Les mains dans les poches, il s'éloigne dans l'allée, et mon regard ne peut s'empêcher de glisser sur ses épaules (j'aime particulièrement les belles épaules masculines), sur son dos, jusqu'à ses fesses parfaitement dessinées. A croire qu'il a servi de modèle pour tous les beaux éphèbes grecs. Un mélange savant de beauté aristocratique et de nonchalance. Apollon et Adonis réunis en un même corps. Un souffle à mon oreille me sort de ma contemplation silencieuse.

"Finalement, ce fameux club n'a toujours qu'un seul membre…"

Remus. Qui d'autre ? J'aurai dû être plus discrète.

" Pas un mot, à qui que ce soit, c'est clair ?

- Très clair.

- Parce qu'il est parfaitement hors de question que je craque, d'accord ?

- D'accord.

- Et retire ce sourire moqueur de tes lèvres, Remus Lupin ! "

Certes, sa bouche ne sourit plus, mais ses yeux en disent long. Super. Au moins, le Lupinou m'aime bien maintenant. En tout cas, plus que ce matin.

Rageuse, je sors de la boutique, à la suite de James et Sirius, suivie par un Remus hilare. Cet évènement est parfaitement anecdotique, mais pourtant, il me resitue dans ma situation. Je suis seule, dans un monde sorti tout droit d'un bouquin, avec des personnes dont je connais le futur, futur qui n'a rien de très rigolo en plus. Je suis entourée de magie, de merveilleux, et je le vis comme dans un rêve. J'attends le moment où je vais me retrouver dans ce putain de métro et que je devrais aller en cours.

Mais en arrière plan, il y a cette angoisse. L'angoisse de ne pas pouvoir rentrer, de rester ici à jamais. L'angoisse que je ne ressentais pas jusque là, parce que j'étais trop occupée à découvrir ce monde. Mais maintenant, je la sens pointer le bout de son nez, s'insinuer insidieusement dans toutes les fibres de mon être.

Je ne veux pas me noyer dans mes émotions ici, en pleine rue, entourée par les garçons. Pas maintenant, ce soir, quand je serais seule et que mes draps et mon oreiller étoufferons mes pleurs.

Pour empêcher que la vague d'angoisse ne me submerge, je plonge la main dans ma poche gauche, et saisis mon lecteur mp3. Sans attendre, je mets les écouteurs et me laisse envahir par la musique.

Micro waves me insane

A blame cuts into your brain

To sound like forks on plate

Blackboard scratched with hate

[Muse- Micro cuts]

La vague recule, la paix revient. Et enfin, je peux rouvrir les yeux. Immédiatement, je rencontre le regard de Remus.

" Qu'est ce que c'est ?

- Quoi ?

- Qu'est ce que c'est, ce truc dans tes oreilles ?

- Oh, ce sont des écouteurs. Ils me permettent d'écouter de la musique sans embêter les autres. Tu veux essayer ?

- Pourquoi pas."

Je lui tends un de mes écouteurs, mais rapidement, je constate qu'il ne semble pas savoir comment le planter dans son oreille. En souriant, je récupère l'objet et l'approche de son oreille, le faisant sursauter.

" Le son est fort !

- Oui.

- Quel est ce groupe ?

- Un groupe anglais, moldu. Il s'appelle Muse. C'est mon groupe préféré.

- C'est très sympa. "

L'agrippant par le bras, pour plus de commodité, nous nous pressons à la suite de James et Sirius qui nous ont largement devancés. Devant la vitrine de Fleury et Bott, je m'arrête pour contempler les ouvrages exposés. Soudain, Remus me rends mon écouteur avec un clin d'œil.

" Viens, on entre."

La boutique est immense, et magnifique. Tout en boiserie, avec des escaliers au quatre coins, des bibliothèques immenses sur lesquelles reposent de nombreuses échelles. Tout en laissant mes doigts glisser sur les rayonnages, j'écoute le babillage de Remus. Cet homme aime les livres, c'est indéniable. Ma main caresse les couvertures tantôt douce, tantôt rugueuses des vieux grimoires, mes doigts effleurant les lettres dorées des titres.

Finalement, c'est Jay qui nous interrompt, Sirius me boudant toujours.

" Mac, Remus ! Il est déjà tard, on devrait rentrer."

Etonnée que le temps soit passé si vite, je retire mon portable de ma poche et y jette un coup d'œil rapide.

" Jay, il n'est que 17h30 ! On a encore le temps !"

Mais le regard inquiet de James me réduit au silence. Immédiatement, je sens Remus se raidir à mes côtés, et Sirius se met à jeter des regards suspicieux autour de nous.

" J't'assure Mac, il faut rentrer.

- C'est à cause des mangemorts, c'est ça ?

- Chhhut. Viens, on t'expliquera à la maison. "

D'un geste ferme, James Potter m'attrape par le bras et m'entraîne à pas rapide à l'écart de la foule. Là, il s'arrête, jette un regard vers ses amis, et aussitôt, nous nous retrouvons dans l'entrée de la maison Potter. Immédiatement, Lily surgit du salon, un air inquiet sur le visage, et se jette dans les bras de James.

" James ! Enfin ! Je commençais à avoir peur.

- Excuse nous ma chérie, on n'a pas vu le temps passer. Je suis désolé."

Laissant les deux amoureux en tête à tête, nous nous dirigeons vers le salon. Le silence règne entre nous, personne n'ose parler, et la joie de cet après midi semble avoir disparu.

Enfin, James et Lily nous rejoignent.

" Je suis désolé, Mac.

- Désolé pour quoi ?

- D'avoir été un peu brusque tout à l'heure.

- Aucun souci Jay. C'est la guerre, il en va de votre sécurité. Et maintenant de la mienne aussi j'imagine.

- Que sais-tu de cette guerre ?

- Qu'elle va faire beaucoup de mal. Et qu'elle durera longtemps. Voldemort sera vaincu, dans quelques années. Et pendant dix ans, les sorciers seront tranquilles, en paix. Mais après dix ans, elle recommencera. Plus forte, plus meurtrière. Laissant dans son sillage des morts, des blessés, des orphelins.

- Est-ce qu'il y a un quelconque espoir ?

- Oui. Voldemort sera vaincu. Définitivement. Mais à quel prix ? C'est pour ça qu'il faut se battre, encore et encore. Pour que dans dix ans, Voldemort puisse être tué. "

Ma tirade est accueillie par le silence. L'ambiance est froide, glaciale même. Et comme souvent, c'est James qui ramène un peu de chaleur.

" Bon, et bien puisque nous savons comment ça va finir, plus besoin de s'en faire. On sait qu'on ne fait pas ça pour rien. "

Cela suffit à m'arracher un sourire, mais le cœur n'y est pas vraiment. Quel prix pour la mort de Jedusor ? James, Lily, Sirius et Remus, morts. Les vies brisées de Harry, de Neville. Et tous ces gosses qui se retrouveront à lutter pour l'un ou l'autre camp, dans une guerre suicidaire.

" 17h. C'est la limite que Dumbledore nous a fixée. Passé ce délai, nos vies sont en danger. Le mal sort de sa tanière et rôde.

- Ils n'attaquent pas en journée ?

- Non. La guerre n'est pas encore officielle. Et pour le moment, Voldemort retient ses sbires.

- Au fait, où est Peter ?

- Aucune idée. Il a dû partir tout à l'heure.

- On ne le voit plus beaucoup. Il dit que son boulot au ministère lui prend beaucoup de temps, et le reste du temps, il est crevé. "

C'est vrai, Peter. Ce sale rat doit déjà être à la solde de Voldy. Mais si je leur disais… si je leur racontais tout ! Je pourrais changer les choses ! Peter serait démasqué, James et Lily protégé, Sirius n'irait pas en prison, et Remus ne passerait pas les quinze prochaines années seul et misérable. Il suffirait juste… sauf que si je leur raconte, s'ils apprennent la vérité, les choses vont changer, certes, mais peut être que ce sera pire.