5- Feeling good
Les semaines ont passé depuis l'attaque, et le temps s'est plus que rafraîchit. Déjà, quand j'ouvre les volets le matin, la pelouse du jardin est blanche de givre. Je plains franchement Sirius, il rentre tous les matins de ses surveillances, crevé et gelé jusqu'aux os. Surtout qu'il les fait avec Evans! Le pauvre, vraiment, j'ai pitié de lui. Et il ne serait pas un dragueur invétéré, je lui ferais bien un petit câlin pour le réconforter (et pour en profiter aussi quand même). Sauf qu'avec lui, je sais parfaitement qu'il en profiterait, et je ne peux pas me le permettre. Pas avec lui. D'ailleurs, en parlant du loup, ou plutôt du chien, on en voit la queue. L'héritier des Black vient de passer la porte, les épaules basses et des cernes violettes sous les yeux. Et bien vous voulez que je vous dise? Même comme ça il réussirait à me mettre dans tous mes états. Pauv' bichon!
Ce matin là, Jay et moi nous sommes levé assez tard, et nous avons décidé d'en profiter pour nous faire un méga petit déj'. C'est donc encore attablés que le duo Black/Evans nous trouve, plongés dans une discussion bruyante et agitée, et ô combien passionnante sur ... je vous le donne en mille, la possibilité que Dumbledore ait développé son addiction pour les bonbons au citron en réponse à une possible addiction de Grindelwald pour les bonbons à la menthe.
Face à cette scène improbable, je vois Sirius marquer un temps d'arrêt et nous scruter l'un après l'autre, tandis qu'Evans fronce les sourcils (évidemment, ça ne lui plait pas que Jay soit devenu mon nouveau super copain) et pince les lèvres. En réponse, James lui renvoie un sourire tendre et chargé d'amour, et déjà, l'addiction de Dumbledore n'existe plus pour lui. Esquissant un sourire moqueur, je me tourne vers un Sirius épuisé.
" Allez mon Blackounet, vient par là et profite un peu de mes pancakes! Regarde, ils sont encore tout chauds et déjà tartinés, y'a plus qu'à les manger.
- mgrblmgrldm
- Ouiiii? Mais encore?
- Et tu vas manger quoi toi?
- Plus rien, j'ai le ventre bien plein, ne t'inquiète pas.
- D'accord, ben... merci. Et je ne m'appelle pas Blackounet.
- Meuuuh si, c'est juste que tu ne le savais pas encore! Bon allez, j'vais prendre ma douche. A tout à l'heure Blackounet! "
Hi hi hi, j'adore taquiner Sirius. D'ailleurs, il a beau râler, il adore ça aussi. La preuve, alors que je sors de la cuisine, je me retourne une dernière fois, et l'aperçoit en train de sourire face à son (mon) assiette de pancakes.
Pendant que je prends ma douche, je laisse mon corps se détendre, et mon esprit se calme, tentant d'analyser calmement la situation.
Petit un: Nous sommes déjà en octobre, et personne, pas même le plus grand sorcier du monde, j'ai nommé Dumby, n'a réussi à me faire repartir. Il n'y a même pas l'ombre d'un espoir, hormis celui que peut être, le phénomène qui m'a amené ici s'inverse sans prévenir et me ramène à bon port.
Petit deux: je culpabilise parce que je connais le futur de ce monde et que je ne fais rien. Peter, que je ne vois presque jamais chez les Potter (comme c'est étrange!) doit déjà être à la solde de Voldy, et mes amis sont en danger. Ils ne s'en rendent pas compte bien sur, mais leur temps est compté.
Petit trois: mon monde me manque, ma famille, mes amis. Parfois, il arrive que je les regarde, James, Sirius et Remus, et je me souviens de ce qu'était ma vie avant. Ils me rappellent mes amis. Et parfois, quand je me sens triste, ou en colère, mon premier réflexe est de chercher mon téléphone pour appeler ma mère. Puis je réalise que c'est impossible, et je me sens encore plus triste, encore plus en colère. Parfois aussi, James me raconte une blague qui me fait rire, et je pense alors à mon père, à qui j'aurais adoré la raconter. Et du coup, la blague ne me fait plus rire. Bref, mes parents me manquent. Terriblement. Rien qu'à la pensée de ne plus jamais les revoir, mon cœur se gonfle d'angoisse. Et puis, je les imagine, assis dans le salon, les yeux rivés sur le téléphone, des monceaux d'affiches de recherche tout autour d'eux. Peut-être me croient-ils morte, ou enlevée par un malade. Ma mère n'a jamais aimé l'idée que j'aille étudier à Londres. Elle disait que là-bas, je ne connaissais personne et que la grande ville était dangereuse pour une jeune fille comme moi. Si elle avait su d'où viendrait le danger... Et plus le temps passe, et plus je perds espoir de les revoir un jour. A chaque visite de Dumbledore, je cours dans l'entrée pour l'accueillir. Et chaque fois, son regard désolé est comme une entaille dans mes tripes.
Et je me sens si seule ici. Même entourée par eux tous, je me sens seule. Parce que je ne fais pas partie de leur monde, de leur époque. Je n'ai même pas de pouvoirs magiques! Enfin, au moins je comprends quand ils me parlent de tous leurs machins.
Petit quatre: Et si je ne repartais jamais? Et si je restais ici, pour toujours et jusqu'à ma mort (ce qui peut arriver d'un moment à l'autre dans ce monde de malade au bord de la guerre).
C'est ce dernier point qui me préoccupe. Car je ne peux plus attendre que les choses se passent et ne rien faire. Si je dois rester ici, il faut que je prenne ma vie en main et que je m'adapte. Il est inenvisageable que je reprenne mes études, je n'ai aucun diplôme ici. Il faut que je me trouve un job, puis un appart. Car je ne peux pas non plus rester à vie dans cette maison. De toute manière, si tout se passe comme dans le livre, cette maison va exploser d'ici deux ans. Et moi avec si je suis toujours à l'intérieur.
Soudain, mes réflexions se trouvent coupées par une chose que je déteste absolument: de l'eau gelée. Surprise, je pousse un cri strident, auquel me répond un "désolé", crié à travers la cloison. Résignée, je soupire, et m'extirpe de la douche. Ma salle de bain et celle de Sirius sont voisines. Or, lorsque les deux douches fonctionnent, il y en toujours une pour prendre l'eau chaude de l'autre. Un défaut de conception qui n'a jamais posé problème auparavant, puisque cette salle de bain n'était que rarement utilisée, et encore plus rarement en même temps que celle de Sirius. Mais ça, c'était avant.
Résignée, je sors de la douche et m'habille, avant de me jeter sur mon lit où m'attend une montagne de journaux. Minutieusement, je les épluche les uns après les autres, à la recherche d'un job. James m'a montré comment rejoindre facilement le Londres moldu sans avoir besoin de ses services. J'ai déjà répondu à plusieurs annonces, mais aucune n'a aboutit. Il faut dire qu'ici, je n'ai aucune qualification, aucun diplôme. Machinalement, j'entoure au marqueur rouge certaines annonces "intéressantes": serveuse, vendeuse, garde malade, garde d'enfant, ménage, bref, je prends ce qui se présente.
Plus tard, dans la journée, je paresse allongée sur le canapé, profitant des derniers rayons de soleil qui traversent la fenêtre jusqu'à moi. James se repose à l'étage. Il n'est toujours pas remis de l'attaque de Voldemort. Quand à Sirius et Evans, ils sont repartit. En ces temps de guerre, les médicomages et les aurors sont tous mobilisés, et avec leur participation à l'Ordre du Phénix, ils sont plus qu'occupés.
" Mac? Tu fais quoi?
- Jay! Tu devrais être au lit en train de te reposer! Le médicomage a dit que...
- Le médicomage n'est pas cloué à ce fichu lit. Oh s'il te plait Mac, je n'en peux plus de végéter dans cette chambre.
- Ta femme va me tuer si elle te voit ici.
- Mais non, elle t'adore.
- Ah oui, c'est aussi ce que je me suis dit ce matin quand elle m'a piqué le dernier toast.
- Laisse-lui du temps. Elle finira par s'y faire. Et puis, moi, je suis là, pas vrai?
- Exact super copain!
- Alors, tu fais quoi?
- Et bien je regarde les catalogues pour me commander une tenue pour Halloween.
- Hein?
- Oh zut, j'oublie tout le temps que vous autres les sorciers, vous n'avaient pas les mêmes traditions. Chez moi, à Halloween, on se déguise et on va collecter des bonbons dans la rue. Enfin, c'est ce que je faisais quand j'étais enfant. Maintenant, je me déguise juste pour faire la fête.
- Ça a l'air cool. Et en quoi on peut se déguiser?
- En général, c'est comme on veut. Mais traditionnellement, c'est plutôt en trucs sensés faire peur, comme les fantômes, les vampires, les monstres, etc.
- Je vote pour! Une petite soirée déguisée pour Halloween, c'est une bonne idée. J'en parlerai à Lily ce soir. Alors, en quoi on va se déguiser?
- Ben, je regardais les costumes de sorcières...
- De Sor... Ahahahahah! Mais ça ne fait pas peur les sorcières!
- Dans la tradition moldue, si. Ce n'est pas pour rien qu'on les cramait sur des bûchers. Robe noire, chapeau pointue, balai volant, ce n'est pas si éloigné.
- Ouai, sauf que nous, on n'a pas de nez crochu avec une verrue dessus et des ongles crado de trois kilomètres. Enfin, pas tous en tout cas.
- D'accord. Alors tu me proposes quoi comme déguisement?
- Euh...
- Ok, j'ai compris, on va trouver une autre idée. Alors tu as le choix entre fantôme, vampire, zombie... et ça reste les plus classiques. Si t'as envie tu peux te déguiser en un truc non identifié, du moment que y'a du sang ou que c'est sensé faire peur.
- Trop cool! Tu préfères quoi, toi?
- Moi? Je reste sur l'idée de la sorcière. Mais une jolie sorcière quand même. "
Et c'est ainsi que la journée se termine, tous les deux, avachis dans le canapé en train de manger des cookies et de rire des idées de costumes qui nous passent par la tête.
Fin Octobre. La fête d'halloween organisée par James approche à grand pas, et le gus ne parle plus que de ça. Il faut dire qu'il n'en peut plus de rester coincé à la maison, il est presque guéri, mais impossible de reprendre le boulot ou de repartir en mission pour le moment, les ordres de Pompom sont formels. Par conséquent, c'est moi qui fais les courses pour cette fameuse soirée tant attendue. Ravie de sortir un peu seule, je flâne tranquillement sur le chemin de traverse, admirant les vitrines, qui m'émerveillent comme au premier jour. Malgré le froid qui règne, je prends mon temps, m'arrête à la terrasse d'un café, et rêvasse devant les balais exposés dans la vitrine du magasin de Quidditch, les bras chargés de sacs venant des divers échoppes. Machinalement, mes pas me mènent vers Fleury&Bott. J'adore cet endroit. Le temps, plus que considérable, que je passais dans les librairies à mon époque est remplacé par le temps que je passe ici désormais. J'adore cette ambiance feutrée, poussiéreuse, l'odeur de vieux grimoire, de parchemin, de cuir, les étagères croulant sous d'innombrables livres, les clients fouillant dans les rayonnages, ou tapis dans un coin afin de pouvoir dévorer un ouvrage en toute tranquillité. Le gérant commence même à me connaître un peu maintenant, ou tout du moins à me reconnaître lorsque je fais tintinnabuler la clochette de l'entrée.
Tranquillement, je me promène entre les étagères, laissant, comme à mon habitude, mes doigts glisser sur les tranches des livres. Déjà, chaque rayon m'est familier, et je commence à connaître un certain nombre des livres qui y sont rangés. Alors que j'arrête mon choix sur un roman traitant de la grande guerre des gobelins, j'aperçois le vieux gérant qui s'approche de la vitrine, un parchemin à la main. Avec quelques difficultés, il accroche la pancarte contre le verre de la vitre. Curieuse, et saisie d'une intuition, je repose le livre que j'ai dans la main, et sors du magasin afin de lire le parchemin. Mon cœur s'affole alors. Excitée comme une puce, je me hâte vers le vieil homme qui se tient derrière sa caisse.
" Bonjour Monsieur Fleury
- Bonjour miss, que puis-je pour vous?
- Je viens de voir la pancarte sur la porte. Vous cherchez une vendeuse, et je peux être cette vendeuse.
- Vous avez déjà exercé dans ce type de métier?
- Euh, et bien, non, mais j'aime les livres, et j'aime votre magasin, et je sais que je suis capable de faire ce travail.
- Bien, et vous avez des références?
- C'est à dire... ma situation est compliquée et... pour tout vous dire, je n'ai plus rien. Ni argent, ni logement, ni existence officielle, ni magie. Je loge actuellement chez les Potter. Mais si je lui demande, je suis sure que le professeur Dumbledore me soutiendra, vous savez! Il est au courant de ma situation... difficile, et il travaille actuellement à arranger les choses. Je vous en prie, monsieur Fleury, j'ai besoin de travailler, je ne peux pas vivre jusqu'à la fin de mes jours au dépend des Potter. Et j'aime cet endroit, je commence à le connaître par cœur. Et même sans magie, je sais que je suis capable d'accomplir mon travail correctement. Je vous en prie, s'il vous plait.
- Pouvez-vous m'assurer qu'Albus Dumbledore vous soutiendra?
- Oui.
- Très bien, apportez moi la preuve de ce soutient d'ici demain soir, et je vous prendrai à l'essai. D'ici là, je vous garde la place au chaud.
- Oh merci, monsieur, merci. Je reviendrai demain! Au revoir!
- Au revoir miss. "
A peine sortie, je me rue vers le ministère, afin de pouvoir utiliser une de leurs cheminées et ainsi, pouvoir rentrée chez les Potter. Il faut impérativement que je contacte Dumby dès ce soir.
C'est donc comme une furie que je pousse la porte d'entrée de la maison Potter, faisant ainsi sursauter James qui était en train de piquer un petit roupillon sur le canapé.
" Jaaaay!
- Hein? Quoi? Les barbares attaquent?
- Les barbares? (là, il faut vous figurer ma tête, bouche bée, les yeux ouverts comme des soucoupes, en train de me questionner sérieusement sur la santé mentale du garçon.) Laisse tomber. J'ai besoin de ton aide immédiate et urgente.
- Et de quoi souhaites-tu me parler que ça nécessite de me tirer de façon si brutale d'un sommeil réparateur et d'un rêve absolument génial?
- J'ai peut-être trouvé du travail.
- C'est vrai? Mais c'est génial! Quand est-ce-que tu commences? Et tu vas faire quoi? Et c'est où?
- Oh, du calme, le moulin à paroles. Ce n'est pas encore fait. Fleury&Bott cherchent une vendeuse. Mais pour cela, il me faut le soutient de Dumbledore, avant demain soir, sinon le boulot me passe sous le nez.
- Ok, j'ai compris. Allez, viens par là Mac.
- On va où? Et je te rappelle que tu n'as pas le droit de faire des efforts.
- Relax Mac, je t'emmène voir Dumbledore, et au passage, je m'arrêterai à l'infirmerie faire un petit coucou à Pomfresh.
- Tu... tu veux dire qu'on va à Poudlard? Là, maintenant, tout de suite?
- Ben oui, t'as une autre idée?
- Nan, nan, nan, c'est bon, on y va. Oh, bon sang, je vais à Poudlard! Je n'arrive pas à y croire! "
Impossible de retenir le sourire niais et béat qui s'étire déjà sur mes lèvres, et je sens déjà les premiers gloussements rouler dans le fond de ma gorge. Quand je pense à toutes les fois où je me suis inscrite sur des sites internet recréant plus ou moins Poudlard, et là, j'y vais pour de vrai! De vrai de vrai! Gaaaaaaah (traduction: mon cerveau vient de lâcher)...
Balançant mes achats de l'après midi sur le tapis, je m'agrippe au bras de mon super copain, et deux secondes après, j'atterris sur une rue pavée, face à une auberge portant le nom "Les trois balais". Faisant un tour complet sur moi-même d'un air émerveillé, je réalise peu à peu où je me trouve. Pré-au-lard me fait face. Quel bonheur! Enfin, je me tourne vers super Jay, lequel me regarde tout sourire, amusé par ma joie enfantine.
" Jay, tu te rends compte que j'ai rêvé ce moment depuis mes dix ans environs... Je crois qu'après ça, je pourrais mourir heureuse.
- Allez viens, Mac, il faut encore qu'on aille au château. Juste le temps de prévenir Albus de notre arrivée... je n'ai pas envie de batailler pendant quinze plombes avec Rusard.
- Ah oui tiens, d'ailleurs, c'est aussi un cerf ton patronus?
- Hein? quoi? Comment tu sais pour les patronus?
- Jay... moi, futur, roman... je suis au courant de plein de trucs je te rappelle.
- J'oublie souvent ce détail. Donc, non, mon patronus n'a pas la forme d'un cerf. Pourquoi?
- Non, comme ça..."
James ferme un instant les yeux, semble se concentrer, et sur ses lèvres, un doux sourire fleurit. Je crois qu'il a trouvé son souvenir heureux. Alors, il sort sa baguette de sa poche et...
" Tu ne devrais pas la mettre dans ta poche. Maugrey ne t'a rien appris? Tu veux avoir un bout de fesse en moins? Pfff, t'es inconscient.
- Bon, c'est bon Mac, je peux lancer mon sort?
- Oui oui, vas-y. "
Cette fois-ci, les choses vont un peu plus vite, et enfin, une forme argentée s'extrait de l'extrémité de la baguette d'acajou.
" C'est un griffon? C'est ça?
- Oui. Que veux-tu, Gryffondor un jour...
- Gryffondor toujours. Ouai, je suis au courant.
- Allez viens. "
Sagement, je suis James pendant quelques minutes, avant de voir enfin le fameux portail du château. Je trépigne d'impatience, et je dois avouer que mon cœur fait quelques petites embardées à l'idée de pouvoir bientôt fouler le sol poudlardien. J'ai hâte, vite vite!
Enfin, un homme immense et hirsute s'approche tranquillement des grilles, un trousseau de clef à la main.
" Ne t'inquiète pas, Mac, c'est...
- Hagrid. Oui, je sais.
- Tu sais que ça en devient presque énervant?
- Désolée...
- Non, c'est bon, c'est juste qu'on sait jamais ce que tu sais, et ce que tu ignores. C'est déstabilisant. Bonjour Hagrid!
- James Potter! Bien le bonjour. Et je suppose que ta compagne est cette jeune fille débarquée d'on ne sait où le jour de ton mariage?
- C'est ça, Hagrid, je te présente Mackenzie Tallis.
- Bonjour Hagrid.
- Bonjour miss Tallis. Dumbledore m'a demandé de vous escorter jusqu'à son bureau. Suivez-moi. "
Enfin, je passe les grilles du château, et quelques instants plus tard, les arbres laissent place à la plus belle vue au monde. Sur ma droite se dresse le terrain de Quidditch. Il est immense, avec ses anneaux, ses drapeaux et ses tours drapées aux couleurs des quatre maisons. Sur ma gauche, j'aperçois la cabane d'Hagrid, le saule cogneur, et au loin, la menaçante forêt interdite. Et en face, le château, immense, spectaculaire, superbe de majesté. Mon cœur se sert, ma respiration se coupe, le brouillard envahit ma tête, et je sens mes yeux s'embuer. Un étrange bruit, mi-hoquet, mi-sanglot, m'échappe, attirant sur moi l'attention de mes compagnons.
" Mac? Tout va bien?
- ... oui... pardon, c'est... l'émotion. Tu ne te rends pas compte toi, de ce que ça représente pour moi de venir ici. Le jour de mes onze ans, j'ai pleuré de ne pas recevoir de lettre pour Poudlard. Et malgré toutes les reconstitutions que j'ai pu voir, rien ne vaut se moment où enfin, je me retrouve face à face avec ce château magique qui a hanté mes rêves depuis tant d'années... Allons-y, ça va aller. Dumbledore nous attend. "
Durant la traversée du parc, j'observe avidement, m'emplissant d'images, ne sachant plus vers où regarder. Je pourrai presque imaginer toutes ces choses que j'ai lues, et qui ne se sont pas encore passées, se dérouler sous mes yeux.
Enfin, nous arrivons aux pieds de la grande porte. Les couloirs se suivent, et une fois encore, je reste silencieuse, absorbée par ma contemplation. Tout est comme je l'avais rêvé, mais en plus beau, plus magique, plus extraordinaire. Les couloirs aux murs de pierres, ornés de tableaux en mouvement, avec de grandes fenêtres à vitraux somptueux, le sol pavé de pierres sombrent, et parfois recouvert de tapis épais et magnifiques, tout cela me laisse sans voix. Parfois, en passant devant quelques salles de classes, on entend des bribes de cours, voir même des cris de créatures magiques diverses et variées. Pendant un instant, je me prends à imaginer que j'ai toujours vécu ici, que je suis une élève de Poudlard, vêtue d'un uniforme aux couleurs de ma maison, me rendant dans quelques endroits mystérieux du château. Mais, mes rêveries sont écourtées, car déjà notre petit groupe se trouve face à la gargouille gardant la porte du bureau de Dumby.
Hagrid donne le mot de passe, et la gargouille nous laisse monter à l'escalier de pierre. Une fois en haut, Jay frappe discrètement à la porte en bois de chêne du bureau, et l'ouvre après avoir entendu Dumby répondre. Voilà, je suis enfin dans l'antre du plus grand directeur que cette école ait eu.
" James, mis Tallis, que puis-je pour vous?
- Bonjour professeur. Voilà, je suis désolée de vous embêter avec ça, mais j'ai besoin de votre soutien.
- Je vous écoute.
- Vous n'êtes pas sans savoir que je cherche du travail, compte tenu du fait que ma situation ne va pas en s'arrangeant. Seulement, c'est très compliqué étant donné que je n'ai aucune identité, aucune preuve de qualification, bref, j'ai un peu de mal à trouver du travail. Et cet après-midi, j'ai obtenu une promesse de travail de la part de Mr Fleury, à condition que vous vous portiez garant pour moi. Il veut une preuve de votre soutient avant demain soir, sinon il ne m'acceptera pas. Je suis donc venue vous demander ce soutien. M'aiderez-vous?
- Je suis content de voir que vous prenez votre vie d'ici en main, miss Tallis. Et je vous accorderez bien volontiers cette aide que vous me demandez. Mr Potter, je crois que vous devriez rendre une petite visite à Pompom. Quand à vous, miss Tallis, vous pouvez rentrer, je m'occupe de tout. Bonne soirée à tous les deux, et ne traînez pas trop pour rentrer, le pays n'est plus sûr désormais.
- Merci infiniment professeur, au revoir. Allez viens Jay, tu m'as promis d'aller à l'infirmerie après.
- Je viens, je viens. A bientôt professeur. "
Après un passage éclair aux mains de Pomfresh, James entreprend de me faire visiter les lieux, avant de repartir. Tout, ou presque, y est passé. La bibliothèque, la salle sur demande, la volière, la tour d'astronomie, bref, tous ces lieux dont j'avais maintes fois entendu parler, mais que je n'avais jamais pu voir.
C'est donc la tête pleine de souvenirs que nous regagnons Godric's Hollow, où Lily nous attend de pied ferme.
" Lily, mon amour, comment vas-tu?
- Lâche-moi Potter. Je peux savoir où vous étiez? Je suis rentrée tout à l'heure, et la maison était vide. J'ai cru que vous aviez été enlevés! Ou qu'elle t'avait attaqué!
- Lily, ma douce, tu sais très bien que Mac est digne de confiance. Nous étions à Poudlard. Mac avait besoin de l'aide de Dumbledore, et elle a insisté pour que je passe voir Pomfresh au passage. Tu vois, il n'y a pas lieu de s'inquiéter.
- J'ai eu si peur... Ne me refaites plus jamais ça, tous les deux! "
Dis donc, c'est qu'elle commence à me courir sur le haricot, la petite Evans! Laissant James avec sa chère épouse, j'attrape mes sacs laissés sur le tapis à notre départ, et je grimpe les escaliers en direction de ma chambre, le tout en bougonnant et ruminant ma rancœur envers cette fille absolument insupportable.
Une douche plus tard, je suis toujours d'humeur massacrante. Cette fille a réussi à me ruiner tous les beaux souvenirs que j'avais de cet après-midi. Elle m'énerve!
Lasse, je m'étale de tout mon long sur le lit, les yeux dans le vague et le cœur gros. Perdue dans mes pensées, je finis par m'assoupir. Il faut dire que ma journée a été forte en émotion.
Je suis réveillée dans la soirée par une main posée sur mon épaule. Encore dans les vapes, je peine à ouvrir les yeux, mais quand j'y parviens enfin, c'est pour plonger aussitôt dans un océan gris d'acier.
" Sirius? Qu'est-ce-que tu fais là?
- C'est l'heure de manger, Belle au bois dormant.
- Déjà?
- Et oui. Tu as dormis longtemps?
- Un petit peu, oui. Mais toi, pourquoi t'es là?
- James nous a invités. Les maraudeurs au complet. Allez viens, il ne manque que toi.
- J'arrive. "
J'ai encore un peu de mal à me réveiller, et la proximité de Sirius ne m'aide pas à remettre mes idées dans l'ordre. Enfin, je finis par me redresser, obligeant le gus à se lever de mon lit sur lequel il s'était assis pour me réveiller. Et puis, un peu mieux réveillée, je lui emboîte le pas jusque dans la salle à manger où nous attend toute la troupe. Inutile de préciser que mon apparition est saluée par de grandes exclamations de joie. C'est qu'ils avaient faims les énergumènes!
Assise entre Remus et James, face à Sirius, je passe un excellent moment. Sirius joue de son charme, moi je fais genre que ça ne m'atteint pas, et Remus se moque ouvertement des efforts que je fais. Grrr, ce loup-garou aura ma peau!
A la fin du repas, les garçons débarrassent la table, pendant que Lily s'éloigne, surement pour aller aux toilettes. Suivant mon intuition, je lui emboîte le pas, et l'attends dans le couloir, face aux toilettes. Quand elle sort enfin, elle semble surprise de me trouver là, et aussitôt, son visage se ferme.
" Evans! Je peux te parler?
- Je ne m'appelle plus Evans, au cas où ce détail t'aurait échappé.
- Certes, mais c'est une habitude. Je peux te parler?
- Qu'est-ce-que tu veux?
- Et bien j'en ai assez. Je ne pense pas qu'on arrivera un jour à devenir amies, mais admets au moins que je ne suis pas une menace. Je n'en peux plus de supporter tes insinuations et tes sautes d'humeur. Pour être honnête, je ne sais pas pourquoi tu ne m'aimes pas. Si c'est parce que tu me suspectes d'être au service de Voldemort, alors je crois que la preuve de mon innocence à été apportée. Si c'est à cause de l'amitié que James me porte, alors franchement, ce n'est pas la peine de te casser la tête pour ça. Je n'ai aucune vue sur ton mari, il n'est pas mon genre. C'est juste un ami, un grand frère, le seul qui m'ait acceptée sans soupçon, sans hésitation, et sans me connaître. Je l'aimerai jusqu'à la fin de ma vie, quoi qu'il puisse arriver. Mais jamais il n'y aura quoi que ce soit entre lui et moi, ça serait...beuark, ça serait limite incestueux. Quand au reste, tu n'as pas à t'inquiéter, il est amoureux de toi depuis si longtemps qu'il pourrait renier père, mère, Dumbledore et les Frelons de Wimbourne si tu le lui demandais. Je ne te demande pas de devenir ma meilleure amie, juste d'être moins... harpie avec moi.
- Harpie?
- Harpie.
- ... soit. On retourne au salon? Ils vont se demander ce qui nous arrive."
Soulagée d'un poids, je m'engage donc dans le couloir afin de rejoindre les garçons que j'entends bavarder dans le salon.
" Mackenzie?
- Oui?
- Même les Frelons de Wimbourne, tu crois?
- Sur et certain, Lily. "
Ce matin, à peine le réveil a-t-il eu le temps de sonner une fois que je suis déjà debout. Nous sommes le 31 octobre, et ce soir, c'est notre soirée d'Halloween! C'est aussi mon dernier soir ici. Depuis une semaine que j'ai commencé à travailler chez Fleury et Bott, j'ai également cherché un appartement. C'est chose faite désormais, et je déménage demain. Mon appartement n'est pas des plus grands, mais amplement suffisant pour moi. Il se trouve dans le centre de Londres, sur Charing Cross Road, à quelques pas du Chaudron baveur, ce qui est idéal pour passer d'un monde à l'autre.
Dans la cuisine, je retrouve Jay, aussi excité que moi.
" Alors Mac? Prête pour ce soir?
- Si tu savais! Mais d'ici là, on a encore du boulot, cher camarade!"
Un verre de jus d'orange plus tard (oui, malgré ma pottermania aigüe, je n'ai pas réussi à avaler plus d'une gorgée de jus de citrouille, ce truc est immonde), je croule sous les guirlandes de têtes de morts et chauve-souris. Je vous laisse visualiser la scène. James d'un côté avec sa baguette magique, moi de l'autre, avec mes petites mains. C'est à dire que je suis obligée de grimper sur les meubles pour accrocher tout le bazar, en m'y reprenant à deux fois la plupart du temps, alors que de son côté, un petit wingardium leviosa suffit à James pour faire la même chose. Idem pour les citrouilles. Je m'échine à creuser et découper une citrouille, me recouvrant consciencieusement de chair orange et de pépins, tout ça pour arriver à un truc vaguement ressemblant à une citrouille d'halloween, pendant que le gus en fait dix d'affilé, sans se fatiguer, et en les réussissant brillamment. Je suis frustrée. Fatiguée, orange, et frustrée.
Mais la journée se passe rapidement, et déjà il est temps d'aller se changer pour accueillir nos invités. Les petits fours sont sortis, les bouteilles également, les verres sur les plateaux, les meubles poussés contre les murs, et les toiles d'araignées tendues dans les coins de la pièce et sur les meubles. James a invité pas mal de gens, surtout d'anciens camarades d'école qu'il côtoie toujours, ainsi que quelques collègues, et bien sur, les maraudeurs.
Seule dans ma chambre, et après une douche bien méritée, j'enfile avec quelques difficultés mon costume de sorcière sexy (oui, oui, les verrues sur le nez et la bosse dans le dos, très peu pour moi). Il est constitué d'une petite robe noire en lambeau à manches longues, au décolleté plongeant et s'arrêtant à mi-cuisse, d'un grand chapeau pointu noir, orné de plumes de corbeau, de bas noirs déchirés, et de bottes à talons vertigineux. Quelques contorsions et une certaine couche de maquillage plus tard, je suis fin prête. Diabolique, sexy et vamp à souhait! Dans le salon, je retrouve un James zombifié et une Lily vampirique. Ils sont absolument parfaits et superbes. J'en serais presque jalouse. C'est vrai quoi, dans cette maison, je vis entourée de gens beaux. Et même recouverts de lambeaux et moisissures (comme c'est le cas de Jamesie ce soir), ils ont quand même la classe. Mais déjà, la sonnette de l'entrée retentit, et les premiers invités font leur entrée. Un verre dans une main, un petit four dans l'autre, je passe d'un groupe à l'autre, d'une conversation à une autre. Je ne connais pas la moitié des personnes présentes ici, mais certains me sont connus, et parfois, ça me compresse les entrailles. C'est ainsi qu'il m'a fallut un moment avant d'être capable de tenir la conversation avec Alice et Frank Londubat. Finalement, une fois que j'arrive à mettre de côté que je connais leur sinistre avenir, je peux profiter de la situation.
Ainsi, je papillonne, riant, buvant, mangeant, dansant un peu avec ceux que je connais, chantant à tue-tête avec mon copain Jay.
Et alors que je suis au bar en train de remplir mon verre pour la énième fois, un loup garou m'attrape par la taille et me renifle le cou en grognant. A moitié surprise, l'autre moitié gloussant, je me tourne vers mon agresseur.
" Tu nous fais le remake de big foot?
- Meuh non, tu n'y connais rien, je suis en lycanthrope.
- Ah. J'avais dans l'idée que ce n'était pas vraiment à ça que les lycans ressemblaient... mais j'imagine que tu dois avoir une meilleure idée sur la question que moi, dis-je en lui lançant un clin d'œil.
- Ben en fait, ils ne ressemblent pas vraiment à ça, ou alors en cours de transformation. Mais je ne voulais pas emmerder Lunard en faisant un costume trop réaliste. Et puis c'est bien plus rigolo sans museau!
- Tu en deviendrais presque poétique, mon cher Sirius, tu fais des rimes maintenant. Et en quoi est-ce-plus rigolo?
- Parce que je ne serais pas obligé de retirer une partie de mon costume pour venir t'embrasser tout à l'heure.
- Tu es au courant que la coutume du baiser au milieu de la nuit, c'est pour le nouvel an, pas pour halloween.
- Ah mais je disais tout à l'heure, parce que là tu me sembles encore être en possession de la plupart de tes moyens, et que je n'ai pas envie de me prendre une baffe. "
Oula, ça commence à chauffer pour moi là. Non, je ne parle pas d'une quelconque menace, mais bien du fait qu'entendre ces mots sortir de la bouche (ô combien tentante) de Sirius me met dans tous mes états. Sans compter que l'alcool n'aide en rien à me rafraichir l'esprit. Conclusion, je rougis, je balbutie, je bégaie, bref, j'ai l'air d'une cruche. Et face à tant d'incompétence de ma part, je préfère me détourner de lui. Mais à peine ai-je eu le temps de reprendre mon verre en main (à défaut de mes émotions) que je sens à nouveau son souffle dans mon cou.
" Tu peux m'expliquer pourquoi tu n'arrêtes pas de me renifler depuis tout à l'heure? Je pue ou quoi?
- Je me mets dans la peau de mon personnage. Et sache que le cou est un des endroits qui concentre le plus les odeurs, et la tienne est particulièrement ... intéressante.
- Intéressante?
- Charmante. Tentante. Affolante. Et je tairais d'autres mots qui pourraient choquer tes chastes oreilles.
- Euh, sans vouloir faire ma maligne, faudra qu'on reparle un jour de cette histoire d'oreilles sois disant chastes. Allez, viens t'amuser au lieu de me renifler, espèce de pervers! "
Après ça, la soirée est plus floue. Des flashs, des odeurs, des sensations me reviennent, mais rien de très net. James et moi, affalés sur le tapis, riant aux éclats. Remus, fatigué, appuyé au mur, le sourire aux lèvres en regardant ses amis, et moi appuyée sur son épaule pour un peu de repos momentané. Sirius me faisant tourner et tourner encore dans ses bras, au son d'une musique funèbre. Ses mains sur ma taille, sur mes hanches. Ses bras autour de moi, ses yeux emplis de promesses de plaisirs infinis. Et sa bouche, si tentante, si joueuse, sa bouche qui rie, qui chante, qui parle, qui m'embrasse, encore et encore, avec avidité. Et Lily, renvoyant Sirius chez lui, au lieu de le laisser monter avec moi, avec pour seule explication un "crois moi, ça vaut mieux, tu l'aurais regretté à ton réveil". Et puis ma chambre, mon chapeau balancé à travers la pièce, et moi, m'affalant sur mon lit, et une dernière pensée avant de m'endormir: Demain, je déménage.
