Hey bande de gens !

Et oui, voici un nouveau chapitre de Der Fall von Deutschland aujourd'hui intitulé Widerstandsbewegung ou Résistance en français.

Je ne vous retiens pas plus longtemps avec mon blabla, vous en avez bien assez à la fin...!

/!\ WARNING : Language injurieux envers les Allemands, vous devez comprendre pourquoi maintenant que vous connaissez la traduction du titre ! /!\

Je vous souhaite une bonne lecture~


xXx Le 7 juin 1944, , Haute-Normandie ( France ) - 21h34 xXx

Deux ombres se faufilaient à travers les champs normands à cette heure tardive du mois de juin. Leurs pas étaient lourds, fatigués, et la plus petite des ombres, qui semblait transporter une troisième silhouette sur son dos, trébuchait régulièrement sur des morceaux de terres remués par les moissons et était soutenue par l'autre silhouette. Elles atteignèrent rapidement une petite parcelle de terre boisée, où elles furent un peu plus abritées des regards. Puis leurs voix se firent entendre, le plus doucement possible pour ne pas alerter les possibles soldats de ronde.

_ Mattie, my feet hurt, it's gonna be hours since we left...! commença la plus grande d'un ton las.

_ I don't care Al. Just shut up and keep going on ! répliqua la plus petite silhouette, courbée.

_ We've deserted. Really, you forced me to desert. You know how it's embarrassing for me...?!

A ces mots, le Canadien stoppa immédiatement sa marche, et se tourna difficilement vers son frère, remontant grâce à une impulsion de ses bras le corps d'Arthur qu'il portait depuis plusieurs heures sur son dos et qui avait glissé le long de sa colonne vertébrale, toujours inconscient. Sa voix se fit plus dure que d'ordinaire, malgré l'intonation calme qu'elle arborait toujours.

_ Well, what ? You'd prefer shoot down some German soldiers when England would be dying on a poor infirmary bed ? Don't you think it's better for him we search for some French people who'll help us ? You're really just a kid Al, think about others before thinking about you sometimes !

_ What ? Don't call me a kid ! You-

Alfred s'interrompit brusquement suite à un geste de la main de son frère. Lui aussi avait entendu. Une brindille avait craqué. L'Américain intima silencieusement à son jumeau de s'accroupir au sol, tandis qu'il s'agenouillait, son fusil en joue et chargé.

_ Qui va là ? lança Matthew d'un français anglicisé, épiant les buissons nerveusement.

Des froissements de feuilles lui répondirent, puis enfin une ombre inconnue émergea de la végétation, mains en l'air en signe de soumission. L'ex Nouvelle-Angleterre releva son fusil, visant la tête de sa cible. Cette dernière, simple silhouette sombre à cause des ombres nocturnes des arbres, s'adressa alors à eux en un allemand approximatif, sa voix grave chuchotant doucement.

_ Deutsch ? Deutsche Soldaten ?

Les deux jeunes nations se regardèrent longuement, hésitants, puis Alfred se décida à prendre la parole, au grand damne de son frère. Si cet homme était un Allemand, ils étaient fichus...!

_ Hum, well-

_ Ah non, vous n'êtes pas des Allemands vous...!

L'homme sembla se détendre dans ses gestes, et s'approcha des jumeaux Nord-Américains. Instinctivement, le grand blond agita son fusil, plissant les yeux d'un air qu'il voulait menaçant tandis que son frère se relevait lentement, plus en confiance que son aîné. L'inconnu sembla réfléchir un instant, puis reprit, cette fois-ci en anglais.

_ English so ? You are English ?

_ Actually- commença l'Américain, rechignant visiblement à être appelé "Anglais".

_ Yes, English ! le coupa son cadet en lui assénant un coup de coude dans les côtes, le faisant taire.

_ Ok hum... French, I'm French. Ally ok ? balbutia l'homme face à eux, ne parlant visiblement que vaguement l'anglais.

Matthew hocha la tête en signe d'approbation, ayant bien fait comprendre au préalable à son frère qu'il était préférable pour eux de le laisser dialoguer ici.

Le Français leur fit signe de s'allonger à terre et de se taire, alors qu'il épiait discrètement l'extérieur du petit coin boisé. Le Canadien vit sa tête s'abaisser bien vite alors que des bruits de sangles métalliques claquant au rythme de pas se faisaient entendre, accompagnés de paroles et de rires rudes à l'oreille. Des Allemands. La ronde de nuit sûrement. Pourtant, son frère et lui n'avaient pas remarqué de village en venant ici...

Quand les bruits se firent lointains, l'homme leur fit signe de se relever et leur expliqua à voix basse.

_ It's hum... German soldiers and... hum, they come from my house...? Yes, my house.

_ Ils viennent souvent chez vous ? demanda Matthew en français, intrigué.

_ Ah, tu parles français...! Génial, j'aurais eu du mal à expliquer sinon...! lui répondit l'homme avec un petit rire. Oui, ils viennent régulièrement contrôler les caves et les greniers, pour voir si nous ne cachons pas des Juifs ou des soldats ennemis. Mais jusqu'ici, ces crétins n'ont toujours pas débusqué ceux que nous cachons, moi et ma femme ! En même temps, deux petits verres de Chouchen et ils sont déjà torchés, tu m'étonne qu'après ils n'aient plus les yeux en face des trous ! Mais venez donc, suivez moi, nous serons mieux à l'intérieur pour discuter. Et pour soigner votre camarade. Il est blessé ?

_ Nous ne savons pas. Il s'est écroulé d'un coup, et comme nous n'avions aucun moyen de retourner au camp sans se faire mitrailler, nous avons préféré déserter quelques temps.

_ Vous avez bien fait, et vous avez de la chance ! Ma femme est infirmière, elle va vite le remettre sur pied.

Le Français les mena jusqu'à une petite maison campagnarde typiquement française, au toit de tuiles et aux murs de pierres. A en juger la basse cour endormie meublée de divers engins agricoles qu'ils traversèrent pour atteindre la porte d'entrée, si la femme de leur sauveur était infirmière, lui-même devait être paysan.

Avec la faible lumière de la Lune, le Canadien remarqua aisément que l'homme semblait flotter dans ses vêtements. Il paraissait bien maigre et affaibli comparé à son frère ou à lui-même. Quoique, Alfred avait toujours été plus grand et "costaud" que la moyenne alors... Matthew avait vaguement entendu parler de "rationnement des vivres" dans les pays occupés, ce devait sûrement en être la cause.

Ils pénétrèrent tous les quatre à l'intérieur du bâtiment campagnard, et furent accueillis par une femme aux cheveux bruns tenus en chignon, la trentaine passée, vêtue d'une robe blanche unie et ornée d'un simple petit ruban bleu pâle. Elle était préalablement occupée à préparer le repas, et le délicieux fumet qui parvint à leurs narines fit gronder furieusement l'estomac d'Alfred. Visiblement, ce dernier ne s'était toujours pas accoutumé aux rations militaires. Son petit frère lui chuchota rapidement à l'oreille, alors que leur hôte allait embrasser sa femme.

_ Al, don't eat too much this evening. First because our stomach are used to military food and so to little part, and second because there is rationing here. They are already really kind offering us hospitality and food whereas there are other people like us here, so please don't eat half of the food just for the one you are...!

_ Yeah yeah, understood, marmonna l'Américain avec une moue boudeuse.

La femme s'approcha alors d'eux, venant effleurer du bout du doigt la large coupure sanguinolente recouverte à présent d'une croûte de sang sombre qui barait la joue du Canadien, et qui depuis quelques heures déjà s'était mise à suinter une espèce de liquide transparent poisseux peu ragoûtant, et afficha une grimace.

_ C'est une vilaine coupure que vous avez là. Clotaire, occupe toi donc de celui qui ne bouge pas, cela doit faire des heures qu'il l'a sur le dos, pauvre petit...! Emmène-le dans la chambre des deux autres, on installera un autre matelas pour le rouquin. Je vais préparer une bassine pour que ces deux-là puissent se baigner, et ensuite je m'occuperais de celui-là, fit la brune en pointant enfin Arthur de la main. Viens me voir quand tu seras propre, je soignerais ta joue, finit-elle à l'attention de Matthew. Oh et, je m'appelle Pierrette.

Le Canadien hocha poliment de la tête tandis que son frère, trop occupé à explorer leur nouvel environnement du regard, n'avait pas du tout fait attention aux paroles de la femme. Mais soudain une voix grave s'éleva de derrière les jeunes nations Nord-Américaines, qui se retournèrent en un sursaut.

_ Well well well... I knew I'd already heard this strange accents somewhere. Isn't there my nephews and my sweet li'le bro ?~

_ Strange accents... Ya didn't heard yourself...! marmonna Alfred dans sa barbe inexistante.

_ Uncle Scotty...

Le grand roux se tenait dans l'encadrement d'une porte qui semblait donner sur un cellier. Il s'écarta légèrement pour laisser passer le dénommé Clotaire qui alla récupérer Arthur, l'ôtant du dos du jeune Canadien qui put enfin se redresser, étirant son dos longuement en le faisant craquer légèrement. Allister s'approcha des deux jeunes nations, alors que la brune reprenait.

_ Vous vous connaissez ?

_ Ouaip. Eux, ce sont mes neveux, Matthieu et Alfred, commença l'Ecossais en désignant successivement le Canadien puis l'Américain. Et lui, c'est mon imbécile de petit frère, Arthur. C'est aussi le frère de Dylan, termina-t-il en passant une main dans les cheveux du blond inconscient, alors que leur hôte l'emportait dans une chambre.

_ J'avais bien compris. Et bien puisque c'est ta petite famille, occupe toi d'eux. Aide les à se baigner. Tu serviras à quelque chose au moins, répondit avec malice Pierrette à l'attention d'Allister.

_ Quoi ? Ils peuvent se débrouiller tout seuls, ce ne sont plus des gosses.

_ Magne toi sans discuter. Et, je t'ai déjà dis cent fois : pas dans la maison ! répliqua la femme en prenant entre ses doigts le cigare que l'Ecossais consommait.

_ Tu nous as interdit de sortir parce que les Allemands rôdent, faudrait savoir !

_ Tu n'as qu'à ouvrir une fenêtre ! Allez, dans le jardin et plus vite que ça !

Les jumeaux Nord-Américains s'étaient tu durant la discussion houleuse des deux adultes devant eux, observant simplement leur oncle se faire pousser dehors en leur compagnie par la maîtresse de maison. L'Ecossais parvint tout de même à récupérer son cigare, gromellant pour la forme, et conduit ses neveux à l'arrière de la maison, où il sortit une large bassine en fer, émaillée par endroit. Il la remplit d'eau de pluie rendue tiède par le soleil de la journée, et amena un bloc de savon ainsi que deux draps secs, avant de s'asseoir près de la bassine.

_ À l'eau les mômes ! lança-t-il, taquin, faisant signe aux deux frères de s'approcher.

Ces derniers s'observèrent un instant, puis s'accordèrent à se laver mutuellement, Alfred en premier. Après s'être dévetu de son uniforme et de ses armes, le grand blond se glissa dans la bassine, frissonant à cause de l'air frais de la nuit qui caressait sa peau nue. Son frère lui fit mettre la tête sous l'eau, puis commença à le savonner un peu partout en entamant la conversation avec leur oncle.

_ So, why are you here, uncle Scotty ? Plus, you said Northern Ireland was here too...?

_ Ah, yeah. We've been shot down by the Luftwaffe as we were going back in England, and Dylan had his back badly hurt because of the blow of his plane. Clotaire found us, and that's why we're here.

Matthew se tut un moment, s'appliquant à rincer les cheveux blonds de son frère qui pour une fois n'avait pas décoché un mot et se contentait de se taire en les observant. Quand ce dernier fut propre et sec, Allister lui tendit des habits propres que Pierrette lui avait confiés, puis ce fût au tour du Canadien d'être lavé par son frère. Alfred s'attarda sur la joue blessée de son cadet avec une légère grimace de dégoût, s'appliquant à nettoyer la coupure du mieux qu'il pouvait.

_ It's really ugly bro, how did you do this to ya ?

_ 'Don't know, répondit Matthew en haussant les épaules. Maybe I scratched it with a branch. Or with my own weapon.

_ Ah, it would be like ya, to hurt yourself with your own gun ! dit Alfred avec un petit rire.

_ Shut up, marmonna la jeune nation, les joues rouges, en envoyant de l'eau sur le visage du grand blond.

L'aîné termina rapidement la toilette de son frère et, après s'être séché, changé, puis avoir rangé le matériel qu'ils avaient utilisé, ils retournèrent à l'intérieur où la nation écossaise les mena jusqu'à la chambre qu'il occupait à présent avec deux de ses frères cadets. Ils y trouvèrent Dylan, assis en tailleur sur un lit dans le coin gauche de la chambre et le haut du corps enroulé dans des bandages finement serrés ; puis à droite Pierrette, assise sur un tabouret en bois, nettoyait à l'aide d'un chiffon humide le visage poussiéreux du britannique qui peinait à reprendre conscience. En les entendant entrer, la femme se tourna vers eux, leur expliquant vaguement la condition du blond.

_ Il a une fièvre de cheval votre ami, je ne sais pas quel saleté il s'est chopé chez vous, mais alors c'est une saloperie...!

_ Oh, t'en fais pas pour lui Pierrette. C'te marmot c'est de la carne, pas moyen qu'il casse sa pipe pour si peu ! lança nonchalamment Allister en se laissant tomber assis sur le lit de l'Irlande du Nord avec un mouvement de main désintéressé.

_ "Pour si peu"...?! Je n'ai jamais vu de fièvre pareille, même pour la tuberculose ou la pneumonie...!

_ Crois-moi, il ne risque pas d'y passer. Il a connu pire.

Leur oncle semblait assez confiant quand à la "guérison" d'Arthur, même si Matthew remarqua facilement une petite lueur inquiète dans les yeux du grand roux. Ah la famille... La voix de Pierrette le tira de ses pensées brusquement, le faisant sursauter.

_ Toi euh... Matthieu c'est ça ? Viens ici, que je puisse soigner ta joue.

Le Canadien s'assit docilement sur les draps de l'Anglais, où la jeune femme avait tapoté les tissus pour lui indiquer où se poser. Mains sur les genoux, le dos droit, il se laissa faire sans broncher, malgré l'alcool à désinfecter qui lui brûla la joue et lui fit tiquer de l'oeil douloureusement.

Un épais pansement couvrant sa joue, la maîtresse de maison le laissa se relever alors que la voix de son mari s'éleva soudain de l'étage inférieur, appelant Allister à descendre voir quelque chose. Le grand roux fit signe à ses neveux de le suivre en bas, alors qu'il répondait à l'attention de Clotaire.

_ Libération est arrivé ?

_ Et comment gamin ! Un-Oeil avait du retard ce soir, je pensais qu'il s'était fait prendre...! répondit l'homme en tapotant le fauteuil à sa droite, invitant l'Ecossais à s'y asseoir.

Dans ses mains se tenait un petit carré de papier de mauvaise qualité, mal imprimé, déchiré même dans un coin. Alfred s'était approché du fauteuil de leur hôte, et tentait de déchiffrer les mots mal imprimés qui y figuraient. Il demanda ensuite, sceptique.

_ Qu'est-ce que c'est que ça...?

Les yeux de leur hôte semblèrent s'enflammer soudainement alors qu'il brandissait presque le petit carré de papier miteux devant les yeux des jumeaux.

_ Ça mon petit, c'est un journal libre. Un petit trésor pour nous autres, nous qui nous battons dans l'ombre depuis la capitulation du vieillard de Vichy. Nous qui oeuvrons pour que notre belle France soit à nouveau une terre libre, pour que ces chiens de Boches retournent la queue entre les jambes par delà le Rhin. Il n'y a pas de guerre plus haute et plus belle que celle que nous vivons, celle des caves, des terrains nocturnes et des criques secrètes. Celle des cellules de torture où malgré les tenailles, les épingles rougies au feu et les os broyés, les Français meurent en hommes libres. Voilà notre guerre à nous : la Résistance. Écoutez bien ce mot : il est le plus beau de notre langue en ces temps.

_ La Résistance... répéta la jeune nation américaine, intrigué.

_ Arthur en a parlé il y a quelques temps, quand nous étions encore à Londres. Que certains Français ne s'étaient pas résignés à l'impérialisme nazi, dit timidement Matthieu en s'asseyant sur un accoudoir du fauteuil sur lequel était assis leur oncle, suivi bien vite par son frère qui s'accouda sur le dessus du dossier.

_ Les Schleux sont venus, et ont voulu étouffer notre volonté avec leurs armes et leurs mots de haine, continua Clotaire. Mais plus ils essaient d'arracher aux Français leur liberté, plus ils les poussent à se rebeller. Ils ne nous ont pas étouffés, au contraire : ils n'ont fait qu'attiser un peu plus encore le feu de la Patrie, celui qui anime tous les soldats au Front, et les Civils à l'arrière. Le besoin de protéger son foyer. Les maquis se sont développés. Alors ils se sont affolés. Ils ont multipliés les camps, les prisonniers, les exécutions publiques, les répressions et les déportations. Mais ils n'en ont eu que plus d'ennemis. Vous ne le savez peut-être pas, mais si les armées Alliées parviennent à avancer si vite, c'est grâce à nous, l'armée de l'ombre. Nous, qui avons préparer le terrain durant ces trois dernières années pour le jour où vous viendriez nous aider. Toutes les terres autour de vous ont été rougies par le sang de l'ennemi, mais aussi par celui de nos camarades, lâchement descendus par les Allemands "pour l'exemple", ou parce qu'ils ont été pris durant l'une de leurs missions pour le compte de la Résistance. Mais jamais ils n'ont eu peur de la mort. Car mourir libre est la plus belle des morts pour nous. Nous sommes peut-être en danger, traqués, torturés, mais nous mourrons pour notre patrie, pour la France. Nous sommes comme l'Hydre Antique : quand l'un de nous tombe, dix autres se lèvent prêts à se battre contre les Boches. C'est ça, la Résistance.

Un long silence s'installa dans la pièce suite aux paroles de leur hôte. Même Alfred n'avait rien à dire pour une fois. Il n'aurait jamais pensé que des Français puissent faire autant pour leur pays. Quoique, lorsque l'on voyait à quel point Francis était fier de sa patrie... Les "Froggies" étaient loin d'être les poltrons lâches et sans aucune dignité comme on le disait chez lui, finalement... Peut-être.

Le rire bruyant d'Allister anima à nouveau la pièce, alors qu'il passait son bras autour des épaules de Clotaire, lui tapotant l'épaule vigoureusement avec un sifflement amusé.

_ Et bien ! Ça c'est du discours enflammé ! Digne des grands orateurs Grecs mon vieux !

_ Excusez-moi, minauda le Français en se calmant. Je crois que je me suis emporté.

_ Pas qu'un peu même !

_ Et sinon... Pourquoi "Un-Oeil"...? demanda timidement Matthew pour revenir au sujet principal qu'était le journal - enfin, si l'on pouvait appeler ce carré de papier miteux un journal.

_ Armand était au Front en 1940, répondit leur hôte. Et pendant un assaut il a reçu un éclat d'obus dans l'oeil droit, ce qui lui a valu de devenir borgne. C'est pour cela que nous l'avons rebaptisé Un-Oeil.

_ Pas bien compliqué, commenta l'Américain avec une petite moue indifférente.

_ Bref ! Alors les News d'aujourd'hui Clotaire ? demanda Allister pour changer définitivement de sujet.

_ Pas grand chose. Un pont qui a sauté pas très loin du Havre avant le passage des Allemands, les Alliés qui se rapprochent de Caen, une missive pour mon maquis et... Merde...!

_ Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? fit Alfred, à nouveau intéressé par la conversation.

_ Les Fritzs... Il recommencent, les chiens... La Luftwaffe bombarde Londres, apparemment ils ont même fait sauter la moitié de Buckingham Palace...!

Nouveau silence. Matthew s'était raidi, surpris et en même temps conforté dans ses pensées par les paroles du Français. Et visiblement, son oncle pensait la même chose : cette nouvelle attaque contre la capitale britannique expliquait la rechute quand à l'état de santé d'Arthur.

_ Je n'aime pas particulièrement les Roastbeefs. Mais là, je trouve ça carrément lâche. C'est facile de bombarder les autres alors que l'armée est occupée ailleurs...! continua Clotaire, indigné.

_ Ils ne peuvent pas s'attaquer aux Américains ni aux Canadiens car leurs territoires sont trop éloignés du leur, alors il faut bien qu'ils frappent là où ça fait mal, mais à leur portée. Et en l'occurrence, bombarder la capitale et avoir touché Buckingham Palace ne doit pas faire du bien au moral des Anglais, dit calmement l'Ecossais, s'allumant un cigare qu'il coinça entre ses lèvres, profitant de l'absence de la maîtresse de maison.

_ Ça n'affectera pas le moral d'Arthur.

A la surprise de Matthew, c'était bien son frère qui venait de prendre la défense de leur ancien tuteur. L'Américain ne regardait pourtant aucun des hommes présents ; son regard était tourné vers l'escalier menant à la chambre où se reposaient Dylan et Arthur. A ses paroles, Allister avait ricané un petit "Oh~" sarcastique, haussant un sourcil, attendant sûrement la suite des dires de son neveu qui ne tarda pas.

_ Il est plus tenace qu'il n'en a l'air. Et puis, on voit bien que c'est un acte désespéré de la part des Nazis, les bombardements doivent être du style désordonnés. Il a résisté aux bombardements de 1941, il va tenir pour ceux-là aussi. Il en faut plus pour l'ébranler.

_ Oui, du style la trahison de son cher petit frère.~

Le ricanement d'Ecosse qui faisait bien évidemment référence à l'indépendance d'Amérique mais aussi à la chute de l'Empire Britannique qui s'en était peu à peu suivi fit grimacer le Canadien, qui vit immédiatement le regard noir de colère que lança son aîné à leur oncle, et qui lui semblait énormément s'amuser de la réaction de son neveu. Mais avant que Matthew n'ait eu le temps d'intervenir un torchon de cuisine atterrit sur la tête de leur hôte, faisant sursauter les jumeaux et hausser un sourcil à leur oncle. Pierrette se trouvait derrière le fauteuil de son mari, les points sur les hanches, son regard brillant posé sur le papier dans les mains de Clotaire.

_ C'est pas le moment de lire ces horreurs.

_ Vous êtes contre la Résistance, Pierrette ? demanda poliment Matthieu à la ménagère.

_ Mais mon petit, j'en fais moi-même partie, de la Résistance...! Comme mon mari, répondit la brune avec un rire. Et même, je vais te dire. Pour moi, il n'y a qu'une seule bonne race de Boches : C'est un Boche mort.

Un nouveau silence gêné s'abattit dans la pièce, tandis qu'Allister se penchait à l'oreille du Canadien pour y murmurer.

_ They had two sons. The first one had been shot during the war, and the second, a member of the Resistance, had been tortured to death.

Une grimace de dégoût s'afficha sur le visage du Canadien alors que Pierrette reprenait plus gaiement.

_ Enfin bref...! Le dîner est prêt. Allister, va chercher ton frère...!

_ Lequel, la petite merde ou l'autre ?

Face au regard blasé que lui lança la brune, le grand roux se releva, battant en retraite avec un rire amusé, et se retira à l'étage pour prévenir le représentant de l'Irlande du Nord qu'il devait descendre dîner, laissant les jumeaux aux bons soins de leurs hôtes jusqu'à ce qu'ils se mettent à table.

xXx

Froid. Tout était terriblement froid et sombre autour de lui.

Arthur avait l'impression qu'on le déchirait de l'intérieur tant ses entrailles lui faisaient mal. Et il ne connaissait que trop bien cette sensation, pour l'avoir déjà expérimentée trois ans auparavant. Cette impression de se disloquer lentement, de sentir sa chair se déchirer ; cette impression d'avoir sa tête broyée entre deux planches de bois épaisses. Comme l'une de ces machines de torture utilisées au Moyen Âge.

Mais surtout ce froid mordant dans l'intégralité de son corps. Comme si on l'avait plongé tête la première dans une cuve d'eau glaciale, le tétanisant entièrement. Comme si son propre corps ne lui appartenait plus. Oui, c'était sûrement la sensation qui en était le plus proche.

Comme si son être s'était scindé en deux.

Puis soudainement, un flash lumineux déchira les ténèbres qui l'entouraient, lui faisant plisser les yeux douloureusement. Il avait ouvert les yeux. Lentement, sa vision s'habitua à son nouvel environnement, alors qu'il put discerner un lustre pendu au plafond. Un lustre dans un hôpital de campagne... C'était impossible...!

Le britannique tenta de se relever brusquement, mais ne parvint qu'à se faire couiner légèrement, son corps tout entier le faisant souffrir horriblement. Il retomba lourdement sur les couvertures qu'on avait disposées pour lui, et resta un moment immobile avant de réitérer une tentative de mouvement. Il parvint à s'asseoir sur le lit au prix de nombreux efforts, mission accomplie.

Il se trouvait dans une chambre au papier peint floral d'un vert pastel. Une fenêtre vitrée aux encadrements de bois et habillée de fines dentelles bretonnes se trouvait à sa droite, mais les volets extérieurs clos ne laissaient filtrer aucune lumière primaire. La nuit avait dû tomber depuis un moment.

Lui-même se trouvait sur un lit de bois épais, identique à celui auquel il faisait face, tous les deux collés aux murs adjacents à la porte de bois brun à sa gauche. Un matelas était étalé au sol, entre les deux sommiers. Au-dessus de chaque lit figurait un crucifix finement sculpté, et chacun orné d'une petite branche de gui. Une lourde armoire de chêne trônait dans un coin de la pièce, décorée d'un miroir tout en hauteur sur sa porte droite et aux poignées décorées.

Arthur devina facilement, à la décoration de la pièce, qu'il se trouvait dans un environnement modeste. Et il se souvenait tout de même qu'il était en France, et non chez lui en Angleterre. Lentement, il parvint à se lever du lit en s'appuyant sur ce dernier, et marcha d'un pas hésitant jusqu'à la porte à laquelle il s'accrocha lourdement, ayant un équilibre précaire. Il détestait tant être dans un tel état de faiblesse... Saloperies d'Allemands tiens, s'il tenait Allemagne là maintenant il lui en aurait collé une. Au Diable les manières !

Il secoua légèrement la tête, se remettant les idées en place, puis se décida à sortir de la pièce, se retrouvant alors dans un couloir sombre. Plusieurs portes closes s'offraient à sa droite, mais ce qui l'intrigua grandement fut les bruits de couverts et les voix venant du rez-de-chaussée. Pourtant, il hésita un long moment à se risquer à descendre l'escalier. Il tenait déjà à peine debout sur une surface plane, c'était tenter le Diable...

Mais merde, il avait sa fierté, alors il n'allait certainement pas appeler à l'aide quelqu'un d'en bas...!

Lentement mais sûrement, les jambes flageolentes et les bras accrochés à la rambarde de l'escalier de bois, il surmonta cet obstacle courageusement, jusqu'à finalement être assez avancé pour apercevoir ses hôtes et leurs invités. Il vit donc un couple d'inconnus, ses fils chéris et... Deux de ses frères. Et étrangement, il eut très envie de remonter à l'étage. Encore plus lorsqu'il remarqua l'absence de Cymru, qui était tout de même le seul de ses frères à contenir leur aîné lorsque ce dernier prenait trop leur cadet pour un bouc émissaire.

Mais malheureusement pour lui, Matthew l'avait déjà remarqué, plus habitué que quiconque au "monde du silence", et malgré le soin que l'Anglais avait pris à ne pas se faire remarquer le jeune Canadien donna un petit coup de coude à son frère en indiquant d'un geste de la tête le britannique. L'Américain en le voyant ainsi accroché désespérément à la rambarde, à sa grande surprise, n'éclata pas de rire mais se leva brusquement de table, faisant se taire, sursauter, et se retourner tout le monde tandis qu'il se précipitait vers Arthur pour lui venir en aide, l'aggripant fermement par les épaules pour lui faire descendre les quelques marches qui lui restaient.

_ Arthur ! Ça va ? Tu te sens mieux ?

_ Ah... Bloody Hell Alfred, don't scream in my ears... Where am I ? And why are you speaking French ? marmonna le petit blond en butant contre le torse de l'Américain alors qu'il perdait l'équilibre, mais qu'il se redressait aussitôt pour ne pas paraître faible. Fierté oblige.

_ Sorry. Didn't you remember ? You lost consciousness on the battlefield this morning, and because we couldn't bring you in the infirmary Mattie and I desearted and walked across the fields all day. And this evening Clotaire found us and said we could come and rest here, expliqua Alfred en amenant doucement l'Anglais à avancer jusqu'à la table.

_ Oh. W-wait, you did WHAT ?! s'exclama Arthur en réalisant ce qu'avaient fait ses fils.

_ Shut up and sit down you brat, siffla Allister en roulant le [r] comme le voulait son accent, tirant sans ménagement son frère cadet sur la chaise à côté de lui, faisant hoqueter ce dernier de douleur.

_ Allister, il est malade ! Un peu de compassion tout de même...! s'indigna Pierrette en se levant de sa place, venant couvrir les épaules tremblantes d'Arthur de son châle noir. Ça va aller, ne t'en fais pas. Tu veux manger quelque chose ? reprit-elle à l'attention du petit blond.

Ce dernier hocha négativement de la tête, encore trop barbouillé par la douleur qui secouait son corps tout entier. Mais la maîtresse de maison ne l'entendit pas de cette oreille, et lui servit tout de même un bol rempli de bouillon de légumes.

_ Si si, tu dois manger pour reprendre des forces. Ce n'est pas grand chose, mais c'est déjà mieux que rien...!

_ Mange et fais pas d'histoire, dit simplement le grand roux en donnant une tape dans le dos de son cadet, qui manqua de finir tête la première dans son bol bien chaud.

_ Uncle Scotty...!

_ Mais ça ne va pas enfin...! La compassion tu connais ? s'exclama la brune.

_ Mais je te l'ai dis, c'est de la carne ce môme, aucun risque qu'une petite tape dans le dos le fasse flancher ! râla l'Ecossais en passant son bras autour des épaules d'Arthur nonchalamment. Il pète la forme ce gosse.

_ Désolée de te décevoir mais... Non.

Allister lâcha les épaules du petit blond d'un geste désintéressé, tandis que ce dernier, après avoir reprit ses esprits, picora sans faim quelques cuillerées du breuvage qu'on lui avait servi.

Le repas se poursuivit sans accroc majeur, l'aîné des Kirkland ne cessant cependant pas de chercher des ennuis au cadet, qui se laissait faire sans rien dire. Puis, tandis que Pierrette s'attelait à la vaisselle et son mari à écouter les News résistants à la BBC de Londres sur un poste radio caché dans la réserve, les nations anglicanes tenaient une espèce de réunion de famille dans le salon. Après avoir expliqué à Arthur la raison de la présence de ses frères ici, leur discussion dériva progressivement.

_ So, Al, Matt, Brat. Do you have any idea where Francis could be ? demanda Écosse en s'allumant un cigare, s'affalant sur son fauteuil en croisant les jambes.

_ Well, in Paris obviously. Or in Drancy, we heard about some kind of workhouse in this town, répondit Alfred sérieusement.

_ Or in the free area, compléta le Canadien en s'asseyant près de son frère.

_ That's not what we think, dit simplement Dylan.

Les jumeaux Nord-Américains se turent un instant, puis se regardèrent, sceptiques. Leurs oncles se moquaient-ils d'eux, ou bien étaient-ils devenus séniles...? Alors que Matthieu ouvrait la bouche pour répondre, son frère le coupa dans son élan en prenant la parole, l'éclipsant complètement.

_ So what ? If you knew the answer, why did ya ask us old men ?

_ Watch your tongue balachan, siffla l'Ecossais dans un mélange d'anglais et de gaélique, n'appréciant pas vraiment être traité de "vieil homme".

_ Well, actually, reprit l'Irlande du Nord, empêchant ainsi son frère aîné de s'éloigner trop du sujet en faisant la morale à son neveu, Normandie came around two days ago because she felt us on her territory. And she said us that she and the other regions couldn't feel France uppon them anymore to the day the government of Vichy had been set on.

_ Some regions think the old man seld him to Germany at this time, termina Allister en tirant sur son cigare, soufflant ensuite un nuage de fumée grisâtre.

Arthur, qui avait toujours sur ses épaules le châle noir de la maîtresse de maison, s'emmitoufla un peu plus à l'intérieur, toujours légèrement tremblant à cause de la douleur qui lui tiraillait le corps, et reprit d'un ton hésitant.

_ So... What you're saying is...

_ Yep. France is surely in Germany. Locked somewhere more than probably.

Le britannique frissona. Finalement, la situation de son vieux rival était peut-être plus catastrophique que ce qu'il pensait...


Lexique :

balachan : gamin ( gaélique écossais )

xXx

→ Libération est le nom donné à deux journaux résistants : l'un pour le mouvement "Libération-Nord" et l'autre pour "Libération-Sud". C'est l'un des journaux le plus tiré pendant la Résistance, et il devient un journal officiel à la libération de la France, en août 1944. Il existe toujours d'ailleurs.

→ Durant tout le mois de juin 1944 Londres est à nouveau bombardée par les missiles V1 Allemands ( "Vergeltungswaffe" - arme de représailles en allemand ) en représailles du débarquement du 6 juin ; en gros ce sont des missiles aériens programmés pour tomber sur Londres. Et, l'anecdote "Buckingham Palace" est vraie. Je ne sais plus si elle date de 1941 ou de 1944, mais lorsque Londres a été bombardée la chapelle du palais de Buckingham a été entièrement détruite.. Et lorsqu'on a demandé à la Queen Mum de s'exiler dans l'une de ses demeures en Écosse parce que ça commençait à vraiment trop craindre du boudin, elle aurait répondu avec humour qu'elle ne bougerait pas et que de toute façon c'était une bonne chose car à présent elle voyait mieux le quartier qui faisait face au palais. Moi je dis respect hein, elle avait du cran la Queen Mum.

→ Un maquis est le nom donné à une zone d'action résistante durant la Seconde Guerre mondiale.

xXx

→ Henri Philippe Benoni Omer Joseph PÉTAIN ( 1856 - 1951 ) : Surnommé "Le vieux de Vichy" par les Résistants français, le "Vainqueur de Verdun" en 1916, il s'est illustré militairement durant la Première Guerre mondiale et à été nommé Maréchal de France en 1918. Durant la Seconde Guerre mondiale, il est rappelé au gouvernement puis signe finalement une armistice avec l'Allemagne Nazie et contribue avec son gouvernement établi à Vichy à la collaboration, à la déportation de Juifs et autres "races" recherchées par les Nazis. Il est ensuite écarté du pouvoir par le Général De Gaulle qui prend la tête du gouvernement provisoire en 1944.


Bon, ce chapitre est entièrement improvisé...!

En effet, puisque je pensais ne pas avoir internet du tout pendant plus d'un mois, j'ai emmené beaucoup de livres en vacances. Et entre autres : L'armée des ombres de Joseph Kessel. Et c'est en lisant ce livre que l'idée de ce chapitre m'est venu à l'esprit. En plus, Kessel étant un ancien résistant et le livre ayant été écrit en 1943 à Londres, il décrit plusieurs anecdotes réelles en rapport avec la Résistance française. C'est un livre vraiment poignant et captivant, il se lit très vite quand on est dans l'histoire. Je vous le recommande donc ! (savoir vendre une oeuvre, tout un métier.)

Enfin bref, je vous fais pleins de gros poutoux baveux, et n'hésitez pas à laisser une - ou deux reviews même, soyez foufous ! - pour me donner votre avis quand à ce troisième chapitre de Der Fall von Deutschland !

J'ai eu une idée de OS en écoutant une musique pendant que je m'ennuyais en Bretagne"e, ce sera un FrUk. Avec peut-être un rating M, je ne sais pas...

On se retrouve très vite j'espère pour le chapitre 4~