- J'ai tout perdu dans cette guerre. Mes amis, morts ou traîtres. Ce qui restait de ma famille... Sa voix se brisa en songeant à ses fantômes. Nous avons gagné la guerre, oui. Mais moi, j'ai tout perdu.
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- Racontez-moi comment.
La voix calme du psychologue - mais en était-ce vraiment un? Il était étrange... - fit tomber les dernières défenses de Remus. Il prit une grande inspiration et se lança :
- J'avais 5 ans quand je me suis fait mordre. Greyback était un ennemi de mon père, et avait décidé de le faire souffrir à travers moi. Il est venu une nuit de pleine lune, pour être sûr de sa force, et m'a mordu à l'épaule tout en me lacérant méthodiquement le visage. Voyez-vous, on a toujours tendance à penser que tous les loups-garous deviennent fous lors de la pleine lune, qu'ils perdent leurs moyens. Mais cela est dû au fait que la plupart des hommes rejettent leur alter ego, ils refusent d'être loup. J'ai fini par le comprendre. Greyback, contrairement au commun des loups, embrassait pleinement sa double nature, il en jouissait. Il était passé d'homme faible à loup-garou surpuissant en une nuit, et la folie de l'homme devint la puissance du loup. Il ne faisait qu'un avec lui-même, et c'est pour cela qu'il pouvait contrôler ses instincts et ses actions lors des pleines lunes.
Remus soupira et changea de position.
- C'est ainsi que je devins un lycanthrope. Mes parents pleuraient de douleur, ils se sentaient coupables de ce qui m'arrivait puisqu'ils avaient attiré la colère de Greyback sur notre famille. Ils ne pouvaient m'emmener à l'hôpital - la politique de soins pour les morsures de lycanthropes à l'époque était l'euthanasie - ma mère me soigna donc comme elle le put. Ais-je mentionné qu'elle était moldue? Elle était venue vivre dans notre monde après son mariage, mais ne maîtrisait rien de l'art des potions. Elle fit de grands efforts, pourtant. Mon père préparait des potions curatives, ma mère respectait scrupuleusement les dosages, se relevant toutes les heures la nuit pour m'appliquer les onguents sur mes blessures... Mais rien n'y fit. Mon visage garda ces cicatrices, et malgré les recherches désespérées de mon père, le mois suivant je me transformai en loup-garou.
Le psychologue remarqua que les yeux gris de son patient étaient plongés dans le vide. Se rendait-il encore compte de la présence de l'autre homme? Parlait-il encore vraiment à quelqu'un? Le récit de ses souvenirs l'avait absorbé. "Bien, c'est un excellent début... Mais le voyage est encore long."
- Ce fut douloureux. Très douloureux. Pour vous donner une idée, la transformation corporelle consiste en la rupture de chaque os de votre corps, pour qu'ils soient ensuite refondus, étirés, jusqu'à atteindre la forme du squelette lupin. Dans le même temps, les muscles donnent l'impression de brûler, car ils s'allongent eux aussi, puis votre visage se difforme, votre nez semble pousser d'un coup, vos yeux changent,... Vous avez l'impression que votre corps est un brasier, que le monde n'est plus que douleur. Cela peut paraître très mélodramatique, voire même surfait, dit comme cela... Je suis désolé, je n'ai pas vraiment l'âme d'un bon écrivain, je suis plutôt dans le dessin. Quoiqu'il en soit, la transformation physique n'est pas le pire.
Le psychologue leva un sourcil. "Pas le pire"? Il n'était pas facilement ému, mais cette description l'avait impressionné. En fait c'était plus ce qui émanait de l'homme en face de lui qui l'avait impressionné. Il voyait souvent des gens torturés, c'est le métier qui fait ça, il les côtoyait tous les jours. Mais il n'avait jamais pu rencontrer un vrai loup-garou avant que Remus Lupin n'atterrisse dans son cabinet. Et l'aura de douleur retenue et de peur qui émanait du loup l'avait touché. Qu'est-ce qui pouvait être pire que la trahison de son propre corps?
- L'esprit. murmura Remus. L'esprit d'un homme est très différent de celui d'un loup, vous vous en doutez. Mais à l'identique, l'esprit d'un loup n'a rien à voir avec celui d'un loup-garou. Il n'a de loup que le nom, même pas la forme. Je ne sais qui a eu l'imagination assez farfelue que pour nommer ces bêtes ainsi, mais il a été chercher loin... Remus eut un petit rire étouffé, amer. C'est comme un poison glacé, une dague mortelle qui s'insère dans votre esprit. Ce n'est pas rapide, oh non, loin de là. Le loup-garou aime prendre son temps pour s'infiltrer en vous. Et cela commence avant même la pleine lune. A partir du moment où l'astre entre dans son dernier croissant, après la nouvelle lune, des pulsions commencent à apparaître. Ce n'est rien, au début. Juste des sentiments un peu plus forts qu'à l'ordinaire, des instincts et des réflexes et des sensations plus développés, parfois une démangeaison dans les mâchoires, un ongle qui s'enfonce un peu trop dans la peau quand vous serrez les poings. Mais plus le moment approche, plus vous devenez incontrôlable. Mes parents durent me mettre dans une cage à la cave au début, une simple cage aux barreaux d'acier. Mais à mes 7 ans je la détruisis. Ils m'en offrirent une autre, avec des barreaux plus épais, d'un métal plus résistant. Il n'en restait plus rien à mes 10 ans. Enfin ils prirent la décision de m'enchaîner, en plus de la cage en carbone, la plus solide et massive qu'ils aient pu trouver. Bien leur en prit, car à la pleine lune suivante, je me brisai les poignets pour me libérer des chaînes, et je laissai de profondes griffures et morsures dans le carbone.
Un silence suivit tandis que Remus se servait un verre d'eau. Il but lentement, la gorge sèche de remuer tous ces poussiéreux souvenirs.
- Nous avions tous les trois peur de ce qui allait suivre. Chaque mois le loup devenait plus fort, me laissant à moitié mort au matin tant il se déchaînait contre ce corps que nous partagions. De profondes griffures et morsures zébraient mes cuisses et mes bras, parfois même mon visage que le loup lacérait de dépit. Hurlant à la lune sa haine et son envie de liberté. De meurtre. Le sang m'attirait de plus en plus, même quand j'étais humain. Des pulsions morbides me prenaient, un jour ma mère me vit même placer la main au-dessus d'une bougie jusqu'à me brûler la paume. Elle me raconta des années plus tard qui ce qui l'avait le plus effrayé était le reflet jaune et meurtrier de mes pupilles. Ma vie me semblait inutile, sans espoir. Le monde sorcier ne m'accueillerait jamais en son sein, et j'étais trop dangereux que pour fuir dans le monde moldu. Mes rêves d'enfant étaient réduits en poussière, jamais je ne deviendrais un sorcier, jamais je n'irais à Poudlard, jamais je n'aurais d'ami - de peur de le blesser, mais surtout qu'il devine. Dans le but de nous protéger et de garder le secret, nous déménagions tous les 3 mois, environ, mon père demandait toutes les affectations les plus éloignées de la capitale. Imaginez donc notre étonnement le jour où un homme à la longue barbe blanche vint frapper à notre porte!
Les lèvres fatiguées de Remus s'étirèrent en un petit sourire.
- Il s'agissait d'Aberforth Dumbledore. Son frère avait entendu parler de mon cas et avait décidé de l'appeler, mettant leurs différends de côté, afin qu'il me vienne en aide. J'avais 10 ans, j'avais peur de moi-même et des autres. Aberforth était bourru, grognon, mais il me rendit la vie... Avec lui j'appris les disciplines moldues de la méditation et du yoga, ainsi que quelques notions d'arts martiaux. Et étrangement, mon loup se calma. Il semblait que la dépense physique et le calme mental étaient les clefs qui lui permettaient de se dépenser pendant le mois, plutôt que de conserver toute sa force et sa rage pour la seule nuit de pleine lune. L'été de ma onzième année, Albus Dumbledore en personne vint à la maison. Il proposa un arrangement à mes parents, afin que je puisse suivre un enseignement normal, à Poudlard. Il... ("Non, je ne dirai pas le secret du Saule Cogneur" se dit-il) installa une salle, suffisamment éloignée de Poudlard, afin que mes transformations passent inaperçues tout en assurant ma sécurité. Et le premier septembre, mon plus grand rêve d'enfant se réalisa : j'entrai dans le Poudlard Express, muni de mes affaires d'école.
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- Le mot de l'auteure -
Salut tout le monde!
Voici la suite de "Après". Je tenais à vous dire que cette fiction ne sera centrée sur aucun personnage en particulier, donc l'histoire ne sera pas qu'autour des Maraudeurs ni de Remus seul. Chacun aura son mot à dire (dans l'idéal :p).
Merci Arthemius black et Aliete pour vos reviews! :)
A bientôt mes p'tites citrouilles!
Trixy
