"Cet endroit..."

Sifflement suraigu.

"Cette prison..."

Cris lointains.

"Ca finira par me tuer..."

...

"Narcissa, mon amour..."

Lucius Malfoy croupissait dans sa cellule d'Azkaban. "Croupir" était d'ailleurs le mot approprié : allongé dans des draps puants imbibés d'une eau malodorante qui suintait des murs, l'ancien conseiller des Ministres de la Magie ne faisait rien pour empêcher la boue de souiller ses cheveux argentés. Son visage était sale, ses yeux éteints. Même son esprit fonctionnait au ralenti. Une ritournelle de sons atroces et de pensées lugubres formait l'intégralité de ce qui lui passait par la tête, toute la journée, et une bonne partie de la nuit. Il ne dormait plus, ou presque. Il s'alimentait peu. La seule chose qui l'empêchait de sombrer était le souvenir de sa douce, de sa sublime épouse Narcissa.

Cela faisait quelques mois que la guerre était finie, qu'il avait vu revenir en prison certains de ses anciens camarades Mangemorts - ceux qui étaient encore en vie et trop dangereux que pour voir leur jugement reporté. Il savait que le nouveau Ministre de la Magie était Kingsley Shackebolt, Auror dévoué à la cause de l'Ordre du Phoenix et réputé incorruptible. C'était un homme qu'il respectait, à défaut de l'apprécier. Il savait aussi que Shacklebolt avait réouvert la commission créée par le Ministre de la Magie Diggory, 3 siècles plus tôt; cette commission était chargée de trouver une alternative à la prison d'Azkaban, dont les conditions de vie étaient "inhumaines, dégradantes et intolérables", selon les mots de Shacklebolt. Il était en effet venu visiter la prison un mois plus tôt, et y avait même donné une interview restreinte à un journaliste de la Gazette, et à Xenophilius Lovegood, journaliste et imprimeur du Chicaneur. Ce dernier journal avait pris de l'importance depuis la guerre, en même temps qu'un gros coup de sérieux, apparemment.

Mais les habitudes avaient la vie dure. Les sorciers craignaient la fermeture d'Azkaban, qui soulèverait plusieurs questions gênantes : que deviendraient les Détraqueurs? (On n'allait quand même pas les laisser se balader partout en Angleterre!), que ferait-on de l'île, encore infestée par la magie noire dont elle avait été le foyer à l'époque de ce sorcier maudit qu'avait été Ekrizdis? (Il paraît que de sombres créatures et des pièges magiques très puissants régnaient dans les catacombes de l'île...)... L'administration devait sûrement freiner le mécanisme, en plus de l'opinion publique. Lucius connaissait bien les lenteurs de l'une et les aléas de l'autre...

Soudain la porte de sa geôle grinca. L'unique gardien humain - un vieil Auror - jeta un coup d'oeil à l'intérieur avant de faire entrer quelqu'un.

La demoiselle tranchait nettement avec son environnement. Des yeux perçants et un air sévère, ses vêtements sorciers impeccablement ajustés, elle tenait contre elle un carnet de notes. Un "bic" moldu retenait son chignon. Ces petits ustensiles commençaient à faire fureur chez les sorciers, lui avait dit le vieux gardien quand Lucius l'avait interrogé. Shacklebolt prônait aussi l'évolution de la technologie sorcière, et s'appuyait sur les avancées moldues pour motiver ses mages-ingénieurs. "Cet homme va révolutionner le monde sorcier!" avait dit le geôlier avant de quitter la cellule de Lucius. Celui-ci avait songé qu'il était grand temps.

Il réalisa que cela faisait plusieurs minutes qu'il fixait sans la voir la nouvelle arrivante. Il sortit de sa léthargie et s'assit difficilement - la douleur irradiait jusque dans ses os.

- Qui êtes-vous? croassa-t-il. Sa voix n'avait plus l'habitude d'être utilisée, et semblait aussi terne que le reste de sa personne.

- Je m'appelle Elizabeth. Je suis reporter-écrivaine. Monsieur le Ministre m'a autorisée à venir vous poser quelques questions sur votre vie, si cela ne vous dérange pas. Il a dit que cela pourrait servir si vous comptez demander une remise de peine, dans le futur.

Lucius ricana. Comme si lui, célèbre Mangemort, noble détesté par les trois-quarts du pays et craint par la plupart, allait pouvoir bénéficier d'une remise de peine. Mais les distractions étaient rares, ici. Il se releva donc lentement, réveillant la douleur dans ses muscles, et s'assit sur sa paillasse.

- Je vous offrirais bien un siège, mais malheureusement je n'ai que cette couchette. croissa-t-il Si la saleté ne vous dérange pas trop, bien sûr.

Il connaissait ce genre de filles, toujours tirées à quatre épingles, propres sur elles, "précieuses". Il s'attendait donc à ce qu'elle reste debout, mais à sa grande surprise elle vint s'asseoir à ses côtés et ouvrit son calepin.

- Je vous remercie. dit-elle avec un léger sourire.

- Que puis-je pour vous? soupira-t-il

- J'écris un livre sur la vie des grands combattants, et...

- Je ne suis pas un grand combattant.

Elle lui jeta un regard aigu. Ses yeux verts ne l'avaient en fait pas quitté une seule seconde, réalisa Lucius.

- Je reformule : j'écris un livre sur la vie des survivants des deux guerres.

- Pourquoi n'allez-vous pas voir Harry Potter, dans ce cas? cracha l'homme, exaspéré par le terme "survivant". Vous trouvez que ça - il fit un grand geste qui englobait la pièce - c'est survivre? Vous trouvez que ça, c'est une réussite? Je suis enfermé à vie pour avoir commis l'erreur de croire en la cause que mes parents m'ont inculquées, bien que j'aie aidé comme je l'ai pu ce monde. Oh, certes, j'ai mes torts, j'ai mes croyances. Je l'avoue, je n'aime toujours pas les Sang-Mêlés, mais j'ai fait amende honorable après la première guerre! Pourtant personne ne m'a cru sincère, et tout le monde a cru que j'étais retourné près du Seigneur des Ténèbres par allégeance!

Lucius s'arrêta, pris d'une quinte de toux. Tous ces souvenirs amers l'étouffaient autant que sa maladie.

- Pourquoi y êtes-vous retourné, alors? dit doucement la jeune femme.

Il soupira.

- Pour mon fils...

Flash-Back

Narcissa et lui étaient à table, occupés à déguster une salade César accompagnée de fromages de chèvre chauds et d'un plat de pâtes froides. Son épouse avait décrété qu'il était temps d'entretenir leur corps correctement, et qu'il fallait qu'ils apprennent à mieux se nourrir. "Il faut donner la meilleure image de nous-mêmes, notre physique a donc une grande importance!" avait-elle répété. Lucius se pliait à son caprice en souriant.

Narcissa avait toujours fait tout ce qu'elle avait pu pour que leur réputation soit intouchable. Elle n'avait choisi que deux elfes de maison pour pouvoir l'assister dans ses tâches ménagères, contrairement aux autres dames de la noblesse qui en avaient des cohortes. Elle s'occupait elle-même du courrier, des associations caritatives dont ils étaient les mécènes, et organisait de grandes fêtes au Manoir Malfoy. Tout pour faire oublier leur erreur de jeunesse.

Lucius et Narcissa avaient toujours été plus intelligents que batailleurs. Venant tous les deux de familles de sang pur, les idéaux de leurs aïeux étaient profondément inscrits dans leurs esprits. Pour eux, c'était la seule façon de penser pour rester des gens de leur rang. Il suffisait de voir le sort de l'aînée de Narcissa, Andromeda, et de leur cousin, Sirius Black...

Mais ils avaient vite déchanté auprès du Seigneur des Ténèbres. Ils avaient mis du temps pour constater l'étendue de sa folie, mais dès leurs premières réunions mangemortes, ils avaient été révulsés par la façon dont le Lord comptait agir. Affirmer leur supériorité face aux Sangs-Mêlés, oui. Annihiler la planète, non.

- Parce que soyons sérieux! s'exclama Lucius, mais supprimer toutes les branches impures des arbres généalogiques sorciers équivalait à signer l'arrêt de mort de notre monde! Ce n'était pas du tout ce que nous voulions. Mais le temps que nous nous fassions cet aveu, il était trop tard. Narcissa était enceinte, et nous étions piégés. Comprenez-nous, le Lord gagnait. Personne ne pouvait l'arrêter, les morts du camp adverse s'empilaient, Sangs-Mêlés, Moldus, traîtres, peu importait ils étaient tous morts. Tous ceux qui le défiaient. Comment aurions-nous pu savoir qu'un enfant d'un an allait presque le tuer? Comment aurions-nous pu connaître cette prophétie, quand le seul dans la confidence était Severus Rogue? Nous sentions bien qu'il y avait quelque chose, mais de là à imaginer qu'un bambin allait détruire le Mage Noir... Nous n'aurions pas pu nous rebeller. Pour Draco. Pour notre famille. Alors nous avons plié le genou, nous sommes restés à son service. Pieds et poings liés... Emprisonnés dans une erreur de jeunesse, dans laquelle nous avions été poussés par de beaux mots et des promesses fumeuses. Mais quand il est enfin parti, il était trop tard : j'avais la marque, et le monde magique entier m'intentait un procès.

- Alors pour sauver votre famille, vous avez prétendu agir sous Imperium.

C'était un constat plus qu'une question. Lucius acquiesca.

- Je ne suis pas fier de ce que j'ai fait. Loin de là. Et je ne me cherche pas non plus d'excuses. Mais vous savez quelle est la plus grande valeur qu'on apprend, quand on est Serpentard? Et surtout, quand on est Sang-Pur? La loyauté. La loyauté à votre maison, parce que les autres vous considéreront toujours comme les méchants. La loyauté envers votre famille, le seul et unique soutien dont vous pourrez toujours être certain. La loyauté envers la cause, qui était censée nous sortir de ce cercle vicieux qui nous montrait toujours comme les forces du mal, même quand tout ce que nous voulions, c'était faire le bien. J'ai tenté de respecter cela. Mais que peut-on faire quand on est seul contre le monde?

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- Le mot de l'auteure -

Salut les gens! Comment ça va? :D

Voici la deuxième confession de notre (enfin, mon) Mangemort préféré, Lucius Malfoy! Qu'en avez-vous pensé? :)

Je me suis rendue compte que je ne fais décidément rien de bien cette semaine, vu que j'ai oublié de placer mes mots avant le chapitre (enfin, la confess'), et qu'en plus j'ai oublié les disclaimers! Je réglerai ça plus tard, mais vu ma semaine chargée, je sais pas trop quand :p

Donc, disclaimer : rien ne m'appartient (à part le/les personnage(s) qui n'apparai(ssen)t pas dans les livres et films Harry Potter. Tout appartient à JKRowling, bien entendu! De plus, les images utilisées sur mon compte viennent toutes du site publicdomainpictures (point) net, et ne m'appartiennent donc pas non plus.

Deuxième chose, désolée si cette "fiction" vous paraît erratique et si je ne poste pas à date fixe, comme je vous l'ai dit j'écris surtout cette fic pour m'amuser et quand l'inspiration me prend... Merci de suivre l'auteure lunatique que je suis, et bienvenue si vous attrapez le train en route! ;)

Si vous voulez "participer" à l'écriture de ma fic : Quel personnage voudriez-vous entendre en confession ensuite? :) Je ne promets pas que je passerai en revue tout ce beau monde, mais expliquez-moi pourquoi vous choisissez tel(s) perso(s) et si vous êtes suffisamment inspirants, j'écrirai en conséquence ;)

J'arrête là mon blabla tardif (désolée si ça n'a aucun sens xD), à bientôt mes p'tites citrouilles! :D

Trixy