Lorsque Hermione sortit de son dortoir, il faisait encore nuit. Elle avait, comme à son habitude, dormi entre deux et trois heures, et avait, le reste de la nuit, lu. Elle avait depuis sa première année, toujours ressenti le besoin de se donner aux livres, de s'imprégner d'eux et de les imprégner d'elle. Les livres devenaient ses confidents, elle se voyait en eux et découvrait à chaque page une face d'elle même différente. Hermione Granger se nourrissait de livres. Ils étaient son alternative à la folie, à la destruction de son monde. Ils étaient aussi un divertissement : comme elle se souciait de ses lectures qu'elle avait aussi multiples que variées, elle ne s'intéressait pas à ce qui se passait autour d'elle et qui la navrait.

Hermione sentait qu'elle ne vivait pas dans le même monde que les autres. Elle ne comprenait pas le pourquoi de l'agitation quotidienne des autres, leur « sens de la vie », elle les voyait s'agiter comme des pantins dans le vide, se perdant dans le brouillard et semblant savoir où aller. Elle s'était toujours sentie inférieure face à toutes ces personnes, desquelles l'assurance provenait d'une insouciance qu'elle leur enviait. Elle se sentait mal dans leur environnent.

C'est pour échapper à ce mal-être qu'Hermione s'était fixée des lubies, elles la tenait en vie, en haleine. C'est pour ça qu'elle lisait chaque nuit, qu'elle se focalisait sur les cours, et que tout les matins, avant que les autres filles du dortoir Gryffindor ne se réveillent, elle sortait dans le parc, et allait s'asseoir contre le Whomping Willow, plusieurs heures durant. Hermione Granger était la seule personne de l'école qui pouvait approcher le fameux saule, car son âme ne se laissait pas « submerger par les passions ». « Sine passionibus animae, sine vi salices » avait elle lu dans un des manuscrit de l'ancien directeur de Hogwards Flytherley Undercliffe. Ainsi, chaque matin, elle s'asseyait et restait le regard et l'esprit dans le vide quelques heures (jamais elle n'avait pensé les compter) avant qu'elle n'ouïsse le vacarme assourdissant provoqué par les centaines d'élèves de Hogwards piétinant avec force les vieilles et vénérables de robustesse pierres du château. Alors, elle se mettait en marche.
Ce matin là donc, alors que la lune brillait de son éclat, elle s'assit. Pendant qu'elle continuait de fixer le brouillard qui encombrait son esprit, (après quelques minutes ? Plusieurs heures?), Hermione fut sortie de sa transe par le frémissement fort et régulier d'un hibou grand duc qui vint se poser à quelques mètres de là, par peur sans doute de l'arbre partout redouté. La brune réussit à entrevoir la scène à travers la pénombre et jeta un regard dénué de toute expression à l'oiseau, qui prit son envol après avoir déposé ce qui semblait être une enveloppe sur la terre nue qui entourait le saule. Elle replongea dans le brouillard.

Elle quitta définitivement son état immobile quand le sol se mit à trembler d'une vibration venant du château. Le départ avait été donné.

Hermione se leva et, se dirigeant vers le chemin menant vers le l'immense et ancien bâtiment, elle s'abaissa afin de récupérer ce que l'oiseau avait déposé auparavant. C'était une enveloppe de papier d'une couleur oscillant entre l'ivoire et le beige. Y était apposée de la cire rouge, mais pas de sceau, comme si l'expéditeur ne voulait se faire connaître. Hermione ouvrit l'enveloppe et découvrit à l'intérieur une simple feuille de papier à lettre, quelque peu plus clair que l'enveloppe, sur laquelle était laconiquement écrit à l'encre noire :

Hermione Granger,

Je souhaiterais te parler.

Draco Malfoy.

Hermione tomba des nues. Draco Malfoy ! Elle relut la lettre à haute voix, il ne pouvait pas l'avoir devancée ! Il ne pouvait pas savoir ! Elle relut la lettre à haute voix et alors qu'elle énonçait le prénom de son destinataire, elle vit en bas de la feuille d'autre mots s'inscrire :

Ce soir, lorsque la Douleur s'en ira,

Et que le cracmol est repu,

Dirige toi vers l'imprévu.

Un ami qui t'y attendra

Hermione resta bouche bée durant plusieurs secondes. Que voulais dire ce message ? Qu'avait voulu lui faire Malfoy par cette démonstration de magie ? Pourquoi lui avait-il envoyé ce message ici ? Que sous entendait ce message, l'envoi de celui-ci ? Toutes ces questions trottaient dans sa tête et le brouillard duquel elle sortait avait du mal à intégrer toutes ces interrogations.

Ce soir, lorsque la douleur s'en ira,

Que le cracmol sera repu

C'était sans aucun doute une heure de rendez-vous. Ce soir, quand la douleur s'en va, alors que le mal part ? Qui peut être le mal ? Est-ce Snape, Rusard, un des fantômes ? Quand une guérison opère ? Hermione chercha à se souvenir de qui était malade, ou à l'infirmerie actuellement, mais il n'y avait personne. Elle relit la première ligne. « Quand la Douleur s'en ira», et eut un éclair de lucidité. La Douleur ! La majuscule indiquait une chose particulière, un événement spécial, une personne. Et quelle personne peut être mieux assimilée à la douleur qu'une femme se nommant Dolores ? Donc Malfoy parlait d'Umbridge. Lorsqu'elle s'en va… Hermione se rappela alors que la professeure en question leur avait annoncé la veille qu'elle devait s'absenter sur requête du Ministère de la magie et qu'elle laisserait donc la responsabilité de veiller au maintien de l'ordre à Severus Snape à partir de l'extinction des feux des premières années. C'était donc à 21 heures que Malfoy lui donnait rendez vous. Elle s'intéressa alors à la deuxième partie du message. « Et que le cracmol est repu ». Hermione chercha passa en revue tout les cracmols du château, mais n'en trouva qu'un. Rusard. Quand Rusard est repu. Il s'agissait sans aucun d'une précision quant à l'heure du rendez vous. Quand donc mangeait Rusard ? Elle se souvint alors que Rusard mangeait séparément du repas commun, après avoir mené les premières années au dortoir, aux alentours de 21:30. Elle connaissait donc l'heure, manquait le lieu.

Dirige toi vers l'imprévu.

La salle sur demande ! Il s'agissait de la salle sur demande ! Quoi de plus imprévu que sa propre volonté ! Malfoy lui donnait rendez-vous à 21:30 à la salle sur demande. Malfoy, cet « ami » qui l'attendra, cette formulation était un temps soit peu étonnante. Peut être que cette manière de signer permettait de mettre au clair sa non-hostilité, ou alors s'agissait-il d'un ami d'Hermione qui l'attendrait. L'énigme était encore entière…

La jeune femme se dirigea alors d'un pas guilleret mais assuré vers le château./

Sur une des façades de l'école, une fenêtre se clôt alors, et Draco Lucius Malfoy se dirigea vers la grande salle.

Le repas d'Hermione fut semblable à tout les autres, du moins en apparence. Elle avait capté des regards à son endroit provenant des yeux du prince des Slytherins. Des regards entendus et amusés auxquels elle répondit par une attitude de majesté, ne le regardant point mais accordant ses expressions faciales et corporelles avec la noblesse et l'air aristocratique découlant du regard de Malfoy. Elle le vit à plusieurs reprises sourire avec amusement de son attitude, et s'efforçait de contenir elle aussi un sourire.

La journée passa assez rapidement pour la gryffindor, alternant entre les cours de potions, de sortilèges, d'histoire de la magie et autant de matières dans lesquelles Hermione excellait. Les cours s'étaient passés comme à l'habitude pouvait on dire, mais Hermione semblait absente, elle fixait ses livres du regard qu'elle réservait d'ordinaire au brouillard matinal entourant le Whomping Willow et laissait transparaître à travers les réponses qu'elle donnait à chaque interrogation professorale le vide qui encombrait son esprit. Lorsque Ron, puis Harry vinrent successivement la voir pour savoir ce qui la rendait si différente que d'habitude, elle ne sût répondre et prétexta une recrudescence de travail a fournir, une réponse qui sembla leur convenir.

Le soir, Hermione, après le repas, prit un livre de sortilèges et s'y livra toute entière. Du moins voulait-elle ; elle s'aperçut vite qu'elle ne pouvait finir une ligne du livre sans jeter un regard à l'horloge qui semblait avancer à la vitesse la plus faible qu'il puisse être. Elle décida donc de sortir en avance, 20:48, et se dirigea vers la tour d'astronomie. Elle s'efforça de s'y rendre du pas le plus lourd et lent qu'elle pût avoir mais moins de quinze minutes plus tard, elle était en haut de la tour. Hermione s'assit et tenta de mettre ses idées au clair. Qu'allait-elle pouvoir dire à Malfoy, comment lui dire sans lui dire qu'elle savait tout ? Comment pouvait-il réagir ? Et si il ne l'avait pas contacté pour ça ? Elle resta dans le vague, réfléchissant quant à cette dernière interrogation. Et si Malfoy ne l'avait pas contacté pour ça ? Elle s'était posé toutes les questions relatives à l'horaire, au lieu, à son attitude, ce qu'elle allait lui dire, mais jamais elle ne s'était demandé ce qui se cachait derrière le laconique « Je souhaiterais te parler » du blond. Elle resta interdite durant de longues minutes. Lorsqu'Hermione leva la tête, quelle ne fut pas sa stupeur de voir qu'il était l'heure du rendez-vous, dépassée de quatre minutes ! Elle commença à dévaler les escaliers à toute allure et courut dans les centenaires couloirs durant dix longues minutes. Arrivée au couloir menant à la salle sur demande, elle s'arrêta quelques secondes, ne voulant pas que Malfoy la voie essoufflée après une course pour se rendre à un rendez-vous pour le voir! Elle s'apposa sur le mur, attendant de reprendre son souffle et c'est alors qu'apparut le blond. Il venait du couloir opposé à celui dans lequel elle était. Il marchait lentement, de son allure forte et légère à la fois. Il s'approcha d'elle, et d'une voix suave et distinguée : « J'ai cru un instant que tu ne viendrais pas ».

Hermione ne répondit rien, et resta interdite. Malfoy lui indiqua la direction de la salle sur demande et elle le suivit. Ils se dirigèrent vers la tapisserie représentant un homme médiéval entouré de trolls auxquels il tentait d'apprendre la danse qui servait d'indicateur à l'entrée de la salle et Draco effectua trois aller-retours successifs en face de ladite tenture et d'une Hermione stupéfaite de l'aisance avec laquelle il rendait sa démarche presque banale, habituelle. Au troisième passage devant la tapisserie, la porte de la Salle apparut. Le blond slytherin s'y dirigea, et l'ouvrit, invitant la gryffindor à rentrer.

La brune fut stupéfaite de la salle dans laquelle elle entrait. Une salle dans laquelle elle se sentait formidablement bien. Une salle ni grande ni petite, entourée d'une bibliothèque de livres anciens, et laissant un feu de cheminée trôner en son centre, autour duquel étaient disposés un fauteuil de type club et un canapé de la même inspiration.

Elle demanda à Malfoy :

« Cet endroit, est-ce là où tu as emmené Harry ? Hermione guettait, à l'instant où elle prononça ces paroles, la réaction de Draco.

-Non, je l'avais un peu épuré, de peur que tant de livres effrayasses Potter, répondit flegmatique Malfoy affichant un sourire en coin lors qu'Hermione eut une légère grimace de surprise. Il continua, se dirigeant vers un pan de la bibliothèque. C'est ici que je viens chaque jour pour me ressourcer et échapper à tout ce monde. C'est, en quelque sorte, mon saule, dit il, semblant fixer un livre des yeux alors qu'Hermione souriait à la mention de son arbre sous lequel l'avait surpris le messager des Malfoy. Il se retourna vers Hermione, la fixa, et lui dit :

-Tu sais, je t'ai demandé de venir pour deux raisons. La première est que cela fait longtemps que nous nous côtoyons, et pourtant longtemps que notre relation se limite à la périphérie de celle que j'entretiens avec Potter. Et cependant, j'aimerais savoir qui tu es vraiment, qui est cette fille à la fois particulièrement talentueuse, acharnée, et désespérément teigneuse que je n'ai pas encore eu l'occasion de connaître, et je souhaiterais, si tu le conçois, que nous puissions véritablement discuter, échanger. Tu m'intrigues, Hermione Granger, et je pense que nous avons bien des choses en commun (Hermione ne réagit pas, maintenant un sourire entendu au coin des lèvres), et même, mais tu le sais, avec Potter, malgré sa réaction d'hier (Cette fois, la brune semble légèrement acquiescer le constat de Malfoy, tout en maintenant son regard qui depuis la prise de parole du blond, portait sur l'âtre brûlant). Je crois savoir que tu n'es pas venue ici afin de déverser ta haine sur moi, tu l'aurais fait bien plus tôt, et en public, mais je ne sais pas quels sont tes sentiments, ce que tu sais et qui tu es. Oui, Granger, tu es une énigme ; tu sembles échapper de loin à ce groupe, t'en soustraire, et pour autant y être mieux que quiconque. Tu sembles lointaine, mystérieuse, retirée, mais évoluer dans une relation parfaitement épanouie. Tu te détache mais reste arrimée. Tu es une énigme, et j'aimerais, si tu y consens, essayer de la comprendre. Je ne cherche pas à ce que nous devenions amis tout de suite – cette ambition se confronterait à l'habitude de la haine entre nous, ou du moins du rejet –, mais que nous ayons la possibilité de nous connaître et de nous comprendre. Voici ma première proposition, je te laisse le temps que tu souhaites pour me répondre, ou pas, selon ta volonté. Le second point que je souhaitais aborder avec toi et qui a précipité ma prise de contact, c'est Potter. Ne souris pas, je pense que le sujet est vraiment crucial à bien des échelles ! Bref, j'avais remarqué chez Potter, comme chez toi, en début de première année et je pense que tu l'as remarqué également, qu'il semblait se singulariser de ce flot amorphe de demi-consciences endormies par l'habitude, et la passion de l'immédiateté. Une singularisation, qu'on eût dit voilée par sa volonté de reconnaissance des autres, et qui l'amena à refuser mon amitié à cause de celle que Weasley lui avait promit. Est-ce bien cela ?

– Continue, s'il te plaît… dit-elle attentive

– Donc je pense que cette distinction entre Potter et les autres élèves, dans la compréhension du sens de ses actions, de ses choix, et je le pensais, de son rôle individuel, était entre celle dont je présume tu es l'objet et la mienne, la plus faible. N'ayant réussi à obtenir son amitié, j'ai donc essayé un autre moyen pour moi d'abord, mais aussi pour lui, afin d'exprimer cette unicité, à travers l'exacerbation d'une violence inutile, simple expression sur un autre plan de toutes ces actions inutiles que nous faisions. Une sorte d'équilibre à travers la violence. Mais j'ai rapidement constaté, comme toi j'imagine, que son recul sur les autres et sur lui-même avait des limites, et que nos combats sombraient régulièrement dans l'habitude. Je n'étais donc plus capable à ces moments là, de confronter ma prétendue lucidité à la sienne, mais n'avais pour autre rôle que d'essayer de la raviver, sous la multiple menace de conséquences tragiques de son abandon ; ma propre chute, n'ayant plus à qui me confronter, celle de Potter, en tant qu'individu qui ne deviendra plus qu'un automate parmi d'autres, de l'école et enfin du monde sorcier. Je ne veux pas du retour de Voldemort. Je n'en veux pas ! POURQUOI NE PEUT-IL PAS ETRE SENSE?! Excuse-moi, je m'emporte, mais je ne peux pas, et toi non plus, pas moins que le monde sorcier, laisser Harry Potter, le survivant et le seul espoir de ce monde à moitié libre, devenir moins que rien, incapable de la moindre analyse et du moindre choix, cela me fait sortir hors de mes gonds.

Un étourdissant silence emplit la pièce, que Draco essaya maladroitement de combler:

- Firewhisky?

Hermione resta coite, mais finit par signifier une affirmation de son visage…