A nouveau la fuite
Elle marche normalement. Ni trop pressé, ni trop lent, l'heure est au pas nonchalant pour ceux qui désirent survivre à la nuit. Les étoiles grelottent, agitées d'un rire cruel dans le ciel noir et crasseux, comme le suif sur les mains boudinées d'un restaurateur bas de gamme.
Il est tard. Les bonnes gens s'enferment en claquant brusquement leurs volets aveugles. Peu importe qu'ils les fissurent, ils sont terrifiés. Ça fait glousser les grognasses étincelantes. Elles se moquent des proies traquées, planquées au fin fond de leurs terriers. Elles se moquent des petits gars inconscients qui traînent encore dans les rues puantes, éclairant les trottoirs où ils dégueulent et chassant les ombres autours de ceux qui se croient cachés.
Ah ! Elles sont belles les ténèbres nocturnes, tachées de lumières et autres vers reluisant de peur qui rampent à même le bitume en implorant une goutte, un toit ou une clope.
« Sortez, nul ne vous voit ! » Hurlent la nuit garce en braquant ses projecteurs sur eux. Innocents, victimes... Tous sont coupables sous les flashs vicieux du ciel. Tous, sauf lui : le Monstre -comme l'aurait appelé quelqu'un qu'elle avait aimé-.
Lorsque le Monstre passe, la terreur est stellaire. Les astres se cachent, se détournent et se revêtent de nuages. Jamais lumière d'étoile n'effleura son noir manteau. Pourtant, elle se rient du commun des mortels, minaudant dès que résonne le claquement de ses talons et, complices, s'apprêtent pour ses crimes. Groupies du Monstre ! Putains d'étoiles !
C'est idiot de s'énerver comme ça, pour rien d'autre que de lointaines petites caillasses brillantes, mais lui... Lui avait été sacrifié sur l'autel du Monstre par ces foutues étoiles. A présent il n'était plus là pour se gausser d'elle en la voyant errer parmi les raclures et les chewing-gums écrasés sur le goudron de la ville.
Elle l'avait trouvé là par hasard, en flânant dans une ruelle mal fréquentée, elle qui n'appartient pas à ce monde -bien qu'en possédant la hargne-. Elle s'était perdue, elle s'en souvient, en poursuivant le parfum entêtant de sa liquide robe rouge. Elle se promenait, admirait en sifflotant les paysages de la nuit, contemplait les étoiles... Ces putains d'étoiles... Il faisait beau ce soir là. Elle l'avait aperçu au détour d'un virage et ces yeux d'orage qu'elle reconnaîtrait entre mille la capturèrent. Sur les parterres de déchets de l'usine désaffectée, sous le mur où fleurissait une tubéreuse de sang, il était là.
Son apparence, futile ersatz de sa personne, avait suffi à la défaire de sa raison. Ses contours s'étaient ancrés dans ses rétines. Elle les voit encore dans ses rêves, dans ses cauchemars, prenant sa place dans le reflet du miroir...
Ô Merlin, comme il la hante.
Parce qu'il existât sous son regard durant un moment, un instant de rien qui dure encore aujourd'hui, les flammes de la vengeance s'éveillèrent dans son cœur, la damnant plus sûrement qu'un seul de ses baisers n'aurait su le faire.
Mais elle sait, elle devine qu'il avait choisi cette fin en connaissance de cause. Que puisqu'il ne pouvait ni fuir ni se secourir, il avait décidé de choisir sa mort. Quel cruel destin que celui de qui n'a pas d'autre choix...
Au final, ironie suprême, c'était la décision de cet homme qui avait conduit sa destinée à la rattraper. Maintenant empêtrée dans les fils de la fatalité, elle marche calmement en fuyant sa propre souvenance.
Elle tangue entre les ruines et les terrains vagues de cette ville, de cette cage de nourriture grouillante piaillant pour la pitié de l'inhumain, ce labyrinthe où tout les chemins se précipitent vers la gueule béante du Monstre. Ça empeste et les gens ne sont plus que des chicots tremblants dans ce jardin où il a soufflé sa haine. Ils le craignent mais, trop lâches pour l'affronter ou pour s'enfuir, ces imbéciles ont construit autour de son antre une muraille de fétus de paille.
Ce n'est pas avec un cure-dent qu'on abat un tigre, ni en crachant dans le vent qu'on apaise une tempête. Alors en quoi leurs belles maisons de papyrus sont-elles censées les garder des soupirs brûlants du grand méchant loup, quand même elle la mante, l'arachnide, la montagne, n'avait rien pu faire pour sauver un seul homme ?
« Attrapez-la ! » Susurre le Monstre loin derrière elle.
A ses côtés, une femme et un homme avancent prestement. Ils lui sont importants, presque autant que l'homme le fut de son vivant. L'une a la tête broussailleuse remplie d'informations à présent inutiles et l'autre la jalousie facile : ils sont ses premiers amis. Les derniers qui lui restent, aussi. Mais ils ne la connaissent pas. Ils ne comprennent pas pourquoi elle les a abandonné et, bien qu'ils soient aujourd'hui à ses côtés, elle sait qu'ils lui en veulent, qu'ils la trahiront comme elle les a autrefois trahis.
« Har-Confidence... » Implore la femme. « Ne penses-tu pas que nous devrions nous dépêcher ? S'ils nous attrapent nous sommes morts ! »
Confidence s'arrête pour les observer un moment. Ils ont les mêmes yeux fuyant, la même dégaine écrasée par le poids du monde. Et comme rien, ni personne, ne put la retenir par le passé, elle ne peut les retenir à présent.
« Allez-y » Dit-elle avec un sourire plein de secrets. « J'ai une dernière chose à faire. »
Ils s'insurgent tous deux, lui rendant un regard mauvais.
« Nous ne t'abandonnerons pas ! »
Pas comme tu nous as abandonnés ! Nous ne sommes pas comme toi ! Résonne derrière leur exclamation.
Confidence hausse les épaules, elle n'a que faire de leurs états d'âme : ils ont beau lui être importants, ils ne sont pas l'homme. Elle reprend sa route avec lenteur, sans leur accorder plus d'attention. Le Monstre se rapproche, elle le sent.
« POTTER ! » Hurle-t-il à à peine cinq cents mètres.
Elle désire cette confrontation, elle veut sa vengeance, c'est pour cet instant qu'elle lui avait envoyé la tête tranchée de son bras droit pour le provoquer. Pour cet instant qu'elle avait fuit en direction de ce terrain de jeu, qui avait tout le charme d'une scène de drame.
Il lui lance un éclair verdoyant, qu'elle esquive sans vraiment le vouloir. Elle s'apprête à se retourner pour courir vers lui mais l'homme et la femme, ses amis, devinent son intention et la prennent par le bras pour l'entraîner loin de ce champ de bataille.
« Non ! Lâchez-moi ! » Elle panique. « Je dois venger Malfoy ! Je dois achever le Monstre : c'est ma destinée ! Je n'ai pas d'autre choix ! Nous n'aurons pas d'autre chance ! LACHEZ-MOI ! »
Elle se débat comme une folle mais ils tiennent bon, leur force décuplée par leur désespérance. Finalement, l'homme l'assomme et la prend dans ses bras, puis il pose sa main sur l'épaule de la femme et soudain : ils disparaissent.
Certainement sont-ils partis vers des lieues plus accueillantes.
« Soit maudite Potter ! » Enrage le Monstre d'une voix pleine d'une puissance mystique, en échouant à la rattraper. « Que les cendres t'emportent ! QUE LES CENDRES EMPORTENT CE MONDE ! »
Je ne suis pas très satisfaite de ce chapitre là. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.
Plew A.E
