Les Cendres

Il pleut des cendres sur le monde.

Dans un refuge branlant les derniers vivants toussent. La pluie s'infiltre à travers la tôle et tapisse les murs, les visages et les meubles; tout est gris soudain.

« On dirait une photo. » Murmure Confidence entre deux quintes de toux.

Personne ne lui répond, ils ont inhalé trop de pluie. La femme à sa gauche succombe à une crise d'asthme. L'homme à sa droite s'étouffe. Il ne reste que les trois d'en face, la petite famille sans moyen qui les avait accueillis au début du déluge.

La mère a les lèvres dans les cheveux de son fils, immobile. Elle a l'air de s'être endormie en l'embrassant. Le père est écroulé contre son épaule, sa main sur celle de son rejeton, il a l'œil vide et triste. Dans leur embrasse le gosse panique.

« Où sont les autres? Où sont les morts? »

« Là. » Répond-t-elle en lui désignant le plafond effondré, le papier-peint, la commode et sa joue.

« Que s'est-il passé? Qui êtes-vous? Pourquoi- »

« Je ne sais pas. » Elle hausse les épaules. « Je ne me souviens pas. Quand j'ai pris conscience les autres s'effaçaient et les morts aussi, puis il s'est mis à pleuvoir. Sur elle, sur lui, sur tes parents et sur le monde. »

L'asthmatique et l'étouffé ont déjà disparu quand elle les montre du doigt, les darons du môme semblent moins présents eux-aussi.

« Il ne reste plus que nous » Lui dit-elle. « Plus que toi et moi. »

L'enfant ne l'écoute déjà plus, il cherche son souffle encore et encore, à n'en plus le trouver. Le ciel s'assombrit, la pluie se fait cascade, dans un hoquet le gosse n'a plus de parent. Il se fige.

Le monde est tellement gris qu'il parait noir à Confidence. Un fugace instant et elle ne voit plus d'enfant.

« Et maintenant il ne reste plus que moi. »

Sa toux s'aggrave tandis qu'elle attend son tour. C'est pour bientôt, elle le sait et elle rit. Le vent souffle fortement, il la prend aux poumons, la coupant dans son rire. Sous son passage une petite bouteille roule à aux pieds de Confidence, sortie, elle se doute, de la boîte à pharmacie. Elle s'affaiblit.

« Soit la pluie me noie, soit je me noie dans la bouteille. »

Elle hésite, elle sait ce qu'il y a sous le verre mais... Elle aussi veut décider de choisir sa mort.

Les murs, les meubles et sa tronche sont noirs comme la suie, comme la pluie. Elle essuie ses yeux et ses doigts sont noirs aussi. A-t-elle un jour eu une autre teinte?

« De quel couleur est le mercure? » Se demande-t-elle en portant le goulot à sa bouche.

Elle tousse. Son cœur se serre dans sa poitrine, elle n'arrive plus à respirer. Elle étouffe. Elle a l'impression de s'endormir et s'écroule sur le sol. Elle cherche son souffle encore et encore, à n'en plus le trouver. Dans un dernier hoquet, l'abri n'abrite plus personne.

Il pleut ses cendres sur le monde.


Voilà la suite (enfin!) et la fin. Vraiment désolée de ne pas l'avoir postée plus tôt, je n'ai aucune excuse.

Plew A.E