« Je continuerai à me battre ».
Chapitre 2 : Quand la mort nous tend les bras.
Justin ne comprenait pas pourquoi cela arrivait encore. Il avait perdu Cédric. Il allait perdre Swan. Sa Swan. Son magnifique petit cygne. Elle était son modèle, elle l'avait toujours tiré vers le haut. Elle avait été là quand Cédric ne l'était plus. Il n'était pas proche de sa famille sauf d'elle. Il la considérait en quelque sorte comme sa seule famille. Elle était sa bonne étoile, son ange gardien, elle était elle. Elle était Swan.
Et là, sa Swan, sa toute petite Swan… Etalée dans ce grand lit blanc, elle semblait fragile, frêle si petite… Il savait qu'il devait la protéger, et pourtant il s'était éloigné. Il aurait dû écouter sa mère et aller dans cette école au lieu de prendre ses distances en allant à Poudlard. Au moins là-bas il aurait pu veiller sur elle comme il faut. S'il avait été là-bas, elle ne serait pas dans cet état. Il ne se le pardonnerait jamais. Elle était pâle comme la neige, pure comme la colombe, et pourtant elle était entachée de sang.
« Elle s'est battue. »
La seule phrase qu'avaient prononcée les parents de Swan, « Elle s'est battue ». Mais Swan ne se battait pas sans raison, elle n'était pas violente. Justin n'avait pas pu se retenir et avait répondu sur un ton sec :
« Pour moi, elle a plutôt l'air de quelqu'un qu'on a battu sans lui laisser la moindre chance de se défendre. »
Il avait accompagné sa réponse d'un regard noir, avant de retourner toute son attention sur sa cousine allongée inconsciente dans cette chambre impersonnelle. Elle était dans le coma. Dans un coma profond. Elle était dans un sal état. Un état critique. Justin la perdait, il le savait.
« Elle a subi de très graves dommages corporels, aucune zone de son corps n'a été épargnée. Si elle était consciente, elle souffrirait tellement qu'elle en perdrait connaissance. Alors, pour le moment, mieux vaut pour elle qu'elle soit dans le coma. Cependant, je ne peux pas vous dire quand elle se réveillera, ni si elle se réveillera un jour. Pour le moment, son pronostic vital est en jeu. Mais je vous promets que nous ferons tout notre possible pour que Mademoiselle Fletchey se rétablisse, et avec le moins de séquelles possibles. Vous devez savoir, elle gardera des séquelles graves si elle se réveille. Sa main droite a été très touchée, on l'a déjà amputée d'un doigt, mais il se pourrait qu'elle ne puisse plus jamais l'utiliser, comme il se pourrait qu'elle ne puisse plus marcher, ou même parler. »
Le médecin avait dit ça d'un ton calme, et Justin avait dû se contenir du mieux qu'il pouvait. Si elle survivait, elle ne serait plus pareille. Elle n'aurait plus sa joie de vivre, elle ne pourrait plus dessiner, plus peindre… Son rêve serait hors d'atteinte pour toujours. En pensant cela, Justin laissa couler ses larmes, et cria pour elle. Pour tout ce qu'elle avait perdu pour il ne savait quoi. Pour tout ce qui avait été pris sans que rien ne soit donné. A ce rêve qu'ils avaient eu, et qui ne se réaliserait pas.
« Tu sais, Just', j'adore quand tu racontes ta vie à Poudlard, et j'adore dessiner ce que tu me comtes. Plus tard, je veux peindre des illustrations pour une histoire que tu me conterais, en racontant tous les détails, comme dans tes lettres. Tu serais l'auteur, et moi l'illustrateur. Et ensemble, nous pourrions réunir nos deux mondes. Notre livre paraîtrait chez les moldus dans le genre fantastique, et pour le faire éditer chez les sorciers, tu insufflerais un peu de magie à mes dessins pour qu'ils prennent vie. Tu sais, comme ces photos que tu m'as montrées et dont les personnages sont capables de se mouvoir par eux-mêmes ! »
Elle lui avait dit ça il y a quatre ans. Quatre ans pendant lesquels elle avait travaillé d'arrache-pied pour parvenir à réaliser leur rêve, quatre ans où elle n'avait rien fait d'autre que de s'entrainer, quatre ans où elle avait excellé. Tout ça pour rien. Elle ne pourrait plus dessiner. Elle ne pourrait plus utiliser sa main. Elle avait un doigt en moins.
« Hé Just' ! Regarde, j'ai dessiné Harry ! Tu penses que j'ai fait la cicatrice au bon endroit ? Et dans le bon sens ? Je pense que ses cheveux devraient être un peu plus longs, et un peu plus ébouriffés aussi. Je ne savais pas si je devais le faire avec ou sans son insigne de Capitaine, alors je ne l'ai pas mis, comme ça je peux te demander ton avis. Alors ? »
A chaque fois c'était la même chose. Elle était si passionnée, elle posait énormément de questions pour atteindre la perfection, ou ce qui s'en rapprochait le plus. Elle vivait par le dessin, elle vivait pour le dessin… Comment allait-elle faire à son réveil ? Allait-elle seulement se réveiller ?
« Just' ! Just' ! J'ai dessiné Pattenrond ! Il est mignon, hein ? »
« Just' ! Hey, Just' ! Tu m'écoutes ? »
« Juuuuust' ! J'ai réussi ! Je vais aller dans cette école où je voulais tant aller ! Papa et maman ne vont pas être contents quand ils vont se rendre compte que j'ai fait ça dans leurs dos… Mais je vais enfin faire ce que je veux de ma vie, je vais faire ce que j'aime ! Tu vois, j'ai pris modèle sur toi ! »
« Yaaaa ! J'ai validé mon année ! Je suis… Un, deux, trois, quatre, cinq… Sixième de ma promo ! Je suis trop heureuse ! Tu te rends compte ? Sixième ! Je suis dans le top 10 ! »
« Just'… J'ai baissé au classement… Je suis 13ème… Mais je ne vais pas me décourager ! Je vais m'entrainer et faire encore mieux ! Je serai la reine dans ce milieu, ils se mettront tous à genoux et lècheront mes chaussures ! »
« Je suis remontée ! Je suis septième maintenant ! Je suis toujours une place en-dessous par rapport au premier classement mais bon… Je crois que je vais arrêter de me focaliser là-dessus, parce que je ne dessine plus pour les bonnes raisons. Je vais revenir aux sources. Il ressemble à quoi Ron ? »
« JUST' ! JE VAIS FAIRE MA PROFESSIONNALISATION EN PEINTURE REALISTE ! J'ai réussi ! J'ai été prise ! Ho mon Dieu mon Dieu mon Dieu mon DIEU ! Dios mios ! Deus pater noster et in terra pax ominibus ! Wou ! Taquet taquet ! Je suis trop heureuse ! »
En repensant à tous ces moments passés avec Swan, Justin s'effondra sur le lit de sa cousine. Elle avait ce feu qui brûlait en elle, toujours. Qu'allait-il advenir d'elle ? Sa folie quand elle était heureuse, ses crises de fou-rire quand Justin lui racontait les maladresses des uns et des autres en cours de potion, ses larmes quand il avait perdu Cédric, son sourire quand il l'avait remerciée pour son dessin… Tout cela allait lui manquer. Il savait que ce qu'elle allait découvrir allait la changer à jamais, et qu'il ne retrouverait plus en elle ce bonheur candide qu'il aimait tant. La vie l'avait trouvée joyeuse et pleine d'énergie, ces bâtards la lui rendait faible et sans rêve.
« Bonjour, excusez-moi… Je suis bien dans la chambre de Swan Fletchey ? »
Une petite voix s'était faite entendre au pas de la porte. Justin tourna la tête pour voir de qui provenait cette voix, qui était la personne qui osait venir le déranger dans son trouble et sa peine. Son regard se posa alors sur une fille, frêle, maigre même, aux cheveux courts et roses pals, aux yeux bleus magnifiques, la peau très blanche, et un sourire triste.
« Oui, c'est bien ici. Mais qui êtes-vous je vous prie ? »
Justin essayait de rester poli, mais il ne s'était toujours pas remis de l'état de torpeur dans lequel il s'était mis tout seul quelques moments plus tôt.
« Je suis Mélinda Keyes. Je suis dans la même école que Swan… J'ai quelque chose à vous dire, mais j'aimerais que vous m'écoutiez jusqu'à la fin avant de me jeter dehors. Vous êtes son cousin Justin, n'est-ce pas ? Elle nous a souvent montré des dessins de vous. »
« Heu… Oui, c'est bien moi… Heu, et bien, je t'écoute Mélinda… »
« Ne m'en voulez pas s'il vous plait, je vous jure que de toute façon je n'aurais rien pu faire… »
« Allons Mélinda. Déjà, moi c'est « tu », pas « vous ». Ensuite, je ne sais pas ce que tu as fait qui te mette dans un tel état, mais du moment que ce n'est pas de ta faute que Swan risque de mourir, alors tu n'as rien à craindre. »
« Justement… C'est de ma faute… »
« Explique-toi correctement avant que je ne tire des conclusions hâtives. »
Justin avait beau être à Poufsouffle, si le fille venait ici pour lui dire qu'elle avait intenté à la vie de sa cousine… Sa baguette était dans sa poche et il était prêt à s'en servir. Contre un moldu. Contre une femme.
« Ce n'est pas moi qui l'ai frappée… »
« Donc ce n'est pas de ta faute. J'ai eu peur que la personne responsable ait eu le cran de venir me dire ça comme ça. »
Justin souffla un bon coup, et se prépara à écouter l'histoire de Mélinda maintenant qu'il était plus détendu.
« En fait, elle a pris ma défense. Je me suis faite agressée par deux garçons plus grands et costauds que moi et elle a pris ma défense. Elle m'a dit de courir, alors je suis allée me mettre à l'abri, et dès que j'ai pu, j'ai appelé la police, les pompiers, le samu… J'ai alerté les gens autour pour qu'ils viennent en aide à ma sauveuse, mais les gens ne faisaient que crier et n'agissaient pas ! Elle a eu le temps de prendre énormément de coups avant que la police n'arrive… Je suis tellement désolée ! Je suis si faible… Je l'ai laissée se faire taper à ma place alors qu'elle était venue à mon secours ! Je n'ai rien fait ! Je suis une lâche, je m'en veux tellement… Et après j'ose me prétendre être son amie ! »
« OK, OK ! On se calme ! Est-ce que tu te souviens de leurs visages ? Tu es bien en art toi aussi, non ? Alors dessine-les. Fait un portrait-robot, et emmène-le à la police. »
Avec l'aide de Mélinda, les policiers cherchèrent sans relâche les deux coupables, avant de les trouver finalement dans un squat, complètement défoncés à une substance non-identifiée. Ils furent arrêtés et conduis au commissariat le plus proche, où ils furent auditionnés. Etant donné leur état, la police ne pensait pas être capable de tirer quoi que ce soit de ces deux individus, mais en plein dans leur délire ils semblaient trop heureux de leur raconter comme ils avaient « accosté cette sale bouffeuse de chattes » avant que « l'autre bonnasse se ramène » et qu'ils soient « obligés de lui casser sa jolie p'tite gueule ». Suite à cette audition, le procureur les fit comparaître pour les chefs d'accusation de coups et blessures, usage de substances illicites ayant entraîné un comportement violent, comportement discriminatoire et harcèlement sexuel. Ils furent condamnés tous les deux à une bonne dizaine d'années en prison sans possibilité de réduction de peine. Justin était heureux, tout comme Mélinda, que ces malfrats aient été écroués, mais ils savaient que le combat ne faisait que commencer.
