Ecrire c'est se donner sans condition, sans restriction aux autres, c'est malsain, abject mais si salvateur.

Oh, please, darling, play with me : La pointe dure et froide qui s'enfonce dans la chair, lentement, délicatement, imprimant un long mouvement de va et vient, qui s'enfonce à chaque passage un peu plus. Le bruit de la fraise électrique qui vrille mes tympans, qui me berce. La douleur qui s'insinue délicatement, serrer les dents, se crisper légèrement. Une voix qui s'élève, la question, toujours la même à chaque fois : Pourquoi ? Chercher ses mots un instant, puis tenter d'expliquer à ce parfait inconnu tout ce que ça représente, en sachant pertinemment qu'il ne comprendra jamais. Le temps s'étire, il n'y a que la douleur et le bourdonnement de l'appareil qui soit constant. Puis soudainement tout s'arrête, c'est fini. Se regarder un instant dans la glace, pour voir cette forme noire qui a fleuri sur sa peau. C'est ça se faire tatouer, juste ça, se laisser bercer par la sensation de picotement et le bruit de la fraise qui trace ce que tu désires, ce qui t'inspire.

J'ai un IX sur la hanche droite et utopie sur le coeur et vous ?

Bonne lecture.


Le Silence

Premier chapitre

Into dust


Je descend de la limousine noire encore un peu sonné par le long trajet. Le chauffeur sort ma valise du coffre alors que je m'avance vers le perron. Mes yeux s'attardent sur les gargouilles anciennes avant de se poser sur ma mère.

Je la salue d'un hochement sec de la tête. Elle me serre brièvement dans ses bras avant de me faire entrer dans le manoir.

"Lucius est en mission, il rentrera avant le début du bal, du moins je l'espère. Si tu as faim, demande à l'elfe de maison. Sois prêt à vingt-deux heures."

J'acquiesce et elle s'éloigne dans les couloir. Je me dirige d'un pas rapide vers ma chambre. Je monte l'escalier en marbre avant de bifurquer à droite pour atteindre l'aile m'étant réservée.

Je m'arrête un instant pour observer la danse des elfes qui se précipitent à pas rapide, les bras chargés d'objets divers, dans le couloir pour préparer le bal de ce soir.

Avec une pointe de sadisme, j'avance ma jambe gauche au moment où l'un d'entre eux me dépassent. J'ai un léger rire alors qu'il s'écroule sur le carrelage renversant dans sa chute les boules en cristal censées décorer le sapin.

Les milliers de fragments de cristaux semblent rayonnés sous la lumière des chandelles.

Je reprends ma marche vers ma chambre. Dans celle-ci je note avec satisfaction que ma valise a été défaite et rangée entre temps. Je vais dans la salle de bain et fait couler l'eau chaude dans la baignoire en essayant de deviner quelle était la mission de mon père cette fois-ci.

Depuis le retour du Lord, il me semble qu'il y a toujours à faire. Je me déshabille, jetant un coup d'oeil discret à la marque dénaturant mon bras gauche. Je stoppe le débit d'eau et rentre dans la baignoire.

Lentement, je me laisse porter par le calme ambiant. Mes pensées dérivent vers ma mission. Dans un geste machinal, je porte ma main à ma marque comme si elle allait se mettre à me brûler d'un instant à l'autre.

Je repense à la dernière fois que j'ai vu mon père, au sang tâchant sa robe et à ces paroles, ce mensonge à peine voilé :

"Ce n'est rien."

Ce n'est jamais rien, je l'ai compris il y a bien longtemps. Quand il y a du sang sur ses vêtements c'est qu'il y a eu des morts et pas de notre côté. Je ne peux pas lui en vouloir de tenter de me protéger mais il aurait dû y penser avant de me faire marquer.

Certains diront que j'aurais pu refuser mais je suis un Malfoy, je lui dois obéissance et servitude en tant que fils. Aller contre sa volonté reviendrait à me renier moi-même et mes origines.

Alors j'ai obéis même si une part de moi répugne à l'idée d'avoir un maître autre que mon père. Je ferme les yeux un instant, laissant les souvenirs revenir par vague en moi.

Un léger picotement sur mon bras m'alerte soudainement, j'ouvre les yeux pour voir d'où il provient. La peau est rouge au niveau de ma marque, je n'avais pas remarquer que ma main s'était mise à la gratter dans cet état de semi-conscience.

Je décide qu'il est temps pour moi de mettre fin à cet instant de détente. Je sors de l'eau et regarde brièvement l'heure sur l'horloge sorcière accrochée sur le plafond. Il me reste encore une heure avant d'entamer la valse des mondanités.

Je soupire avant de me résigner à aller choisir un costume.


Je descend lentement le grand escalier menant à l'entrée. Je jette un dernier coup d'oeil à mon reflet avant d'entrer dans la salle de réception. Je me glisse entre les corps. Je suis en retard et j'aimerais autant que mère ne me voit pas.

Je me sens oppressé par la marée de sons qui m'entoure. Je serre des mains, réponds aux salutations polies lors de ma lente progression. J'attrape un verre de champagne sur un plateau. Je l'avale d'une traite.

Je regarde la silhouette pâle de Pansy à l'autre bout de la pièce. Elle aussi à une mission, son corps amaigris et son regard perpétuellement anxieux me l'indiquent de façon particulièrement claire.

Elle me fixe, son regard semble emplis de questions sans réponse, de cette supplications que je refuse de voir, ça me brûle quelque part, cette culpabilité qui remonte le long de ma gorge. Elle attends de moi que je l'aide, la soutienne, tout ce que je ne peux pas faire.

Alors je me tourne et reprends un verre de champagne. Théodore Nott se dirige vers moi, l'air particulièrement excité. Il a le regard un peu malsain de celui qui sait un secret honteux et a hâte de le divulguer à tous.

Il me serre la main avant de me désigner Pansy d'un signe de la tête, avant de me dire la voix chargée d'une pointe de joie à peine dissimulée.

"Il paraît qu'elle a reçu une mission. D'après ce que j'ai entendu dire, elle est chargée de séduire Wesley pour découvrir les secrets de Potter."

J'acquiesce doucement. Je sais qu'il a raison, elle me l'a dit en Novembre. Sa mission la répugne et je ne peux que la comprendre, personne n'a envie de se taper Wesley, mission ou pas. Nott reprends à voix basse :

"Ça fait quoi de savoir que ta petite amie va se prendre la queue de Wesley entre les cuisses dans quelque temps, Draco ?"

Je souris placidement avant de lui donner un discret coup dans les parties génitales. Il gémit sourdement, une injure s'échappant d'entre ses lèvres.

"Tu devrais le savoir, Nott, ta copine ne t'a-t-elle pas lâché pour Longdubat ?"

Il rougit de colère, les yeux brillants de haine mal contenue. J'ai un léger rire alors qu'il se détourne de moi, le pas pressé. Il disparaît dans la foule et mon regard se tourne à nouveau vers Pansy qui ne m'a toujours pas lâché du regard.

Ce n'est pas vraiment ma copine, même si officiellement c'est le cas, je ne l'aime pas mais mon père et son père ont passé un accord et je devrais l'épouser un jour. C'est ainsi, le sang doit rester pur et il n'y a que cette façon d'y parvenir.

Je décide de m'éclipser un instant dans le parc. Je me dirige vers la porte fenêtre la plus proche. Du coin de l'oeil, j'aperçois Blaise me suivant. Je murmure un sort pour que la neige ne tâche pas mes vêtements.

J'avance vers un banc à l'abri des regards et assez isolé pour que les bruits de la fête ne me parviennent qu'étouffés. Un paon blanc me dépasse et lance un petit cri dans le silence.

Blaise s'assoit à mes côtés. J'allume une cigarette avant d'en tendre une à Blaise. Il l'accepte et nous fumons en silence quelque instant, profitant de ce calme après l'agitation de la réception. Il commence en murmurant :

"Alors, où en es-tu ?

-J'ai traduit la majeure partie des rouleaux mais c'est une potion compliquée et il me manque encore la moitié des ingrédients. Cependant je pense que j'aurais réussi à tous les réunir en mars. Et toi ?

-Granger me donne du fil à retordre. J'ai l'impression qu'elle sent que je la surveille. Avant les vacances elle a même réussi à briser un de mes sorts mais j'ai réussi à capter une conversation assez intéressante entre elle et Potter. Elle disait que Wesley devenait de plus en plus distant et Potter a renchérit en disant qu'il ne parlait pratiquement plus et qu'il avait largué Brown sans raisons, je n'ai pas pu en apprendre plus parce que Granger a grogné avant de partir. Ce n'est pas grand chose mais c'est mieux que rien."

J'acquiesce, tout en regardant la neige tombée et recouvrir nos traces de pas. Je laisse tomber ma cigarette par terre avant d'en rallumer une d'un geste nerveux.

"Peut être que le plan de Pansy commence à marcher, ajoute-t-il en reprenant une bouffée de tabac."

Je médite un instant cette phrase en tirant une longue taffe. Je recrache la fumée avec une pointe de colère, ma main se crispe sur ma cuisse. Je n'aime pas l'idée que Pansy puisse se donner à un traître à son sang. Cela la rendait impure.

Je n'aime pas les missions que donne le Lord en ce moment, entre Pansy qui doit se rapprocher de Wesley et Blaise qui espionne Granger, je trouve que nous passons beaucoup trop de temps à parler des Griffondor. Je reprends doucement :

"Espérons que Wesley soit aussi stupide qu'il en a l'air."

Blaise acquiesce en silence. Il fixe un point invisible devant lui, l'air grave et un peu anxieux. Il semble peser minutieusement ses paroles avant de me répondre :

"Potter a des réunions privées avec Dumbledore. J'ai entendu Granger en parler à ce débile profond, Longdubat je crois. Je n'aime pas ça, ça ne sent pas bon."

Il se lève et se met à faire les cent pas, tout en m'expliquant, ô combien toute cette histoire commence à l'emmerder sévèrement et à quel point il a envie d'envoyer le Lord se faire foutre.

"J'ai pas signé pour ça, merde, conclu-t-il avec une grimace.

-Personne n'aurait signé pour ça, mais il faut bien que quelqu'un le fasse. C'est comme ça, ce serait trop simple si on choisissait nos missions. C'est une mise à l'épreuve pas une colonie de vacance.

-Ouais mais ça n'empêche que quelqu'un d'autre aurait pu s'y coller. La moitié des conversations que je capte concerne les peines de coeur de Granger et je ne sais pas qui est le con qui l'a fait parler en boucle comme ça mais si je le croise je peux t'assurer que je lui refais le portrait à ma façon. Au moins elle parlera sur du concret."

Il a ricanement sournois avant d'enfin s'asseoir à nouveau. Il s'allume nerveusement une cigarette prise dans mon paquet. Je ne dis rien, je sais que sa mission lui pèse énormément. Entendre les confidences de sainte Granger doit être d'un tel ennui.

"Ton père n'est pas là, me demande-t-il soudainement après quelques minutes de silence.

-Non, tu sais bien ce que c'est. Il est en mission, mère est persuadée qu'il viendra mais bon entre le Lord et elle, cela fait bien longtemps qu'il a choisi."

Il hoche la tête, la mine sombre. Il sent aussi bien que moi que le combat se rapproche et je sais que ça ne lui plaît pas tout comme à moi. Aider est une chose, combattre en est une autre et je doute d'avoir assez foi en notre cause pour le faire.

Je lis la même chose dans son regard. Il me serre l'épaule en guise de soutien. Au fond nous ne sommes que des enfants paumés obéissants aux ordres de nos parents et nous le savons très bien.


Père n'est pas rentré de la soirée, ni le lendemain. Il est rentré seulement la vieille de mon départ pour Poudlard. Il avait l'air égaré et las, comme s'il en avait trop vu, ou peut être pas assez.

Je n'ai rien dit, je me suis terré dans mon silence. Mère a bien assez pleurer pour d'eux en l'attendant. Elle s'inquiétait pour lui mais je sais que lui s'en fichait bien de ce qu'on pouvait ressentir.

Il m'a à peine saluer et l'a embrassé du bout des lèvres, l'esprit déjà tourné vers sa prochaine mission. Heureusement cela fait bien longtemps que j'ai abandonné jusqu'à l'idée qu'il puisse penser à moi autrement que comme un pion.

Je ne suis pas son fils, enfin je n'en ai jamais eu l'impression.

Un fils on l'aime, on l'aide, on le regarde grandir et s'épanouir. On ne le jette la tête la première dans les emmerdes alors qu'il n'a que seize ans. On ne le force pas à s'enchaîner à un maître sans même lui laisser le choix.

Et je laisse faire. Je suis un lâche. Je suis lâche quand il me regarde, quand il me donne des ordres. Je suis lâche parce que j'ai peur de le décevoir, qu'il se rende compte que je ne suis pas comme lui et qu'il m'abandonne à mon sort.

C'est ainsi, c'est plus fort que moi. Je ne peux pas imaginer ma vie autrement. Alors j'accepte tout, même le pire, juste pour qu'il continue à m'appeler son fils.

Même si ce n'est qu'un nom, même si ça ne veut rien dire pour lui.

Je suis Draco Lucius Malfoy et ça veut bien dire quelque chose, non ?

A suivre ...


Premier chapitre : posté le 3 Décembre 2011, aux environs de dix-sept heures.

Second chapitre : sera posté le 11 Décembre, normalement.

Les premiers jalons de l'intrigue sont posés, à vous de jouer désormais.

"Je reste là, accablée par le poids de la réalité, mes rêves éventrés à mes côtés et cette impression que le monde va imploser. Et il implose quelque part." FUCKING PEOPLE

Mary J. Anna