C'est dans ces sourires, dans la façon qu'elle avait d'hausser la voix et de baisser le coeur que j'ai appris qu'un rire pouvait capturer une vie entière.
J'ai rêvé que j'étais humaine : Il y a longtemps je suis tombée amoureuse des mots, des histoires enfantés par la force de notre esprits. Je me suis crée un monde où je n'avais besoin de personne. Le silence était vivant à mes yeux, il me répondait et accompagné mes répliques comme un ami qui ne me quitterait jamais. J'ai changé, j'ai abandonné le silence pour me mêler aux autres.
Si vous saviez à quel point je regrette parfois d'avoir accepté d'être l'une d'entre vous.
Bonne lecture.
Le Silence
Second chapitre
Night time
"Je ne suis pas comme vous, enfin si, peut être que oui. Je l'ignore."
Rester debout entre les rails, regarder les trains passer. Cette musique dans les oreilles. Toujours la même qui tourne, tourne dans la tête. Ce goût d'ammoniac sur les lèvres. Encore une bouffée pour garder les pieds ailleurs. Pour s'enfuir du cadre du monde.
Le frisson de l'inconnu, du danger, du froid surtout. Je tourne lentement sur moi-même. La pluie sur ma peau est la plus brûlante des rédemptions. Tourner, encore, toujours, jusqu'au vertige. Un train de plus me dépasse.
Je reste là à tourner, toujours. Imitant sans le vouloir le rythme de la vie elle-même. Tourner en rond dans une boucle infinie. Oublier le temps, la pluie, le froid, la vie. Juste tourner jusqu'à la nausée. Regarder la ruine de mon monde du haut de mes jeunes années et de mes erreurs fanées.
Être ailleurs, refuser de faire partie d'un tout. Vivre aux yeux de personne dans un tourbillon de vent et de pluie. Se perdre lentement, sombrer à chaque seconde un peu plus ver le néant, l'inexorable.
Le silence jamais vraiment complet, encombrée de murmures hypocrites, d'ordres donnés par un fou, le cliquetis des trains brinquebalant sur les rails défoncés.
Tourner, encore, toujours. Tourner pour occulter le reste du monde, cette mission que nul ne veut. Laisser les lumières s'éteindrent, perdre conscience de l'extérieur des autres.
Je m'emmure dans le silence, je fais comme si j'étais seule parce qu'au final c'est tout comme. Personne ne peut me tendre la main, personne ne peut me sortir de cet enfer là.
Les larmes dévalent sur mes joues, obscurcissent ma vision, ont cet éclat d'humanité désincarnée qui lui fait tant défaut, à lui. Bien que cela ne m'empêche pas de l'aimer, au delà de ses silences, de ses ordres, de son indifférence.
Je suis l'autre, celle qui sait que c'est voué à l'échec, que tout ceci ne fera que la détruire un peu plus et qui se saoule pour oublier que tout le monde l'ignore. Je le sens au fond de mes tripes, ça ne marchera pas, ça ne marchera jamais.
Et je tourne, à en perdre la raison. Il vaut mieux ça que d'être lucide. Je vais donner mon corps à un homme que je méprise pour un autre homme que je méprise. Immonde mascarade d'alliance, l'horrible facette de la guerre. C'est ça le putain de problème.
Et je titube entre les rails. Je tombe à genoux et je hurle, ma voix emporté par le claquement des trains m'entourant. Je hurle ma frustration, ma haine, ma putain d'humanité. Je ne suis pas un pion même si personne ne veut le voir.
Je pleure et c'est comme si je brûlais de l'intérieur, comme si quelque chose se brisait à jamais. Je me sens frêle, un fétu de paille emporté par le vent. Rien à ses yeux et par extension rien pour le monde car il est mon monde.
Il ne me reste que mes larmes et ces cris que je dégueule avec cette sorte d'urgence. Je voudrais juste n'avoir jamais eu cette marque sur le bras, qu'il m'aime et ne pas être ce pantin aux ficelles trop courtes.
Mais rien ne se passe, le monde tourne et tourne, tangue sous mes jambes, rien de plus. Jamais rien de plus.
Je me révèle et j'imagine un instant que rien ne s'est passé, que tout est déjà terminé, que je suis avec lui et qu'il me rassure, qu'il me dit que tout ira bien tant qu'il sera à mes côtés. Mais il n'y est pas, il ne l'a jamais été.
Je fais un pas sur les rails. Le sifflement du train approchant hurle dans mes oreilles.
"Hier aux alentours de deux heures du matin, le corps d'une élève de Poudlard a été découvert sur les rails près de Leicester. Il semblerait que la jeune femme qui n'est autre que Pansy Parkinson, ai été renversé par un train de nuit.
Pour le moment les enquêteurs n'ont pas su déterminé s'ils s'agissaient d'un accident ou d'un suicide mais une chose est néanmoins sûre, la marque des ténèbres était présente sur son bras."
Je repose le journal, sans même finir l'article, un goût de bile dans la bouche. Mes yeux se portent instinctivement vers le trio des Griffondor. Wesley a pâli et s'apprête à sortir de table. Granger tente de le retenir par le bras mais il l'a repousse avant de sortir.
Un silence pesant s'est fait sur la Grande Salle habituellement bruyante. Blaise me serre l'épaule avant de murmurer d'un ton réconfortant :
"Ce n'est pas ta faute."
J'ai envie de lui dire que si, qu'elle avait besoin de moi et que je n'ai rien fait pour l'aider, que j'aurais dû voir que sa mission lui pesait à ce point. Mais je me tais, les regrets ne servent plus à rien désormais. Elle est morte et je ne pourrais plus jamais rien pour elle.
Le porte de la salle s'ouvre sur le directeur dans une robe d'un noir profond. Il se dirige vers la table des professeurs avant d'annoncer d'une voix grave et lasse :
"Je suppose que vous savez déjà pour la mort de Mlle Parkinson, élève en sixième année de Serpentard. Il s'agit là d'une tragédie qui nous touche tous, quelque soit notre maison et nos liens avec elle.
Elle faisait partie de cette école autant que n'importe quel autre d'entre nous et à cet égard les cours seront suspendus aujourd'hui et une veillée funèbre sera organisée ce soir à la lisière de la forêt interdite.
Tâcher de respecter le deuil des autres et d'oublier une journée les différentes querelles animant cette école, elle était une élève avant tout et sa mort est une perte que jamais nous n'aurions du affronter."
Le silence reprends dans la salle alors que le directeur s'éloigne, son éternel air joyeux ayant disparu totalement de ses traits. A ce moments là seulement, des pleurs commencent à éclater parmi ma table.
Je me lève l'estomac soudain trop noué pour avaler quoi que ce soit. Je quitte la pièce le regard vide, j'ai le vertige. Je me laisse glisser le long du mur. Combien de morts, combien de blessés, combien de vies brisées ?
Est-ce ça la guerre, des enfants-soldats traumatisés par leur propres ombres ?
Je fixe le plafond, mes pensées glissent le long de ma nuque, emplissent ma tête de rumeurs et de terreurs indicibles. Je sens le regard de Blaise sur moi, ses doigts courent à l'intérieur de mon bras, finissent par s'entrelacer aux miens.
Son visage apparaît au dessus du mien, coupant court à ma contemplation. Il a le regard grave, cette peur muette au fond de celui-ci. Il se penche jusqu'à ce que ses lèvres frôlent mon oreille. Son souffle est calme, apaisant.
Je le serre dans mes bras, me perds dans sa chaleur, cherchant sa protection contre mes terreur diurnes. Il me rend mon étreinte avec délicatesse. Ses doigts jouent avec mes cheveux. Il me semble que cela fait une éternité qu'on a pas été aussi proche.
Il relève légèrement la tête pour déposer un baiser sur mes lèvres. Je recapture ses lèvres avec un plus de force. Je me concentre sur la sensation de sa langue sur la mienne pour m'empêcher de penser au reste.
Il se laisse faire avec paresse, me laissant guider, prendre le contrôle sur lui et par extension reprendre le contrôle sur ma vie. Mes mains glissent le long de sa colonne vertébrale. Je le serre plus fort, toujours plus fort.
Délicatement il retire mes bras qui l'entourent avant de s'écarter pour s'asseoir à mes côtés.
"Ça ne mène à rien."
Je ne daigne pas répondre, me replongeant dans la contemplation du plafond. Je sais qu'il a raison, nos missions, notre relations, tout dans notre vie n'est qu'apparence et ne mène nulle part.
On a beau se serrer le plus fort que nous pouvons, on échappe l'un à l'autre sans pouvoir arrêter ce mouvement infernal. Plus je le serre, plus ses liens se desserrent. C'est voué à l'échec, plus le temps passe plus on se rapproche de la fin de notre histoire.
Nous avançons vers l'inéluctable destruction de notre amitié et de notre couple sans même essayer de l'enrayer.
Les mots ne servent plus à rien, les long discours ne sont que vaines tentatives de rafistolages. La branche sur laquelle nous sommes assis va casser d'un instant à l'autre et nous n'y pouvons rien.
Alors je le reprends dans mes bras, je le serre, serre comme si cela pouvait le retenir quelques temps encore. Je pose ma tête contre son épaule. Le dernier silence, la conclusion d'une histoire de secret et d'alliance.
Il se tourne de trois-quart pour m'embrasser une dernière fois avant de se lever, de s'éloigner loin de moi et de nos souvenirs épars.
Je le regarde sans vraiment le voir, mon esprit s'est arrêté sur son dernier regard, sur ce dernier au revoir qui sonnait comme un adieu à ce nous que nous avons formé pendant plusieurs années.
La porte se ferme doucement. J'aurais presque voulu qu'il la claque mais le silence reste inviolé, comme si rien ne s'était passé, comme si tout ceci n'avait jamais eu lieu.
C'est fini de toute manière, c'était fini depuis longtemps.
L'homosexualité dans les rangs du Lord n'est pas vraiment rare, bien qu'elle soit tabou. Blaise et moi, nous sommes toujours caché aux yeux des autres pour cette raison mais ça ne lui a jamais suffi, il aurait voulu qu'on soit un couple normal.
La mort de Pansy a été la goutte d'eau faisant débordé le vase. A quoi bon aimer en temps de guerre ? Il ne l'a pas dit mais je l'ai lu dans ses yeux. Se séparer maintenant évitera des souffrances inutiles et des scrupules quand le jour sera venu.
Les meilleurs combattants sont ceux qui ont déjà tout perdu.
La procession d'élèves sort à pas lent du château. Quelques sorts sont murmurés d'une même voix, les bougies dans leurs mains s'allument d'un feu bleu. J'allume la mienne avant de légèrement hâté le pas pour revenir en tête du cortège.
Le silence est retombé sur le groupe. Pour la première fois depuis une éternité, les quatre maisons sont réunis dans une parfaite harmonie mais nul n'a le coeur à l'apprécier.
Ensemble, nous faisons face au plus gros cataclysmes que nous ayons connu jusqu'alors. Le silence est tendu à l'extrême, comme si le moindre bruissement pouvait le faire éclater en sanglots et hurlements.
Le directeur nous fait stopper devant un mémorial de marbre. Un à un, nous déposons nos bougies à côtés de celui-ci. Après une instant d'hésitation je fais apparaître une rose blanche que je dépose devant la stèle avant de céder la place à un autre.
Blaise en retrait s'avance en dernier pour déposer sa bougie. La scène prends des allures mystiques sous la pâle lueur bleutée, l'air est chargé de tensions et d'électricité statique. Je la sens glisser le long de ma colonne vertébrale, m'arrachant un frémissement à peine perceptible.
Le directeur fait un signe pour attirer notre attention. D'un mouvement délicat de sa baguette il fait apparaître une graine dans le creux de sa main.
Il me fait signe de m'approcher. Une légère appréhension au creux de l'estomac, je m'exécute. Il fait tomber la graine dans ma main et je m'agenouille pour creuser un trou dans la terre meuble devant la stèle avant d'y enterrer la graine.
Comme si c'était un signal, un chant à peine murmuré s'élève parmi les adultes. Bien vite les voix plus ténues des élèves se joignent au chant des professeurs, envahissant la nuit comme la rumeur du vent dans les arbres.
"Que la nuit partage nos peines,
Que nos pleurs se rejoignent."
Le chant gagne rapidement en ampleur, devenant à chaque couplets un peu plus intense, ressemblant à s'y méprendre aux sanglots torturés d'une veuve. Ma voix se joint finalement au chant encore un peu rauque d'avoir honoré le silence toute la journée.
Par cette nuit et cette perte,
Nous t'invoquons esprit de la terre."
Lentement, la graine se met à percer le sol pour découvrir ses premières feuilles. A mesure que les mots s'enchaînent la plante grandit et grossis près de mes mains, animée par la force de nos magies conjuguées et canalisées par notre chant.
"Que sur les cendres de cette enfant,
Germe la graine de l'espoir."
Je regarde fasciné la plante s'épanouir devant moi, j'en perds presque la voix alors que finalement les contours d'une saule pleureur commence à se deviner.
"Que nos peurs s'éteignent
Et que l'arbre sacré s'épanouissent."
Peu à peu les voix diminuent, s'éteignent une à une avant que le silence revienne envahir la lisière de la forêt. D'un geste mal assuré, je fais glisser une branche du saule entre mes doigts, comme pour m'assurer qu'il est bien réel.
Lentement, la lisière se vide, chacun rejoignant sa tour pour aller se coucher. Je finis par être seul à la lueur des bougies, seul à fixer mon échec. Je reste un long moment à fixer les mots délicatement ciselés sur la pierre.
Pansy Parkinson
1980-1997
Que son âme trouve la paix dans le repos éternel.
Soudainement une silhouette encapuchonnée apparaît à mes côtés, elle s'assoit délicatement le regard fixé sur l'arbre. Je refuse obstinément de me tourner vers elle, dans un élan de défiance. Cela ne l'empêche pas de prendre la parole.
"Nous avons subi une perte, Draco, mais cela ne doit que plus nous encourager à mener à bien notre projet. Pansy n'avait pas les épaules mais tu les as et le maître le sait."
La voix féminine me surprends assez pour que je tourne la tête pour scruter le visage dans la pénombre. Bellatrix me fait face, une lueur de folie contenue dans le regard. Elle agrippe mon bras avec assez de force pour que j'ai envie de l'en dégager.
"La potion sera-t-elle bientôt prête ? Le maître s'impatiente et tu sais bien ce qu'il fait dans ce genre de cas."
Je réprime un frisson d'horreur. Oh oui, je le sais très bien quand il ne peut faire avancer les choses il se défoule sur les autres Mangemorts afin d'encourager celui qui ose le faire patienter à aller plus vite.
"Je sais que tu y arriveras, tu n'as pas le droit d'échouer."
Elle s'éloigne sur ces derniers mots, me laissant méditer sur la menace sous-jacente. Après quelques minutes sans bouger, je finis par me lever pour retourner au château.
Ce soir, le premier soldat de l'ombre est tombé. Quel sera le prochain a succombé ?
A suivre ...
Chapitre posté le 12 Décembre 2011 à environ minuit trente.
Le prochain chapitre sera posté exceptionnellement aux alentours du quinze décembre.
J'ai particulièrement aimé la rédaction de ce chapitre, j'ai eu l'impression que l'histoire commençait réellement à ce moment précis, que c'était le grain de sable qui ferait dérailler l'engrenage.
"J'attends, rien de plus. Quoi ? Qu'il se passe quelque chose, que le train déraille, que la machine s'enraille, que l'humanité se réveille."FUCKING PEOPLE
Mary J. Anna.
