Les temps ont changé, je suis devenue l'autre. Celle que tu regardes en te disant que tu ne seras jamais comme elle.

Merci à : Loulya pour avoir corriger mon chapitre en un temps records (seulement quelques heures, ça c'est de la bêta de compét') et à Bon cul/Bon coup/Bon QI même s'il n'a absolument rien à voir avec ce chapitre, il mérite que je lui rende un hommage quelque part où il ne le saura jamais. Juste parce que ce type sait de quoi il parle quand il s'agit d'orgasme féminin et de philosophie asiatique. Comme quoi beau et intelligent ça existe.

J'ai la mélancolie facile et la joie compliquée : L'Humanité est une mystère pour moi. Son caractère changeant, son optimisme forcené, sa capacité incroyable à se faire enculer par la société avec le sourire, son conformisme à la con, sa bonne conscience, sa morale, ses saintes connes, ses pouffiasses sans cervelles, ses connards les poches pleines et une pute à chaque bras, ses idéalistes au coeur d'or et à la stupidité tenace. Je ne comprends pas, entre la générosité extrême et la dilapidation futile et égoïste, il doit bien avoir un juste milieu. Entre la reac' anti-sexe, anti-drogue, anti-tabac, anti-tout et la pétasse refaite qui prends de la coke pour rester maigre, il doit bien exister quelque chose. Ah oui, il existe les gens dit normaux, propres sur eux, touchant un peu à tout de temps en temps, les gens qui ne sont ni l'un ni l'autre, ce qui ne sont rien en fait. Non, je n'arriverais jamais à comprendre les mécanismes de l'Humanité. Entre elle et moi il y aura toujours un gouffre gigantesque : je la hais, elle me hait. Fin de l'histoire.

JE SUIS UNE SACRÉE GARCE.


Le silence

Troisième chapitre

Heart shaped box


La peur c'est quelque chose de vicieux, qui s'insinue lentement en toi sans prévenir. C'est une lâche qui se cache aux tréfonds de ton âme, qui te réveille la nuit, qui finit par te rendre fou.

Cela fait ça aussi parfois, loin des corps tremblants et des regards angoissés, il y a cet état de folie douce où plus rien ne t'atteint, où la peur fait tellement partie de toi que c'est comme si elle prenait toute la place. Et c'est peut être justement le cas.


Noir, cette non-couleur qui absorbe tout. Elle hante nos paupières et notre monde. Je vis dans le noir parce que la lumière offre trop d'espérance. Je me recroqueville dans le lit. Ma couette est un rempart contre l'extérieur.

Je cherche à tâtons une cigarette avant de la caler entre mes lèvres. Mon Zippo s'actionne. J'aime sa lumière, elle est effrayante comme le monde qu'elle découvre.

J'allume ma clope. Clac. Zippo éteint. Le noir de nouveau, sauf la lueur fantôme de la cigarette entre mes doigts tremblants. Au fond, il ne me restera toujours que ma solitude.

Je fume lentement, bouffée après bouffée. Je m'imprègne de son goût, de son odeur. Comme pour graver ses caractéristiques en moi.

J'aimerais pouvoir distinguer la fumée qui s'échappe de ma gorge. Mais il n'y a que le noir et au fond, ce n'est pas plus mal. La non-couleur est bien plus apaisante que l'agressivité excessive de la couleur.

Je me lève de mon lit pour aller regarder par la fenêtre. La neige tombe doucement sur le parc.

J'aime l'immaculée douleur de la neige. Sa pureté si vite souillée. La neige succombe bien vite aux tentations de ce vil monde. J'écrase le mégot de ma clope sur la table de chevet.

Elle aussi s'est enfuie. Partie en fumée. Cendres. Décembre, mois du blanc. Et de Noël, même si je ne l'ai jamais réellement fêté dans les règles de l'art. Les valeurs des autres ne seront certainement jamais celles de ma famille.

L'obscurité me fait soudain peur. J'allume mon Zippo que je pose sur la table de chevet. La flamme vacille paresseusement. Elle me fascine. Elle est si libre, si différente de nous.

Personne ne peut la diriger réellement. Nous ne faisons que la convoquer et elle ne répond pas toujours. Si essentielle et pourtant si fuyante.

La flamme brûle nos âmes. À la lueur de sa chaleur nous sommes impuissants. Elle nous met à genoux pour nous rendre grâce. Éclaire-moi, jolie flamme. Éclaire-moi à m'en consumer le corps.

Laisse ta marque sur ma peau. Ta brûlure n'est rien comparée à celle de la Marque. Alors prends-moi, prends-moi et j'oublierai ton reflet dans mes iris. J'oublierai tes démons et le chaos que tu laisses derrière toi. Je serai tien et tu consommeras à ta guise ce mariage incompris.

Fais de mon corps ton territoire. Lèche ma chair avec douceur. Goûte sa saveur du bout de tes lèvres imaginaires. Consomme-moi comme le plus délicat des mets.

Fais-moi croire que je suis unique à tes yeux. Tu es mon dieu alors rends-moi à la poussière. Un tas de cendres emporté par le vent. Perdu à jamais. Même si cela n'arrivera jamais, je ne peux pas faire ça après la mort de Pansy.

J'entends quelqu'un toquer à ma porte. La voix de Blaise accompagne rapidement le doux claquement de son poing contre le bois de la porte. J'éteins mon Zippo soudainement conscient que cela pourrait être pris pour une marque de faiblesse.

Je lui ouvre la porte et il entre sans même m'en demander la permission. Il s'assoit sur le lit qui grince légèrement sous son poids. Je le rejoins après avoir refermé la porte.

Il allume nerveusement une cigarette, s'y reprenant plusieurs fois avant de finalement la lancer sur le sol dans un geste de colère. Sans signe avant coureur il me prend dans ses bras, me plaquant contre le matelas, me serrant à m'en faire mal.

Sa respiration est hachée, comme s'il tentait de retenir des larmes et c'est peut être le cas. Ses lèvres attrapent les miennes, ses dents s'enfoncent dans ma lèvre inférieure avec une violence tenant plus du désespoir que de la bestialité.

Je ne sais quoi faire, je caresse son dos, je réponds à son baiser mais je me sens aussi douloureusement conscient de ce désespoir qui grandit en moi. J'ai envie de le repousser et pourtant l'idée de m'éloigner de lui me brise quelque part.

Alors j'attends qu'il se calme, je ronge mon frein. Je l'embrasse pour ne pas me noyer dans les émotions contradictoires qui me submergent. Après quelques minutes il cesse de m'embrasser mais continue à me serrer dans ses bras. Il finit par me murmurer :

"Laisse-moi juste une dernière nuit."

Je l'embrasse en signe de consentement, je le sens se détendre entre mes bras. Il s'éloigne et commence à se déshabiller, je fais de même. Puis nous nous couchons dans les draps froissés.

Juste une dernière nuit, juste une dernière fois avant que le temps nous rattrape.


Silence. Les premiers rayons se lèvent sur la ville. Avec une lenteur hypnotisante, le soleil monte dans le ciel. Le monde s'éveille sous mon regard. La vitre est glacée sous ma paume. Je porte la cigarette à mes lèvres.

La fumée s'étiole sur la vitre avant de disparaître. Ainsi rien ne dure jamais. L'aube se révèle et quelques larmes solitaires s'égarent sur mes cils. Le soleil se reflète sur la neige étincelante. Les premiers mots s'envolent dans le silence.

"Draco ? Il me faut partir. Je suis désolé pour cette nuit, c'était une erreur, je n'aurais pas du chercher du réconfort auprès de toi. C'était égoïste de ma part, ça n'arrivera plus. Je te le promets."

Le ciel s'éclaircit de l'autre côté de la vitre. Ici, l'atmosphère devient pesante, lourde, emplie de noirceur. Sa voix reprend, dure, froide, impersonnelle.

"C'était une erreur, juste une stupide erreur. Avec la mort de Pansy j'étais chamboulé, j'avais besoin ... J'avais besoin de toi."

Sa voix se brise sur les derniers mots. Je ne réponds pas, je le laisse s'empêtrer dans sa soudaine désorientation.

"Je t'aime, merde, Draco ! Je t'aime, putain !"

Un cri plus qu'une déclaration. D'une violence qui me fait frémir. Des mots comme arrachés du cœur. De son cœur. J'en frissonne mais ne réponds pas, c'est fini et il le sait aussi bien que moi.

"Pardonne-moi, je t'en prie, pardonne-moi. Je ne voulais pas te faire de mal. Je voulais juste que ça s'arrête, mais ça ne s'arrêtera jamais. J'aurais toujours autant peur qu'on nous découvre, qu'on nous lapide et nous traîne sur la place publique comme des traîtres, comme des criminels.

Je voulais juste que toi et moi ça marche. Mais tu avais raison, c'est voué à l'échec, ça l'a toujours été."

Je l'entends sortir de la pièce mais je ne me retourne pas. La porte claque cette fois avant que le silence ne refasse surface. Je plisse les yeux alors que les premiers rayons de soleil m'atteignent.

La cigarette encore allumée tombe sur le sol. La fumée s'échappe une dernière fois d'entre mes lèvres. D'un geste machinal, je m'en allume une autre. Ça me manque. Quoi ? Avant. J'étais si différent, si désespérément heureux. J'avais foi en l'avenir.

Vois à quoi cela m'a mené de croire en ses mensonges. L'avenir n'est pas à la hauteur de mes espérances enfantines. Il n'est que la répétition du même jour, les détails changent mais au final les jours se suivent et se ressemblent.

Je prends une longue douche comme pour effacer les marques de cette nuit, comme si cela pouvait me la faire oublier. Mais ça reste en moi, les souvenirs me narguent et me hantent. Je coupe l'eau, il est temps de reprendre le cours de ma vie.


Penché sur mon parchemin, je tente de traduire une phrase runique particulièrement ardue. Je compulse mes notes et relis le dernier passage que j'ai traduit. Soudain je sens une présence à mes côtés. Je me tourne pour découvrir Blaise, le visage impassible et une note dans les mains. Il me la donne avant de s'éloigner d'un pas rapide bien qu'un peu raide.

"Je sais pourquoi Weasley s'est éloigné de Granger et Potter. Ce n'est pas à cause de Pansy, en fait il s'agissait d'un autre article de la Gazette. Son frère Charlie a été tué par les Mangemorts alors qu'il s'occupait d'un Magyar, le dragon aurait d'ailleurs disparu. Selon ce qu'il a dit à Granger, son frère lui avait dit qu'il se sentait menacé et il avait commencé à mener sa petite enquête seul, d'où son éloignement."

Un juron m'échappe alors que je détruis la note d'un sort. Si le Lord a un dragon tel qu'un Magyar, je me demande bien quel genre de plan il a en tête. Sûrement le genre qui fait beaucoup de morts parmi les Moldus et les Sangs-de-Bourbe mais sûrement pas un discret. Il semblerait qu'on doive bientôt sortir définitivement de l'ombre.

Je reprends ma traduction bien que ma concentration se soit affaiblie. Après une heure d'acharnement, je parviens à trouver une traduction convenable pour la phrase, je la note sur mon parchemin avant de l'ensorceler à nouveau pour qu'il paraisse vierge aux yeux des autres.

Je me lève de ma chaise, m'étire un instant avant de sortir de la salle commune. Je marche dans les couloirs, les silhouettes de Crabbe et de Goyle m'entourant depuis ma sortie de la salle. Je sors de l'école et commence à me diriger vers le lac.

"Dégagez, je veux être seul."

Je les entends faire demi-tour tandis que je continue d'avancer. Je bifurque au niveau du lac pour atteindre la lisière de la forêt. Je me laisse tomber contre l'arbre face à la tombe de Pansy. Je sors de mon sac une nouvelle rose blanche, j'enlève la première qui s'est fanée et la remplace par celle-ci.

Sur la tombe une nouvelle inscription a fleuri.

Sale Mangemort, tu n'as eu que ce que tu mérites.

Dans un élan de colère, je jette un sort pour l'effacer ainsi qu'un autre pour empêcher que d'autres puissent écrire des saloperies de ce genre. Satisfait, je range ma baguette dans ma poche. Mon regard se porte sur le parc immaculé. Un corbeau danse dans le ciel alors que les derniers rayons du jour viennent heurter la neige fraîche.

Les membres noueux des arbres nus en sont chargés. Deux adolescents éperdus profanent ce doux sanctuaire. Leurs corps se mêlent à la neige. Leurs lèvres affamées se perdent pour mieux se retrouver. Le jeu éternel et indéfinissable de l'amour. Leurs souffles saccadés dans le silence du crépuscule. Leurs murmures emportés par le vent.

Promesses d'enfants grisés par un sentiment qu'ils découvrent pour la toute première fois.

Un loup au pelage d'argent laisse ses empreintes dans le parc. Il s'arrête pour observer le jeune couple qui s'ébat joyeusement. Il pousse un hurlement qui fend l'air et effraye les jeunes adultes effarouchés. Ils s'enfuient en riant, d'un rire nerveux qui sonne bien trop faux.

Je m'approche lentement de la bête. Je caresse la soie de sa fourrure alors que ses yeux de charbon se tournent vers moi. Il se laisse faire et j'ai l'opportunité d'observer la courbe de ses muscles puissants. La beauté sauvage, aussi attractive que dangereuse. Il se dégage de mon emprise sans violence et disparaît au loin.

Il s'éloigne de sa course rapide et gracieuse, faisant voler des éclats de neige. On ne retient jamais l'autre bien longtemps.

Le soleil finit sa course et recouvre un instant la neige d'un voile brillant qui fait plisser les yeux. Je lève les miens vers les nuages qui se forment et se déforment. Galopant dans le ciel austère. Un merle se perche sur une branche de peuplier. Son chant mélodieux et velouté envahissant l'espace.

De sa gorge fragile, s'échappe des sons d'une telle pureté que pendant un instant tout se fige, jusqu'au vent qui cesse de mugir à mes oreilles. Je reste un long moment comme ça, debout dans la neige à me laisser bercer par le chant de l'oiseau, lentement la notion du temps m'échappe.

La nuit tombe sur le parc et je reste prostré, fixant la lune montant lentement dans le ciel. Mes yeux caressent le paysage nocturne, les arbres dont les branches se tordent sous le souffle du vent de l'hiver, le lac devenu noir comme ce ciel d'encre qui s'étale au dessus de moi.

Seul et désillusionné, je regarde cet endroit si familier qui me paraît soudain oppressant. Mon regard redessine les hauts murs du château, dont les couloirs sont vides à cette heure, excepté Rusard et quelques Préfet zélés.

Ces murs qui ont été ma maison pendant six ans, qui ont recueillis mes cauchemars, mes joies, mes peines, mes illusions, mes amours, mes amitiés, ma vie. Aujourd'hui, cela me semble si lointain, un rêve qui se fane lentement à mesure que la nuit progresse.

Aujourd'hui, j'étais insouciant et libre. Demain, je serais adulte et grave. Cette nuit, c'est mon enfance que je célèbre une dernière fois avant qu'elle ne m'échappe, telle une illusion dispersée par le vent. J'invoque les cendres de mes souvenirs avant de tourner définitivement la page.

Hier, j'ai affronté la mort, demain ce sera la vie que je combattrais, cette nuit est mon dernier hommage aux enfants que nous étions tous, à tous ceux que cette guerre détruit plus sûrement qu'un poison. À ceux dont le cœur est rongé de remords et l'âme lourde de sang avant l'heure.

L'innocence est morte, il n'y a que la soif de destruction qui anime les hommes.

A suivre ...


Chapitre posté : le 29 Décembre 2011

Prochain chapitre : le 5 Janvier 2012 (parce que je suis et serais sûrement trop bourrée pour poster le 2).

Désolée pour l'énorme retard, je me suis pas mal déplacé ces derniers temps et je n'ai cessé de repousser le moment de reprendre le stylo pour écrire un peu mais finalement le voici, plus court que les deux autres, j'ai voulu un peu plus approfondir la psychologie du personnage de Draco vis-à-vis des autres, plus d'actions au prochain chapitre, promis.

"L'originalité de nos jours c'est de l'aspartame, ça ressemble à l'originalité mais ça n'en est pas, c'est juste un substitut, quelque chose qui s'en approche mais qui n'est plus tout à fait la même chose." BIENVENUE DANS LA RÉALITÉ

Mary J. Anna.