This is not a victory march, this is fucked up and vain. This is life. This is the end.

Guess who is back ? J'ai tant de souvenirs, épars, cassés, imprécis, déformés. Tant d'instant qui se confondent. Hier ou demain, quelle est la différence au final ? Je suis comme mes souvenirs, un puzzle dont les pièces se sont éparpillées, perdues, brisées ou abîmées avec le temps. Je rassemble les pièces mais je n'ai pas d'image à reproduire, je ne sais pas ce que je suis, ce que je peux être, ni veux être alors le puzzle reste insoluble, irréalisable. Sans vision d'ensemble, difficile de se jauger, de savoir ce que l'on vaut. Je l'ignore, je suis incapable de résoudre ce casse-tête. Mais j'essaye et un jour peut être que je trouverais l'image être que je me trouverais enfin.

GO BACK TO START & TRY AGAIN.

Bonne lecture.


Le Silence

Onzième chapitre

Say something


J'avance comme un somnambule dans les couloirs, bousculé par la cohue ambiante. Des flammes dansent autour de moi, des cris résonnent comme venant de très loin. J'ai du perde une partie de mon ouïe lors de la dernière explosion. Du sang coule sur mon œil, je l'essuie machinalement.

Le bruit d'une nouvelle explosion dans une autre partie du château. La silhouette furtive d'un énorme dragon à travers un trou béant dans la paroi de pierre. Je devrais être terrifié mais je me sens juste sonné, comme si rien de tout ça n'était réel. Un élève de troisième ou quatrième année me bouscule violemment.

Je tangue avant de me rattraper à un mur intact. Je m'y adosse un instant pour reprendre mon souffle, pour reprendre conscience. Je serre dans ma main une baguette inutile. Je n'ai pas retrouvé mes pouvoirs, je ne les retrouverais jamais. Potter non plus. Potter ...

Où est-il ? Que fait-il dans cet enfer ? On s'est retrouvé séparé dès le début de l'attaque. Une bombe a littéralement explosé entre nous, me rendant apparemment partiellement sourd et nous isolant l'un de l'autre. J'espère qu'il a eu autant de chance que moi, si on peut appeler ça de la chance.

Je redoutais ce moment depuis des mois, je l'ai imaginé de toutes les façons possible et imaginable mais je n'aurais jamais cru à ça. Dans le couloir à moitié écroulé des dizaines d'élèves paniqués s'enfuient en criant, à terre des cadavres d'élèves, de mangemorts, de professeurs. J'ai une nausée en reconnaissant Trelawney.

Elle gît à terre, ses lunettes brisées à quelques pas de son visage, ses cheveux plus ébouriffés que jamais ont brûlé par endroits. Ses lèvres sont maculées de sang, son torse, ses jambes, ses mains recroquevillés sur son ventre dans un geste protecteur. Tout est sanglant, jusqu'à ses yeux ouverts dans lesquels les flammes se reflètent.

Les élèves lui marchent dessus dans leur panique, ne lui accordant pas un seul regard. Je m'accroche un peu plus au mur, sentant le monde tanguer sous mes pieds. D'un pas mal assuré je m'approche d'elle. Je ne l'ai jamais apprécié, je me moquais d'elle mais elle ne méritait pas ça. Personne ne le mérite.

Je traîne son corps sur quelques mètres. Le mouvement fait glisser ses mains et révèle une entaille profonde et suintante sur son ventre. Elle a littéralement les tripes à l'air et un rire absurde menace de me submerger. Je deviens un peu fou je crois. Je détourne le regard et la traîne jusqu'à ce qu'elle soit sur le côté, à l'abri des pieds des élèves.

Je la relâche et me penche près de son visage. Je dévisage une dernière fois ses traits déformés par la douleur et la terreur avant de fermer ses paupières d'une main tremblante. Je m'entends murmurer plus que je n'ai conscience de prononcer les mots :

"Reposez en paix, vous avez fait de votre mieux."

Ma voix est étrangement assurée et ce fait m'apaise pour un instant. Peut être que je vais m'en sortir et Potter aussi. Peut être que ce n'est pas aussi terrible que ça en a l'air. J'ai fermé les yeux sans m'en rendre compte. Probablement parce que quand je les rouvrirais je n'aurais plus autant d'espoir. Je ne pourrais pas nier l'horreur qui se propage.

Je sens quelqu'un passer à côté de moi, je rouvre les yeux de nouveau assailli par cette vision apocalyptique. Le château est dévasté, les élèves terrifiés, les mangemorts trop présents et moi complètement inutile. J'ai du mal à y croire, j'ai toujours l'impression que je vais me réveiller d'un instant à l'autre dans mon lit.

Que tout ça n'est qu'un affreux cauchemar. Mais je sais que c'est faux et la douleur à ma tempe ne fait que le confirmer un peu plus. Je tâte précautionneusement l'endroit me faisant souffrir. Quand je retire ma main celle-ci est rouge de sang. Ce n'est pas un cauchemar mais bien la réalité.

Je me relève et suis la marée humaine, plus par besoin d'action que par réel espoir que je puisse m'en sortir. Je me sens étranger à toute cette agitation. La plupart se retournent régulièrement pour lancer des sorts à l'aveuglette mais la baguette que je tiens entre mes mains n'est plus qu'un bout de bois inutile. Je n'ai rien à faire ici.

Ce n'est pas ma guerre, je n'y suis pas préparé. J'ai l'impression que ça fait une éternité que l'attaque a commencé. Je tente de me souvenir de ce que je faisais quand ça a débuté. Potter et moi rentrions dans notre dortoir. Il soutenait que les Harpies étaient la meilleure équipe féminine, moi le contraire.

On s'était arrêté un instant pris dans notre débat. Une dispute banale, sans gravité, comme nous en avons plusieurs fois par jour. Malgré la fougue de nos propos, sa main tenait la mienne et nous rions devant l'absurdité de nos propres arguments. Un moment normal dans une journée normale.

Et puis la bombe avait explosé, nos mains brutalement arrachées l'une à l'autre et mon corps soulevé de terre. Qui aurai pu le prédire ? Un instant avant nous rions ensemble en toute insouciance et la seconde suivante j'étais seul au milieu du chaos. La transition était si brutale, si inattendue. Pas étonnant que je me sente étourdi.

Ça n'avait aucun sens et ça n'en a toujours pas. On venait à peine de se trouver, d'admettre ce qu'on ressentait l'un pour l'autre et voilà que tout est sens dessus-dessous à nouveau. Je suis les autres dans un couloir sur le point de s'écrouler et je n'ai aucune idée d'où il est, de s'il vit encore.

Des larmes me piquent les yeux, à cette pensée. Je m'essuie rageusement les yeux. Ce n'est pas le moment de craquer. Il faut d'abord que je sorte d'ici, que je trouve une échappatoire quelle qu'elle soit. Ensuite je chercherais Potter et quand je l'aurais trouvé je pourrais me le permettre, pas avant. Je m'accroche à cette idée.

Sortir, trouver Potter. D'abord je dois faire ça et ensuite, seulement ensuite je craquerais. Un nouveau rire me prends, ce doit être la nervosité ou l'absurdité de mon raisonnement. I peine quelques mois je me serais réjoui à l'idée que Potter ne s'en sorte pas et maintenant je tremble à l'idée qu'il meurt.

Je frissonne à l'idée qu'il est sans magie, sans défense, quelque part dans ce château alors que je suis celui responsable de la perte de ses pouvoirs. Et j'essaye de m'échapper d'une attaque que j'ai aidé à planifier. C'est absurde, ironique, c'est la vie. Et je titube entre les cadavres, entre les corps pressés sans savoir où je vais.

Je ne sais pas ce dont j'ai le plus peur : de ne pas m'en sortir, ou de m'en sortir pour découvrir que lui ne l'a pas fait. A quoi bon sans lui ? Il était devenu toute ma vie, mon univers, la seule personne capable de me comprendre. Il est, je me corrige en secouant la tête. Mais ça ne change rien, sans lui je ne sais pas ce que je ferais.

Un vertige soudain me prends alors que la foule m'entraîne dans des escaliers exigus. La douleur a ma tête devient plus oppressante. Un voile sanglant s'abat devant mes yeux, j'atteins le bas des marches par miracle et tente d'avancer encore mais je me sens glisser comme dans un rêve.

Le bruit de ma tête heurtant le sol résonne à mes oreilles alors que je tente de percer les ténèbres de plus en plus épaisses. Une douleur explose dans le bas de mon dos. Dans un brouillard confus j'aperçois des silhouettes indistinctes toute de noirs vêtues me dépasser sans même ralentir à ma hauteur.

Des cris assourdis me parviennent, des sorts hurlés par des voix froides comme la glace. Je résiste de toutes mes forces pour rester conscient. Je voudrais tourner la tête pour voir ce qu'il se passe mais un pic de douleur me paralyse quand j'essaye de le faire. Le morceau du couloir que je contemple est désert.

Mais j'entends des corps qui tombent et de plus en plus de cris me parviennent. Mes yeux sont de plus en plus dur à maintenir ouverts, je tente de me redresser sur mes coudes mais je sens à peine mes mains frémir. Je n'ai même plus peur, je n'en ai pas la force. Dans un dernier effort un murmure franchis mes lèvres.

"Harry ..."


Je suis un instant désorienté quand je me réveille. Le champs de bataille a fait place à une pièce plongée dans l'obscurité. Un instant je crains d'être emprisonné, les bruits stridents soudain affolés d'une machine m'indique que je me trompe. Je m'exhorte au calme.

Je suis simplement à l'infirmerie ou à l'hôpital, dans tout les cas un endroit où on me soigne, pas prisonnier. Mais la panique me reprends bientôt, j'ai peut être survécu à l'attaque mais qu'en est-il des autres ? Qu'en est-il de Potter ? Je tâtonne à la recherche d'un bouton pour appeler une infirmière.

Mouvement inutile puisque la porte s'ouvre à la volée, sur un homme pressé. La lumière soudaine me brûle les yeux que je referme par réflexe. Je sens qu'on m'attrape le poignet pour vérifier que les dispositifs sont bien en place. J'essaye de rouvrir les yeux en vain, la lumière est trop vive.

"Monsieur Malfoy, vous êtes réveillé ?"

Je grogne en guise de réponse avant de réussir à coasser un faible mais distinct "oui". L'homme repose ma main délicatement avant de m'expliquer qu'il est mon infirmier donnant un nom quelconque comme Smith, je n'écoute qu'à moitié. J'ouvre enfin les yeux. Il déblatère sur mon état de santé quand je l'interromps soudainement.

"La bataille, on a gagné ? Harry a gagné ?

- Harry Potter ? Non, il n'a plus de pouvoir vous savez. Mais Ron Weasley a gagné, c'était extraordinaire, au dernier moment il est sorti de l'ombre et a abattu Vous-Savez-Qui sans une seule hésitation. Dumbledore l'avait entraîné depuis des mois, il l'avait aidé à trouver et détruire les artefacts permettant de maintenir Vous-Savez-Qui en vie et ils étaient prêt le jour de la bataille."

Un goût amer m'envahit la gorge, pas étonnant que Dumbledore ne se soit pas plus empressé pour nous soigner Harry et moi, il lui avait déjà trouvé un remplacement en Weasley. L'infirmier continue à raconter les exploits de celui-ci mais je ne veux pas en entendre plus, je ne veux savoir qu'une chose.

"Est-ce que Harry s'en est sorti ?"

Ma voix a quelque chose de desespérée et il s'arrête dans son monologue pour me dévisager surpris. Et dire qu'avant cette question n'aurait surpris personne mais désormais qui s'inquiète du sort d'un cracmol inutile. Il n'y en a plus que pour Weasley, le véritable "Sauveur".

"Je vais me renseigner, si vous le désirez."

J'acquiesce vivement ravivant la douleur à mon crâne. Je ne peux m'empêcher de grimacer légèrement. Il s'éloigne vers la porte d'un pas tranquille, alors qu'il s'apprête à sortir, il désigne mon crâne d'un geste.

"Je vais en profiter pour vous cherchez quelque chose d'un peu plus fort pour votre tête. Ne bougez pas en attendant, je reviens tout de suite."

Je m'écroule sur le matelas. Je m'étais sur les coudes pour lui parler mais je n'en ai plus la force. Je regarde le plafond, des millions de questions se bousculant dans ma tête. Mais une seule compte vraiment, une seule m'obsède et prends le pas sur toutes les autres. Est-il vivant ?


Il me semble qu'il s'est écoulé des heures quand l'infirmier revient enfin. Je m'apprête à lui poser la question qui me brûle les lèvres mais il m'intime au silence d'un geste et me fait boire une potion amère. J'ai un haut le cœur quand le liquide infect envahit ma bouche. Je tousse mais sa main agrippe fermement mon poignet m'intimant d'avaler.

Je le fais docilement, ma gorge me semble prendre feu quand le liquide coule dans mon œsophage mais je me force à continuer à boire dans l'espoir que ça apaise la douleur de plus en plus violente au niveau de ma tempe. Au bout d'un moment interminable il retire le flacon d'entre mes lèvres et le pose sur une tablette proche.

"Votre ami s'en est sorti. Il a plusieurs blessures sévères, principalement des brûlures mais il est stable pour le moment et on a bon espoir qu'il s'en sorte définitivement."

Je soupire de soulagement, digérant l'information. Il est vivant. Blessé mais vivant, c'est l'essentiel. Des larmes de soulagement roulent sur mes joues. Je ne fais aucun geste pour les retenir, j'ai le droit de craquer. Je m'en suis sorti et lui aussi. J'ai le droit de craquer maintenant. Enfin.

"Où est-il ? Je peux le voir ?"

Je murmure plein d'espoir. Il secoue négativement la tête. J'ai envie d'hurler "pourquoi" mais il pose sa main sur la mienne dans un geste rassurant, me réduisant au silence. J'attends poliment les explications qui vont probablement suivre. Intérieurement je fulmine, je ne serais vraiment rassuré que quand je le verrais.

"Je suis sincèrement désolé, vous ne pouvez pas vous déplacer. D'ici un ou deux jours il sera assez fort pour venir vous voir, je pourrais le lui demander si vous le désirez."

Je le regarde sans comprendre, pourquoi ne pourrais-je pas le rejoindre moi ? Je suis son regard qui s'est arrêté sur mes jambes. Dans un éclair j'entraperçois la vérité. Je me débats en proie à la panique et si le haut de mon corps bouge sans problème, mes jambes restent désespérément inertes.

Je lève les yeux vers l'infirmier, bouleversé, mes mains tremblantes agrippent la couverture. Il secoue la tête d'un air désolé.

"Nous faisons notre possible afin de réparer les dommages à votre colonne vertébrale. Lorsque vous vous êtes évanoui elle a été sectionné par un éclat sur lequel vous êtes tombé. Nous avons pu rétablir les fonctions dans le haut de votre corps mais pas encore les autres. Nous espérons parvenir à les rétablir d'ici quelques semaines mais il faudra être patient et éviter toute imprudence, le moindre choc ou déplacement pourrait réduire à néant tout nos efforts pour vous redonnez l'usage de vos jambes."

Je murmure des "non" choqués, c'est une litanie sans fin qui s'écoule de mes lèvres. Je n'arrive pas à y croire, je suis paralysé, j'allais bien avant de tomber, j'avais juste une entaille à la tempe mais je marchais sans problème. J'étais déjà Cracmol me voilà maintenant paraplégique, bon sang ça ne s'arrêtera donc jamais.

"Je transmettrais à Monsieur Potter votre désir de le voir. Courage Monsieur Malfoy. Vous vous en êtes sorti ce qui n'est pas le cas de tout le monde et vous avez une réelle chance de pouvoir remarcher un jour. Ne perdez pas espoir. Je reviens demain à la première heure, essayer de vous reposez."

Il sort de la pièce sur ces paroles. Elles résonnent longtemps dans ma tête. Une chance de remarcher un jour ? Seulement une chance. Ce doit être un cauchemar. Mes joues sont trempées de larmes, je sens leur goût salée sur mes lèvres ainsi qu'un léger goût de bile. Je crois que je vais vomir, non, je vomis.

Brutalement, sans pouvoir m'arrêter, je n'ai le temps que de pencher la tête sur le côté pour éviter de me souiller. Je vomis pendant plusieurs minutes, douloureusement, l'estomac vide. Quand la crise s'arrête enfin, je ferme les yeux épuisé, trempé de larmes et de sueur.

C'est ça ma vie désormais ? Rester dans un lit sans pouvoir en sortir, devoir m'endormir dans mes draps sale et souillé de mon propre vomi ? Ce ne peut pas être ma vie, je dois rêver, ou cauchemarder.

Je vais fermer les yeux et quand je me réveillerais je serais dans ma chambre avec Poudlard, je me lèverais et Harry m'attendra dans le salon. Il m'embrassera pour me dire bonjour et on ira ensemble prendre le petit déjeuner, main dans la main, comme d'habitude. Tout ira bien, il suffit juste que je ferme les yeux.

Tout ira bien.

A suivre ...


Posté le 6 mai à environ 17h15.

L'équilibre n'est toujours qu'une vague utopie pour mois, mais ce chapitre arrive bien plus tôt que je n'osais l'espérer. J'espère que la suite mettra moins de temps à arriver, celui-ci m'est venu d'une seule traite alors on peut toujours y croire.

"C'est l'horreur absolu, les cris dans le noir, les lumières qui s'éteignent alors que le monstre se jette sur toi, le souffle qui te manque alors que tu allais atteindre la surface. Est-ce que tu as peur ? Parce que moi oui, je suis terrifiée." Qu'importe ...