No one is perfect. No one never hesitate.
Merci à : Sev' qui reste un point fixe pour moi quand je poste ici, pour tout ce qu'elle voit dans mes textes et parce que je ne l'avais jamais proprement remercier pour le soutien qu'elle m'a apporté à une époque où j'étais perdue.
Oh, slow down, but don't make me down : Le temps passe trop vite. Je me sens prise dans une spirale infernale, incapable d'arrêter l'inexorable avancé du temps. Mon dernier tatouage dont l'encre me paraît encore si fraîche, si jeune, a séché depuis déjà deux ans. Ma terminale qui me paraît si proche est finie depuis quatre ans et je fume depuis déjà six ans. Où sont passé tous ces jours ? Qu'ai-je fait de cette vie qui s'échappe si vite ? Je n'en sais rien, je crois qu'il s'est juste enfui pendant que je pensais mes plaies. Une dépression et des brûlures m'ont volé près de trois ans de ma vie et ça ne se récupère pas. Alors j'essaye de rattraper trois ans en quelques mois, de tout condenser. Je vis trop fort, je m'épuise, j'ai fait un début de dépression nerveuse en février, on m'a foutu sous Xanax et Lexomil, mais je ne m'arrêtais toujours pas. Je continuais à enchaîner les heures de travail parce que mon boss les mettaient sur mon planning, à voir des gens pour ne pas les oublier, à tout faire sans me ménager. J'ai grandi, je me suis endurcie, j'ai vu la honte dans les yeux de ma famille se changer en surprise. Personne ne l'aurait prévu, j'ai tenu, mieux que ça j'ai appris à dire stop, à changer les rapports de force. Je ne suis plus une fillette timide, ni une adolescente rebelle, je suis devenue une jeune femme déterminée à avoir ce qu'elle veut et je sais enfin ce que je veux. Tout.
LIFE IS A JOKE ? NO, WE ARE THE JOKE.
Bonne lecture.
Le Silence
Douzième chapitre
I want you to know
Tu entres dans la pièce, le soleil faisant comme une auréole au dessus de ta tête. Saint Potter ou l'ange Harry, aujourd'hui ? Je t'observe, sans rien dire. La moitié gauche de ton visage est comme fondue puis reconstituée. Balafrée. Et dire que je t'appelais ainsi avant. Je ne savais pas ce qu'était réellement l'horreur à cette époque. Maintenant si.
Tu parais si frêle dans ta chemise trop ample d'hôpital, avec ta chair parcheminée du côté gauche. Je remarque que trois doigts de ta main se sont soudés ensemble et je me demande confusément si je pourrais toujours te la tenir désormais. Tu t'es figé aussi en entrant, me détaillant probablement de la même manière que je le fais.
Te disant la même chose que moi : il est en sale état mais il est en vie. C'est suffisant pour sentir un poids en moins sur ma poitrine. Tu t'approches soudainement, comme un diable sortant de sa boîte, je sursaute alors que tes lèvres s'emparent des miennes. Sans pitié, exigeantes, douloureuses.
Ce n'est pas un baiser doux pour se rassurer, c'est un baiser qui crie, qui hurle son inquiétude des derniers jours, le fait que la vie est courte et le bonheur encore plus. Qui affirme que je suis à lui. Sans concession, sans faux-semblant, sans mensonge derrière lesquels se cacher. C'est la vérité pure et cruelle.
Quand on se sépare, nos souffles sont hachés et ton regard si intense que j'en frissonne. Je me sens à nu comme si tu avais aspiré mon âme avec tes lèvres. Tu fais mine de parler et je pose un doigt tremblant sur mes lèvres. Il est trop tôt. Beaucoup trop tôt pour briser l'instant. Pour se prendre la réalité dans la gueule.
Ta main droite cherche la mienne et je te l'abandonne sans hésitation. Tant qu'il ne s'agit pas de mots, je t'offre tout mais les mots prennent trop. Ils détruisent tout ce qu'il y a de pur, de simple dans nos gestes. Tant que tu te tais cet instant peut être parfait. Nous pouvons simplement nous aimer. Si tu parles nous seront deux estropiés de guerre.
Deux monstres difformes et cassés. Tais-toi, c'est juste tellement plus simple ainsi. Mais tu ne peux pas te retenir, tu ne l'as jamais pu. Tu as trop vécu dans le silence pour encore l'apprécier à sa juste valeur. Il t'évoque la solitude forcée, ces heures dans ce placard sombre dont tu m'as parlé du bout des lèvres.
"Je suis désolé."
Ça y est, la trêve est brisée. Ton regard se baisse vers mes jambes inutiles et je ne peux plus être moi. Je suis l'handicapé, le poids, les jambes brisées, plus Draco. Ta compassion m'écœure, tu te tiens devant moi, le corps à moitié brûlé et c'est moi que tu plains. Tes cicatrices visibles contre les miennes invisibles.
Ce sera toujours notre grande différence, avec toi tout en surface, visible, chez moi tout se trouve toujours en dessous, jusque dans nos blessures. Tu les portais en étendard quand je les cachais au plus profond de mon être. Ce que la guerre nous a fait ne rends que cette différence encore plus criante.
Je ne te réponds pas. Je serre ta main aussi fort que je peux, à m'en blanchir les articulations, pour te faire mal, te punir de ne pas avoir su tenir ta langue. Faible punition pour un crime aussi grave mais ce monde marche à l'envers. Et on condamne le silence pour mieux encenser les mots, les maux. Ce n'est pourtant pas un hasard si ça se prononce pareil.
Alors que tu veux te remettre à parler, je reprends tes lèvres pour te réduire au silence. Pour censurer ces mots trop dits, trop répétés. Que peux-tu bien dire qui changerais quoi que ce soit à la situation ? Rien, ça ne ferait que l'affirmer, la rendre plus réelle, plus douloureuse. Tais-toi, pitié, tais-toi.
Je ne t'aime que quand tu te tais. Quand tu parles, ça nous brise.
Tes lèvres sont faite pour embrasser, pas pour trahir, ne le comprend donc tu pas ? Et je sens trembler mes doigts qui serrent les tiens. Tes larmes glissent sur ma joue et je me demande à quoi bon me battre encore contre toi. Je ne pourrais pas t'embrasser éternellement, tu ouvriras forcément la boîte de Pandore. Alors je te relâche à contre-cœur.
Je ferme les yeux et mes mains tremblent plus que jamais. Je me prépare au choc, à l'ultime coup de poignard. Sois rapide Potter, fais ça proprement comme si tu enlevais un pansement. Je promets de me laisser faire mais fais ça vite.
"Je suis désolé de ne pas t'avoir protégé."
Un son étranglé m'échappe, avant de se muer en un son clair et entrecoupé de respirations hasardeuses. Un rire, amer, brutal, sans joie, un rire tout de même. Le premier depuis une éternité. Bon sang, Potter, toujours à vouloir jouer au héro. A se blâmer de ne pas m'avoir sauvé comme si j'étais une foutue princesse en détresse.
Mais nous ne sommes pas dans un conte de fée, bien qu'il y ai bien eu un dragon à occire. Nous sommes dans la réalité et personne n'aurait pu me sauver. C'était chacun sa peau et je ne suis pas le plus amoché et pourtant j'aurais du y passer, j'en suis certain. On aurait du tout les deux y passer.
Sans pouvoir, blessés dès le début du combat, c'est un miracle qu'on respire encore et il se tient là devant moi à s'excuser de ne pas m'avoir protégé. Comme s'il aurait pu le faire, comme si qui que ce soit l'aurait pu. Alors je ris, parce que c'est ridicule, ironique, parce que c'est tellement lui. Harry Potter le Sauveur. L'Elu.
Ses yeux me fixent, tourmentés, un peu offusqués et verts. Tellement verts sous l'éclairage cru des néons. Et je suis aspiré par ce vert. Mon rire se bloque dans ma gorge et mes yeux s'embuent. Il est vivant, ça me frappe soudain, je ne l'avais pas encore réalisé pleinement. Ses doigts se posent sur ma joue.
"Ce n'est pas grave, Draco."
Il me prends maladroitement dans ses bras et je pleure, me laissant aller contre son épaule. Depuis combien de temps n'ai je pas pleuré ainsi ? Depuis combien de temps je gardais toute cette douleur en moi ? Je ne sais pas mais j'ai l'impression que le flot ne se tarira jamais. Il caresse mes cheveux et je décharge ma douleur.
Ce n'est pas grand chose. Ce n'est que sa main dans mes cheveux, que mon souffle laborieux contre sa clavicule, mes larmes roulant le long de sa chair brûlé, ses doigts soudés flottant le long de ma colonne vertébrale. Ce n'est pas grand chose, non. C'est tout. Il sera toujours tout.
Ce doit être ça d'aimer, se sentir assez bien avec la personne pour enfin oser être vulnérable. Se sentir enfin prêt à tout risquer. La récompense en vaut la peine, cette acceptation si simple, si facile pour lui, me chamboule et m'anoblie. Je comprends soudainement cette expression toute faite : pour le meilleur et pour le pire.
Parce que ce n'est que ça au final, être là pour l'autre quoi qu'il arrive, ne plus avoir peur d'être honnête, s'ouvrir complètement et sans crainte à un autre être humain. Nous attendons encore le meilleur mais si nous survivons au pire alors je veux bien croire au bonheur. Après tout le mal est mort, non ?
Et tes lèvres rencontrent les miennes, et ta douleur s'unie à la mienne. Nos larmes se confondent dans cette étreinte expiatoire. Le goût métallique de la souffrance s'effaçant, remplacé par le goût salé de l'espoir. Mes bras te serrent maladroitement, je n'ose qu'à peine te toucher mais ça suffit, non ?
Ça suffira toujours, l'important c'est de faire un geste vers l'autre, de lui tendre enfin la main. Oh, Potter, pourquoi m'as-tu caché Harry si longtemps ? Parce que je n'étais pas prêt, je me croyais un prince alors que je n'étais qu'esclave. Je regardais les autres de haut pour oublier ces heures à genoux devant mon maître.
Il a fallu que j'apprenne l'humilité à la dure, que j'arrête d'être sous la coupe d'un autre pour arrêter d'infliger ce supplice aux autres pour atténuer ma peine. Je n'aurais pu t'aimer parce que je croyais qu'il n'y avait que les forts et les faibles. Je pensais que la vie n'était qu'une lutte pour la domination.
Comment aurai-je pu apprendre qu'on pouvait s'entraider avant de partager les mêmes souffrances que toi ? Je bénis ce jour où j'ai raté ma mission, où j'ai scellé notre destin, notre amour. J'ai perdu mes pouvoirs mais j'ai gagné plus. Tellement plus. Si seulement tu savais.
"Je t'aime, Harry."
Ce ne sont que des mots, n'est ce pas ? Les mots mentent, trompent, trichent, volent, blessent. Les mots n'ont aucune importance. Ce n'est qu'une chorégraphie bien orchestré. Vide de sens. Ne servant qu'à manipuler les autres. C'est ce que je croyais, ce que j'ai toujours pensé. C'était mon unique certitude.
Je me suis trompé, les mots sont vides de sens uniquement si on ne les ressent pas. C'est nous qui leur insufflons la vie, ce sont nos émotions. Mes émotions. Alors pardonne moi mes silences, j'apprends seulement à parler et c'est dur, tu sais. Mais maintenant tu sais. Tu sais, je suis en paix.
A suivre ...
Posté le 3 juillet à un truc comme dix-huit heure trente-cinq.
Je suis rentrée de vacances i peine une semaine et j'ai déjà dit à mon boss d'aller se faire foutre et je poste de plus en plus rapidement. Je crois que je suis en forme. Chapitre contemplatif mais je suis du genre à analyser pendant trois plombes avant d'agir ceci explique peut être cela.
Have a nice day. (Comme je le dis au boulot cent fois par jour)
"On a changé la définition du bonheur et on essaye de croire qu'on est heureux comme ça." Qu'importe ...
Mary J. Anna
