Je suis la dernière croyance, le dernier Dieu avant la fin de ton monde, la seule chose qui reste quand le soleil s'éteint et que les cauchemars prennent vie. La dernière réponse à l'unique question.
Merci à : toutes ces choses sur lesquels on ne peut mettre de mots. Ce moment parfait où tout t'apparaît clairement, cet unique instant où tout prends un sens.
Game's on : Qu'importe à quel point tu cours vite, la vérité n'a pas d'horloge, pas de deadline, tu peux pas juste oublier de te pointer au rendez-vous. Qu'importe jusqu'où tu fuis, elle te retrouvera toujours, te forcera à faire face à tes failles et tes contradictions. Qu'importe à quel point je voudrais fermer les yeux. Elle me forcera quand même à ouvrir les paupières et même si le soleil m'aveugle, il y a des choses que je ne peux pas continuer à ignorer. Tout les signes sont réunis depuis si longtemps. Faudra bien que je me résigne à l'affronter. Alors je gagne du temps, je m'abrutis de substances, je flirte avec l'overdose même si en surface j'ai toujours l'air d'avoir le contrôle. Je me bousille parce que j'ai peur de vivre. J'ai juste pas le courage de faire ça proprement. Je suis juste une suicidaire plus stupide que les autres. J'espère que la vie me tuera avant que j'ai à le faire. Je prie pour un miracle blasphématoire. Je vie en espérant crever le plus vite possible. Il y a des jours où j'ai l'impression que ce serait le seul moyen de m'en sortir. C'est des conneries. C'est pas une échappatoire, juste la fin du jeu. J'ai peur de perdre mais je me laisse pas la chance de gagner. Je sais pas comment les autres font pour croire en moi. Croire que je finirais riche dans une baraque de rêve loin de tout. Qu'on finira par payer pour me lire. C'est pas la réalité, juste une illusion de plus.
NEVER TRUST ME.
Bonne lecture.
Le Silence
Seizième chapitre
Stolen dance
"T'as pas des Elfes de Maisons à libérer, Granger ?"
Elle a un rire léger, complice. Ses mains se posent sur les poignets de mon fauteuil et je le temps de le voir trembler légèrement. Elle avance tranquillement vers la voiture.
"Non, Malfoy, aujourd'hui tu es ma seule cause perdue. Flatté ?
- Pas vraiment mais ça aurait pu être pire. Ça aurais pu être la Belette.
- Ne parle pas trop vite, tu risques de le regretter."
Je me sens un peu plus moi-même après cet échange. Elle n'est pas celle que j'espérais mais je ne suis pas surpris. Par contre sa nervosité me perturbe. Je ne l'ai jamais vu comme ça, pas depuis des années. Ça ne lui ressemble pas.
Un coup de klaxon retentit et forcément Weasley passe la tête à travers la fenêtre ouverte pour nous apostropher. Il a changé, plus vieux, ses traits ronds sont devenus plus durs, plus fins moins enfantins. Il a l'air aussi plus sûr de lui mais il y a quelque chose dans son regard qui me met mal à l'aise. Une sorte de folie intermittente. Comme un éclair par une journée calme de printemps.
"Vous arrivez ? J'ai pas toute la journée, Rufus compte sur moi pour venir le soutenir ce soir."
Sa voix a un accent prétentieux que je ne reconnais pas. Les mains de Granger -enfin probablement Wesley vu le diamant qui brille à son annulaire- se crispe sur les poignets.
"J'arrive, chéri. Deux minutes."
Sa voix paraît normale mais je sens un soupçon d'hystérie percer sous la surface calme. Il y aurait-il du grabuge au Paradis ? Je murmure juste assez fort pour qu'elle m'entende.
"Tu ne m'avais pas dit ça, Granger.
- Ça n'avait pas d'importance."
J'aurais cru avoir rêver ces mots s'il n'y avait pas cet éclat dans son regard à cet instant. Comme si elle s'était perdue dans des souvenirs trop anciens pendant un instant. La seconde suivante pourtant, elle souri à Weasley et le doute semble avoir disparu. Ils m'aident à m'installer à l'arrière avant de s'installer. Weasley démarre la voiture.
"On s'est dit que ce serait plus facile pour toi si on faisait le trajet en voiture, comme tu n'as jamais appris à transplaner. Ce n'est pas le moment idéal pour une première fois. Tu dois être assez perturbé comme ça."
Toujours cet accent prétentieux. Malgré son ton compatissant, le mépris est presque palpable tant son regard en est chargé. Pas de doute, c'est Granger qui a décidé de venir, pas lui. C'est d'ailleurs elle qui reprends la parole.
"J'imagine qu'on est pas ceux que tu espérais voir mais ..."
Sa voix s'éteint un instant, elle fuit mon regard mal à l'aise. Elle fixe un instant ses mains croisées sur ses genoux. Quand elle relève les yeux, ceux-ci sont pleins de pitié mais elle ne fuit plus mon regard. Elle prononce les mots suivants avec une tristesse qui ne semble pas forcée.
"Je suis désolée, Malfoy, sincèrement. Si on est venu, c'est parce que personne d'autre n'a accepté de se porter garant pour toi."
Le coup est dur mais pas inattendu. Pendant ces quatre années je n'ai pas eu beaucoup de contact avec l'extérieur. Ma mère m'envoyait des lettres depuis Azkaban, elle avait écopé de vingt ans de prisons mais n'a pas tenu le choc. Je sens ma vue se brouiller et refoule rapidement ces souvenirs. C'est pas le moment d'être sentimental.
En dehors des lettres de ma mère, j'ai commencé à recevoir des lettres de Granger un an après le début de ma peine. Au début je ne répondais pas, puis j'ai fini par répondre parce qu'en dehors de ma mère je n'avais personne à qui me confier. C'est étrange mais elle m'a beaucoup aidé pendant tout ce temps.
Après un an de correspondance régulière elle a même pris l'habitude de venir me voir une fois par mois. Elle a été mon seul contact avec l'extérieur, ma seule amie et je dois l'admettre, je suis heureuse de la voir. Même si elle n'est pas lui, même si personne ne sera jamais lui.
"C'est pas grave, Granger, c'est pas de ta faute, je m'y attendais. Vous êtes venu, c'est tout ce qui compte. Merci, vraiment."
J'ai beau dire "vous", c'est elle que je fixe en disant ces mots. Weasley n'est jamais venu me voir en prison, je parie qu'elle a du le supplier pour qu'il me parle poliment. C'est elle qui a accepté de croire en moi, pas lui. Je ne savais même pas qu'il était marié avec elle jusqu'à il y a quelques minutes. Au final Potter avait au moins un ami potable.
Elle me souri timidement et je lui rends son sourire pour la rassurer. Il y a tant de choses que j'aimerais lui demander. Sur elle, sur Harry, sur son mariage absurde avec Weasley et sur la raison qui l'a poussé à me le cacher. Mais je ne peux pas lui parler tant que le "Véritable Sauveur" conduit cette fichue voiture.
Tant pis, j'ai toute la vie pour lui demander maintenant. Toute la vie pour réapprendre à vivre.
Si ton nom était une prière, je serais le plus grand croyant. Si ton visage était un rêve, je serais le plus grand rêveur. Et si ça avait la moindre importance, peut être que je n'invoquerais pas ton nom et ton image en vain. Tu n'es pas venu, bien sûr que non, qu'importe le nombre fois où je t'ai invoqué quand le quotidien devenait insupportable.
Ce n'est pas toi qui est venu me rendre ma liberté. Pas toi qui t'es moqué de moi mais m'a quand même aidé. Le pire c'est que si ça avait été toi, j'aurais été le plus heureux des hommes, là j'étais juste déçu et elle ne méritait pas ça. Mais ce n'était pas toi, ça ne sera plus jamais toi. Qu'importe que moi je ne t'oublie pas.
Je suis peut être resté bloqué dans le passé mais qu'aurais-je pu faire d'autre ? Qu'avais-je d'autre auquel me raccrocher quand mon horizon se résumait à quatre murs et une cours exiguë ? Le présent était un purgatoire, le futur incertain. Il n'y avait que le passé, que toi, pour m'aider à supporter cette absence de tout.
Je savais que tu ne viendrais pas. Je suis allé trop loin, j'ai déconné si fort que même moi je n'arrive pas à me pardonner. Oui, je le savais mais j'espérais quand même. Et ce n'est pas comme si on pouvais s'empêcher d'espérer. J'espérais que tu réussirais là où j'avais échoué. Tu l'avais toujours fait, alors pourquoi pas cette fois ?
Je ne sais que trop bien pourquoi. J'ai eu des années avec rien d'autres à faire que ressasser le passé, ressasser mes erreurs et comment j'ai pu gâché ce qu'il y avait entre nous. C'est si bête au final. C'était fini avant d'avoir commencé parce que j'étais trop lâche pour avoir une opinion. Trop lâche pour faire mes propres choix.
Je me le suis fait. Je nous l'ai fait. Je nous ai trahi avant qu'il y ai un "nous" à trahir. J'ai fait les mauvais choix et au lieu de l'admettre, j'ai fait comme si de rien n'était. Je me suis persuadé que ça pouvait marcher, que tu ne l'apprendrais jamais. Comme si on pouvait cacher éternellement un truc pareil. Comme si je pouvais oublier ma culpabilité.
Il aurait bien fallu que tu me vois torse nu un jour, que tu vois la vérité de tes propres yeux. Je ne pouvais pas te maintenir dans le noir à jamais. Et j'ai beau le retourner dans tout les sens, je ne peux m'empêcher de me dire que ç'aurait été différend si je te l'avais dit. Si j'avais été celui qui te l'aurais appris, peut être que tu ne me haïrais pas.
Je me suis repassé le film de notre dernière rencontre un milliard de fois. De mon dernier mensonge. J'espérais que tu aurais compris que je mentais, que je ne veux pas être libre dans un monde où tu ne fais pas partie de ma vie. A quoi bon être libre si je ne peux t'aimer librement ?
Qu'importe à quel point je regrette, ça ne te fera pas revenir. Qu'importe à quel point je répète ton nom, ça n'en fera pas une prière. Qu'importe à quel point j'invoque ton image, ça ne te fera pas apparaître. La vérité c'est que c'est à moi que je mentais ce jours là. Je suis pas assez altruiste pour que ton bonheur me suffise.
Je veux pas que tu sois heureux sans moi, c'est pas suffisant. Je veux être la raison de ton sourire, la main que tu tiens quand tu as peur, les lèvres qui sèchent tes larmes quand plus rien ne va. Mais le monde a basculé sur son axe et je suis devenu le visage de ton malheur. Celui qui t'as tout pris, jusqu'à ton destin.
Il n'y a plus d'Harry "Le Sauveur" Potter, parce qu'il y a eu moi avant que tu puisses accomplir ta destiné. Je lis les journaux sorciers qu'on me rapporte tout les matins mais ton visage n'y apparaît jamais. La seule chose que j'ai su te donner c'est l'anonymat. Dans cinquante ans tout le monde aura oublier ton nom.
T'étais une légende avant que j'arrive dans ta vie et que je gâche tout. Comment puis-je encore croire que je pourrais te rendre heureux ? Je sais pas, peut être parce que t'es le seul à m'avoir fait croire que la vie avait un sens. Que ça valait la peine de se battre pour ce qu'on croit juste. Que rien n'est acquis, que je pouvais être plus qu'un Malfoy.
Plus que le fils à mon père. Tu m'as fait croire que Draco pouvait exister par lui-même, faire des choix différents de ceux qu'on avait fait pour lui. Tu as vu quelque chose en moi que personne n'avait jamais vu. Tu as vu ce que je pouvais être plutôt que ce que j'étais. Et j'y ai cru. Parce que l'avenir paraissait si beau dans tes yeux. Parce que j'étais un meilleur homme à travers tes yeux.
Mais il ne suffit pas de cacher ses erreurs pour devenir un homme meilleur. Il faut les admettre et se battre chaque jours contre ses mauvais instincts. Ne pas juste donner l'illusion d'avoir changer mais le faire réellement. Alors non, tu n'es pas venu. Mais qui suis-je pour avoir cru que tu m'attendrais ?
Un imbécile. Tu mérites de tourner la page, de trouver quelqu'un qui te rende heureux. Quelqu'un qui ne soit pas moi. Alors pourquoi j'ai l'impression qu'on m'a pris quelque chose ? Qu'on m'a volé une dernière chance. Une dernière danse.
Parce que je t'aime. Encore.
A suivre ...
Posté le 19 Mars 2016 à environ 04h15 (Mary J. Anna, ou la meuf qui poste ses chapitres à des heures où personne peut le remarquer).
Bon j'ai été pas mal occupé à finir un projet commencé il y a deux ans. Au début il s'appelait "Nothing", finalement j'ai retenu le nom "Qu'importe ..." et oui la plupart des citations de fin de notes viennent de lui. Je m'étais fixée l'objectifs de 9 chapitres divisé en 4 sous parties de 8 paragraphes de 7 lignes chacune. Il me reste plus qu'une sous-partie. Une sous-partie et j'aurais clôturé le plus étrange des journaux intimes. Je flippe de le finir alors à la place j'ai écris ce chapitre pour retarder l'échéance. J'espère qu'il vous a plu, c'était une diversion réjouissante pour moi. Oh et je suis plus heureuse que la note de début de chapitre ne le laisse croire, ça a été une révélation que j'ai eu envie de partager. Vous inquiétez pas pour moi, je vais bien les chatons.
Merci. Toujours merci, parce qu'il n'y a que ça à dire.
"Je sais plus quand j'ai commencé à vivre par dépit, quand j'ai arrêté de parier sur la vie, sur la bonté et que je me suis mise à croire que plus je faisais mal, plus j'aurais de chance d'oublier ma nature éphémère." Qu'importe ...
Anna
