Never look back. Never go back. Past is history.

Merci à : Lou' parce que j'avais envie de te rendre hommage à mon tour. Merci de m'avoir rappelé pourquoi j'écrivais et que ça en valais la peine.

You sing like an angel but your words are from the devil himself : J'ai passé ma vie à incarner deux personnes à la fois. J'ai passé la majorité de ma vie à être Mary. C'est si simple d'être Mary, il suffit de laisser ses émotions aux vestiaires, de s'improviser une confiance qu'on ne ressent pas et c'est parti pour le rodéo. La plupart des gens ne connaissent que Mary. On l'aime, on la déteste et elle s'en fout parce que Mary ne s'autorise pas les sentiments. Les insultes glissent sur sa peau et les moqueries sont un son lointain qui ne l'atteint jamais. Oui, c'est facile d'être Mary mais illusoire parce que Mary n'est pas moi, elle n'en est qu'une version. Alors quand les lumières s'éteignent, que tout le monde s'éloigne et que je me retrouve seule Anna prends le relais. Elle est un peu étrange, fragile, émotive, folle peut être même. Mais elle ressent. Elle est vivante d'une manière que Mary n'autorisera jamais. Je devrais m'en vouloir d'être si faible parce qu'Anna boit, Anna prends des anti-douleurs et des anxiolytiques parce qu'elle en a envie et pas toujours besoin. Elle est excessive, dangereuse, si Anna sortait au grand jour je pourrais dire adieu à tout ce que j'ai construit. Pourtant je l'aime quand même et je refuse d'arrêter de l'incarner. Mary peut avoir tout le temps que je passe entourée des autres mais dans le secret de la solitude c'est Anna qui a le contrôle. C'est ainsi, entourée je suis un modèle de sobriété et de maîtrise de soi, seule une alcoolique à moitié dépressive incapable de s'occuper d'elle. Pourtant je préfère Anna, parce que c'est elle qui a du talent, qui sait si bien manier les mots, c'est elle qui sait toucher les autres, qui chantent à émouvoir aux larmes les rares témoins de ses apparitions. Parce qu'elle est plus forte qu'il n'y paraît. Quand on blesse Mary, c'est Anna qui saigne. C'est Anna qui affronte la dureté de ce monde, les difficultés de la vie et qui malgré tout s'en sort. Qu'importe qu'elle ne soit pas parfaite, elle est vivante, elle est réelle. Elle est humaine.

ÊTRE FAIBLE N'EST PAS UNE TARE.

Bonne lecture.


Le Silence

Dix-septième chapitre

Pardonner


Je me sens pris dans une étrange distorsion du temps. Chaque matin la même journée infernale se répète. Je me réveille aux sons des cris qui résonnent depuis la cuisine. Je reste dans mon lit, fermement décidé à ne pas ouvrir les yeux. La porte de l'entrée claque toujours et c'est mon signal. Ma journée peut commencer.

Je roule jusqu'à la cuisine et fais semblant de ne pas voir les yeux invariablement rougis de Granger, que je refuse toujours d'appeler Weasley quand on est que tout les deux, qui feint de ne pas savoir que je sais. Je retiens les questions innombrables qui me brûlent les lèvres et demande stoïquement si elle a bien dormi. Je m'en tiens au futilité sans même savoir pourquoi.

Peut être pour cet éclat dans ses yeux qui me supplient de me taire. Peut être parce que je suis toujours aussi lâche. Je n'ose même pas évoquer le nom de Potter, pourtant il revient sans cesse dans mon esprit. Je me sens ironiquement prisonnier de ces discussions policées.

Un matin il n'y avait pas que ses yeux de rougis, mais avant que je puisse demander elle m'a devancé.

"Ce n'est pas sa faute. C'est la guerre, ça nous a changé."

Sa voix s'est brisée sur la fin et elle est partie précipitamment. J'ai entendu ses sanglots à peine étouffés par l'épaisseur des murs. J'aimerais parfois me lever plutôt que de fermer les yeux. Un horrible sentiment de culpabilité m'assaille quand je repense à ces mots. Ce n'est pas eux qui auraient dû se retrouver avec ces conséquences.

Elle part travailler et je reste là comme un pantin dont on aurais coupé les fils. J'ai peur de m'aventurer à l'extérieur. Je ne sais pas de quoi j'ai le plus peur : que le monde ai changé pendant mon absence ou qu'il soit resté exactement le même. Je me douche rapidement dans la salle de bain spécialement aménagé pour mes besoins et m'enferme dans ma chambre.

Des piles de livres traînent partout et la fenêtre reste ouverte en permanence. J'y reste souvent posté, regardant l'agitation d'un monde qui me semble soudain trop loin pour que je puisse l'atteindre à nouveau. Je me plonge dans toutes les histoires que je trouve, qu'importe de quoi ça parle tant que ce n'est pas moi qui le vis.

Je voyage d'un univers à l'autre, d'un auteur à l'autre. Je repousse tout ce qui a trait à la biographie et les récits historiques. Je ne veux pas m'identifier, je veux rester un spectateur passif des merveilles de monde imaginaires. J'ai trop conscience que la réalité ne sera jamais aussi belle que nos fantasmes.

Je m'enferme dans une routine infernale sans bien savoir pourquoi. Le monde entier est une prison dont j'ai peur de ne pas trouver la sortie. Alors je reste ici, dans cette maison qui est devenue la cellule que je me suis choisi. La justice pense peut être que j'ai purgé ma peine mais je n'en ai pas l'impression.

Parfois un souvenir m'assaille sans prévenir, dans un flash je revois des morceaux de mon emprisonnement. Je me replonge avec désespoir dans ma lecture comme pour remplacer les souvenirs qui me dérangent par des nouveaux, fictifs mais neutres. Ma respiration se bloque et mon corps se crispe. J'attends un coup qui ne vient plus jamais.

Je devrais me sentir soulagé mais ce n'est pas le cas. Au moins je savais que faire, où aller, pourquoi ça m'arrivait. Ici je suis dans un flou total, je me laisse porter au fil des jours sans plus savoir quel sens donner à la vie. Souvent je me surprends à penser qu'elle n'en a pas. Peut être que c'est le cas, au final.

Tout me paraît absurde, décalé comme une pièce de théâtre sans réplique qui ne s'arrêterait jamais. En général, je ne me sens pas si différent. Mes réactions n'ont pas changé, mes réparties non plus et puis soudain les mots vont me manquer ou je vais dire quelque chose que personne ne voudrait entendre.

Je reste des heures dans le silence quand ils ne sont pas là. J'ai peur d'entendre quelque chose, parce que s'il y a du bruit, il y a quelqu'un et s'il y a quelqu'un ... Je ferme les yeux et je respire lentement. Je me répète en boucle des phrases sans sens pour ne surtout pas aller au bout de ma pensée. Pour ne pas faire jaillir les mauvais souvenirs.

Et le soir arrive. J'entends les portes s'ouvrir et se refermer dans la maison. Les rumeurs de conversations monocordes qui se déroulent dans le salon. C'est souvent à ce moment que je vais à la fenêtre. Pour fuir ce calme apparent, je préfère encore les cris, au moins avec eux je sais à quoi m'en tenir.

Mais la comédie du déni qui se joue dans la maison je ne la supporte pas. Comment peut-on se pardonner pour mieux recommencer à hurler le lendemain ? Je ne sais pas et la réponse me fait trop peur pour que j'ose l'affronter. Quand le dîner arrive, je sors de ma chambre à reculons, ne sachant jamais à quoi m'en tenir.

Parfois je les retrouve à cuisiner ensemble, complices et souriants. Le plus souvent ils se jettent des coups d'œils méfiants et s'échangent des paroles utilitaires. Je m'installe face à eux avec l'impression d'être un simple spectateur de leur quotidiens. Hermione me demande comment s'est passé ma journée et je réponds invariablement "très bien".

Je les écoute se raconter les petites anecdotes de la journée, faisant l'effort de rire, de m'indigner ou compatir quand il le faut. Parfois je me trompe et l'atmosphère devient si lourde pendant un instant que j'ai l'impression que la réalité va se fissurer et que les cris du matin retentiront enfin devant tous. Routine infernale, colère inavouable.

Je mange du bout des lèvres parce que j'ai peur de leur poser les questions que je dois taire. Ce n'est pas à moi de faire exploser la tension qui semble présente dans chacun de leurs gestes. Je me tais quand ils reposent leur verres trop fort, quand leur poing se crispent sous la table et que leur regards se durcissent.

N'est ce pas étrange de se sentir moins libre dehors ? La seule chose qui me restait en prison m'a été confisqué ici. Je n'ai pas le droit de briser le tabou qui entoure leurs disputes. En fait je devrais déjà m'estimer heureux quand Weasley m'adresse la parole puisqu'en général il agit comme si je n'étais pas là.

Moi qui ai tant prié pour le silence pendant toute ma vie, j'aimerais pouvoir le briser mais c'est l'unique règle que je ne peux transgresser. J'ai trop peur des conséquences. Je vois bien l'équilibre trop fragile dans lequel ils évoluent et je ne sais que trop bien que ce n'est pas à moi de le rompre.

Et les jours passent, lent défilé qui semble inarrêtable. Ils vont dans leur chambre et les cris reprennent quand la porte se referme et qu'ils pensent que je ne peux plus les entendre. Je me force à lire pour ne surtout pas capter un fragment reconnaissable dans ce concert de hurlement. Pour ne surtout pas entendre des choses que je ne pourrais oublier.

Pour pouvoir les regarder en face le soir suivant sans réentendre les mots trop durs qu'ils se jettent à la figure. Comment peut-on s'aimer encore quand chaque jour n'apporte que plus de cris et de larmes ? Je reste dans ma chambre jusqu'à ce que l'orage passe. Je ne m'autorise à en sortir qu'à ce moment là.

Une fois en passant devant la porte de leur chambre entrouverte j'ai aperçu Weasley assis à son bureau. Une bouteille de whisky-pur-feu presque vide dans la main et une cigarette consumée jusqu'au filtre à la main. Alors que je repoussais lentement la porte pour ne plus avoir à le regarder j'ai entendu un son étouffé.

Je me suis enfui en laissant la porte ouverte. Je me suis enfui parce que j'ai entendu la conséquence de mes actes. Si je n'avais pas pris ses pouvoirs à Potter, Weasley n'aurait jamais eu à prendre sa place. Il n'aurait jamais eu à devenir le Sauveur. Et je n'aurais jamais entendu ses sanglots.

Je repousse rapidement ses pensées parce que si je les laisse se dérouler jusqu'au bout une autre me vient et celle-ci je me refuse d'y penser. Pourtant elle me vient quand même et je me sens coupable de penser ça mais je n'y peux rien.

Je ne peux m'empêcher de me sentir soulagé que ce soit lui et pas Harry qui se retrouve à devoir composer avec ce poids terrible d'être le Sauveur. Ces sanglots auraient dû être siens, cette bouteille dans laquelle Weasley se noie son purgatoire et au fond il n'y a que le soulagement de l'avoir sauvé de cet avenir qui m'assaille.

Mes actes me paraissent justifiables quand je pense au désespoir dans lequel Weasley se débat désormais. Il ne le mérite pourtant pas mais c'est ainsi. L'idée que ç'aurait pu être l'avenir de Harry m'est encore plus insupportable que la culpabilité d'être en partie responsable de la débâcle de Wesley.

C'est peut être ça l'amour. Aimer au point d'en devenir monstrueux envers quiconque à l'audace de ne pas être l'objet de son amour. Ne plus voir le monde qu'à travers le prisme de celui qu'on aime et se foutre des conséquences de nos actes tant que ça ne l'atteins pas lui. Une part de moi se rassure en se répétant que je l'ai sauvé.

Peu importe qu'elle ai tord. Quand on aime la réalité devient une chose étrange, modulable selon ce que l'on veut bien accepter. Et je ne veux pas accepter l'idée d'être autre chose qu'un simple spectateur de la destruction de cet être avec lequel je vis. Je ferme les yeux quand il cri sa souffrance et je reste dans mon lit en rêvant d'être sourd.


Je suis plongé dans un énième trilogie fantastique quand la sonnette retentit. Je sursaute et reste un instant sans savoir quoi faire quand elle retenti à nouveau, impérieuse et impatiente. Je suis seul à la maison alors je me force à aller ouvrir, préparant à l'avance le petit discours à servir à l'ami de mes hôtes afin d'écourter le plus possible sa visite.

Certains anciens de Poudlard ont déjà sonné à la porte quand mes hôtes ne sont pas là. Ils se disent déçus quand je leur dis mais je vois bien à leurs regards avides qu'ils ne sont pas venus pour eux. Ils sont venus pour voir ma déchéance en direct, constater l'ampleur des dégâts et j'aperçois souvent un sourire narquois qu'ils tentent de réprimer.

Ils viennent pour pouvoir raconter le vendredi soir à leur amis à quel point Malfoy a changé depuis Poudlard, que la prison m'a détruit et que je ne me permettrais sûrement plus de les traiter comme je l'ai fait pendant des années. Je suis redevenu la bête de foire que j'étais en dernière année.

Sauf que maintenant je dois lever les yeux pour les regarder en face. Petite défaite mais défaite quand même qui me laisse un goût amer dans la bouche. Un goût d'injustice qui me semble aussi normal qu'incongru. Puis-je vraiment leur en vouloir de voir en mes épreuves une juste punition pour m'être crû au dessus de tous ?

La sonnette retenti une fois encore et je cris à la personne qui s'impatiente que j'arrive. Je négocie un dernier virage dans le couloir étroit avec mon fauteuil avant d'ouvrir la porte d'entrée. Je commence mon speech sans même lever les yeux, la main toujours sur la poignée, prêt à la refermer dès que j'aurais fini de congédier convenablement l'importun.

"Hermione et Ron ne sont pas là. Ils reviennent dans la soirée et seront sûrement ravis de vous recevoir. Désolé que vous vous soyez déplacé pour rien. Bonne journée."

J'amorce un mouvement pour refermer la porte quand une main se pose sur la mienne et que la voix de l'inconnu se fait entendre.

"C'est toi que je suis venu voir, Draco."

Un frisson me parcoure la colonne vertébrale. Je ne sais pas si c'est d'espoir ou de terreur. Je relève les yeux et les plonge dans les tiens. Un milliard de souvenirs différents me viennent à l'esprit alors qu'une seule pensée cohérente arrive à se former dans mon esprit. Tes yeux sont toujours aussi vert. Tes yeux sont ma perdition.

Je me sens foudroyé, ta main sur la mienne semble me brûler la peau et je réprime un mouvement de fuite. Un homme en fauteuil ne peut pas fuir, on m'a pris jusqu'à ma lâcheté, je vais être obligé d'affronter la suite de cette conversation qui m'apparaît déjà surréaliste.

J'étudie ton visage dans l'espoir d'y apercevoir un indice sur tes intentions. Je n'y décèle qu'une certaine gêne, le reste de tes émotions ne transparaît pas sur tes traits. Je remarque de léger changement, tes traits font plus durs, plus adultes. C'est toujours toi mais plus vraiment, tout comme ta voix.

La différence est minime mais bien là et je me sens vaguement nauséeux à l'idée que tu n'es plus vraiment celui que je connaissais.

"Je suis désolée, j'aurais peut être dû t'envoyer un hibou avant. C'était une mauvaise idée, je ferais mieux de partir."

Ma main agrippe la tienne alors que tu fais mine de la retirer. Je ne sais pas si c'est une bonne idée mais maintenant que tu es là je ne supporte pas l'idée de te voir partir. Pas cette fois, pas encore une fois, j'ai rêvé de te voir chaque jour pendant mon emprisonnement, je ne peux pas laisser ma peur m'empêcher d'entendre ce que tu as à dire.

"Non, reste, s'il te plaît. Je n'ai pas eu beaucoup de visiteurs, tu sais."

Je me sens ridicule d'avoir admis ce fait de moi-même. Je dois paraître désespéré. Peu importe que je le sois, j'aurais préféré te le cacher. Je recule mon fauteuil dans le couloir et fais un demi-tour. Tu rentres dans le couloir, refermes la porte et me suis lentement jusqu'au salon. Tu te proposes de nous servir quelque chose mais je mets un point d'honneur à nous servir.

Hermione s'est servie de nombreux sorts afin que la maison s'adapte à mes besoins spécifiques. Elle y a passé beaucoup de temps afin que je puisse être entièrement autonome et j'aurai la sensation de la décevoir si je ne faisais pas le maximum par moi-même. Il s'installe dans un fauteuil et je me mets face à lui.

Nos verres à la main, nous nous fixons en silence. Enfin il me fixe, moi je le dévore des yeux. Je me force à ne pas avancer mon fauteuil vers lui et à garder mes distances. J'ai l'impression que le silence ne va jamais cesser et quelque part je l'espère. Je m'imprègne de ce moment de grâce où tu es simplement là. Où je peux espérer que mes fautes ont été pardonné.

La réalité me rattrapera bien assez tôt. Elle le fait toujours.

A suivre ...


Posté le 24 Avril 2016 à environ 4h04 (j'ai des approximations précises, ou un humour douteux, au choix).

J'ai remarqué que je postais de plus en plus régulièrement, environ une fois par mois. Si on ajoute le fait que j'ai écris un OS et fini un livre récemment, je crois qu'on peut y voir un signe. J'ai pris la bonne décision dans ma vie. Ça a été un long chemin, j'ai souvent eu des doutes, pendant une longue période j'ai cru m'être trompé, que ce métier choisit pour avoir le temps d'écrire n'avait été qu'un mensonge de plus. J'ai eu tord de perdre espoir, j'ai fait le bon choix, qu'importe que beaucoup ne le comprendront jamais. Ces chapitres en sont la meilleure preuve.

Fun facts : j'ai mis la moitié du chapitre à me rappeler que j'avais rendu Draco paraplégique, mais j'ai écris tout le chapitre d'une traite donc le bilan n'est pas si mauvais.

Bonne nuit.

"Et on ne peut faire taire ceux qui hurlent en silence." UNE NOTE.