I try, again and again. Sometimes you can't be the one you want to be.

Merci à : toi que je connaîtrais jamais, caché derrière cet écran sur lequel je projette pourtant les parties les plus secrètes de mon esprit.

I win, I loose, everythings feels the same : Je vis seule depuis peu. Propriétaire à vingt-trois ans. Quand je disais que je sautais les étapes, à croire que j'espère que l'hydrocution aura ma peau. Je commence à vraiment croire que le raccourci vers une vie rangée se trouve au fond des bouteilles que je continue d'aligner. Ou peut être qu'elle se trouve dans cet équilibre que j'ai trouvé entre une parfaite maîtrise de moi à l'extérieur et une totale perte de contrôle quand je suis seule. Peut être que si j'arrêtais de me défoncer la tête avec tout ce que je trouve dès que j'ai un instant de solitude je n'arriverais plus à supporter cette vie rangée auquel tant de gens aspirent. Peut être qu'être une alcoolique à mi-temps fait de moi une meilleure personne. Ou peut être que c'est cette vie rangée qui me pousse à boire. A faire taire la terreur de ne pas être à la hauteur qui me vrille les entrailles à grand coup de gin. Qui de la poule ou de l'œuf est apparu en premier ? Je ne sais pas. Je ne saurais probablement jamais mais tant que ça marche, pourquoi changer quoi que ce soit ?

GIN IS WICKED.

Bonne lecture.


Le Silence

Vingt-cinquième chapitre

I took a pill


Tu ne sais rien de ces heures où je fuyais mon propre regard dans la glace. Toutes ces fois où je me vomissais d'être celui que j'étais. Où j'avais l'impression de ne pas être assez fort, assez courageux, assez héroïque. Où je ne me sentais simplement pas assez. Tu ne sais pas ce que c'était de vivre dans son ombre.

Tu avais tes propres forces et tu étais une femme alors personne ne te comparaît à lui. Mais on le faisait pour moi, et chaque regard qui se posait sur moi était une condamnation sans appel. Je n'ai jamais été la moitié de l'homme qu'il est. Je le voyais bien, je les entendais bien. Il pouvait peut être fermer les yeux sur ce fait mais pas moi.

C'est facile de se foutre de l'avis des autres quand ils t'admirent et t'adulent. Être l'acolyte dont tout le monde se fout c'est différent. Je ne pouvais pas supporter la comparaison, personne ne l'aurai pu. Alors désolé d'être amer, désolé d'avoir perdu pied à un moment. Désolé d'en avoir eu assez de ne jamais être que l'ombre de Harry putain de Potter.

T'es-tu déjà mis à ma place ? A celle de l'éternel second ? Non, tu as toujours été la première en tout, que saurais-tu des perdants ? J'ai perdu, chaque seconde de ma vie j'ai été celui qui n'était pas assez. Et puis j'ai vu la lumière, l'espoir d'être premier pour une fois. Sais-tu ce que ça fait d'avoir enfin une chance de briller ?

Non, bien sûr que non. Tu ne sais pas à quel point je voulais, j'aurai fait n'importe quoi pour ça, j'aurai donné mon âme et ma vie en un claquement de doigt pour enfin être reconnu. Et c'est ce que j'ai fait. J'ai fait tout ce qu'on me demandait parce que je savais que cette fois je serais le premier, le foutu héro qui sauve le monde.

Je n'ai pas réfléchi, plus loin, j'aurai peut être dû mais qui es-tu pour me le reprocher ? Qui es-tu pour me juger d'avoir voulu compter pour une fois ? C'est facile de juger du haut de sa tour de morale quand justement on est en haut. C'est bien plus compliqué de comprendre ceux qui se noient dans les douves qui l'entourent.

Alors soit, prend toi pour une sainte Hermione, juge moi de toute ta suffisance mais moi je sais que ce n'était pas si simple. Je sais la lutte que ça a été de concilier ma morale à mon désir d'être enfin reconnu pour quelque chose. Cette constante lutte en moi entre ce en quoi je croyais et ce que je devais accomplir.

Tu m'as jugé mais tu sais quoi ? Tu n'as jamais été là pour moi, tu ne m'as jamais compris, jamais écouté, ni accepté. Tu es en partie responsable de celui que je suis désormais. Quoi que tu penses, au fond tu sais que c'est vrai. Toi qui courrais après les âmes en peine tu n'as jamais vu celle qui partageait tes nuits.

Bon sang, j'étais sous tes yeux mais il y avait toujours quelqu'un d'autre à aider, n'est ce pas ? J'ai fait ma part d'erreur mais je ne suis pas le seul. Tu ne peux pas simplement faire de moi le vilain en te blanchissant de toutes responsabilités. On était deux, on était marié et je sais que je t'ai abandonné mais toi aussi. Toi aussi !

J'aurai voulu que tu m'écoutes, que tu me dises que tu comprenais, que tu me pardonnes. Mais c'était trop dur pour toi. Tu ne pouvais pas juste un instant te mettre dans la peau d'un perdant, de quelqu'un qui fait des erreurs. Tu m'as condamné comme les autres, je l'ai vu dans tes yeux, dans la distance que tu as instauré entre nous.

Tu ne comprenais pas, tu ne pardonnais pas, tu jugeais encore et encore. Je t'ai haïs pour ça et je te hais encore pour ça. Alors je t'ai frappé pour ne plus avoir à te regarder dans les yeux. Pour ne plus lire ces mots que tu n'osais prononcer mais qui était là entre nous, comme une condamnation.

Tu te pensais trop bien pour moi et peut être que tu l'étais mais tu n'avais pas à me le faire sentir à chaque instant. Tu n'avais pas à être déçu d'un décision dont tu ne comprenais pas tous les enjeux. Tu n'avais pas à être mon juge alors que tu étais ma femme. Tu étais la seule censée me pardonner quoi qu'il arrive mais tu ne l'as pas fait.

Tu as échoué en premier, pas moi. Tu as abandonné notre mariage bien avant que je commence à perdre pied. Et c'est toi qui est parti au final. Tu as créé cet enfer que tu veux me remettre sur le dos. Mais c'est toujours tout blanc ou tout noir avec toi, n'est ce pas ? Je t'ai frappé alors qu'importe ce que tu as fait, c'est moi le méchant de l'histoire.

Qu'importe que tu m'ais brisé le cœur encore et encore à chaque regard, à chaque baiser de plus en plus froid, avec cette intimité devenue absente par tes refus, ce refuge de compréhension dont tu as signé la destruction. J'ai fait des erreurs mais je n'ai pas été le seul et ça me rends malade que tu joues les innocentes.

Alors réfugie toi dans ses bras, refais ta vie et recommence le cycle dès qu'il aura le malheur de ne pas être parfait. Parce qu'il ne le sera pas, personne ne peut l'être. Illusionne toi dans cette vie de mensonge et de faux semblant. Idéalise-le ton beau sauveur estropié et crève-en quand tu devras faire face à la réalité. C'est tout ce que je souhaite.


Les larmes coulent sur ses joues. Ses yeux relisant encore et encore cette lettre, lui brisant à chaque instant un peu plus le cœur. Le temps s'est arrêté pour elle à l'instant où le policier à prononcer les mots fatidiques dans le combiné du téléphone. Il est encore là, sur le sol, à l'endroit exact où il est tombé quand elle s'est effondrée.

Les cris se sont arrêtés quand sa voix a fini par se briser et les pleurs finiront par se tarir. Mais la douleur restera, toujours aussi brûlante, aussi dévastatrice. On dit que la haine et l'amour sont proches, parce qu'il faut aimer quelqu'un pour le haïr. Et elle le haïssait de toute son âme. C'est pour ça que ça fait si mal.

Elle voulait lui échapper, refaire sa vie loin de lui mais elle ne lui a jamais voulu aucun mal. Alors là voilà, à genoux face à la violence de cet amour qu'elle tentait tant bien que mal de refouler, face à cette perte qu'elle aurait aimé ne jamais ressentir. C'est elle qui est partie mais c'est lui qui ne verra jamais demain.

Qu'importe que la terre tourne encore, quelque part son monde à elle ne tournera plus jamais rond. Ecrasée par la culpabilité d'un crime qu'elle n'a pourtant pas commis, elle relit chaque ligne de son chef d'accusation, cherchant un sens dans ce qui n'en aura jamais. Les mauvaises choses arrivent, c'est ainsi. On ne peut les prévoir.

Elle se torturera quand même pour ça, cherchera ce qu'elle aurait pu faire différemment, de plus ou de moins. Elle cherchera à expliquer l'inexplicable, à trouver un coupable pour un crime pour lequel victime et coupable se mêle. C'est sa véritable victoire à lui, lui faire endosser la responsabilité de ses choix, la briser depuis la tombe.

Et ses mains se sont crispées sur le papier et sa bouche s'ouvre sur un énième cri silencieux. Je reste là, à proximité, ne sachant comment réagir face à ce désespoir si hurlant. J'ai dit un jour que les mots n'avaient aucune valeur, aucun pouvoir. J'avais tord, les mots sont tout. Les mots peuvent sauver ou tuer en un clignement d'œil.

Et ces mots la détruisent plus sûrement que n'importe quelle arme. Et j'aimerais avoir ceux pour réparer les dommages mais aucun ne me vient à l'esprit. Tous me paraissent bancals, déplacés. Comment réagir face à quelqu'un qui pleure la perte de son bourreau, de son amour, des deux à la fois ?

Je ne sais pas, j'aimerais le savoir mais ce n'est pas le cas. Alors je l'appelle lui, j'admets que je ne suis pas encore prêt pour ce genre de choses. Et il vient à notre secours. Le héro déchu, héro à nouveau en cet instant. Il lui retire la lettre des mains, l'entourant de ses bras tandis qu'elle se débat pour s'en libérer.

Il sèche ses larmes et lui murmure à l'oreille des paroles que je n'entends pas. Il caresse ses cheveux et la force à le regarder dans les yeux. Il l'a fait revenir à la vie petit à petit, pendant ce qui me semble durer des heures. Pourtant lui ne perd pas patience, il continue à lui parler, à lui donner ses mots comme autant de bandages pour son âme.

Et l'hémorragie se réduit, ses joues reprennent des couleurs, ses larmes se tarissent et son regard se fait moins vide. Il la ramène de l'autre côté comme un docteur procédant à une opération, patiemment, délicatement. Il la soigne de ses mots et je ne peux m'empêcher de le regarder faire. Je n'avais jamais compris la puissance des mots avant cet instant.

Je pensais qu'ils ne servaient qu'à masquer le silence, à nous faire oublier notre solitude. Ils sont le parfait reflet de notre différence en cet instant. La force de ses mots, face à l'impuissance de mes silences. Et j'aimerais détourner le regard, leur laisser l'intimité dont ils ont besoin mais je n'y parviens pas.

Il y a quelque chose de magique dans cet instant, dans la façon dont mot après mot il la ramène de notre côté. Quelque chose qui me touche et me fascine. J'ai toujours su qu'il avait quelque chose de spécial, je n'avais simplement jamais réaliser à quel point il l'était. Même quand il n'avait plus ses pouvoirs il m'avait toujours paru magique.

Maintenant je sais pourquoi. Ce qu'il fait en cet instant est une forme de magie. Il parvient de ses mots à réparer les dégâts que ceux d'un autre ont causé. C'est l'une des plus belles choses auxquels j'ai pu assisté. Peut être même la plus belle. Et quand il la fait se lever et que je vois une lueur d'espoir dans ses yeux, je sais que je n'oublierais jamais cet instant.

On n'oublie jamais une résurrection.

A suivre ...


Publié le 4 décembre 2016 vers 05h15.

La raison de mon absence se trouve dans ma première note, je déménageais. Mais je suis contente d'avoir attendu pour écrire ce chapitre, il a pu mûrir dans mon esprit, me laisser aller lentement vers la conclusion que c'était le scénario le plus logique pour la suite de ce récit. Certains penseront peut être que je me trompe mais plus j'y réfléchissais moins je voyais comment ça aurait pu finir autrement. C'était le plus cohérent avec le message général de cette histoire. Il n'y a ni méchant, ni gentil, juste des circonstances qui font qu'on peut passer de l'un à l'autre en un battement de cil. Cette zone grise que je ne cesse d'explorer depuis le début et que je continuerais d'explorer jusqu'au dernier mot de cette histoire. En espérant que ça vous a plu.

Merci.

"Don't try to fix me, I'm not a chair. And I love be fucked up this way."

Mary J. Anna