Everybody falls. Everybody dies. Everything has an end in the end.
Merci à : tous ceux qui m'ont suivi au fil des années, les lecteurs silencieux comme ceux qui se sont exprimés. C'est grâce à vous que la publication a un sens.
Good times are fading away : Je suis apaisée ce soir, les heures s'étirent paresseusement et je me sens en paix. Les décisions que j'ai prise ne me tourmentent pas, mes erreurs, mes épreuves, tout me paraît enfin avoir un sens. Toute ma vie m'a mené à ce moment où je suis simplement. Sans prétention, ni revendication. Sans honte, ni remord. Pas de colère, ni de rage. Pas de culpabilité, ni de larme. Je suis, c'est tout. Et je crois qu'au final, j'aime ça, simplement être, accepter qui je suis, avec mes contradictions et mes défauts. Je ne suis pas une image parfaite fixée dans le temps. Je suis changeante, mouvante, selon mes humeurs, les événements, le courant qui me porte et m'emporte. Je suis celle que je suis et celle que j'ai toujours voulu être en même temps. Les deux images se superposent enfin. Et qu'importe les critiques et le jugement des autres. Cet instant est parfait. Tout est parfait.
Bonne lecture.
Le Silence
Vingt-sixième chapitre
Si facile
Nous remontons lentement l'allée dans le crépuscule. A droite Harry, le pas déterminé et le dos droit, sûr de lui, solide. A gauche moi, tentant de calquer mon attitude sur la sienne, de dissimuler le léger tremblement de mes bras. Au milieu Hermione, le visage dissimulé sous un voile noir, l'air infiniment plus forte qu'elle ne l'est.
Il n'y a qu'Harry et moi pour savoir que si elle ne se tenait pas à lui, elle s'effondrerait. Je sais que sous le voile, son visage n'exprime que le doute, la douleur et la terreur. Autour de nous, le paysage me paraît une suite interminable de tombe se confondant les unes avec les autres.
Je vois la foule que nous devons rejoindre. Visages anonymes qui n'auront pas plus de sens une fois que nous serons assez près pour en voir les particularités. Ils sont tournés dans notre direction. Il faut croire que nous sommes l'attraction du jour : l'éclopé, le faux-héros et la veuve.
Mal assortis, mal aimés, notre association est aussi incongru que logique au final. On a tous perdu quelque chose en cours de route, on a tous dû réapprendre à vivre sans. Enfin pour Hermione c'est trop récent pour qu'elle sache encore comment faire mais on sera là pour elle. On l'aidera à survivre à la transition.
C'est le club exclusif que personne ne veut rejoindre. Et quand nous arrivons à hauteur de la foule celle-ci recule instinctivement, créant une haie d'honneur qui donne plutôt l'impression qu'ils ont peur d'être contaminé. Un sourire cynique étire mes lèvres alors qu'un vieux souvenir me traverse.
L'image d'Harry, Ron et Hermione arrivant ensemble dans la grande salle, une scène ordinaire, quotidienne mais qui faisait toujours son effet. Les conversations se taisaient un instant, tous les regards convergeaient vers eux. Ils étaient beaux, ils étaient jeunes, ils étaient des héros.
Ils étaient le trio d'or et ils semblaient immortels. Une part de moi pensait que ça ne changerait jamais, que c'était une vérité immuable. L'herbe est verte, la terre est ronde, et Harry, Ron et Hermione seront toujours le trio d'or, les héros de Poudlard.
Une partie de mon enfance meurt au moment où je réalise qu'il ne se reformera jamais. Aujourd'hui, l'un de ses membres va être enterré et les survivants doivent faire face à cette amputation. Qu'importe qu'il n'était plus le même, que le trio n'existait plus depuis longtemps.
Ce n'est jamais facile de dire "au revoir" à son passé et encore moins dans ces circonstances. Ils repensent au bon moment, à l'époque bénie où ils se sentaient spéciaux et élus. Je sens les souvenirs qui flottent entre eux, les sous-entendus par dizaines dans les regards qu'ils s'échangent.
Je pense à me reculer pour leur laisser de l'intimité mais Hermione pose sa main sur mon épaule. Je ne peux voir ses yeux, elle ne me regarde même pas mais je me sens transpercé. Mes mains se reposent sur mes genoux, toute envie de s'éloigner envolé. Ce qui est évident pour tous vient de me transpercer.
Le trio d'or n'est pas mort, il s'est transformé avec les épreuves et désormais j'en suis une part. C'est nous contre le reste du monde, qu'on le veuille ou non, nous devons resté soudé. Nous ne sommes pas glorieux, ni légendaires comme l'était la première version.
Nous sommes défaits et brisés mais nous sommes ensemble et c'est ce qui faisait leur force dès le départ. Je dois accepter la place que j'ai prise et affronter la vague avec eux. Je relève la tête et me redresse dans mon fauteuil, prêt à le faire avec la même dignité qu'eux. Je suis là où je dois être.
Qu'importe que certains jasent déjà dans l'assistance et que demain les journaux feront les choux gras de ma présence aussi inconvenante que choquante. Le reste du monde ne comprendra jamais ce qui nous lient et ce n'est pas important. L'important c'est que je sois là pour ceux que j'aime.
Et ceux que j'aime le plus au monde, c'est Hermione et Harry désormais. C'est à eux que j'ai donné ma loyauté et ils ont besoin de moi. Alors nous voilà, faisant front uni face à la tempête qui s'abattra bientôt sur nous. Nous tenant les uns aux autres pour éviter de se perdre sous la violence de l'impact.
Nous récupérons une bougie. Hermione lâche un sanglot étouffé avec que l'on nous laisse passer en premier. Discrètement Harry allume ma bougie qui brille instantanément d'une belle flamme bleue dans la nuit tombante. Nous nous arrêtons finalement devant la stèle où nous disposons nos bougies.
Nous reculons légèrement et je suis soufflé par la vue. On dirait qu'un million de lucioles se sont réunis autour de la stèle. Il y en a tant qu'on y voit comme en plein jour. Les mots sur la stèle attirent mon attention.
Ronald Bilius Weasley
1980-2001
Sauveur du monde sorcier - Ami fidèle - Mari aimant
Nous n'oublierons jamais ce qu'il a fait pour nous.
Un rire un peu hystérique commence à prendre Hermione. La foule scandalisée s'est tue et nous fixe du regard. Je l'attire vers moi, tandis qu'Harry s'agenouille à nos côtés. On l'entoure de nos bras, créant un cocon protecteur autour d'elle. Harry murmure à son oreille des paroles de réconfort et je caresse ses cheveux.
Je sens ses larmes contre ma poitrine, son corps secoué par les sanglots silencieux. J'oublie que nous ne sommes pas seuls. Il n'y a que nous trois pendant un instant et la puissance de notre relation me frappe en plein cœur. Au bout de quelques minutes, elle se relève, la respiration apaisée.
L'air digne à nouveau elle s'avance vers le Ministre de la Magie qui préside la cérémonie. Elle tends la main pour recevoir la graine. Elle s'agenouille délicatement et commence à creuser. Je me revois à 17 ans faire les mêmes gestes pour Pansy. C'est son épreuve et pour celle-ci nous ne pouvons pas l'aider.
Elle enterre la graine et les chants commencent à s'élever. Un frisson me parcoure alors que des milliers de voix emplissent l'obscurité. Cet instant me semble hors du temps. Je comprends que si Harry et Hermione ont tenu à venir malgré tout c'est parce que quelque part il sera toujours le Ron de leur adolescence.
Avant que la vie le rattrape et que le monde le corrompt. Il y aura toujours une petite partie de lui qui sera celui qu'ils ont connu et aimé, et c'est à cette personne qu'ils veulent rendre hommage. Ça n'efface pas ce qu'il était devenu, ni le mal qu'il a fini par faire mais ça ne doit pas être oublié non plus.
Je trouve ça beau quelque part, qu'ils arrivent à mettre de côté leur colère, leur douleur et leur rancœur, le temps de dire au revoir à celui qui fût leur meilleur ami. La graine s'épanouit, devenant un arbre magnifique. C'est un cérémonie sur la renaissance, pas sur la perte.
Les voix décroissent et le gros des invités s'éloignent, ne laissant que ceux qui l'ont connu personnellement et certains haut placé du gouvernement. Harry aide Hermione à se relever et elle reprends sa place entre nous deux. Une estrade apparaît entre la stèle et l'arbre neuf. Le Ministre s'y installe.
"C'est une bien triste circonstance qui nous réuni ici ce soir."
Le reste de son discours se perds dans une brume de banalité. Je ne connaissais pas bien Ron mais j'ai conscience que l'homme face à moi le connaissait encore moins. Les gens se succèdent sur l'estrade, proche et moins proche, partageant des anecdotes et des condoléances qui me paraissent venir de très loin.
Vient le tour de Molly Weasley, ses yeux sont rouges et ses cheveux défaits. Sa douleur est si visible qu'elle me paraît palpable. Quand elle prends la parole sa voix tremble.
"J'ai perdu un de mes enfants pendant la guerre. Fred. La douleur avait été insupportable à l'époque mais je me raccrochais à l'idée qu'il était mort en faisant ce qu'il croyait juste, en se battant pour un avenir meilleur. En héro. Ça m'a beaucoup soulagé à ce moment là.
Ron était un héro mais je n'aurai jamais cru devoir l'enterrer un jour. Je pensais qu'après la guerre, cette souffrance me serait épargné. Que mes enfants pourraient s'éteindre de leur belle mort bien après la mienne. Pourtant me voilà aujourd'hui, enterrant un autre de mes fils, un autre héro parti trop tôt.
Je ne m'explique pas son geste, je ne suis pas sûre de vouloir le comprendre. Tout ce que je sais c'est qu'il était mon fils, que je l'ai bercé dans mes bras quand il faisait des cauchemars la nuit, que j'ai séché ses larmes quand il se blessait, je l'ai protégé du mieux que j'ai pu.
En grandissant j'ai pu le voir tenir tête aux ténèbres avec ses amis et finalement triomphé du mal, libérant notre monde de la noirceur. J'ai été si fière de lui, pendant des années, je le serais toujours. Je ne peux qu'accepter que je ne savais pas tout de lui. Mais je ne cesserai jamais de l'aimer."
Elle continue encore un moment avant de faire signe à Hermione de la rejoindre. Comme une somnambule, elle s'avance vers l'estrade. Molly la sert dans ses bras et elle se laisse faire mollement. Elle fait face à la foule, silhouette fragile dans le silence nocturne. Sa voix s'élève, forte et sans faille à ma grande surprise.
"Je suis tombée amoureuse de Ron alors que je n'avais que quinze ans. Il a été mon premier amour et quand on s'est marié après la guerre, l'avenir me paraissait tellement pleins de promesses. Il était mon meilleur ami, mon amour, mon protecteur et ma force pendant des années.
Il a changé avec le temps, on a pris des chemins différents, on arrivait plus à se comprendre. Je ne m'étendrais pas là dessus, ce n'est pas ce que je veux retenir de lui. Je veux me rappeler de l'homme dont je suis tombée amoureuse si jeune. Il était exceptionnel, un véritable héro et il me manquera toujours.
C'est à cet homme que je dis au revoir ce soir. Cet homme que j'ai aimé de tout mon cœur et qui me l'a rendu pendant des années."
Ses mots résonnent dans le silence nocturne et pendant un instant la foule entière se tait par respect. Elle redescend de l'estrade lentement, tandis qu'une nouvelle personne s'y installe. Elle revient vers nous, ignorant les sollicitations des autres.
"Partons, j'ai fait ce que j'avais à faire."
Nous l'entourons à nouveau tandis que nous reprenons le chemin en sens inverse. Certains tentent de la retenir mais elle ne leur accorde aucune attention et finalement la foule s'écarte pour nous laisser passer. Avant de ressortir du cimetière, je me tourne un instant vers la foule que nous avons laissé.
La vision est surréaliste, tout semble entouré d'une aura bleutée soutenue. On dirait un souvenir que le temps aurait terni. Finalement Harry m'attrape la main et se penche vers moi.
"Il est temps de partir, Draco, on va transplaner."
Avec pudeur il dépose un baiser sur mes lèvres avant de franchir les grilles. Je le suis et nous nous prenons par la main, formant un cercle. L'instant d'après nous sommes revenu au Manoir. Nous nous approchons de l'entrée en silence. Finalement, Hermione brise le silence.
"Ils viendront demain ... "
J'acquiesce en silence. Je les imagine déjà envahissant la pelouse pour l'instant si calme. Prêt à tout pour avoir la moindre information sur ce qui se passe ici. Elle s'est tournée vers le jardin et le fixe, l'esprit probablement envahi d'images similaires. Je roule près d'elle et serre sa main dans la mienne.
Du coin de l'œil, je vois Harry faire de même. Quand enfin nous brisons le silence, c'est d'une même voix.
"Qu'ils viennent, nous les affronterons ensemble."
Et pendant un instant c'est comme si nous ne fassions qu'un. Elle ne sera pas seule dans cette épreuve, elle pourra s'appuyer sur nous aussi souvent qu'elle le désirera. Je relâche sa main et nous entrons ensemble dans le Manoir. La porte se referme dans un claquement derrière nous.
Et j'ai soudain la certitude que jamais personne ne saura ce qui se passe vraiment derrière cette porte close. C'est notre sanctuaire, là où nous nous reconstruirons et rien ni personne ne pourra nous prendre ça. J'en fais le serment solennel ce soir là.
Je n'ai jamais récupéré mes pouvoirs. Ni mes jambes. Hermione a toujours des cauchemars la nuit. Harry n'a jamais concrétisé son rêve d'être Auror. Il n'y a pas eu de miracle. Il n'y a eu que la vie, banale, ordinaire. Merveilleuse.
Fin.
Publié le 25 mars 2017 à 21h.
C'est toujours difficile d'écrire le dernier chapitre d'une histoire. De laisser partir des personnages, un univers qu'on a créé. Je ne voulais pas le faire, je savais depuis des mois que ce serait le dernier chapitre, que j'étais allée au bout de ce que je voulais dire mais je n'étais pas prête à mettre les derniers mots à cette histoire. Et puis le moment est arrivé, je me suis sentie enfin prête et j'ai passé le cap. J'espère que cette histoire vous aura plu.
Au revoir.
"Si rien n'a d'importance alors il n'y a de la place que pour la vérité."
Mary J. Anna.
